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11/07/2013

Bacha Posh

Histoire d’une fille-garçon en Afghanistan.

Dans les familles afghanes, la transmission des biens se fait par les hommes, qui peuvent seuls travailler et sortir. Ne pas avoir de fils est une honte. Aussi est-il admis qu'une famille fasse passer une de ses filles pour un garçon. C'est le cas de l'héroïne, Farrukhzad, que ses parents ont –du jour au lendemain- fait passer pour Farrukh, un garçon, et qui a vécu une vie libre, avec ses amis, se passionnant pour l'aviron où elle est barreur. Elle cache sa féminité aussi longtemps que possible. Hélas, à 15 ans, alors qu'elle entraîne durement son équipe pour accéder pour la première fois à des compétitions internationales, elle a ses règles et ses parents l'obligent à tout abandonner. C'est sa petite sœur, totalement désemparée, qui devient le fils de la maison, tandis que l'héroïne reprend la burka ! Dotée d’une forte personnalité, elle se bat pour continuer l’aviron…

 

"Je ne veux pas me morfondre dans mon coin en maudissant le sort. Je n'aime pas ce rôle. Je vais donc continuer à me battre. Voilà mon identité : lutter. Mon identité, c'est de persévérer, non pas d'être un garçon ou une fille…"

 

roman,afghanistan,identité,sportBacha Posh

Charlotte Erlih.- Actes Sud, mars 2013. (Romans ado)

13.50 €

 


Afghanistan, identité (genre), sport

 

09/07/2013

Ce que je peux te dire d'elles

Il s’agit d’une histoire de femmes, de sœurs, de mères, une tribu  de femmes émancipée,  en même temps que celle d’une histoire familiale, racontée par Blanche ; qui tente d’en retisser et renouer les fils,  lorsqu’ elle apprend la naissance de son petit fils.

 

C’est l’histoire de ce petit monde quasiment exclusivement féminin, des années 1950 à nos jours, que les hasards de la vie ou des choix personnels ont conduit à vivre ensemble et à se serrer les coudes. Sous leur apparente fragilité et leur tendresse, se  cachent  cependant des sentiments violents.

 

J’ai aimé ce livre et en particulier sa couverture avec ses bobines de fils  qui annonce  bien  l’image de ces fils que la narratrice tente de retisser et/ou peut être également la maison de haute couture tenue par l’une d’entre elles.

 

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Anne Icart

Ed. R.Laffont, janvier 2013, 19 €

                                                                                           Marie France

01/07/2013

man

"Je m'appelle Mãn, qui veut dire "parfaitement comblée" ou "qu'il ne reste plus rien à désirer", ou "que tous les vœux ont été exaucés". Je ne peux rien demander de plus car mon nom m'impose cet état de satisfaction et d'assouvissement. Contrairement à la Jeanne de Guy de Maupassant qui rêvait de saisir tous les bonheurs de la vie à sa sortie du couvent, j'ai grandi sans rêver."

 

La vie de Mãn et celle de sa maman sont évoquées par petites touches : des destinées de femmes discrètes jusqu'à l'effacement, qui s'expliquent par la vie de sa maman au Vietnam. De sa "mère froide" (belle-mère) sa maman a surtout appris à devenir souple, indécelable, voire invisible, ce qui lui a servi pendant la guerre civile où elle s'est retrouvé sous la coupe des révolutionnaires, et a pris le nom de Nhẫ = patience.

 

Mãn est mariée, pour son bien et sa sécurité, à un Vietnamien émigré à Montréal, qui tient un restaurant.

"Maman a su nous offrir une vie calme, toujours sous la vague. J'ai retrouvé cet espace entre deux eaux à Montréal, dans la cuisine de mon mari. Les mouvements de la vie extérieure étaient mis à l'écart par le bruit constant de la hotte, le temps était marqué par le nombre de commandes…"

 

Le restaurant réunit la diaspora Vietnamienne à Montréal, nostalgique des saveurs du pays, à qui Mãn prépare des repas typiques inspirés de ses souvenirs. "En quelque mois, ces clients, qui venaient seuls au début, ont commencé à arriver accompagnés d'un collègue de travail, d'un voisin, d'une amie. Plus les gens attendaient dans l'entrée, puis à l'extérieur, sur le trottoir, plus je passais mes nuits dans la cuisine."

 

Encouragée et aidée par son amie Julie, Mãn sort peu à peu de sa cuisine, donne des cours de gastronomie, voyage et s'ouvre aux sentiments. C'est la transformation d'une chenille en papillon, au rythme des saveurs raffinées des plats vietnamiens.

 

Comme dans son roman précédent, , l'auteur réunit puissance évocatrice et sobriété, et charme le lecteur par sa capacité à peindre précisément caractères,  ambiances et saveurs en peu de mots.

Les retours en arrière compliquent parfois la compréhension du récit, mais l'enrichissent d'un regard sur le passé.

 

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Kim Thúy

Editions L. Levi, mai 2013, 143 p., 14.50 €

19/06/2013

L'ombre douce

Vers la fin de la guerre d’Indochine (1954) à Hanoï, Mai fait partie des jeunes filles annamites que les religieuses envoient aider les infirmières à l’hôpital Lanessan. C’est là qu’elle rencontre Yann, soldat originaire de Belle-Île, engagé dans l’armée dans « l’espoir de voir autre chose, des pays et des gens inconnus. »

 

« La première chose qu’il se rappelait lui avoir demandée, c’était ce que voulait dire son nom, une question stupide, elle avait dit – Mai, c’est pour Hoàng Mai, la fleur jaune d’abricotier. A l’époque du Nouvel An, les Annamites en coupaient des branches pleines de bourgeons pour les faire éclore dans leur maison, présage de bonheur toute l’année. »

 

Très vite, les journées des jeunes gens tournent autour de la visite à l’hôpital de Mai, qui tente de garder le soldat loin du front aussi longtemps que possible :

« Il fallut un certain temps à Yann pour se rendre compte que son bandage était bien plus large que nécessaire, que la solution désinfectante était appliquée avec peu d’économie et que les visites de la jeune fille devaient être attribuées autant à la gravité de la blessure qu’il avait reçue qu’à celle qu’il avait faite dans son cœur ».

 

Mais ces heures suspendues, sous le regard bienveillant du Père Portier,  n’ont qu’un temps. Mai est confrontée au choix de sa famille d’un époux pour elle, puis Yann est renvoyé dans son bataillon à Diên Biên Phu…

 

Ce roman court, à l’écriture sobre, est entrecoupée par quelques poèmes

Vienne le vert été

-Ne soyons

pas séparés

 

Joie si douce

de l’aurore

-son regard clair

 

Tes mains

couleur de miel

et du soleil mourant

 

Transperce

jonquille claire –

l’âme de la beauté

 

vietnam

L’ombre douce

Hoai Huong Nguyen

Ed. V. Hamy, janvier 2013, 155 p., 15 €

18/06/2013

Indigo

Indigo comme la couleur du ciel avant l’orage…

Un festival culturel attire en Inde quelques intellectuels français pendant une semaine. Leur découverte de l’Inde reste très superficielle, ce qui ne surprend pas puisqu’ils évoluent dans un milieu très protégé. Ils voyagent dans une Inde tendue (après les attentats de Bombay) où les quartiers pour touristes se trouvent sous haute surveillance et où pourtant tout peut arriver.

 

Les attirances et les rejets, physiques ou intellectuels, sont exacerbés par la chaleur, et la responsable de l’Alliance Française a bien du mal à  organiser ses débats et ses rencontres culturelles !

 

Les personnages, même le brillant Roland, ont tous leurs faiblesses, dévoilées avec tendresse par l’auteur. Cette semaine « différente »,  ainsi que les rencontres inattendues qu’elle procure,  va leur permettre de porter un regard différent sur leur vie.

 

indeIndigo

Catherine Cusset

Gallimard, 2012, 307 p., 19,90 €

13:29 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inde, roman

11/06/2013

Quand Dieu était un lapin

roman,souvenirs d'enfanceLa narratrice, Eleanor, dite Elly, née en Angleterre en 1968, égrène ses souvenirs. Elle est surtout tournée vers son enfance, entourée de parents parfois distraits, mais affectueux et droits, et Joe, son frère, très protecteur. Elly n'a pas tellement d'amis, si ce n'est son lapin, modestement nommé Dieu, et l'originale Jenny Penny, qui est capable d'arriver des heures en retard "à cause de ses cheveux" et diffuse toujours une vague odeur de chips.

 

Une tante gaie et gay, un locataire dandy vieillissant et son excentrique amie Ginger forment le second cercle de cette famille soudée. Comme Jenny Penny, Charlie, le très cher ami de Joe, apparaît et disparaît selon les circonstances, mais fait parfois  cruellement défaut quand on aurait besoin de lui.

 

Tous ces souvenirs semblent  juxtaposés, en tranches de vie  tantôt anecdotiques, tantôt intenses, souvent touchantes. Cependant, j'ai regretté un certain manque de construction, qui donnerait un sens au roman. Ou bien la vie n'est-elle que cela : une succession de moments plus ou moins heureux ou dramatiques… ?

 

Coup de cœur de Marjolaine. Pour moi, c'est un roman doux-amer, qui laisse un goût nostalgique. Aline

 

Quand Dieu était un lapin

Sarah Winman

Flammarion, avril 2013, 363 p., 19.90 €

Traduit de l'anglais "When God was a rabbit" par Mathilde Bouhon

04/06/2013

Ce qu'il advint du sauvage blanc

roman,australieAu milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, matelot sur la goélette Saint-Paul, s'éloigne un peu trop du groupe de marins parti à la recherche d'eau potable, et est abandonné sur une plage déserte d'Australie. Vingt ans plus tard, il est découvert par des marins anglais, et ramené de force à Sydney. Nu, tatoué, il a totalement perdu les usages "civilisés" et ne parle plus que la langue des "sauvages".

Octave de Vallombrun, riche correspondant de la Société française de Géographie, le recueille et se passionne pour ce sujet d'étude scientifique : un sauvage blanc.

 

Les chapitres alternent régulièrement entre l'histoire de Narcisse et les rapports envoyés par  Vallombrun au président de la Société de Géographie, 20 ans après.

 

Le lecteur apprend comment Narcisse a été abandonné sur la plage, désespéré et totalement démuni, puis comment il a survécu en intégrant –bien malgré lui-  une tribu d'aborigènes qui le recueille comme un enfant.

 

Parallèlement, Vallombreuse relate son retour forcé à la civilisation.  Totalement accoutumé à la vie sauvage de sa tribu, il a oublié jusqu'à son nom français. Il est maintenant Amglo, et ne comprend pas les usages auxquels on veut le contraindre : vêtements, pudeur, etc. Vallombreuse lui réapprend le français, et s'intéresse à sa vie dans la tribu, espérant en tirer un traité scientifique instructif. Cependant malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à lui extirper de renseignements sur sa vie "sauvage".  Refus de la part du matelot, ou impossibilité de faire coexister en lui Narcisse et Amglo ? Le lecteur a la sensation que  Narcisse est déchiré entre deux mondes si différents qu'ils ne sont pas compatibles, ni même concevables l'un pour l'autre.

 

L'auteur a su rendre toute la bonne volonté de Vallombreuse, qui  parfois semble à deux doigts de comprendre vraiment Narcisse, mais son éducation et les pressions extérieures l'empêchent d'admettre ce que le lecteur d'aujourd'hui pressent.

A part l'impératrice -dotée de toutes les vertus- la société, étriquée,juchée sur ses certitudes, et cherchant surtout à satisfaire ses propres intérêts, ne comprend absolument pas la quête de Vallombreuse, ni le "cas" de Narcisse !

 

Ce roman d'aventures, robinsonnade doublée d'une approche ethnographique et psychologique intéressante, est inspiré d'une histoire vraie. C'est aussi un grand plaisir de lecture.

 

Ce qu'il advint du sauvage blanc

François Garde

Gallimard, février 2012, 21.50 €

Prix Goncourt du 1er roman

01/06/2013

La 5e vague

roman,science-fictionRécit d'une irrésistible et cruelle invasion d'extraterrestres.

Le problème, c'est que ces extraterrestres ont pris le temps d'observer les humains et savent où et comment frapper.

 

Cassiopée, l'une des dernières survivantes, raconte l'invasion, vague par vague :

-          la première vague, une impulsion magnétique, a stoppé définitivement tout appareil mécanique, électrique ou électronique, causant de multiples accidents et mettant un terme aux communications ;

-          la deuxième vague a fait trembler la terre, causant une immense déferlante et faisant disparaître toutes les villes côtières ;

-          la troisième vague a répandu un terrible virus mortel, la Peste Rouge, exterminant la plupart des humains restant ;

-          la quatrième vague est celle des silencieux. Les humains éparpillés tentent de survivre, tant bien que mal, ou se regroupent en guérillas.

Cassie, elle-même,  vit cachée dans la forêt après avoir perdu tous les membres de sa famille. Sa seule raison de se battre est la promesse qu'elle a faite à son petit frère Sammy de le retrouver. Survivre, c'est tuer ou être tuer, ne faire confiance à personne car les aliens, les Autres, ont pris une apparence humaine !

 

Le narrateur varie. Selon les chapitres, nous suivons les aventures de Cassie, d'Evan, ou des enfants soldats,  Zombie, Ringer, Nuggets et les autres… entraînés  à tuer dans un camp militaire… qui tient aussi du camp d'extermination.

Malgré la cruauté des situations, le lecteur suit avec avidité les aventures des jeunes héros, les rebondissements, trahisons… et histoires d'amour ! L'écriture est efficace, imagée. Le récit est facile à suivre malgré les nombreux flashbacks.

 

Moi qui prévoyais de m'ennuyer avec un livre "déjà vu", j'ai vite changé d'avis : c'est  un très bon roman haletant de SF pour jeunes adultes, annoncé comme une trilogie (tome 2 à paraître en mai 2014).

 

La 5e vague

Rick Yancey, R. Laffont (collection R), 2013, 18.50 €

Traduit de l'américain The fith wave par Francine Deroyan

11/03/2013

Quand j'étais cagibi

Amy est devenue « cagibi » un vendredi où personne ne l’écoutait : elle est allée s’enfermer dans le cagibi pour bouder, en espérant qu’on viendrait la supplier de sortir… mais ses parents ont continué leurs activités sans trop s’inquiéter de ce caprice. Alors elle a décidé d’y rester indéfiniment, s’occupant comme elle peut, se nourissant de sauce bolognaise et autres conserves. Pour une fois, elle est soutenue par sa grande sœur.

Le roman, au ton très juste, relate avec humour ses humeurs fluctuantes, son imagination, son interprétation des bruits de la famille qui parviennent jusqu’à elle. Les enfants de CM1 ont été captivés par cette histoire, pourtant dépourvue d’action (et peut-être longue d’un chapitre de trop ?). L’identification au personnage principal est facile, et la chute a beaucoup plu !

Quand j'étais cagibi.gifQuand j’étais cagibi
Hélène Gaudy

illustrations d’Emilie Harel

Le Rouergue, collection Zig zag

février 2013, 7€

22/02/2013

La singulière tristesse du gâteau au citron

roman,famille,goûtRosie, fillette de 9 ans épanouie, grandit dans une famille normale de la banlieue de LA. Son père est un bon soutien de famille, fiable, mais souvent accaparé par son travail et assez peu attentionné. Son grand frère, un ado ronchon plutôt renfermé et intello, ne veut pas de sa sœurette dans les pattes. Sa mère, chaleureuse, se passionne régulièrement pour des travaux manuels où elle excelle.

 

"Au cours des six derniers mois, elle avait transformé un fraisier en plante grimpante, cousu entre elles de vieilles dentelles pour en faire des napperons, et dans un accès de motivation, installé une porte en chêne servant d'entrée latérale à la chambre de mon frère… Mon gâteau d'anniversaire était son dernier projet en date puisqu'il s'agissait non pas d'une préparation en sachet mais d'une recette faite maison –avec farine, bicarbonate de soude et goût citronné….et l'odeur qui avait envahi la cuisine avait été terriblement grisante. En clair : la bouchée que j'avais avalée était délicieuse. Un biscuit au citron, léger, encore chaud, enrobé d'un glaçage bien froid au chocolat très noir."

 

A cet instant la vie de Rose bascule. A chaque bouchée, sous le goût des ingrédients : absence, faim, spirale, vide… le gâteau préparé avec amour par sa maman a un goût de vide ! Désormais, Rose ressent précisément les sentiments éprouvés par la personne qui prépare la nourriture, à un point terriblement embarrassant ! Il lui faut apprendre à vivre avec ce don qui se révèle être une souffrance. De plus, elle découvre peu à peu qu'elle n'est pas la seule dans la famille à posséder un pouvoir, et à essayer s'y adapter… certains étant même plus handicapant que le sien.

 

Porté par une belle écriture, le récit est original. Mais sous une surface  d'humour et de fantaisie, cette histoire se montre finalement assez fantastique et sombre. Le lecteur se laisse captiver, mais pas un instant il n'envie à Rose son talent exceptionnel !

 

Critique de Philippe Chevilly dans Les Echos :

Aimee Bender détourne habilement le mythe américain des super-héros. Les dons des Edelstein ne sont pas de nature à sauver le monde, ou à rendre invincibles et heureux ceux qui les possèdent. Ils permettent juste de voir le monde autrement. A travers des yeux extraterrestres, apparaissent plus crûment l'absurdité d'une société fissurée de toute part et les désespoirs des hommes.

Ce roman hors norme offre aussi une belle réflexion sur la différence : comment être, vivre, s'épanouir autrement, sans rompre avec ses semblables...

 

La singulière tristesse du gâteau au citron

Aimee Bender, éd. de l'Olivier, 2013, 343 p., 22.50 €. Traduit de l'américain "The particular sadness of lemon cake" par Céline Leroy