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08/10/2018

Bouillon de rentrée littéraire... mais pas que !

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Paul AUSTER

Actes Sud, 2018

Selon la légende familiale, le grand-père Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec 100 roubles cousus dans la doublure de sa veste, eut moultes aventures avant d’arriver enfin aux Etats Unis, où il fut rebaptisé Ferguson à Ellis Island. A partir de là, l’auteur invente 4 trajectoires pour le même personnage… dont le destin change en fonction de son environnement et de l’influence des évènements. Au travers de ces 4 variations biographiques, l’auteur retrace l’histoire des Etats-Unis.  Ambitieux et intéressant.

 

roman,roman étranger,roman adoKhalil

Yasmina KHADRA

Julliard, 2018

Récit d’un jeune de Molenbeek radicalisé, venu à Paris en 2015 pour semer la terreur. Yasmina Khadra propose une approche psychologique du sujet en se mettant dans la tête d’un kamikaze. Ses rapports aux autres, à la mère de cet ami… Dérangeant et captivant, du grand Khadra !

 

roman,roman étranger,roman adoUn monde à portée de main

Maylis de KERANGAL

Verticales, 2018

Une jeune fille, indécise sur son avenir après le bac, s’inscrit dans une école de copiste. S’ensuivent ses années d’école, puis ses travaux à Rome à Cinecita, dans la grotte de Lascaux,… Maylis de Kerangal nous offre une plongée détaillée dans la peinture et le métier de peintre en décors. A son habitude, son roman est extrêmement documenté et précis. Vous ne regarderez plus les fresques de la même façon !

 

roman,roman étranger,roman adoMille petits riens

Jody PICOULT

Traduit de l’américain « Small Great Things » par Marie Chabin

Actes Sud, 2018

Plaçant son récit dans les Etats Unis d’aujourd’hui, l’auteur raconte la communauté blanche bien-pensante, et les pensées de ceux qui ne se croient pas racistes – pas si claires vis-à-vis des noirs. Alternant entre trois personnages, le roman en suit l’évolution : une sage-femme noire professionnelle et appréciée ; un suprématiste blanc qui refuse qu’une soignante noire s’occupe de son bébé ; une avocate blanche. Facile à lire.

 

roman,roman étranger,roman adoChanger l’eau des fleurs

Valérie PERRIN

Albin Michel, 2018

Violette Toussaint vient de l’assistance publique. Elle a été garde-barrière, puis gardienne de cimetière, chargée de l’entretien des tombes et de l’accueil des familles. Une leçon de courage et de résilience, avec des personnages tout simples mais très bien racontés. (Par l’auteur de Les oubliés du dimanche, qui se passait en maison de retraite).

 

roman,roman étranger,roman adoLes meilleurs amis du monde

Gilly MacMILLAN

Les Escales, 2018

Noah et Abdi sont amis depuis l’enfance, bien qu’issus de milieux différents : Noah vient d’une bonne famille BCBG anglaise, tandis qu’Abdi est réfugié Somalien. Lorsque le corps de Noah est repêché dans un canal de Bristol, Abdi est soupçonné, mais il ne peut (ou ne veut) rien dire. On voit progresser deux familles qui n’ont rien en commun dans leur recherche de vérité. Très bien écrit.

 

roman,roman étranger,roman adoLe magasin jaune

Marc TREVIDIC

J.C. Lattes, 2018

En 1929, un jeune couple ouvre une boutique de jouets dans le quartier de Pigalle. Repeint d’un jaune éclatant, le magasin est rayonnant, et propose de beaux jouets du Jura. La petite fille du couple devient la mascotte du quartier. Vie du quartier avec ses hauts et ses bas jusqu’après la guerre.

 

roman,roman étranger,roman adoLe peintre d'aquarelles

Michel TREMBLAY

Actes Sud, 2018

Marcel a passé plus de 50 ans dans un hôpital psychiatrique au fond des Laurentides. Depuis des années, il peint à l'aquarelle, sur les conseils de son médecin : les montagnes menaçantes qui l'entourent, mais aussi la mer, qu'il n'a jamais vue. Le roman est son passage à l'écriture, dans un essai de journal intime. Il y écrit de très belles pages sur la peinture, de la préparation du papier à la réalisation de ses aquarelles, et s'essaie à comprendre sa vie. Enfant épileptique, sujet à des crises de schizophrénie, il avait été enfermé après avoir mis le feu aux cheveux de sa mère... Avec la douceur des teintes d'aquarelle, le récit émouvant d'une vie confisquée par les médicaments, consacrée à la peinture. (Se lit seul, mais peut aussi être intégré à la saga des Desrosiers).

 

roman,roman étranger,roman adoLe pays des contes

Chris COLFER

M. Lafon, 2016 à 2018

Alexe et Connor sont des jumeaux très différents. Alexe aime les livres, tandis que Connor –peu scolaire- a beaucoup d’amis.  Depuis le décès de leur père, il y a un an, leur mère travaille dur. Leur grand-mère est conteuse dans les hôpitaux. Un jour, les jumeaux se retrouvent projetés dans le livre des contes, où les histoires sont en fait bien différentes des versions que nous connaissons. Enfermés de l’autre côté, il leur faut réunir 8 objets magiques éparpillés dans les villes des différents personnages.  Aventure, humour et émotion sont au rendez-vous dans cette série pour ados. (Série en cours, mais chaque tome est clos.)

 

roman,roman étranger,roman adoFrappe-toi le cœur

Amélie NOTHOMB

Albin Michel, 2017

Alfred de Musset : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie ». Une jolie fille qui a tout pour elle épouse un pharmacien, puis vit mal la perte de sa jeunesse lorsqu’elle devient mère. La narratrice, sa fille, est détestée par sa mère narcissique et jalouse. Le récit s’attache à l’évolution des trois enfants, conditionnée par leur relation à la mère, que ce soit l’excès ou le manque d’amour. Relations humaines, rivalités, manipulations… et retournement en fin de roman. Un bon Nothomb.

 

roman,roman étranger,roman adoBakhita

Véronique OLMI

Albin Michel, 2017

Fin du 19e siècle. Une fillette soudanaise, raflée par des esclavagistes, va vivre un destin incroyable –avec des moments très durs. Ses pérégrinations l’emmèneront jusqu’en Italie. Après la perte de sa langue maternelle, et la perte de son identité, la religion l’aidera à se réaliser. Le style colle très bien à l’histoire et aux émotions, par son choix de mots et de phrasé. Très beau récit émouvant, inspiré de la vie de Joséphine Bakhita, canonisée par Jean-Paul II en 2000.

 

roman,roman étranger,roman adoCelui qui va vers elle ne revient pas

Shulem DEEN

Globe, 2017

Essai, ou roman autobiographique. L’auteur vient d’un Shetl, communauté juive hassidique traditionnelle près de Brooklyn. Tenté par la radio, internet et une émancipation vis-à-vis du groupe, le narrateur raconte aussi comment ceux qui sortent de ces communautés soudées en sont bannis et se retrouvent déconnectés, esseulés.

 

roman,roman étranger,roman adoUn jour, tu raconteras cette histoire

Joyce MAYNARD

P. Rey, 2017

Joyce Maynard retrace ses années de bonheur avec son mari Jim, rencontré à 55 ans, leur complicité, et leur douloureux chemin ensemble lorsque Jim est atteint d’un cancer du pancréas.

 

roman,roman étranger,roman adoL’homme de ma vie

Yann QUEFFELEC

Guérin, 2017

L’auteur parle de sa relation difficile à son père, l’écrivain Henri Quéffelec, dont il a toujours essayé de capter l’attention et l’amour. Sensible et sympathique.

 

roman,roman étranger,roman adoGuide des égarés

Jean d’ORMESSON

Gallimard, 2016

Le regard de l’écrivain sur l’humanité. Belle écriture et philosophie sans en avoir l’air.

 

 

 

31/07/2018

Bouillon de biographies

biographieJournal d’Irlande

Carnets de pêche et d’amour, 1977-2003

Benoîte GROULT (1920-2016)

Grasset, 2018

Benoîte Groult et Paul Guimard (son 3e mari) avaient une maison au bord de l’océan, où ils allaient l’été pour pêcher.  Blandine de Caunes a repris et entremêlé les écrits irlandais de sa mère : carnets de pêche au jour le jour ; et journaux intimes, tenus pendant 23 étés, retraçant sa relation avec son mari qui vieillit mal, et avec son amant américain Kurt, avec lequel elle vit une intense passion charnelle depuis les années 1960. La journaliste et romancière, féministe, forcenée de la vie, célèbre aussi l’Irlande, et relate d’une plume acérée les visites d’amis célèbres –de François Mitterrand aux Badinter. C’est un plaisir de retrouver cet auteur.

 

biographieJe ne serais pas arrivée là si…

Annick COJEAN

Grasset, 2018

Journaliste au Monde, l’auteur a lancé ce début de phrase à des femmes connues, qui ont accepté de l’approfondir. Ce livre regroupe donc 27 micro-biographies, tranches de vie de personnes fascinantes aussi variées que Patti Smith, Asli Erdogan ou Christiane Taubira. Les rapports à la mère et à l’instruction sont des thématiques récurrentes.

 

biographieGlaneurs de rêves

Patti SMITH (1946- )

Gallimard, 2014

Un soir de blues, Patti Smith a couché sur le papier ses beaux souvenirs d’enfance. Dans ce court récit autobiographique, elle évoque la petite fille qu’elle était, très jeune déjà passionnée d’écriture. Lecture lumineuse.

 

biographieCette année les pommes sont rouges

Georges et Laurent GERRA

Flammarion, 2015

"C'était la drôle de guerre de mon grand-père". Laurent Gerra adorait son grand-père, mort quand il avait une dizaine d’années. Il a repris le carnet que celui-ci a rédigé pendant la guerre, témoignage de la « drôle de guerre » de 1939, la débâcle, la résistance. Les chapitres courts et factuels rendent très vivants ces moments de l’histoire de notre pays.

 

biographieDu Sahara aux Cévennes

Itinéraire d'un homme au service de la Terre-Mère

Pierre RABHI (né en 1936 en Algérie)

Albin Michel, 2002

Originaire du même village Algérien que Yasmina Khadra, Pierre Rabhi a grandi auprès de son père forgeron, « le protecteur », ou « le pilier », qui se retirait parfois pour jouer du luth. Il évoque  son enfance dans une famille très musulmane, et ce qui l’a marqué : l’école coranique, le désert « J’écoute le désert ne rien dire », les étoiles, le soleil les jours de canicule, la cérémonie du thé, le bruit de balancier du puits... et l’arrivée des premiers Européens à la recherche des « cailloux noirs » (charbon). Eduqué ensuite à l’occidentale, et séjournant chez des roumis, il lui devient de plus en plus difficile de retrouver sa place au douar. « Les deux civilisations me tiennent par la main et dialoguent par-dessus ma tête ». Immigré en France, il parvint en compagnie de sa femme à exploiter une petite ferme cévenole, réalisant ainsi son rêve de retour à la terre. Fort de cette réussite, il travaille depuis  à transmettre son savoir-faire agronomique et à inaugurer une autre éthique dans les échanges internationaux. pionnier d'une révolution écologique tranquille s'adresse aussi bien aux hommes en lutte contre la désertification de leurs terres qu'à ceux qui découvrent la désertification de leur âme

 

biographieLe courage de dire non

Conversations et entretiens, 1963-2007

Mario RIGONI-STERN

Les Belles Lettres, 2018

Série d'entretiens avec l'auteur, vers la fin de sa vie. On réalise grâce à ce livre que tous ses récits sont authentiques, inspirés de sa vie. Né à Asiago, dans une famille aisée, Rigoni Stern était un amoureux de la nature, un chasseur, doté d'une grande sensibilité, et toujours partisan de la paix.

 

biographieMariage en douge

Ariane CHEMIN

Ed. des Equateurs, 2016

A l'automne 1963, Romain Gary et Jean Seberg se sont mariée en douce, en Corse, après la naissance de leur enfant. Ariane Chemin, grand reporter, a retrouvé le dernier témoin de ce mariage, organisé par le Renseignement militaire français. Une biographie très vivante de gens morts, bien intégrée à son époque d'après-guerre.y

 

biographieLes rêveurs

Isabelle CARRE

Grasset, 2018

Récit d'une enfance dans les années 1970, au coeur d'une famille bohème, avec des parents fragiles. « Au pied de l’arc en ciel se dissimule toujours un trésor », nous répétait mon père. Notre univers avait la texture d’un rêve, oui, une enfance rêvée, plutôt qu’une enfance de rêve. »

Ce récit évoque peu la carrière de l'actrice, mais offre une réflexion sur ce qui la sous-tend.

"Notre vie ressemblait à un rêve étrange et flou, parfois joyeux, ludique, toujours bordélique, qui ne tarderait pas à s’assombrir, mais bien un rêve, tant la vérité et la réalité en étaient absentes. Là encore, et malgré la sensation apparente de liberté, il fallait jouer au mieux l’histoire, accepter les rôles qu’on nous attribuait, fermer les yeux et croire aux contes." 

"Pour rien au monde je ne renoncerais au plaisir d’être si bien cachée derrière mon maquillage et les costumes d’un personnage. Puisque tout est vrai, et que les acteurs « font semblant de faire semblant », comme l’écrit Marivaux... Et si c’était la solution, s’inscrire dans un cours de théâtre, accepter que ça déborde ? Il y aura la sécurité du cadre, du cadre de scène, ou celui défini par la caméra, pour contenir, autoriser, et même encourager ce qui, dans la vie courante, est toujours en trop."

"L’émotion est pénible au quotidien, embarrassante. Les mains qui tremblent, les maladresses, tout prête à rire, ou dérange. Je pense à ma mère qui traverse sa journée sur un fil, dans un équilibre précaire, essuyant avec lassitude les reproches qui pleuvent, alors que sur un grand écran, les spectateurs considéreraient peut-être sa fragilité comme un supplément d’âme, une sensibilité un peu naïve qui leur rappellerait celle d’une Mia Farrow… Tout se transorme quand on va au cinéma : la folie de Romy Schneider devient grandiose, le mal-être de Patrick Dewaere bouleversant, le filet de voix de Charlotte Gainsbourg touchant, la fébrilité de Nastassja Kinski sensuelle…"

 

29/07/2018

La fille à histoires

bibliographie,amour maternelLa fille à histoires

Irène FRAIN

Seuil, 2017, 250 p., 18 €

Par courts chapitres, Irène Frain livre un récit d’enfance, en lien avec sa vocation d’écrivain.

C’est tout d’abord le récit simple et touchant d’un amour fou pour une mère, hostile dès la naissance, qu’elle cherche à comprendre.

"Impossible de douter de la vocation des femmes à la maternité... La vraie femme a des enfants et les mères sont dotées d’un instinct qui leur commande de se vouer corps et âme à leur progéniture, jusqu’au sacrifice de leur vie. A moins, évidemment, d’être un monstre. Ma mère, je trouve, a beaucoup de courage. A sa sortie de l’hôpital, quand elle franchit le seuil de son enfer domestique, elle décide de tout mettre en œuvre pour aimer sa petite dernière. Jamais on ne dira d’elle qu’elle est une « mauvaise mère ». Elle oublie que l’amour ne se décrète pas. Et qu’il ne souffre pas la contrefaçon. Il y aura donc des ratés."

C’est aussi le récit d’une enfant  "vivace, pas facile à mourir". Une  résiliente, plus libre que ses sœurs peut-être, dont les résultats scolaires font la fierté de son père, qui espère la voir "monter jusqu’à prof",  et qui très tôt décide "je vais partir d’ici".

L’auteur enfin fait le lien entre cette enfance et sa vocation au rêve. Sa mère avait un don naturel pour les histoires, affutées autour des « jus entre voisines» servi dans les verres en Duralex, à même la toile cirée. "Ce qu’elle disait, c’était du roman à l’état natif... Quand je repense à ces après-midi, je me vois toujours cachée sous la table… J’ai été, je pense, la plus attentive, celle qui buvait, en même temps que ses paroles, ses silences. Quelque chose me soufflait qu’avec « eux, j’aurais accès à son secret et, du même coup, à la clé qui me ferait aimer d’elle. Il suffit que je les écrive, ces colliers de mots, pour qu’instantanément je me retrouve dans la peau de la petite fille qui écoutait, suspendue entre effroi et merveille, convaincue que sa mère, avec ses mots, détenait la clé d’un univers parallèle. Je voulais à toute force la suivre dans ce monde d’à côté, mettre mes pas dans les siens, m’engouffrer comme elle faisait dans ses couloirs étranges…"

A son tour, Irène s’empare des histoires, tissées tout d’abord autour de la boîte à boutons, puis de ses mères fantômes découpées dans des catalogues, ses histoires écrites dans le grenier, et jusqu’à ses premiers romans, qui "me font maintenant l’effet d’un collier de suppliques. Chaque fois la même, celle que ma bouche n’avait pas réussi à former quand j’étais petite : « Maman, s’il te plaît, écoute-moi, aime-moi, je le mérite, j’y ai droit. »

"Les mots de ma mère étaient puissants. Les uns m’ont émerveillée, ont réussi à réenchanter ma vie. D’autres furent meurtriers. Ils ne m’ont pas tuée –j’ai toujours préféré les premiers". Ce sont ceux, sans doute, qui l'ont poussée à l'écriture.

 

bibliographie, maternitéCe récit a fait écho en moi à celui de Cécile Latreille, L'Innommée, où sourd la douleur d'une relation manquée à la mère.

 

 

20/05/2018

L'homme craie

roman policierL’homme craie

C.J. TUDOR

Pygmalion, 2018, 384 p., 20.90 €

Traduit de The Chalk Man, par Thibaud Eliroff

 

"Les deux étaient irrévocablement mêlés. La poule et l’œuf. Lequel est venu en premier ? Les bonhommes de craie ou les meurtres ?"

Suite à la réapparition d’un vieux copain, le narrateur, Eddie Munster, désormais professeur de littérature, revient sur les événements de sa jeunesse quarante ans plus tôt, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer. Il remonte aux origines, fait une « virée sur le boulevard des souvenirs, un chemin sombre sur lequel les dressent des bonshommes de craie ».

En 1986, intello de la bande, un tantinet kleptomane, il traînait avec Le Gros Gav, Mickey Metal, Hoppo et Nicky la fille du pasteur. Quand le Gros Gav a reçu un seau de craies pour son anniversaire, ils s’en sont servis pour se laisser des messages secrets et fixer leurs rendez-vous.  Mais peu à peu, tandis que leur petite ville était agitée par les passions suscitées par l’installation d’une clinique pratiquant des avortements, les bonshommes de craie sont apparus seuls, semblant attirer ou désigner des accidents… ou des meurtres !

Quels étaient les liens avec leur bande ? Quel rôle ont joué les adultes : le père d’Eddie un temps accusé ?  Monsieur Halloran « l’homme pâle »,  révélateur ou coupable ? Ou le révérend Martin, prêtre évangéliste à la tête des « Anges d’Anderbury », un violent groupe anti-avortement ?

Pour progresser,  Eddie doit se rappeler de « regarder derrière l’évidence… Nous partons du principe que les choses sont telles qu’elles paraissent parce que c’est plus simple, ça demande moins d’effort. Ça nous exempte de trop penser –en général à ce qui nous met mal à l’aise. Mais ne pas penser, c’est aller droit aux malentendus, et dans certains cas aux tragédies. »

Polar à l’ambiance macabre, allégée par un vocabulaire parfois fleuri, dont la construction atypique très réussie interroge sur la culpabilité, les apparences, et les mécanismes de la mémoire. Repéré dans la sélection des libraires au salon du livre de Bron, c’est mon coup de cœur parmi les polars lus récemment.

Et je finirai sur une définition du karma, donnée par monsieur Halloran : « Tu récoltes ce que tu sèmes. Tes mauvaises actions reviendront te mordre les fesses un jour. » Qui pourrait attirer la tirade  de Gros Gav « Quel ramassis de cowboys puants !»

Aline

14/05/2018

Bouillon de polars

Nous profitons de cette soirée polar pour signaler le prix « Chabanières » du polar, actuellement en cours dans les bibliothèques de la Communauté du Pays Mornantais. En lice 5 romans que nous ne critiquerons pas ici, afin de ne pas vous influencer :

roman policier

Nous évoquons des auteurs favoris depuis des années : Peter May, Arnaldur Indridasson et Caryl Ferey, mais aussi des lectures plus inattendues, ou de nouveau romanciers.

 

roman policierPeter MAY

avec ses romans policiers qui se passent en Ecosse : : L’Homme de Lewis, L’Île des chasseurs d’oiseaux, Le Braconnier du lac perdu,… Nous en aimons beaucoup l'ambiance dans ces Iles  glacées du Nord où soufflent le vent, les tempêtes, où la mer peut être mortelle, où les habitants ont une rudesse due sans doute à la pauvreté, où, en plus de l'air marin ça sent la tourbe ou le poisson, où la religion est terrible,  sans parler de ce policier, Fin, affronté à des énigmes incroyables, et une vie personnelle douloureuse.

 

Arnaldur INDRIDASON

roman policierLes nuits de Reykjavik

Après la découverte du cadavre d’un clochard, Erlendur enquête avec obstination, malgré le peu d’intérêt pour cette affaire. Ce tome, écrit récemment, remonte au début de la carrière d’Erlendur, sa première enquête sous la houlette du  commissaire Marion.

 

roman policierLa rivière noire

Erlendur étant en vacances, c’est sa collègue qui enquête lorsqu’un jeune homme est retrouvé  égorgé chez lui. Un provincial sans histoire ? A l’autopsie, on trouve des traces de roïpnol

 

roman policierTrilogie des ombres

Quand Indridason se met au polar historique, avec son talent habituel. Le tome 1, Dans l’ombre, se déroule en 1941 ; Le tome 2, La femme de l’ombre, en 1943. A la fois romans policiers et peinture sociologique de l’Islande pendant  la  période troublée de la seconde guerre mondiale en Islande -et de l’occupation de l’Islande par les Alliés. Les deux enquêtes sont menées par un duo de jeunes policiers : Flovent, le seul enquêteur de la police criminelle d’Islande, et Thorson, l’Islandais né au Canada. Le tome 3, Passage des ombres, fait référence à une affaire de 1943.

 

roman policierTodd ROBINSON

Une affaire d’hommes

Gallmeister, 2017, 22 €

Bon polar à l’américaine, avec un détective privé qui boit, cogne et reçoit des beignes, un gros dur un peu sentimental, avec son code de l’honneur et ses vulnérabilités. Une fois passées les premières pages, qui désarçonnent par leur rapide entrée en matière dans le monde de la nuit, on apprécie l’ambiance de ce polar où les apparences sont parfois bien trompeuses…

 

roman policierWojchiech CHMIELARZ

Pyromane

(traduit du polonais Podpalacz par Erik Veaux)

Agullo, 2017, 410 p., 22.50 €

Enquête dans la peau d’un flic, vieux briscard de la police criminelle de Varsovie, l’Inspecteur Jakub Mortka, dit Le Kub. Son métier est tout pour lui, au point que son mariage avec Olga n’y a pas résisté, malgré son amour pour elle et pour leur fils. Il enquête sur une série d’incendies criminels, avec son adjoint Kochan, compétent mais qui file un mauvais coton, et le jeune sergent Shalski, plein d’initiative et de bonne volonté. L’intrigue, bien menée, intègre des chapitres du point de vue du pyromane, sans pour autant dévoiler la chute, et les personnages donnent de la  force au roman.

En exergue, une citation de Dennis Lehane (Mystic River), qui s’applique bien au Kub : « à vrai dire, je suis terriblement ennuyeux. Qu’on m’enlève mon métier, et je n’existe plus. »

L’auteur est journaliste, spécialiste de la criminalité en Pologne, et a écrit 4 tomes mettant en scène Le Kub. La ferme aux poupées vient de paraître aux éditions Agullo.

 

roman policierCaryl FEREY

La jambe gauche de Joe Strummer

Gallimard (Folio policier), 2007, 242 p., 6€

Pour mémoire : Joe Strummer était le créateur du groupe Clash, et chaque chapitre du roman porte le titre d’une chanson des Clash.

McCash, ancien de l’IRA, ancien policier, n’a plus rien à perdre. Sa femme est partie, et autour de lui, c’est la désolation. La lettre d’une ancienne amie lui apprend qu’il a une fille, Alice, dont il doit désormais s’occuper. Lorsqu’il arrive dans le village d’Alice, une fillette du foyer est retrouvée noyée, et il doit enquêter. L’enquête se passe en Bretagne, avec des descriptions très fortes et évocatrices.

 

roman policierPhilippe JAENADA

La serpe

Julliard, 2017, 648 p., 23 €

En 1941, le massacre à la serpe de trois personnes, le père, la tante et la bonne d’Henri Girard, avait fait couler beaucoup d’encre. La culpabilité du jeune homme semblait probable, mais au terme d’un procès troublant, il avait été acquitté. Philippe Jaenada enquête sur ce fait divers, qui avait remué la France entière. C’est avec talent qu’il décortique les techniques de l’avocat Maurice Garçon,  ressuscite toute une époque, et recompose l’histoire de famille compliquée d’Henri Girard. Henri Girard, auteur du célèbre « salaire de la peur » sous le pseudonyme de George Arnaud.

 

roman policierJohana GUSTAWSSON

Mör

Bragelonne (Thriller), 2017, 308 p., 21.50 €

Mör : adj. fém. En suédois, signifie « tendre ». S'emploie pour parler de la viande. Le ton est donné : ce thriller est une sombre histoire autour d’un tueur en série, « boucher » évoquant Jack l’éventreur, et de cannibalisme. Le déroulement est chronologique, et  le duo d'enquêtrices Emily Roy et Alexis Castells, fonctionne bien. Comme dans son thriller précédent, Block 46, Johana Gustawsson explore l'histoire et les liens familiaux.

 

roman policierOdile BOUHIER

Le sang des bistanclaques

Presses de la Cité (Terres de France), 2011, 278 p., 19 €

Lyon, 1920. Une enquête est ouverte pour résoudre le meurtre d’une vieille femme. Elle fait intervenir le premier laboratoire scientifique de l’époque. Le sang des bistanclaques est une plongée dans la société lyonnaise des années folles. Avec des retours dans le temps jusqu’en 1895, 1898 et 1903, ainsi que l’intervention d’un médecin aliéniste, c'est aussi le parcours d'une folie individuelle, le portrait d'un enfant de la Croix-Rousse devenu tueur en série. Pour amateurs de polars historiques fouillés... et lyonnais !

 

roman policierFlemming JENSEN

Le blues du braqueur de banque

Gaïa, 2012, 190 p., 17 €

L’humoriste Danois signe ici une sorte de polar totalement décalé, très plaisant à lire.

 

roman policierBill BEVERLY

Dodgers

Seuil, 2016, 19.50 €

East, quinze ans, est guetteur devant « la taule », une maison où l'on traffique de la drogue, à Los Angeles. Un jour les flics débarquent, entraînant des violences, et le décès d’une personne. Seule façon pour East de se racheter par rapport à son chef : partir dans le Wisconsin tuer un juge.  C’est le début d’un périple en voiture, accompagné d’autres jeunes, dont son frère Ty, 13 ans et complètement givré. Entre eux, l’ambiance est de plus en plus crispée, entre rivalités et jeux de pouvoir. Roman noir au dur réalisme.

 

roman policierCharlotte LINK

Une fille en cavale

Presses de la Cité, 2018, 22 €

Simon héberge une jeune femme qui a dû fuir son appartement sans rien et sauter dans le premier train de nuit… Intrigue assez bien menée, un peu de suspense, étude psychologique de chaque personnage très approfondie, par l’une des auteures allemandes les plus connues actuellement.

 

roman policierMichel BUSSI

Maman a tort

Presses de la Cité, 2015, 21.50 €

Malone, 3 ans et ½, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman. Seul un psychologue scolaire la croit, et enquête avec la commissaire. Il doit faire vite, car déjà la mémoire de l’enfant s’efface. Michel Bussi, en se penchant sur le fonctionnement de la mémoire chez l’enfant, signe un polar à l’intrigue bien menée.

 

roman policierMarie-Bernadette DUPUY

Un festival meurtrier

L’Archipel, 2016, 330 p., 19.95 €

Pendant le festival du film policier de Cognac, des jeunes filles sont défenestrées à Angoulême… Une enquête de l’inspectrice Maud Delage.

 

Et enfin, ceux qui ne nous ont pas plu (eh oui, parfois on fait carrément mauvaise pioche !)

Carol Higgins CLARK, Irish Coffee, trouvé sans intérêt

Dashiell HAMMETT, La clé de verre (1931). Polar aux Etats Unis à l’époque de la prohibition et de la guerre des gangs. Ça date un peu !

18/12/2017

Patrick Deville

Bouillon de lecture à Chassagny, ce 14 Décembre 2017 : nous étions réunis autour de l’œuvre de Patrick DEVILLE qui fêtait ses 60 ans ce jour-là, agrémentée par les délicieuses tarte aux pommes et mousse à l’orange de Noël.

roman

De nombreux ouvrages ont été écrits par ce voyageur infatigable en 30 ans, depuis Cordon bleu en 1987, jusqu’à Taba Taba en 2017. Les premiers sont des romans, publiés aux éditions de Minuit : Longue vue (1988), La femme parfaite (1995) replacés dans l’époque de la société de consommation.

 

Pendant ces années Patrick Deville se déplace beaucoup au Moyen-Orient, Afrique, Amérique latine. Ses oeuvres suivantes paraissent au Seuil. Pura Vida (2004), évoque William Walker de Nashville, président éphémère du Nicaragua. La tentation des armes à feu (2006) rassemble 5 récits de suicides concernant des personnalités plus ou moins connues.

 

Et commence un nouveau genre de récits historiques où la grande histoire croise les détails des déplacements, évènements familiaux, retours en arrière, changements de lieux et d’époque qui donnent parfois le tournis, tout en s’appuyant sur une documentation irréprochable qui mettent l’accent sur la complexité réelle de l’Histoire.

 

Cela déroute le lecteur, ce qui explique dans notre groupe l’alternance de remarques bienveillantes, et de reproches : trop difficile à suivre, une certaine complaisance, des détails sans intérêt sur le numéro des innombrables chambres d’hôtel évoquées !!! Donc un écrivain intéressant, complexe, à la fois attachant et « décourageant » par certains aspects.

 

Equatoria (2009), pérégrinations de Savorgnan de Brazza, dont quelques extraits, lus à voix haute, nous émeuvent par des souvenirs personnels liés au docteur Schweitzer.

Kampuchéa (2011) récompensé par le magazine Lire défendu et promu par l’une de nos lectrices.

Peste et choléra (2012), magnifique biographie d’Alexandre Yersin saluée par de nombreux prix, est le seul ouvrage qui emporte l’adhésion de nous toutes.

Viva (2014) se déroule au Mexique pour les derniers jours de Trotski, où se croisent Frida Kahlo, Malcom Lowry …

Taba Taba (2017), autobiographie fleuve de plus de 400 pages où l’on comprend que le jeune Patrick cloué dans un corset de plâtre à l’âge de 3 ans, ait juré de découvrir le monde avec autant d’avidité !!

Un tourbillon, une soirée animée et passionnante. Marie-Claire

19:15 Publié dans Bouillon de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

13/10/2017

Ron Rash

Ron Rash

Auteur Américain (Caroline du Sud), né en  1953, professeur au département de langue anglaise de la West Carolina University (WCU).

Auteur de recueils de nouvelles et de poésie,  il est surtout connu en France pour ses romans noirs, parfois à la limite du policier. Ce sont eux que nous avons lus pour ce « bouillon »

 

roman étranger, AmériqueOne Foot in Eden (2002)

Un pied au paradis (Le Masque, 2009)

Appalachian Book of the Year 2002

Roman « noir » à 5 voix, drame « terrien » situé dans la Caroline du Sud des années 1950. Holland Winchester, vétéran de la guerre de Corée, fait le coup de poing dans les bars, brandit sa médaille de héros, et se rend globalement impopulaire. Un jour, il disparaît dans la nature, au fond d’une vallée magnifique et aride, où les derniers paysans essaient d’arracher leur subsistance à la terre, menacée d’être engloutie sous un lac artificiel. Comme les indiens Cherokee ont été chassés par les paysans d’Europe, ceux-ci à leur tour sont destinés à perdre leurs terres.

L’événement est raconté à des époques différentes, par des personnages qui révèlent leur vérité et font progresser la narration : le shérif, Amy la voisine de Holland et son mari Billy, leur fils, et enfin l'adjoint du shérif. Chacun témoigne et refait l'histoire, en mettant à jour ses misères et ses espoirs.

 

roman étranger, AmériqueSaints at the River (2004)

Le Chant de la Tamassee (Seuil, 2016)

Après la noyade accidentelle d’une fille imprudente de 12 ans, ses parents veulent à tout prix récupérer son corps disparu dans les eaux. Un ingénieur astucieux trouve une solution pour détourner le cours de la rivière avec un barrage provisoire, tandis que les écolos refusent cette solution car la rivière est protégée.

 

roman étranger, AmériqueThe World Made Straight (2006) 

Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012),

D’après ce roman, David Burris a réalisé un film  avec Minka Kelly, Haley Joel Osment et Jeremy Irvin.

Elevé à la dure par son père, cultivateur de tabac, Travis Shelton, 17 ans, travaille quarante-cinq heures par semaine dans une épicerie. Pour se détendre, il pêche la truite. Par hasard, il tombe sur un champ de marijuana, dont il coupe quelques plans. Attrapé et puni par les trafiquants, il passe sa convalescence chez un prof déchu, fasciné par l’époque de la guerre de Sécession, qui a laissé des traces jusque dans la région.

Tirant toujours le meilleur parti des décors naturels des Appalaches, Ron Rash a l'art de faire cohabiter dans ses pages la violence et l'humanité, le passé des Etats Unis et son histoire plus récente.

 

roman étranger, AmériqueSerena (2008) 

Serena (Le Masque, 2011)

Adapté au cinéma en 2014, avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Sam Reid

Dans les années 1930, Serena et son mari forestier exploitent la forêt, coupant tous les arbres pour faire plus d’argent. A leur appât du gain forcené s’opposent des partisans de la protection de la nature. Ron Rash met en scène une héroïne dure, véritable prédatrice prenant un malin plaisir à faire plier ceux qui croisent son chemin.

 

roman étranger, AmériqueThe Cove (2012) 

Une terre d’ombre (Seuil, 2014)

Prix de la Fiction Américaine 2012, et Grand prix de littérature policière 2014

Vivant au fond d’une vallée sombre, dans un coin paumé,  la famille de Hank et Laurel semble marquée par le destin. Les parents sont morts jeunes. Laurel, à cause d'une marque de naissance, concentre la superstition des habitants du coin paumé. Mise à l’écart et humilié, elle a dû quitter l’école à regret, et passe sa vie dans une profonde solitude.

« La falaise la dominait de toute sa hauteur, et elle avait beau avoir les yeux baissés, elle sentait sa présence. Même dans la maison elle la sentait, comme si son ombre était tellement dense qu’elle s’infiltrait dans le bois. Une terre d’ombre et rien d’autre, lui avait dit sa mère, qui soutenait qu’il n’y avait pas d’endroit plus lugubre dans toute la chaîne des Blue Ridge. Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n’achète ces terres. Les Cherokee avaient évité ce vallon, et dans la première famille blanche à s’y être installée tout le monde était mort de varicelle. On racontait des histoires de chasseurs qui étaient entrés là et qu’on n’avait plus jamais revus, un lieu où erraient fantômes et esprits ».

Cette morne existence est d’abord ranimée par le retour de la Grande Guerre de son frère Hank, mutilé mais acharné à se reconstruire une vie, puis bouleversée par l’arrivée de Walter, vagabond mutique tirant de sa flute des sons merveilleux. Laurel va vivre elle aussi son histoire d’amour, mais le lecteur pressent que le drame se prépare – sur fond de haine des Boches.

Ron Rash fait ici une peinture sombre des relations humaines fondées sur l’ignorance, la cruauté et la soif de vengeance.  Bêtise et patriotisme ne font pas bon ménage...

 

Above the Waterfall (2015)

Non traduit ?

 

roman étranger, AmériqueThe Risen (2016) 

Par le vent pleuré (Seuil, 2017)

En exergue  « Alors commença le châtiment » Dostoïevski. Ainsi que des références à « Look homeward, Angel », Thomas Woolf.

Dans une petite ville des Appalaches, la rivière vient de déposer les ossements d’une jeune femme dont personne n’avait plus entendu parler depuis des décennies. Son histoire est racontée par Eugène, forcé de se confronter à son passé et à celui de son frère Bill après cette macabre découverte.  A l’époque, Ligeia était venue de Floride séjourner  chez son oncle et sa tante, car ses parents n’en pouvaient plus, et avait séduit Eugène et Bill…

Ron Rash fait une peinture noire des communautés isolées, à l’ombre des Appalaches. Il  évoque la cellule familiale, l’émancipation, et le poids du passé.

 

Tous les lecteurs présents apprécient les romans de Ron Rash, pour son rapport à la nature, et la façon dont l’histoire (des Etats-Unis) entre en résonnance avec la vie de ses personnages. La vie fuse parfois, mais dominée par la tragédie et une certaine noirceur.

Remarque : nous avons préféré les traductions d'Isabelle Reinharez pour la plupart des ouvrages à celle de Béatrice Vierne (Serena).

18/09/2017

Lectures d'été 2017

Cet été, nous avons lu pour vous...

Belgravia.gifBelgravia

Julian FELLOWES

J.C. Lattès, 2016, 20.90 €

Histoire sentimentale, mais pas mièvre, dans une famille huppée, à l’époque de Napoléon, dans le contexte de l’après Waterloo -vu du côté anglais. On suit l’évolution de Londres. Livre « bonbon » pour Michèle.

 

Kong.gifKong

Michel LE BRIS

Grasset, 2017, 24.90 €

Plongée dans l’histoire du cinéma, à la suite d’Ernest Schoedsack et Merian Cooper, aventuriers, voyageurs, et réalisateurs de films documentaires (à l’époque, Grass avait dépassé le succès de « Nanouk »)… et enfin du fameux King-Kong. Il faut réussir à passer le premier chapitre pour se plonger dans ce roman très long, mais passionnant et instructif. Michèle

 

Mount Terminus.gifMount Terminus

David GRAND

Seuil, 2016, 22 €

Genèse d’Hollywood et tragédie familiale, au début du 20e siècle. Jacob Rosenbloom (inventeur en optique, qui vendit à Edison son système de projection d’images animées) vit au fin fond du désert mojave avec son fils Joseph. Après l’arrivée de Simon, son demi-frère, Joseph découvre peu à peu les secrets de sa famille. Geneviève.

 

Le rouge vif de la rhubarbe.gifLe rouge vif de la rhubarbe

Audur Ava OLAFSDOTTIR

Zulma, 2016, 17.50 €

En Islande, Agustina, jeune femme à la voix d’ange mais aux jambes trop faibles, élevée par la bonne Nina en l’absence de sa mère scientifique,  s’interroge sur son père inconnu. Elle rêve de gravir la Montagne pour prendre de la hauteur. Court roman, remarquable pour son ambiance. Geneviève

 

Croire au merveilleux.gifCroire au merveilleux

Christophe ONO-DIT-BIOT

Gallimard, 2017, 20 €

Incapable de surmonter la mort de sa femme, et se sentant incapable d’élever seul leur fils, César projette de mettre fin à sa vie, lorsque le coup de sonnette d’une jeune et jolie voisine  l’interrompt. En partageant avec elle sa passion pour la littérature grecque, il revit les voyages qu’il avait faits avec sa femme en Italie et en Grèce.  Reprenant le personnage déjà rencontré dans Birmane et Plonger, Christophe Ono-dit-Biot offre au lecteur un roman solaire, une renaissance par l’amour et le beau. Johanna

 

Victor Hugo vient de mourir.gifVictor Hugo vient de mourir

Judith PERRIGNON

L’Iconoclaste, 2015, 18 € ou Pocket 5.95 €

Victor Hugo va mourir. Toutes les personnes qui l’entourent attendent sa mort et préparent son enterrement… Les funérailles d’Etat qui s’annoncent déclenchent de véritables conflits ! Coup de cœur de Johanna.

 

La petite librairie des gens heureux.gifLa petite librairie des gens heureux

Véronica HENRY

Traduit de How to find Love in a Bookshop par Ariane Maksioutine

City éditions, 2017, 18.90 €

Après le décès de sa mère, Emilia hérite de sa librairie. Elle subit la pression d’un promoteur immobilier qui voudrait la racheter, mais hésite.  Romances de tous les personnages qui gravitent autour de la librairie. Ce roman se lit avec plaisir, mais dans la veine des « feel good books » autour de la lecture, ce n’est pas le plus réussi. Lire plutôt La bibliothèque des cœurs cabossés, de Katarina BIVALD ou Une année particulière, de Thomas MONTASSER. Nicole

 

Les filles au lion.gifLes filles au lion

Jessie BURTON

Gallimard 2017, 22.50 €

Roman très réussi, autour d’un tableau mystérieux, sur fond de guerre d’Espagne et de place de la femme en tant qu’artiste dans la société. Marie-Claire. Voir critique d'Aline.

 

Article 353 du code pénal.gifArticle 353 du code pénal

Tanguy VIEL

Ed. de Minuit, 2017, 14.50 €

Confession d’un criminel qui a laissé se noyer un promoteur immobilier, après avoir tout perdu suite à une escroquerie immobilière. L’article 353 du code pénal est celui auquel se réfèrent les juges et jurés en ce qui concerne « L’intime conviction ». Coup de cœur de Marie-Claire.

 

angélina.gifL’orpheline du bois des loups

Angelina

Marie-Bernadette DUPUY

Spécialiste des sagas, l’auteur possède une jolie plume.

 

La petite femelle.gifLa petite femelle

Philippe JAENADA

Julliard, 2015, 23 €

Longue enquête autour de la vie de Pauline Dubuisson, dont le procès pour avoir assassiné son amant eut un grand retentissement dans les années 1950. Un livre passionnant pour Claude / Long, mal écrit  et ennuyeux pour Johanna.

 

Rendez-vous à Positano.gifRendez-vous à Positano

Goliarda SAPIENZA

Le Tripode, 2017, 19 €

Publié plus de 20 ans après la mort de l’auteur, ce roman relate sa découverte, dans les années 1950, du village de Positano, accroché à la falaise sur la côte Amalfine.  On retrouve la plume exceptionnelle de l’auteur, qui rend merveilleusement bien l’atmosphère des lieux, ainsi que son amitié intime avec Erica -dans un récit plus court que le splendide Art de la Joie, coup de coeur de Claude.

 

Les mille talents d'Euridice.gifLes mille talents d’Euridice Gusmao

Martha BATALHA

Denoël, 2017, 19.90 €

Histoire d’une femme brillante, condamnée par son milieu à rester femme au foyer, et dont tous les projets ingénieux sont anéantis par son mari. Tour à tour cuisinière inventive, couturière d'envergure,... Euridice voit ses entreprises bafouées.  L’auteur sait donner à ce récit –noir sur le fond- beaucoup d’humour par son évocation picaresque et colorée, et ses rebondissements multiples. Euridice, chaque fois vaincue, finit toujours par renaître.  Un petit roman que les grands auteurs sud-américains ne renieraient pas.  Aline

"Responsable de l'augmentation de 100 % du noyau familial en moins de deux ans, Euridice décida de se désinvestir de l'aspect physique de ses devoirs matrimoniaux. Comme il était impossible de faire entendre raison à Antenor, elle se fit comprendre par les kilos qu'elle accumula.

C'est vrai, les kilos parlent, les kilos crient, et exigent - Ne me touche plus jamais. Euridice faisait durer le café du matin jusqu'au petit déjeuner de dix heures, le déjeuner jusqu'au goûter de quatre heures, et le dîner jusqu'au souper de neuf heures. Euridice gagna trois mentons. Constatant qu'elle avait atteint la ligne, cette ligne à partir de laquelle son mari ne s'approcherait plus d'elle, elle adopta à nouveau un rythme alimentaire sain".

10/07/2017

Bouillon italien (2)

roman étranger, Italie

La nature exposée

Eri DE LUCA

Gallimard (Du monde entier), 2017, 16,50€

 

Passeur-sculpteur, il narrateur habite près de la frontière, au pied des montagnes qu’il connaît par cœur, dans la dernière maison du village -ou plutôt la première en descendant des bois. Aux vacanciers, il prête ses livres, et vend ses trouvailles, cailloux ou bois flottés originaux, ou ses petites  sculptures ou gravures. Avec le boulanger et le forgeron, il a créé un « petit service d’accompagnateurs au-delà de la frontière »…

Lorsque son choix de rendre leur argent aux migrants après leur passage est rendu public par une indiscrétion, c’est lui, à son tour, qui doit se réfugier plus loin. Cherchant du travail en ville, il se voit confier un travail délicat : la restauration d’un Christ en croix, chef d’œuvre sur lequel avait été pudiquement rajouté un drapé.

Le récit, en deux parties, entrecroise deux thématiques autour du personnage de passeur/sculpteur. Il entre dans une dimension spirituelle lorsqu’il s’agit, pour le restaurateur, d’entrer en résonance avec la sculpture, et de retrouver les émotions et les intentions de l’artiste d’origine, traumatisé par son expérience sur le front de la 1ère guerre mondiale.

Aline

09/06/2017

Bouillon italien (1)

roman étranger, Italie, adolescence

 

Moi et toi

Niccolo AMMANITI

R. Laffont, 2012, 149 p. 15€

Traduit de l’italien Io e te (2010) par Myriem Bouzaher

 

Lorenzo, 14 ans, est un garçon mal intégré. Très affectueux avec ses parents, il  porte un regard froid sur la société, et se sent en constante inadéquation avec les autres. Selon le psychiatre que ses parents l’ont obligé à consulter, il souffrirait d’un « ego grandiose ».

Pour éviter les ennuis, Il essaie consciemment  de compenser par mimétisme… avec un succès très relatif. A 14 ans,  pour rassurer  ses parents, il se force à jouer dans l’équipe de foot, prétend avoir des amis, et fait même semblant d’être invité au ski une semaine à Cortina chez une copine. Il a bien préparé son coup et déposé des provisions dans la cave de l’immeuble.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que sa demi-sœur vienne elle aussi se réfugier dans la cave, dans un état pitoyable ! Ces deux personnages, pitoyables mais touchants, cohabitent quelques jours et réussissent malgré tout à établir une forme de relation d’entraide.

L’écriture est sobre, non dénuée d’humour grâce au regard décalé de Lorenzo, totalement froid et détaché des gens. Noire aussi, le mal de vivre de ces deux jeunes laisse peu de place à l’espoir. 

Des réflexions intéressantes sur le mimétisme, permettant la survie en milieu hostile :

Mimétisme batésien (de Henry Walter Bates, XIXes)

"une espèce inoffensive adopte l’apparence physique (motifs, couleurs, etc.) d’espèces nocives avec pour but de repousser les prédateurs qui ont appris à éviter les vraies espèces nocives. Le mime (c’est-à-dire l’espèce inoffensive) bénéficie donc de la protection contre les prédateurs sans avoir à dépenser de l’énergie pour consommer ou produire des toxines."

Ce roman a été porté à l’écran en 2013 par Bernardo Bertolucci, avec  Jacopo Olmo Antinori dans le rôle de Lorenzo, et Tea Falco dans celui d'Olivia.  Titre original : Io e te.

roman étranger, Italie, adolescence