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28/04/2020

Bouillon confiné n°1

Petite sélection de livres coups de cœur, proposée par les lecteurs de la bibliothèque Eclats de Lire, et les participants des comités de lecture.

 

la femme révélée.jpgLa femme révélée

Gaëlle NOHANT

Grasset, 2020, 22€

Dans les années 50, Eliza laisse derrière elle sa vie à Chicago, avec un mari fortuné et un petit garçon, pour commencer une nouvelle vie à Paris. Sous l’identité de Violet Lee, elle se fait un nom comme photographe. Au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago à la recherche de son fils. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l'opposition à la guerre du Vietnam et l'assassinat de Martin Luther King…

 

Opus 77.jpgOpus 77

Alexis RAGOUGNEAU

V. Hamy, 2019, 19€

La famille Claessens est une famille de musiciens de génie, tout leur réussit. Enfin, c’est comme ça que le père aurait aimé que ça se passe. Le roman s’ouvre sur l’enterrement de ce grand chef d’orchestre. Et tandis que sa fille, la belle Ariane, joue du piano dans l’église bondée, elle nous raconte tout. Que vous soyez mélomane ou pas, vous apprécierez ce psychodrame familial qui se joue dans les plus fameuses salles de concert du monde.

 

sale gosse.jpgSale gosse

Mathieu PALAIN

L’Iconoclaste, 2019, 18€

On suit Wilfried depuis sa naissance. Abandonné par une mère trop jeune et trop perdue, il grandit dans une famille aimante de la Cité. Doué pour le foot, il a la chance d’être sélectionné pour un camp d’entraînement, mais il a trop de rage en lui, et finit par être exclu. On suit alors sa descente vers la délinquance, et les combats des services sociaux pour l’aider à s’en sortir. Roman urbain social, aux côtés de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

 

les sales gosses.jpgLes sales gosses

Charlye MENETRIER-McGRATH

Fleuve Noir, 2019, 17.90€

Jeanne, 81 ans, a été placée en maison de retraite par ses enfants. Très en colère contre eux, elle simule la démence pour faire enrager tout le monde. Elle se lie d’amitié avec une bande de joyeux lurons. Léger et plein d’espoir.

 

Les mots qu'on ne me dit pas.jpgLes mots qu’on ne me dit pas

Véronique POULAIN

Stock (La bleue), 2014, 16.50€

Ses parents, sourds-muets tous les deux,  se sont rencontrés à un bal pour sourds.  Véronique Poulain raconte son enfance dans les années 70. Des anecdotes pleines d’humour. Sa colère envers l’attitude des gens, qui ne font pas d’effort par rapport à la surdité de ses parents ou se moquent. Sa frustration aussi par rapport à ses parents parfois, alors qu’elle est si fière d’eux à d’autres moments.

 

pardon clara.jpgPardon Clara

Didier CORNAILLE

Presses de la Cité, 2016, 19€

Antoine, Parisien, en mal de vert et d'authenticité, tombe sous le charme du Morvan et du village dont est originaire son épouse. Un jour de promenade, il découvre, choqué, une étoile de David taguée sur le portail d'une maison. Il rencontre la propriétaire des lieux, une vieille dame, Clara, dont il devient le confident.

 

bondrée.jpgBondrée

Andrée A. MICHAUD

Rivages, 2016, 18.50€

Été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L'enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu'une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend qu'un tueur court à travers les bois de Bondrée. Une écriture magnifique au service d'une atmosphère angoissante et de subtiles explorations psychologiques. Prix des lecteurs Quai du Polar 2017, prix SNCF du Polar.

 

profanes.jpgProfanes

Jeanne BENAMEUR

Actes Sud, 2013, 20€

Ancien chirurgien du cœur, Octave Lassalle a consacré sa vie à son métier, et se retrouve seul. Âgé, encore autonome, il anticipe, et se compose une équipe d’accompagnement. Il organise le découpage de ses jours et de ses nuits en quatre temps, confiés à quatre personnes choisies avec soin : Béatrice, Hélène, Yolande et Marc.

 

tout le bleu du ciel.jpgTout le bleu du ciel

Melissa DA COSTA

Carnets Nord, 2019, 21€

Emile, atteint à 26 ans d’Alzheimer précoce, refuse un essai clinique. Il part en voyage, recherche un accompagnateur par petites annonces, et c’est Joanne qui l’accompagne pour un périple en camping-car à travers la France. Hymne à la vie, ce récit nous fait passer du rire aux larmes. Les paysages sont très bien décrits. Premier roman, publié en ligne puis édité par Carnets Nord et le Livre de Poche.

 

la plus précieuse des marchandises.jpgLa plus précieuse des marchandises

Jean-Claude GRUMBERG

Seuil, 2019, 12€

Dans un bois habitait un couple de bûcherons pauvres et sans enfants. Chaque jour, à l’orée de la forêt, la bûcheronne voyait passer un train. Ignorant ce qu’il transportait, elle ramassait les petits papiers jetés par les fentes des wagons, mais comme elle ne savait pas lire, elle imaginait tout un monde merveilleux transporté dans ce convoi. Elle espérait qu’un jour, quelque chose d'extraordinaire lui arriverait de ce train. Aussi, lorsque qu’un homme réussit à déposer un bébé sur la neige, pensa-t-elle que les dieux l’avaient entendue… Conte émouvant et magnifique !

 

écoldar.jpgEcoldar

Christine LAPOSTOLLE

Editions Mf, 2018, 14€

Si vous ne savez pas ce qui se passe dans une école des beaux-arts, lisez ce livre. Récit entrecoupé par des extraits d’un journal d’étudiant. Christine Lapostolle a beaucoup d’empathie pour ses élèves, et tente aussi de faire le portrait d’une jeunesse.

25/04/2020

Pour trois couronnes

roman, filiation,

Pour trois couronnes

François GARDE

Gallimard, 2013, 20€ (Folio 8€)

 

Philippe Zafar, jeune Libanais parti de Californie pour échapper à son destin dans l’entreprise familiale de vente de meubles, s’est inventé un métier de "curateur aux documents privés". Il assiste les familles après un deuil, en se chargeant du tri et du rangement des papiers du défunt. C’est généralement l’affaire d’une semaine ou deux de paperasse.

Mais voilà qu’en triant les dossiers de feu Thomas Colbert, un Français installé aux Etats-Unis depuis des décennies, à la tête d’un empire maritime, il fait une découverte intrigante : parmi les factures, lettres, cartes de visite et autres documents, se trouve le récit étonnant d’un matelot en escale dans un port tropical, en janvier 1949. Rédigé de la main de Thomas Colbert, est-ce un aveu déguisé de sa part ? Un exercice littéraire sans conséquence ? La riche veuve le charge d'enquêter.

Le manuscrit cache autant qu’il révèle, et notre Zafar, entre intuition et recherche systématique, suit la trace du matelot Colbert jusqu’à Bourg-Tapage. Dans ce port imaginaire de Micronésie, les combats des insulaires pour plus d’égalité et les "Troubles" de la décolonisation sont encore tout récents, et affleurent dans chaque conversation de Zafar avec les anciens. « Dans cette ville, chacun était un survivant des Troubles et en portait le poids » (p. 156)

François Garde imagine toute une ancienne colonie et ses témoins hauts en caractère, totalement crédibles et passionnants. Parmi les insulaires, beaucoup de femmes fortes, comme Lucienne Elisabeth,  syndicaliste militante devenue déléguée à l’Assemblée. L’adage ne dit-il pas  « nos femmes sont notre trésor » ? Au reste, il faut être né d’une femme insulaire pour pouvoir prétendre être soi-même insulaire.

Très dépaysant, le roman mêle adroitement  une enquête généalogique à rebondissements, et l’histoire mystérieuse des pièces d’or évoquées dans le titre, trois couronnes d’Alexandre-Auguste disparues et réapparues à plusieurs reprises, qui ont un rôle symbolique important de "fortune" dans tous les sens du terme. Les motivations des protagonistes ne sont jamais tout à fait claires, entre quête de la vérité, volonté de bien faire et intérêts personnels. L’histoire est révisée en fonction des points de vue, et de l’avancée de l’enquête. Au reste, dès son arrivée au port, Zafar reçoit une mise en garde du vieux professeur et historien local : « Toujours se méfier des contrats conclus à Bourg-Tapage ! ».

Un autre aspect intéressant du récit est la mise en abîme entre l’enquête en paternité et l’histoire personnelle de Zafar, son rapport à son père décédé lorsqu’il était adolescent, et au Liban, son pays d’origine.

François Garde, ancien haut fonctionnaire en Nouvelle Calédonie et dans les Terres Australes et Antarctiques, a reçu de nombreux prix pour son premier roman Ce qu’il advint du sauvage blanc, chroniqué ici. Il est également l’auteur du splendide Marcher à Kerguelen.

Aline

19/04/2020

Âme brisée

roman, Japon, musique, mémoire

 

Âme brisée

Akira MIZUBAYASHI

Gallimard, 2019, 237 p., 19€

 

Âme : petite pièce de bois interposée, dans le corps de l’instrument à cordes, entre la table et le fond, les maintenant à bonne distance et assurant la qualité, la propagation comme l’uniformité des vibrations.

La scène fondatrice du roman se passe à Tokyo, en 1938, dans le contexte historique de la guerre de 15 ans au Japon, barbarie militaire qui a engendré plus de 20 millions de morts dans cette région du monde. Rei, garçon de 11 ans, lit tranquillement les exploits de son héros Coper, pendant que son père Yu Mizuzawa, 1er violoniste, répète un quatuor à cordes de Schubert avec des amis Chinois - en idéaliste qu'il est, imperméable à l’étroite vision nationaliste opposant le Japon à la Chine depuis 1931.

"Je crois que ça a du sens… qu’aujourd’hui, en 1938, dans un coin de Tokyo, un quatuor sino-japonais joue Rosamunde de Schubert…, alors que le pays entier tombé dans ses obsessions bellicistes semble être dévoré par le cancer nationaliste divisant les individus entre un nous et un eux…"

Un caporal zélé soupçonnant une réunion clandestine réduit en miettes l’instrument  de Yu de ses lourdes bottes, et emmène le musicien au QG sous l’accusation d’être un « hikokumin » ou mauvais sujet japonais. Arrivé trop tard, le lieutenant Kurokami, mélomane éclairé, échoue à protéger Yu, mais cache la présence du fils effrayé et lui rend le violon brisé. De Tokyo à Mirecourt, dans les Vosges, le roman suit le destin de cet enfant, le processus par lequel il devient un luthier de grand renom, ainsi que le destin du violon détruit par le militaire.

La musique est partout présente dans le roman, et l’amour de la musique classique transparait dans tout le récit, mais elle n’en est pas le sujet à proprement parler. C'est plutôt un roman sur l’amour, qui lie l’enfant à son père par-delà la mort, et sur la mémoire, qui a figé le destin des personnages. Le romancier, dans une interview, souligne la dédicace de son livre à "tous les fantômes du monde". Dans ce roman, le père est le fantôme précis, mais l’auteur considère toutes les victimes d’Hiroshima, celles du bombardement massif de Tokyo le 10 mars 1945, et plus largement toutes les victimes du monde n’ayant pas pu aller au bout de leur mort.

Akira Mizubayashi est un écrivain japonais d'expression japonaise et française. Né en 1951 à Sakata. Il commence ses études à l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo, puis étudie à Montpellier, et à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Il enseigne le français à l'université de Tokyo. Depuis 2011, il a choisi d’écrire directement en français (Cf. Une langue venue d’ailleurs, sur son rapport à la langue française) – entre autres dérangé par la façon dont la société japonaise hiérarchisée est inscrite dans la langue. Cela lui donne un style légèrement distancié.

Aline

Ce roman est disponible à la bibliothèque, de même que les CD de sa bande sonore :

13e quatuor en la mineur, opus 29, de Schubert, dit "Rosamunde" ; Partita n°3 en mi majeur de Bach, dite "Gavotte en rondeau" ; Quatuor à cordes en ré majeur, opus 18-3 de Beethoven, interprété par le quatuor Alban Berg ; Sonates et partitas pour violon seul, de Bach ; Concerto pour violon de Berg "à la mémoire d’un ange".

 

L'avis de Vivement Dimanche : "Pénétrer dans l'atelier du luthier Jacques/Rei, c'est entrer dans un univers feutré fait de musique, de gestes précis et d'humilité. Voici un très beau roman à l'âme japonaise qui nous parle d'un enfant et d'un violon qui le guidera toute sa vie."

15/03/2020

Sélection du prix M.O.T.T.S. 2020

Il est encore temps de participer au dixième prix M.O.T.T.S. des lecteurs

en lisant notre sélection de 5 romans et/ou 6 bandes dessinées, d'ici le 12 juin 2020...

Vote prix M.O.T.T.S. 2020.png

 

06/03/2020

L'albatros

paroles et musique, autobiographie, roman

 

L’Albatros

Nicolas HOUGUET

Stock (Littérature générale), 2019, 224 p., 17.50€

 

Mardi 20 octobre 2015, la foule se presse pour le concert de Patti Smith à l’Olympia. Nicolas Houguet, maladroit, empêché, est "absurdement placé, comme toujours, au-dessus de la table de mixage".  Pourtant, dès l’entrée en scène de Patti, soixante-huit ans, la puissance des sorcières, le regard sauvage, la magie opère.

"La dame s’avance. Altière. Et paradoxalement très simple. En costume sombre que ne vient rehausser qu’une chemise claire sous le gilet et la veste. La chevelure blanche…   Les mains de Patti Smith qui s’élèvent, s’écartent au-dessus d’elle comme des bannières longilignes et diaphanes…  D’une humanité et d’un charisme de chaque geste, alternant les sourires et l’emphase. Jusque dans son maintien."

Au fil du concert, et de l’intégralité du premier album Horses, chaque chanson évoque des souvenirs d’enfance, le soutien familial inconditionnel, des émotions, des réflexions sur la façon dont l’auteur ressent son handicap, et ses relations à l’art et au monde. Chez Patti Smith, Nicolas retrouve toutes ses références poétiques et artistiques, de Rimbaud à Baudelaire et Jim Morisson. L’art qui permet d’échapper à son enveloppe corporelle, la folie cathartique du concert. "Les albatros rentrés maladroits dans cette salle ce soir-là ont pu grâce à Patti Smith regagner le sublime."

Beau témoignage, un peu exalté, c’est un livre à déguster, à poser, à reprendre, en s’arrêtant sur les phrases « justes » qui résonnent en soi. (Chez moi, il a fini en forêt de marque-pages). Toute une vie dans un concert de Patti Smith.

Aline

"On est du souffle divin.

Et tout ça danse en mouvements désarticulés. Comme des émotions qui s’incarnent dans des gestes maladroits.

Si j’ai appris à aimer mon corps, et mon handicap, c’est qu’il en est l’illustration parfaite. Qu’il ne cache rien de mes émotions. Qu’il les dévoile comme des secrets qui se trahissent dans des contractions. C’est très beau quand votre corps exagère votre vérité. Il vous pousse à l’épouser comme une harmonie. Il vous envoie des messages. J’ai mis beaucoup de temps à apprécier cette mélodie curieuse, à y entendre un accord étrange, mélancolique et dissonant. Mais pas dénué de grâce. Je suis en la mineur. Un morceau d’Arvo Pärt."  (p. 116)

La bande son : Jim Morisson

Patti Smith (Horses),

Arvo Pärt et ses très beaux morceaux minimalistes pour piano et violoncelle (Für Alina, Spiegel im Spiegel, Tabula Rasa...)

01/02/2020

Les os des filles

roman,vietnam,exil

 

Les Os des filles                                     

Line PAPIN

Stock (La Bleue), 2019, 178 p., 18.50€

 

Line Papin, jeune auteure talentueuse, se dévoile avec sincérité dans ce roman intime ; son écriture très mature touche profondément.

Les os des filles, c’est son histoire, mais aussi et surtout celle de sa famille maternelle particulièrement  Ba, la grand-mère battante, et ses trois filles, les « sœurs H. », dont la deuxième est la mère de Line. Toute sa vie, Ba organise sa survie et celle de ses filles élevées dans un pays bombardé, miné par les guerres, les famines et l’embargo américain.

Le titre surprend. Ces os, fil conducteur du récit, ce sont ceux des morts qui sont enterrés et honorés selon la tradition vietnamienne et aussi ceux trop apparents sur des corps marqués par la famine qu’elle soit subie ou voulue et, au prix d’un jeu de mots, les eaux qu’on perd avant la naissance, les os /eaux donc au début et à la fin de la vie.

Line Papin naît en 1995 à Hanoi d’une père français et d’une mère vietnamienne, un an après son frère mais, contrairement à lui, bébé voulu, Line naît par accident,  elle est un accident. Et c’est sans doute une première faille qu’elle ressent sans que rien ne soit exprimé. Sa mère débordée s’occupe peu d’elle. Le lien d’amour est construit avec sa grand-mère Ba et sa nourrice Co Phai, pour lesquelles elle éprouve un attachement très fort. Le statut social de son  père lui permet de vivre dans des conditions matérielles confortables et de connaître une  enfance libre et insouciante.

A l’age de 10 ans la famille quitte Hanoï pour s’installer en France. Personne ne l’a préparée à ce changement et c’est une déchirure, une terrible rupture dans la vie de cette petite fille, la perte de sa grand mère, sa nourrice, ses ami(e)s et Hanoï la ville qu’elle aime tant.  Elle est propulsée dans un environnement totalement inconnu et à mille lieues de son univers. Tout est si différent en France, le climat, les odeurs, le mode de vie, les gens. C’est pour elle un vrai choc psychologique et culturel qui passe totalement inaperçu pour ses parents. Un profond déracinement qui va la dévaster et la conduire durant son adolescence à une anorexie mortifère.

Le livre comporte trois parties, la première guerre, celle avec le Japon et la France qu’a connu sa grand-mère Ba élevée par sa mère, une femme battue qui choisit courageusement de vivre seule avec ses deux filles,  la deuxième guerre avec les États-Unis subie par sa grand mère et ses 3 filles, la troisième guerre, la sienne  une guerre interne qui la détruit entre deux parties d’elle même, l’une qui veut mourir, l’autre qui se raccroche à la vie.

« La petite fille est entrée en guerre comme ses aînées, mais elle n’est pas entrée en guerre contre les Japonais, les Français ni les Américains, elle est entrée en guerre contre  elle-même tout simplement. Oui c’était une guerre civile entre une part d elle même et une autre. Cela a commencé de la même manière :  par des famines et des bombes. »

La famine elle la recherche. Comme sa grand-mère et sa mère, et plus qu’elles, elle est d’une maigreur effrayante, elle n’a plus que la peau sur les os.  « La petite fille porte en elle les cœurs bleus et les os maigres » des femmes de la famille.

Lorsque l'on est au plus profond du gouffre, deux choix s'offrent : sombrer donc mourir, ou lutter et vivre. Line va choisir la vie et tout doucement va remonter à la surface. Pour comprendre ce qui l’a conduite à l’anorexie et trouver la force de continuer à vivre, elle part à 17 ans à Hanoï. Elle veut remonter le passé, apprendre ce qu’ont vécu sa grand-mère et sa mère car rien ne lui a été dit. Aucune ne lui a parlé de la guerre et de ce qu’elles ont enduré. La recherche de ses racines va lui permettre de réconcilier son passé et son présent et de se réconcilier avec la vie.

En partant à la quête de sa propre histoire, l'auteur aborde avec une pudeur extrême deux thèmes graves qui sont l'exil et l'anorexie. Les os des filles est un livre bouleversant, lumineux et plein d'espoir.

Annie P.

30/01/2020

Prix M.O.T.T.S., c'est parti !

Les livres du prix, présentés vendredi soir, circulent déjà à bonne allure. Rejoignez-nous pour de belles découvertes !

prix des lecteurs

Participez aux dixième prix M.O.T.T.S. des lecteurs :

5 romans et/ou 6 bandes dessinées en lice.

Empruntez-les, lisez et votez jusqu’au 12 juin 2020.

Le prix M.O.T.T.S., c’est aussi des rendez-vous avec des auteurs, et la projection Ciné-MOTTS de courts métrages. A suivre...

prix des lecteurs

Merci aux éditions Zoé, Rivages, de La dernière Goutte, Le Tripode, et Chambon pour leur soutien sous forme d'exemplaire de presse !

Crédits photos Thierry Huot

05/01/2020

Le Bouillon se jette à l'eau

Venant de Chassagny, Orliénas, Soucieu, St Laurent et Taluyers, nous avons été privés de notre rencontre de novembre pour cause de neige. C’est donc en décembre que nous nous sommes retrouvés à St Laurent d’Agny autour du thème de l’eau, avec des récits souvent autobiographiques, ou inspirés de la réalité.

 

eau, roman, bande dessinéeCapitaine de la Calypso, l'odyssée

Albert FALCO, Yves PACCALET

Arthaud, 2016, 21.50€

« À vingt ans, Albert Falco n'a rien : ni riche famille, ni brillante éducation. Rien, sauf une formidable passion pour la mer et des rêves d'évasion plein la tête... »

Mémoires d’Albert Falco (1927-2012), bras droit et chef plongeur de l'équipe du commandant Cousteau. Ensemble, ils ont fait plusieurs fois le tour du globe sur la Calypso, de missions scientifiques en visites d’épaves. Il a œuvré à la création du parc des Calanques, et dénonce le tourisme de masse et la pollution.

 

eau, roman, bande dessinéeLe phare, voyage immobile

Paolo RUMIZ

Hoëbeke, 2015, 16€

Grand voyageur, Paolo Rumiz prend le temps d’une découverte immobile, dans un phare perché sur un îlot au milieu de la Méditerranée. Se consacrant à l’exploration du phare et de son rocher, il raconte sa vie à côté des gardiens, mais surtout la nature, les goélands, l’observation des étoiles et de la météo. Paradoxalement, il décrit peu l’eau qui l’entoure, si ce n’est pour souligner les difficultés d’accostage, et évoquer la pêche des gardiens. C’est le vent qui est omniprésent dans son récit.

 

eau, roman, bande dessinéeLe grand marin

Catherine POULAIN

Ed. de l’Olivier, 2016, 19€

Un petit bout de femme, aux grandes mains et à l’immense détermination, part au bout du monde travailler comme marin pêcheur. Basée à Kodiak, en Alaska, elle se confronte à la mer, au sel, à une éprouvante cadence de travail, ainsi qu’à un environnement masculin très rude. On apprend beaucoup sur la pêche… et les errances de bar en bar entre deux campagnes de pêche.

 

eau, roman, bande dessinéeSouvenirs de la marée basse

Chantal THOMAS

Seuil, 2017, 18€

Souvenirs personnels, retour rêveur sur son enfance, ce roman est une ode à la mère de l’auteur, Jackie, qui nageait tout le temps, partout. Alors que sa mère vieillissante perd peu à peu la mémoire, l’auteur se remémore ses vacances à la mer, la plage et les animaux des bords de mer, son étude des estivants aussi.

 

eau, roman, bande dessinéeBleue

Maja LUNDE

Presses de la Cité, 2019, 22€

Le roman reprend une structure similaire à celle de Une histoire des abeilles. Le lecteur suit une évolution à des époques diverses : dans le passé, au présent et dans le futur. Ici, les chapitres alternent 1950 en Norvège, où l’on construit des barrages et détourne des rivières ; 2017, l’évolution du rapport à l’eau et les premières conséquences de la mauvaise gestion des rivières ; 2042, où la désertification contraint les habitants de certaines zones à l’exil. Il s’agit bien d’une fiction, avec des personnages attachants et combatifs.

 

eau, roman, bande dessinéeOublier Klara

Isabelle AUTISSIER

Stock, 2019, 20€

Secret de famille sur trois générations, chacune liée à une nature rédemptrice. Rubin, le père, a mené une rude existence sur les chalutiers, il est très marqué par la pêche intensive en URSS. En fin de vie, il fait appel à son fils Iouri pour comprendre ce qu’il est advenu de Klara, la grand-mère, disparue lorsqu’il était enfant, à l’époque de Staline. Roman assez doux malgré son sujet, Oublier Kara est une belle aventure humaine, située dans une nature sauvage.

 

eau, roman, bande dessinéeJuste après la vague

Sandrine COLLETTE

Denoël, 2018, 19.90€

Récit post-apocalyptique. L'eau a tout envahi. Sur un bout de terre émergée survit une famille de onze personnes. La barque qui pourrait les sauver ne peut en embarquer que huit. Le père doit faire des choix entre ses enfants. Se retrouvent d’un côté la barque face aux vagues et aux dangers de l’océan, et de l’autre les trois enfants laissés sur place… parce qu’ils sont les plus débrouillards ou les enfants « ratés » ?

 

eau, roman, bande dessinéeAu fond de l’eau

Paula HAWKINS

Sonatine, 2017, 22€

Thriller. En Angleterre, dans une rivière proche de Beckford aux eaux dangereuses, est retrouvé le corps d’une jeune fille. Suicide ou assassinat ?

 

eau, roman, bande dessinéeHistoire d’une baleine blanche

Luis SEPULVEDA

Metailié, 2019, 12€

Une baleine blanche raconte à ses petits dans quelles conditions elle a rencontré les hommes. Depuis les mythes du large de la Patagonie, où elle est chargée de guider les âmes Mapuches au-delà de l'horizon, jusqu'au XIXe s avec la chasse à la baleine -en particulier le baleinier du capitaine Achab. Beau récit pour tous, jeunes et moins jeunes, illustré par Joëlle Jolivet.

 

eau, roman, bande dessinéeMoi, baleine

Oriane CHARPENTIER, ill. Olivier DESVAUX

Gallimard jeunesse, 2019, 6.60€

Le récit débute sous la forme d’un petit conte illustrant l’apparition de la vie dans les océans, et pourquoi les baleines ont gardé un évent. Puis on suit un jeune baleineau à bosse dans sa découverte du monde qui l’entoure. Curieux, il s’éloigne du groupe, et vient en aide à des phoques en détresse. Récit poétique aux splendides illustrations, un très beau cadeau à faire aux enfants !

 

eau, roman, bande dessinéeCeux qui voulaient voir la mer

Clarisse SABARD

Charleston, 2019, 19€

Lilou, mère célibataire, quitte Paris car la mer lui manque, pour s’installer à Nice avec son fils. Elle y rencontre Aurore, une femme âgée, qu’elle pousse à raconter son histoire. Depuis des décennies, elle attend son grand amour, Albert, parti à New York tenter sa chance après la guerre… Lecture facile, mais point de mer dans ce récit, malgré son titre.

 

eau, roman, bande dessinéeIn Waves

A.J. DUNGO

Casterman, 2019, 23€

Roman graphique autobiographique, reprenant par vagues l’histoire d’amour entre l’auteur et Kristen, nouée autour de la mer et du surf. Malgré la maladie de Kristen, c’est une ode à la vie et à l’amitié, entrecoupée de chapitres au rythme différent, qui retracent les origines du surf à Hawaï et évoquent les premiers grands surfeurs, de Duke Kahanamoku à Tom Blake. Le dessin est simple et très graphique, d’une grande lisibilité. L’auteur utilise des tons bleus turquoise profonds pour la partie autobiographique, tandis que les pages consacrées à l’histoire et aux « beach boys » sont traitées en sépia.

 

eau, roman, bande dessinéeLe vieil homme et la mer

Thierry MURAT

Futuropolis, 2014, 19€

Bande dessinée librement adaptée du roman éponyme d’Ernest Hemingway. Golfe de Cuba, au début  des années 50. Un garçon court rejoindre le vieil homme qui lui a appris le métier de pêcheur. Le vieux Santiago a la poisse depuis longtemps. Malgré son savoir-faire et la discipline à laquelle il s'astreint, il revient bredouille de ses sorties en mer. Aussi le gamin a-t-il dû intégrer  un autre équipage. Après des mois de malchance, le vieil homme part seul en mer, et met en œuvre toute son expérience et toutes ses forces pour une pêche extraordinaire. Il affronte un gigantesque espadon. Bien qu’omniprésente, la mer est peu mentionnée dans le texte d’Hemmingway.

Thierry Murat réalise des planches quasiment monochromatiques, entre lumière orangée du soleil et bleu-nuit pour l’obscurité. Sa sobriété s’étend à la mise en page, où ses grandes vignettes, voire ses illustrations pleine page rendent l’immensité de l’océan et du ciel qui se confondent. Les personnages sont croqués en noir, et ressortent presque en ombres chinoises.

 

eau, roman, bande dessinéeL'homme de la mer

Deok-Hyun JANG

Pika, 2017, 22 €

Manhwa coréen. Anna, jeune femme désabusée, licenciée par son patron, se réfugie au bord de la mer, où le comportement d’un pêcheur de coquillages l’intrigue. Quoique particulièrement maladroite, elle le contraint à lui enseigner la pêche en apnée, inspirée de la tradition séculaire des haenyos, pêcheuses en apnée extraordinaires de l’île de Cheju, en Corée du Sud. Récit intéressant, mais les personnages ne sont guère sympathiques.

 

eau, roman, bande dessinéeLes enfants de la mer

Daisuke IGARASHI

Sarbacane, 2012 à 2014, 15.50€/tome

Manga traduit du japonais. Ruka, collégienne rebelle, fait la rencontre d’Umi, un garçon étrange qui passe son temps dans l’eau. Par ailleurs, un plongeur prétend avoir vu deux bébés nourris par un dugong (lamantin). Une énigme s’installe quant à la nature des enfants de la mer, à la recherche de leur mémoire. Dans ce manga au dessin extrêmement soigné et détaillé, l’auteur  semble s’inspirer de légendes de la mer japonaises, peuplées de créatures légendaires, pour écrire un conte écologique sur le monde aquatique.

eau,roman,bande dessinée

 

Nous finissons par la lecture à voix haute d’un poème de Raymond Carver

« Là où les eaux se mêlent ».

(titre choisi pour la biennale d’art contemporain  2019 de Lyon)

23/12/2019

Quand un parent s'en va

roman, deuilGrand National

Roland BUTI

Ed. Zoé, 2019, 16€

Tranche de vie de Carlo Weiss, que toutes les difficultés semblent accabler au même moment : Ana l’a quitté, alors qu’elle est toujours la femme de ses pensées et de son cœur ; sa mère arrive en fin de vie, et son esprit s’échappe de plus en plus, jusqu’au jour où elle disparaît de la maison de retraite. Enfin, son collègue jardinier semble rattrapé par un passé violent.

Pour la retrouver et la comprendre, le narrateur enquête calmement sur la vie de sa mère, sous le regard bienveillant du géant Agon, fournisseur en boulettes aux « herbes » calmantes. Récit tout en délicatesse, dans un grand amour des jardins ouvriers et des oiseaux. La mort arrive à pas feutrés dans ce grand hôtel suisse un peu décati mais distingué, où le client –comme pendant la guerre- est toujours roi.

 

roman, deuilAvant que j’oublie

Anne PAULY

Ed. Verdier, 2019, 14€

Autre ambiance pour cet autre récit de mort d’un parent. Ici, c’est la vie brute, concrète, qui transparaît dans un récit énergique et piquant. Avec un franc-parler souvent drôle, la narratrice organise les funérailles de son père, et remonte le fil des souvenirs en triant ses affaires. Au cours des étapes du deuil, ce sont autant les violences conjugales qui reviennent que les moments de tendresse. C’est le moment pour les enfants de se réconcilier -ou pas- avec ce père tellement excessif et insupportable, qui a transmis à sa fille un penchant pour l’alcool, et à son fils la tentation de la violence. Un premier roman vivant et plein d’humour !

Deux styles, deux sensibilités pour un même sujet. Entre les deux, mon cœur balance...

Aline

02/12/2019

Les simples

roman

 

Les simples

Yannick GRANNEC

Ed. Anne Carrière, 2019, 445 p.

 

Simples : plantes médicinales utilisées telles qu’elles sont fournies par la nature.

Le rythme du roman est donné par des dictons autour des plantes : il commence le vingtième jour d’avril « à Saint-Théodore fleurit le bouton d’or » et égrène le temps au fil des saints du calendrier : vingt et unième jour d’avril « à Saint-Anselme, dernières fleurs sème », vingt-deuxième jour d’avril « Pluie de Sainte-Opportune, ni cerises ni prunes »… Ainsi, l’auteur indique déjà les thématiques principales de son roman : piété, crédulité et herboristerie.

1584. Le récit débute à l’apogée de l’abbaye bénédictine de Notre-Dame du Loup, en Provence. Les Louventines disposent d’une protection spéciale du Saint-Siège, et bénéficient de privilèges octroyés par Françoise 1er lui-même. Ce régime de faveur n’est pas sans irriter l’ambitieux évêque local, monsieur de Solines, à qui échappent les bénéfices réalisés par le couvent. Il dépêche donc son jeune vicaire, Léon de Sine, pour une inspection. L’arrivé du jeune homme, gravement blessé en chemin et soigné à l’hôpital du couvent, aura d’énormes conséquences sur la vie de tous.

L’abbesse, mère Marie-Vérane fait régner l’entente entre les deux ordres de moniales : les Marie, sœurs contemplatives issues de la noblesse, et les Marthe, sœurs converses d’humble origine, qui travaillent durement aux cuisines, à l’entretien, au jardin, à l’hôpital et à l’herboristerie. Chacune semble avoir sa place, des offices jusqu’à la cueillette des simples, mais jalousies et rancœurs sont prêtes à s’embraser dans cet univers de femmes.

L’auteur détaille d’abondance la vie dans le couvent et les intrigues qui s'y déroulent, ainsi que les enjeux autour de celui ci. Chacun des personnages est étudié à la loupe, avec tendresse mais sans concession, en particulier sœur Clémence, herboriste de génie et soigneuse empirique, ainsi que sœur Gabrielle, dont la vocation ne va ni au couvent, ni au mariage ! Roman historique très documenté, assez cruel.

Aline

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