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07/06/2016

Prix M.O.T.S, les résultats !

C’est ce vendredi 3 juin, à la médiathèque de Thurins, qu’a été révélé le palmarès du prix des lecteurs M.O.T.S. des 4 villages. Ce sont, au total, 100 lecteurs répartis sur les quatre communes participantes, qui ont lu la sélection constituée de 5 romans et 6 BD présentée en novembre dernier.

La soirée a été lancée par Madame Chantal Kramp, adjointe à la culture à Thurins, en présence d’élus d’Orliénas, Messimy et Soucieu-en-Jarrest et d’un public composé d’une cinquantaine de lecteurs. Après un temps d’échanges et de partages nourris autour des titres du prix qui a permis de prendre la mesure de la richesse des approches face à un même ouvrage, le classement a été révélé par les quatre bibliothécaires qui ont commenté les résultats obtenus dans leur médiathèque.

prix des lecteurs

Cette édition 2016 du prix a donc mis à l’honneur L’Orangeraie de Larry Tremblay, éd. La Table ronde, pour la catégorie roman et Un certain Cervantès de Christian Lax, éd. Futuropolis  pour la catégorie BD.

prix des lecteurs prix des lecteurs

Un temps convivial autour d’un buffet a suivi l’annonce des résultats, pendant lequel les discussions enthousiastes et animées se sont poursuivies.

Karine

21/02/2016

Consumés

Consumés

David CRONENBERG

Gallimard, 2016, 371 p., 214 €

Naomi et Nathan forment un couple atypique : tous deux photo-journalistes, ils arpentent le monde chacun de son côté à la poursuite d'histoires sensationnelles et sordides à exploiter. Amants, ils pratiquent l'amour libre au gré de leurs investigations, et partagent une voracité consumériste pour le matériel photo professionnel. Tandis que Naomi enquête sur l'apparent meurtre cannibale de Célestine Arostéguy, célèbre philosophe française, Nathan photographie une opération illégale pratiquée par le chirurgien controversé Molnar.

Le roman, relativement complexe, peut exercer une certaine fascination, mais il offre hélas une résolution peu concluante. Cumulant les scènes de sexe peu jubilatoires et les personnages pervers ou désaxés, il dégage une sensation globale  morbide et écœurante.

Quelqu'un a aimé ce premier roman du cinéaste ?

Aline

19/02/2016

Le passage du diable

roman,suspense


Le passage du diable
Anne FINE
Ecole des loisirs (Médium), 365 p., 7.80€

Daniel vit depuis sa naissance enfermé dans sa maison avec pour seule compagnie sa mère, ses livres et sa maison de poupée ; sa mère prétextant une grave maladie. Jusqu’au jour où des voisins, ayant eu vent de la présence d’un enfant dans la maison, entrent de force dans la maison, arrachant Daniel à sa condition. Isolé en lieu sûr chez un médecin, il ré-apprend à vivre, découvre le monde et se lie d’amitié avec cette famille et surtout avec la plus jeune des trois filles du docteur. Mais un « oncle » se manifeste et demande à Daniel de venir le voir. Cet « oncle » bizarre semble s’intéresser de très près à la maison de poupée …

Ténébreuse histoire de famille. Un mystère plane dès les premières lignes quand le narrateur « je » raconte son enfermement pendant plusieurs années dans sa chambre. On se doute que cette affaire est liée à un secret de famille dont la mère est l’élément central. Anne Fine arrive à nous emmener dans son univers où la maison familiale est un personnage à part entière : immense demeure gothique et familiale qui cache bien des secrets. L’histoire arrive à son moment le plus frissonnant lors de l’apparition du personnage de l’ « oncle », sombre et d’humeur très changeante. Terrorisant, il sera la clé du mystère quand Daniel mènera son enquête auprès du jardinier et de la cuisinière de la famille. Finalement il apprendra que la fuite sera peut-être son seul moyen de survivre. Roman, un brin fantastique, qui fera froid dans le dos des lecteurs.

A partir de 13 ans.

Céline

26/10/2015

Venise n'est pas en Italie

Roman, famille

 

Venise n’est pas en Italie

Ivan CALBERAC

Flammarion, mars 2015, 250 p., 18€

 

Montargis. La famille d’Emile vit sur son terrain… mais dans une caravane en attendant un hypothétique permis de construire. Sa maman ne se préoccupe pas de son apparence, mais tient pourtant à décolorer les cheveux d’Emile « Tu es plus beau comme ça ».  Son père, VRP expansif, dirait n’importe quoi pour convaincre, et remporter une vente ou une discussion. Fabrice le grand frère, engagé dans l’armée, est facilement brutal avec son frère lorsqu’il rentre en permission. Tous ont la main leste et la morale un peu élastique. Dans cette famille haute en couleurs, voire vulgaire, Emile ne se sent pas à l’aise. Bon élève, sportif, il n’a pourtant pas bonne opinion de lui-même, trop conscient de ses origines modestes et de son manque de culture.

"En règle générale, j’aime pas trop comment ma mère s’habille, et je devrais même dire pas du tout… Ce que je déteste, quand je sors avec elle dans la rue, ou plutôt quand on entre dans les magasins, c’est cette manie qu’elle a d’adresser la parole à n’importe qui brusquement, sans préavis, en parlant fort, en tâchant d’être d’accord, parce que quand on échange des banalités, l’idée c’est surtout d’être d’accord. Alors bien sûr, je peux pas lui en vouloir, même si j’ai tellement envie qu’elle se taise. Ça me fout une honte stratosphérique… 

Une fois, on marchait dans la rue dorée et il y avait plein de gens que je connaissais, parce que dans cette ville il n’y a qu’une rue principale, alors bonjour l’anonymat, on pourrait faire des procès pour atteinte à la vie privée à ceux qui ont inventé des villes aussi petites. Et comme ma mère n’était particulièrement pas sur son trente et un, je marchais quelques mètres devant elle, pour pas qu’on devine nos liens de parenté. Je sais, c’est absolument dégueulasse de faire un truc pareil, j’ai l’impression d’être un gros tas de détritus, un monstre ignoble et puant, parce que je l’aime tellement, même si je la redoute en permanence, je l’aime de toute ma chair, de toute mon âme, et j’ai si peur qu’elle comprenne que je la trouve pas toujours présentable. Heureusement, elle s’en était pas rendu compte. Je voudrais pas que ça lui fasse de mal, jamais. Le problème, quand on a honte de sa famille, c’est qu’en plus on a honte d’avoir honte. C’est quelque chose entre la double peine et le triple cafard." (p. 77)

Emile, amoureux fou dès le premier regard de Pauline, rencontrée au lycée, se rapproche tout doucement d’elle, sans oser se déclarer, trois pas en avant, trois pas en arrière. Les filles, il ne connaît pas trop... et puis, elle vient d’un milieu très bourgeois.

"Mais un jour, et peut-être que ce sera bientôt, je lui écrirai des lettres d’amour à Pauline, des phrases avec complément d’objet indirect, participe passé du subjonctif, gérondif, plus-que-parfait, je lui jouerai le grand jeu. Je les mettrai dans une belle enveloppe en papier épais, avec son adresse dessus, et je les posterai en recommandé, avec accusé de réception, parce qu’on n’est jamais sûr que l’amour qu’on envoie, il soit vraiment reçu." (p. 105)

Lorsque Pauline finit par inviter Emile à un concert qu’elle donne à Venise, ce rendez-vous est vital pour lui. Mais au lieu de lui payer le billet de train, ses parents décident de partir eux-mêmes quelques jours à Venise, en famille, avec la caravane ! Le cauchemar intégral pour Emile, qui craint d’arriver en retard par la faute des  idées farfelues de son père, et surtout, a tellement honte de sa famille ! Et pourtant, cette famille déjantée est aussi chaleureuse et pleine de vie. On crie, on prend des baffes, mais on s’aime !

La narration est faite par Emile dans un langage frais et touchant (même si l'absence de négation peut être un peu agaçante à l'écrit). Sa jeunesse permet d'en faire un observateur candide de la vie, la famille, l'amour mais n'empêche pas les remarques pertinentes. L'analyse de société proposée par le livre est caricaturale, mais assez percutante ! Sous son apparence simplicité, j'ai trouvé que ce livre offrait de nombreuses pistes de réflexion.

Aline

25/10/2015

Profession du père

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Sorj CHALANDON

Grasset, août 2015, 320 p., 19€

Chaque roman de Sorj Chalandon m'a "rencontrée", et je n’ai jamais été déçue par cet auteur. Son dernier livre ne fait pas exception, même si le sujet en est plus personnel et  familial.

Pasteur Pentecôtiste, Judoka ceinture noire, parachutiste, footballeur, chanteur… ou agent secret ? Si le jeune Emile Choulans n’a jamais su quel métier noter dans les cases des formulaires à remplir en début d’année, c’est qu’il croyait aveuglément ce que son père lui racontait, accessoires à l’appui : kimono, robe de pasteur ou béret de para en évidence sur la plage arrière de la Simca Vedette paternelle…

L’auteur observe une famille dysfonctionnelle (proche de la sienne), à travers les yeux d’un collégien, éperdument admiratif et soumis à son père, dont le lecteur devine rapidement qu’il est mythomane et paranoïaque. Dans le microcosme familial, mère et fils sont maintenus en état de sujétion et d’alerte constante.

"Un soir de juin 1958 une amie de ma mère l’avait invitée à un récital des Compagnons de la Chanson, au théâtre romain. J’avais 9 ans. C’était la première fois qu’elle demandait à sortir seule le soir. Même avant ma naissance, mon père s’y était toujours opposé…" Le résultat ne s’était pas fait attendre "Tu vas dormir sur le paillasson, salope"… Elle a effectivement dormi derrière la porte, son fils ayant l’interdiction formelle de lui ouvrir sous peine de raclée. "C’était il y a trois ans. Depuis, Maman n’a plus jamais allumé la radio. Et plus jamais chanté."

Au moment où Charles de Gaulle "abandonne l’Algérie", André Choulans, le père, se sent trahi et décide de continuer la guerre sur le territoire français. Soit-disant officier de l’OAS, il transfère ses frustrations sur Emile et lui donne des missions : barbouiller les murs d’inscriptions OAS, poster des lettres de menace…  L’enfant est réveillé en pleine nuit pour se mettre au garde à vous, "torse nu et pieds glacés" et faire des séries de pompes en slip. A tout cela, la mère répond faiblement « Tu connais ton père ».

Emile a des crises d’asthme provoquées par l’angoisse, manque de sommeil,et ne parvient plus à se concentrer en classe... ce qui provoque de nouveaux drames. On éprouve de la pitié pour cet enfant maltraité et abusé psychologiquement. On ne comprend pas que son amour filial y résiste ! Vient même un temps où Emile utilise les méthodes de son père sur  un camarade, espérant que celui-ci saura l’arrêter… mais les méthodes fonctionnent trop bien !

Cette expérience extrême l'aura-t-elle aidé à s'affranchir de l'ascendant familial ? Reproduit-on les schémas parentaux ? Le lecteur retrouve brièvement Emile adulte dans sa relation à ses parents et à son enfant... mais beaucoup reste à imaginer.

Dans ce roman bouleversant, étouffant bien que parcouru d'intermèdes plus légers, j’ai lu la crédulité d’un enfant abusé psychologiquement par son père, mais aussi la complexité des relations familiales, tandis que Brigitte s’est attachée au contexte historique des "événements d’Algérie" du côté français.

Les entretiens avec l'auteur apportent un éclairage personnel. "Si le père n'avait pas été violent, je crois que l'enfance d'Emile (mon enfance) aurait été formidable !". Voir aussi les critiques de ses romans Retour à Killybegs et Le quatrième mur.

Aline

07/10/2015

Soudain, seuls

Soudain, seuls.gifSoudain seuls

Isabelle AUTISSIER

Stock, 18,50 €

 

Un livre qu'on ouvre et qu'on ne lâche pas.

Ludovic travaille dans l'événementiel, il est fougueux, séducteur, insouciant et est doté d'une grande aptitude au bonheur. Louise travaille dans un centre d'impôts, elle est effacée, solitaire, prudente et a une seule passion, l'alpinisme. Ils se rencontrent, ils s'aiment, mais pour Ludovic, la vie est trop banale, trop monotone à Paris, il faut rompre les habitudes, vivre une aventure et il convainc Louise de faire le tour du monde en voilier.

Les premiers mois sont magnifiques mais le rêve va se fracasser lorsqu’ils décident de faire une petite halte sur une île déserte entre la Patagonie et le Cap Horn, réserve protégée uniquement autorisée aux scientifiques. L'escapade va vite tourner au cauchemar, leur voilier ayant disparu emporté par une tempête.

 

Comment survivre dans une nature hostile avec pour toute nourriture des manchots sur une île où aucun bateau ne vient accoster ? Comment un couple peut-il résister dans un face à face qui renvoie chacun à ses responsabilités et à ses faiblesses ? Jusqu’où l'être humain est-il capable d'aller pour survivre ?

 

Isabelle Autissier nous fait éprouver la peur, la froid, la faim, l'épuisement, la désespérance et aussi l'amour et la haine dans un huit clos terrible. Elle sait décrire la tension psychologique qui monte peu à peu et elle nous amène à réfléchir sur les réactions d'un être humain plongé dans une situation extrême.

Annie

07/09/2015

Le peintre d'éventails

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Le peintre d’éventails

Hubert HADDAD

Zulma, 2013, 17 €

 

Hi-Han retrouve son vieux maître Matabei Reien à l’aube de sa mort, et recueille ses souvenirs, ainsi qu'une précieuse malle à mettre à l'abri.

C'est au fin fond de la contrée d'Atôra, au nord-est de l'île de Honshu, que Matabei, peintre traumatisé par un accident dont il s’était senti responsable, s’était retiré dans la pension de famille de Dame Hison. Spectateur de la vie de cette l’auberge, impliqué parfois dans ses passions,  il trouvait l’apaisement dans son magnifique jardin, "comme un visage tourné vers le ciel". Osaki, le vieux jardinier, l’avait choisi pour lui succéder, et l’avait peu à peu initié au jardin zen et à la peinture d’éventails. A son tour, il avait tenté de transmettre ce savoir à Hi-Han, jusqu’à ce que celui-ci s’éloigne.

"Peindre un éventail, n’était-ce pas ramener sagement l’art à du vent ?" (p.45)

Lorsque toute la région  a été brutalement détruite par le tsunami, la pension couverte de boue et ses habitants morts ou disparus, seul Matabei en excursion sur la montagne des bambous au moment de la catastrophe, s’en est tiré, et refuse d’être évacué. Il a refusé de s’éloigner de l’épicentre de sa vie, la région de Fukushima, pour tenter de sauvegarder ce qui pouvait l’être de l’œuvre du peintre d’éventails. Ses derniers mois ont été tendus par la nécessité de restaurer l’esprit du jardin dans la peinture d’éventails qui le représentait sous tous les angles.

Ce roman d’initiation, très contemplatif et parsemé de haïkus qui font écho à l’œuvre du merveilleux peintre et jardinier, laisse un sentiment puissant de nostalgie devant tant de beauté éphémère, et fait toucher du doigt tout ce que le tsunami a emporté d’intangible avec lui.

Ecrivain d'origine tunisienne de langue française, Hubert Haddad a su rendre admirablement une ambiance japonaise, d'une écriture sobre, évoquant ou suggérant plus qu'elle ne décrit. Entrevue sur France Culture.

Aline

Relire p. 78 le rapport entre éventails et jardin.

10:21 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : japon, zen, tsunami, roman

01/09/2015

La saison des mangues

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La saison des mangues

Cécile HUGUENIN

Ed. Eloïse d’Ormesson, 2015

 

Mira, partie en Afrique pour une mission humanitaire, a disparu. Lorsqu’il faut admettre sa mort, Anita, sa maman, qui a toujours vécu pour sa fille et pour son mari François, désormais interné en hôpital psychiatrique, doit s'inventer une nouvelle vie. Et pour cela se découvrir elle-même. Qui est-elle vraiment, cette femme qui tricote des bonnets personnalisés pour les personnes en chimiothérapie, et qui déteste le blanc au point de couvrir ses œufs au plat de curcuma ?

Elle trouve des forces auprès de son amie Fatou, plein de vitalité, mais aussi beaucoup dans ses souvenirs et ses origines.Sa propre mère, Radhika, était une déracinée, "vendue" à un major anglais qui exhibait sa beauté en trophée, mais s’en était vite lassé. Elle-même, élevée partiellement en Angleterre, partiellement en Inde, avait fini par épouser un Français et appris à aimer "le gris parisien". A son tour, Mira était partie à la découverte d'un autre continent, l'Afrique, où elle se croyait intégrée...

Avec des allers-retours narratifs, l’auteur tisse une légende familiale multiraciale et ouverte, sur trois générations et trois continents, avec des personnages -féminins surtout- qui passent d'une culture à une autre. Dans cette histoire de femmes, Laurent de Laurentis s’est laissé consciemment entraîner. C’est lui qui révèle le destin de Mira, qu’il admirait immensément, et en qui il s’était trouvé une sœur…

Très beau roman facile à lire, plein d'images en couleurs, d'odeurs et de sensations. Les allers-retours narratifs ne nuisent pas à la compréhension et au plaisir de lecture. En effet, comme l'exprime  l'auteur (psychologue) dans cet entretien, "émotions et sentiments se jouent de la chronologie".

Aline

24/08/2015

La variante chilienne

roman,rentrée littéraire

La variante chilienne

Pierre RAUFAST

Alma éditeur, 2015, 18€

Professeur de philosophie, Pascal a loué un gite dans la vallée  reculée de Chantebrie, où il se retire pour l’été avec Margaux, élève de terminale brillante mais mal dans sa peau, réfugiée dans la lecture. Nous apprendrons au cours du roman ce qui la mine, et pourquoi elle a suivi Pascal.

Tout commence par la rencontre entre deux fumeurs de pipe plutôt asociaux, qui se sentent vite des affinités : "Nous avions en commun l’amour du tabac, du vin et de la littérature. Certaines amitiés sont moins charnues."

Intrigué de voir Florin ramasser un caillou en souvenir de leur joyeuse soirée copieusement arrosée, Pascal visite sa collection de cailloux :

"Des dizaines de bocaux étaient alignés sur deux longues étagères. Dans chacun, des cailloux, beaucoup de cailloux.

-          - Voici toute ma vie.

-          -

-         - Chaque bocal contient les souvenirs d’une année. Ça commence en 1971, j’avais dix-huit ans. Tu as trente-neuf bocaux comme ça. J’ai eu cinquante-neuf ans en mai dernier….

J’étais stupéfait. Quatre mille souvenirs dormaient là, à l’extérieur de sa tête. Une vie. Une existence. Des femmes possédées, des amis retrouvés, des morts regrettés, des bouteilles homériques ; toutes ces choses auxquelles il tenait se trouvaient là, devant moi, bien rangées dans des bocaux.

-          - Je te montre…

Il ouvrit le pot 1998, plongea sa main à l’intérieur, fit rouler quelques cailloux, pour finalement en sortir un, l’air satisfait. Un bout de gravier. Un simple caillou blanc, insignifiant.

-          - Tu disais que tu voulais connaître l’histoire de la piscine-potager ?"

A partir de là, l’auteur égrène les cailloux-souvenirs, multipliant les récits hauts en couleurs : partie de cartes épique ("capateros" selon la variante chilienne, d’où le titre) de trois jours, histoire d’Etienne de Vignolles, dit La Hire, valet de cœur de Jeanne d’Arc, récolte de noix à l’hélicoptère, détrousseurs de pompes funèbres, village resté sous la pluie pendant si longtemps que ses habitants en avaient oublié l’existence du soleil, etc.

Cette imagination fertile est à la fois ce qui fait le charme du livre et sa faiblesse. Chaque anecdote, contée dans une langue imagée et percutante, emporte le lecteur. L’écriture est adroite, garnie d’humour et de références littéraires. Par contre, le récit central, fil conducteur, s’effiloche, manque de profondeur et perd de sa force. 

N’en reste pas moins un grand plaisir de lecture procuré par une langue inventive et un sens de la formule :

Pascal : "L’été, je mets ma peau en jachère, je la laisse se reposer. Au bout d’une semaine, ma barbe a poussé. Alors, je suis content. Au bout d’un mois, de grosses boucles blanches se forment. Là, je suis tout à fait heureux. Mes talents de philosophe décuplent. Je suis le Samson de la barbe blanche. A la rentrée des classes, je me rase. Je redeviens le professeur fatigué qui tourne la meule du savoir."

Devant la collection de deux-cent-soixante–dix-sept pipes : "Les efforts inouïs de l’homme pour son agrément compensent ceux qu’il fait pour se détruire".

Florin : "Désolé, ma cave est très modeste. Le vin, je le bois. C’est dans mes globules qu’il se conserve le mieux."

Et la scène d’anthologie où les deux hommes  font "Sus aux verts luisants !" (je ne vous dévoilerai ni pourquoi, ni comment…).

à lire avec le sourire :)

Aline

27/04/2015

La lune seule le sait

Roman, science-fiction, uchronieLa lune seule le sait

Johan HELIOT

Gallimard (Folio SF), 2003.

 

1889, apparition d’une nef cosmique dans le ciel de Paris. Dix ans plus tôt, les extraterrestres ont conclu une alliance avec le Président Badinguet. Maîtrisant parfaitement le domaine biologique et son évolution, les Ishkiss ont besoin des techniques humaines de maîtrise des machines. Le mélange des deux compétences permet d’obtenir des êtres hybrides (par exemple mi luciole, mi vaisseau). Mais cette science fabuleuse est monopolisée par le tyrannique Louis Napoléon III, qui l’utilise pour opprimer le peuple et réprimer toute contestation.

La résistance est menée par les intellectuels, à partir de l’île de Guernesey. Louise Michel s’est volontairement laissée déporter au bagne sur la lune, afin de découvrir ce qui se trame dans les souterrains de la Cité Sélénite. A son tour, Jules Verne est envoyé observer la Base Cyrano, site de décollage de vaisseaux interstellaires en cours de réalisation, fruit de la collaboration entre humains et Ishkiss. Pour les résistants, Verne est le dernier rempart contre les dangereux projets de Napoléon.

Qui d’autre que lui aurait pu appréhender l’inconcevable ? Qui, sinon l’homme qui avait défié les limites de l’imaginaire à longueur de page des années durant ?"

L’auteur s’est régalé avec cette uchronie réjouissante, mettant en scène des intellectuels du Second Empire, que le lecteur reconnaîtra (ou pas, ce qui ne nuit en rien à la lecture) : Jules Verne bien sûr, mais aussi Thomas Edison, Hetzel, Victol Hugo, Juliette Drouet,… sans parler des références à l’œuvre de Cyrano de Bergerac. La résistance à la tyrannie et les aventures des héros sont narrés dans un style qui n’est pas sans rappeler Jules Verne lui-même, et l’ensemble du livre m’a semblé un vibrant hommage à cet auteur.

Prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone. Suivi de deux autres uchronies, situées à des époques différentes, avec des personnages/intellectuels de leur temps : Léo Malet dans La lune n’est pas pour nous, et Boris Vian dans La lune vous salue bien….

Aline