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08/01/2013

Triple crossing

Triple crossing, de Sébastien Rotella

L. Levi, 2012, 22.50 €

 

Ce roman nous plonge dans un univers impitoyable, celui de milliers de Latinos, Indiens, Chinois qui tentent de passer illégalement la frontière entre Tijuana et San Diego, et la brigade de policiers chargée de les en empêcher.

 

Valentin Pescatore, issu d'un milieu défavorisé, fait partie de cette brigade. Une entorse malheureuse au règlement va faire basculer son destin. Contraint de collaborer avec la justice américaine, il est envoyé au sud de la frontière pour infiltrer les rangs de la mafia mexicaine dominée par Ruiz Caballero, un homme sans scrupule et sans état d'âme. Une petite équipe de policiers mexicains intégrés dirigée par Léo Mendez sont bien décidés à le faire tomber lui et tout son réseau.
On pénètre dans un monde à la dérive, miné par les cartels, la violence et la corruption au plus haut niveau.

 

C'est d'autant plus terrifiant que Sébastien Rotella est un journaliste qui connait bien ce milieu ; même s'il précise qu'il s'agit de fiction, on a bien conscience qu'on est dans la réalité la plus sordide.

 

Ce roman passionnant qui parfois fait froid dans le dos m'a beaucoup plu et je conseille fortement de le lire. L'honnêteté de quelques policiers persévérants apporte de l'espoir dans ce thriller qui nous fait découvrir la triple frontière aux confins du Brésil, de l'Argentine et du Paraguay, un territoire sans loi livré aux pègres du monde entier.

Annie

05/01/2013

Le déjeuner du coroner

Le déjeuner du coroner, Colin Cotterill

Albin Michel (Carré Jaune), 2006, 19.50 €

République Populaire Démocratique du Laos, 1976. Les communistes du Phatet Lao ont pris le pouvoir. Après avoir soigné pendant des années les combattants dans la jungle et les membres du Parti, Siri Paiboun, à plus de 70 ans, espérait prendre sa retraite. Mais le Parti a décidé qu'il peut encore être utile et l'a nommé –bien malgré lui- coroner principal de la république. Le voici donc médecin légiste à Vientiane, qui apprend son métier sur le tas avec une l'équipe peu ordinaire : Dtui, jeune et robuste infirmière célibataire qui rêve d'étudier, et Geung, trisomique doté d'une excellente mémoire.

A part ses différends avec le juge local, rien de bien extraordinaire jusqu'aux deux affaires qui occupent Siri dans ce roman. On lui amène le corps de la femme d'un cadre du parti, soit-disant décédée d'une virulente attaque de parasites… mais l'insistance du mari pour récupérer le corps éveille les soupçons du coroner. Peu après, les cadavres de trois militaires Vietnamiens sont retrouvés dans un lac de retenue laotien, portant des traces de torture. Cette affaire délicate risque de relancer les hostilités entre Vietnam et Laos ! Siri, honnête et consciencieux, mène ses affaires en dépit des pressions du Parti et des menaces qui pèsent sur lui. La nuit, il est visité par des visions des morts, qui tentent de le mettre sur la voie.

Premier épisode de la série du Dr Siri, dont deux titres seulement sont traduits en français, ce policier présente un regard sur certaines croyances ancestrales et coutumes de la minorité Hmongs de la province de Khamouane, le fonctionnement de la société et les rouages du Parti. Comme pour les polars ethnographiques d'Alexandrer Mc Call Smith ou de Tony Hillerman, son intérêt réside autant dans l'étude de société que dans l'intrigue. Aline
Prix SNCF du polar en 2006.

20/12/2012

Le paradoxe du cerf-volant

Le paradoxe du cerf-volant

Philippe Georget, Jigal (Polar), 2011, 18 €

Mis KO lors d'un combat de boxe mal préparé, Pierre Couture, 27 ans, prend un uppercut en pleine tête quand son ami Sergueï lui suggère de raccrocher les gants ! La boxe, c'est toute sa vie. C'est la salle d'Emile, son vieil entraîneur, qui l'a sauvé du désespoir lorsqu'il a été déplacé de famille d'accueil en famille d'accueil…

Il est sonné au point d'accepter un petit boulot pas net de collecteur de dettes, ce qu'il ne tarde pas à regretter amèrement. Non seulement, il n'est pas fait pour ce travail qui l'écœure, mais en plus, leur "client" est retrouvé le lendemain mort, après avoir été torturé !!!

La police enquête : le boxeur ferait un bon suspect. Désemparé, il erre dans Paris, picole trop et broie du noir. Lorsqu'il est filé par des mercenaires et poursuivi par des tueurs, il est bien obligé de chercher à comprendre cette histoire embrouillée qui semble remonter à la guerre civile en Yougoslavie. Utilisé ou manipulé par les uns et les autres, il finit par monter un ultime combat, afin de prouver son talent et sa hargne de boxeur, et de faire éclater la vérité.

Pierre Couture est un personnage attachant, plus fin que son premier abord rugueux ne pourrait le laisser croire. Il est aussi amateur de chanson française, aime Paris, ses parcs, ses bistrots…et même son périph' :

            "Je rêve quelques instants à la fenêtre, contemplant les voitures qui glissent sur le périphérique. Le reflet des phares jaunes et rouges trace des arabesques sur l'asphalte sombre. Les jours de pluie et de brouillard, le spectacle peut se révéler féérique. Avant de dormir, certains lisent, d'autres font l'amour, les veinards embrassent leurs enfants,  moi je regarde un défilé ininterrompu de voitures."

C'est aussi un personnage assez désespéré :

            "J'aimerais pleurer, la tête enfouie dans le giron d'une femme. Mais la seule femme que j'ai aimée m'a quitté il y a deux ans, ma sœur n'a pas eu le temps de grandir et ma mère… Ma mère m'a tué lorsque j'avais dix ans."

Un bon polar, où le lecteur prend des coups avec le boxeur. Aline

26/11/2012

Du son sur les murs

Du son sur les mursroman policier

Frantz Delplanque, Seuil (roman noir), octobre 2011, 21.50 €

Jon Ayaramandi tente de couler une paisible retraite à Largos, station balnéaire de la côte Basque, sa région d'origine. Il partage son temps entre les balades dans les dunes, sa baignade matinale, les verres au Cap'tain Bar, sa passion pour la musique "rock garage" et la lecture. Mais son passé de tueur le rattrape lorsqu'il débarrasse sa jeune voisine Perle d'un violent agresseur.

"Finalement mes activités de tueur ne s'étaient interrompues que trois mois. La faute à pas de chance. Nul ne peut échapper à ses aptitudes profondes, elles s'exercent là où elles doivent s’exercer. Prenez un médecin par exemple : où qu'il aille, il peut être sûr de tomber sur un accident, un malade qui fait une crise ou un enfant qui a avalé une arrête de travers. En attendant, j'avais commis un trente-troisième homicide. J'étais passé du statut de professionnel à celui d'amateur, certes, mais je me retrouvais à nouveau sur la mauvaise pente. Est-ce que j'étais comme tous ces retraités qui ne peuvent s'empêcher d'exercer une activité bénévole dans leur domaine de compétence ?"

Papi de substitution, Jon s'occupe avec tendresse de Luna, la fille de Perle, et se prend à rêver d'amour, lui aussi. Hélas, sa rencontre inopinée avec "Burger le mauvais", tueur professionnel avec lequel il a autrefois travaillé, laisse augurer le pire. Et lorsqu'Al, l'amant de Perle, disparaît, c'est assez maladroitement et à reculons qu'il enquête. A l'aveuglette, il réactive son réseau et bouscule malfrats et barons du banditisme. Hélas, comme il le répète à la jeune femme, son passé de tueur ne fait pas de lui un détective ! Ses seuls alliés fiables sont finalement les gitans, qui ne se laissent pas impressionner par la pègre.

Voilà un roman noir décalé, dynamique et réjouissant, plein d'humour et de tendresse malgré les morts semés ici et là. Le seul reproche que je ferais à ce récit est d'être un peu trop parsemé de références musicales pointues. (à part Franck Zappa, j'avoue que la bande son m'était à peu près inconnue !)

Aline

12/11/2012

les sentiers du désastre

Les sentiers du désastre

Donald Westlake


Monroe Hall est un sale type. Né riche, il a passé son temps à essayer de gagner toujours plus d'argent, quitte à escroquer tous ceux qui l'entourent, des plus gros actionnaires aux plus petits employés. A force d'empocher l'argent de ses actionnaires, du fisc et de ses employés, et il a été rattrapé par la justice. Le voilà assigné à résidence, retranché dans son immense domaine, au milieu de ses richesses, de ses multiples collections et d'un personnel de plus en plus rare. 

 

John Dortmunder et ses amis monte-en-l'air, décident de lui voler sa collection de voitures de luxe. Il y a John, cambrioleur un peu avachi, qui déprime dès qu'il sort de New-York, Tiny la force brute, Stan le conducteur, et Andy Kelp, le joyeux monte-en-l'air qui rend visite à ses amis en escaladant les murs et ne vole que des voitures de médecins (garantie de confort !).

Le premier problème, c'est de savoir comment entrer dans le domaine de Monroe Hall. Pour s’infiltrer dans la propriété, véritable forteresse, ils se font délivrer de faux papiers (par un ancien de la CIA), et embaucher comme employés de maison. Dortmunder s’entraîne  à l’ouverture de portes en regardant des films, avant d’endosser sa tenue de majordome, tandis que Stan, devient le chauffeur attitré, Tiny, en tant que montagne de muscles, rejoint naturellement le service de sécurité et Andy, dans le rôle du secrétaire particulier, prend son travail très au sérieux en essayant de réhabiliter la réputation de Monroe Hall.

Le second problème, c'est que Dortmunder et sa bande ne sont pas seuls dans la course.Alors que les héros travaillent véritablement, pour la première fois de leur vie, des malfrats d’occasion, cherchent également à se venger et fomentent un enlèvement… Les syndicalistes un peu niais, bedonnants buveurs de bière, qui veulent récupérer les indemnités de leurs collègues ; les investisseurs bourgeois arnaqués ; le professeur de culture physique super musclé qui adore se regarder dans les glaces, et qui n'a pas apprécié de se voir dénoncé au fisc par Hall !

Tout ce petit monde s'emmêle les pinceaux pour la plus grande joie du lecteur… qui ne se range pas du côté des policiers !

Un polar réjouissant. L’intrigue est prétexte, le lecteur attend la confrontation entre ces personnages loufoques et déjantés, de l’ancien de la CIA vendeur d’identités de substitution, au représentant de commerce imbibé.

Aline

28/08/2012

Le carnet de la mathématicienne

Le carnet de la mathématicienne

Michelle Richmond

Traduit de l’anglais par Sophie Aslamides

Buchet-Chastel, mai 2012

 

                Ellie peine à construire sa vie depuis que sa sœur Lila a été assassinée à l’apogée de sa vie d’étudiante. Elle a toujours admis l’histoire de cette mort telle que racontée par son professeur de littérature – qui au passage a trahi ses confidences pour rédiger un roman à succès.

 

                20 ans plus tard, Ellie rencontre par hasard au fin fond du Nicaragua l’ancien amant –l’âme sœur- de Lila, génie des maths comme elle, qui lui remet le journal intime disparu de Lila : son carnet mathématique. Ellie avait toujours considéré cet homme comme le meurtrier de sa sœur, mais remet en question sa responsabilité, et se plonge dans le carnet mathématique pour mener sa propre quête de vérité.

 

                Son enquête fait référence aux grandes théories mathématiques, sans jamais ennuyer le lecteur, se penche sur la psychologie des personnages, et questionne le rapport entre récit et vérité. Le résultat est un roman policier atypique, au rythme lent.

 

                ̎Une histoire n’a ni commencement, ni fin. On choisit de manière arbitraire le moment à partir duquel on regarde en arrière, ou vers l’avant  ̎. On peut aussi choisir son angle de vue, ou le rôle attribué à chaque personnage… de façon à imaginer un meilleur récit !

J’ai aimé. Aline.

21/08/2012

portrait de l'artiste en tueur

Portrait de l’artiste en tueur

Gilles D. Perez, Naïve (Noir), 2012          

Un voleur voit son cambriolage chez un parrain de la pègre régionale tourner au carnage. Un petit dealer qui a prélevé de la came pour son usage personnel est menacé par ses fournisseurs. Une belle et naïve bourgeoise est enlevée par des proxénètes. Les règlements de comptes semblent s’accumuler chez les truands… et les policiers de la criminelle comptent les cadavres.

Les flics sont sympathiques, cultivés, et ils ont du flair, mais finalement leur enquête avance peu. Ce n’est pas grave puisque qu’un artiste inconnu leur mâche le travail, semant derrière lui des portraits au crayon…

Roman policier original, où se croisent les vies de nombreux personnages, méchants et justiciers. Agréable, mais pas non plus aussi révolutionnaire que certaines critiques le laissent croire. Aline