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18/12/2017

Patrick Deville

Bouillon de lecture à Chassagny, ce 14 Décembre 2017 : nous étions réunis autour de l’œuvre de Patrick DEVILLE qui fêtait ses 60 ans ce jour-là, agrémentée par les délicieuses tarte aux pommes et mousse à l’orange de Noël.

roman

De nombreux ouvrages ont été écrits par ce voyageur infatigable en 30 ans, depuis Cordon bleu en 1987, jusqu’à Taba Taba en 2017. Les premiers sont des romans, publiés aux éditions de Minuit : Longue vue (1988), La femme parfaite (1995) replacés dans l’époque de la société de consommation.

 

Pendant ces années Patrick Deville se déplace beaucoup au Moyen-Orient, Afrique, Amérique latine. Ses oeuvres suivantes paraissent au Seuil. Pura Vida (2004), évoque William Walker de Nashville, président éphémère du Nicaragua. La tentation des armes à feu (2006) rassemble 5 récits de suicides concernant des personnalités plus ou moins connues.

 

Et commence un nouveau genre de récits historiques où la grande histoire croise les détails des déplacements, évènements familiaux, retours en arrière, changements de lieux et d’époque qui donnent parfois le tournis, tout en s’appuyant sur une documentation irréprochable qui mettent l’accent sur la complexité réelle de l’Histoire.

 

Cela déroute le lecteur, ce qui explique dans notre groupe l’alternance de remarques bienveillantes, et de reproches : trop difficile à suivre, une certaine complaisance, des détails sans intérêt sur le numéro des innombrables chambres d’hôtel évoquées !!! Donc un écrivain intéressant, complexe, à la fois attachant et « décourageant » par certains aspects.

 

Equatoria (2009), pérégrinations de Savorgnan de Brazza, dont quelques extraits, lus à voix haute, nous émeuvent par des souvenirs personnels liés au docteur Schweitzer.

Kampuchéa (2011) récompensé par le magazine Lire défendu et promu par l’une de nos lectrices.

Peste et choléra (2012), magnifique biographie d’Alexandre Yersin saluée par de nombreux prix, est le seul ouvrage qui emporte l’adhésion de nous toutes.

Viva (2014) se déroule au Mexique pour les derniers jours de Trotski, où se croisent Frida Kahlo, Malcom Lowry …

Taba Taba (2017), autobiographie fleuve de plus de 400 pages où l’on comprend que le jeune Patrick cloué dans un corset de plâtre à l’âge de 3 ans, ait juré de découvrir le monde avec autant d’avidité !!

Un tourbillon, une soirée animée et passionnante. Marie-Claire

19:15 Publié dans Bouillon de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

13/10/2017

Ron Rash

Ron Rash

Auteur Américain (Caroline du Sud), né en  1953, professeur au département de langue anglaise de la West Carolina University (WCU).

Auteur de recueils de nouvelles et de poésie,  il est surtout connu en France pour ses romans noirs, parfois à la limite du policier. Ce sont eux que nous avons lus pour ce « bouillon »

 

roman étranger, AmériqueOne Foot in Eden (2002)

Un pied au paradis (Le Masque, 2009)

Appalachian Book of the Year 2002

Roman « noir » à 5 voix, drame « terrien » situé dans la Caroline du Sud des années 1950. Holland Winchester, vétéran de la guerre de Corée, fait le coup de poing dans les bars, brandit sa médaille de héros, et se rend globalement impopulaire. Un jour, il disparaît dans la nature, au fond d’une vallée magnifique et aride, où les derniers paysans essaient d’arracher leur subsistance à la terre, menacée d’être engloutie sous un lac artificiel. Comme les indiens Cherokee ont été chassés par les paysans d’Europe, ceux-ci à leur tour sont destinés à perdre leurs terres.

L’événement est raconté à des époques différentes, par des personnages qui révèlent leur vérité et font progresser la narration : le shérif, Amy la voisine de Holland et son mari Billy, leur fils, et enfin l'adjoint du shérif. Chacun témoigne et refait l'histoire, en mettant à jour ses misères et ses espoirs.

 

roman étranger, AmériqueSaints at the River (2004)

Le Chant de la Tamassee (Seuil, 2016)

Après la noyade accidentelle d’une fille imprudente de 12 ans, ses parents veulent à tout prix récupérer son corps disparu dans les eaux. Un ingénieur astucieux trouve une solution pour détourner le cours de la rivière avec un barrage provisoire, tandis que les écolos refusent cette solution car la rivière est protégée.

 

roman étranger, AmériqueThe World Made Straight (2006) 

Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012),

D’après ce roman, David Burris a réalisé un film  avec Minka Kelly, Haley Joel Osment et Jeremy Irvin.

Elevé à la dure par son père, cultivateur de tabac, Travis Shelton, 17 ans, travaille quarante-cinq heures par semaine dans une épicerie. Pour se détendre, il pêche la truite. Par hasard, il tombe sur un champ de marijuana, dont il coupe quelques plans. Attrapé et puni par les trafiquants, il passe sa convalescence chez un prof déchu, fasciné par l’époque de la guerre de Sécession, qui a laissé des traces jusque dans la région.

Tirant toujours le meilleur parti des décors naturels des Appalaches, Ron Rash a l'art de faire cohabiter dans ses pages la violence et l'humanité, le passé des Etats Unis et son histoire plus récente.

 

roman étranger, AmériqueSerena (2008) 

Serena (Le Masque, 2011)

Adapté au cinéma en 2014, avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper et Sam Reid

Dans les années 1930, Serena et son mari forestier exploitent la forêt, coupant tous les arbres pour faire plus d’argent. A leur appât du gain forcené s’opposent des partisans de la protection de la nature. Ron Rash met en scène une héroïne dure, véritable prédatrice prenant un malin plaisir à faire plier ceux qui croisent son chemin.

 

roman étranger, AmériqueThe Cove (2012) 

Une terre d’ombre (Seuil, 2014)

Prix de la Fiction Américaine 2012, et Grand prix de littérature policière 2014

Vivant au fond d’une vallée sombre, dans un coin paumé,  la famille de Hank et Laurel semble marquée par le destin. Les parents sont morts jeunes. Laurel, à cause d'une marque de naissance, concentre la superstition des habitants du coin paumé. Mise à l’écart et humilié, elle a dû quitter l’école à regret, et passe sa vie dans une profonde solitude.

« La falaise la dominait de toute sa hauteur, et elle avait beau avoir les yeux baissés, elle sentait sa présence. Même dans la maison elle la sentait, comme si son ombre était tellement dense qu’elle s’infiltrait dans le bois. Une terre d’ombre et rien d’autre, lui avait dit sa mère, qui soutenait qu’il n’y avait pas d’endroit plus lugubre dans toute la chaîne des Blue Ridge. Un lieu maudit, aussi, pensait la plupart des habitants du comté, maudit bien avant que le père de Laurel n’achète ces terres. Les Cherokee avaient évité ce vallon, et dans la première famille blanche à s’y être installée tout le monde était mort de varicelle. On racontait des histoires de chasseurs qui étaient entrés là et qu’on n’avait plus jamais revus, un lieu où erraient fantômes et esprits ».

Cette morne existence est d’abord ranimée par le retour de la Grande Guerre de son frère Hank, mutilé mais acharné à se reconstruire une vie, puis bouleversée par l’arrivée de Walter, vagabond mutique tirant de sa flute des sons merveilleux. Laurel va vivre elle aussi son histoire d’amour, mais le lecteur pressent que le drame se prépare – sur fond de haine des Boches.

Ron Rash fait ici une peinture sombre des relations humaines fondées sur l’ignorance, la cruauté et la soif de vengeance.  Bêtise et patriotisme ne font pas bon ménage...

 

Above the Waterfall (2015)

Non traduit ?

 

roman étranger, AmériqueThe Risen (2016) 

Par le vent pleuré (Seuil, 2017)

En exergue  « Alors commença le châtiment » Dostoïevski. Ainsi que des références à « Look homeward, Angel », Thomas Woolf.

Dans une petite ville des Appalaches, la rivière vient de déposer les ossements d’une jeune femme dont personne n’avait plus entendu parler depuis des décennies. Son histoire est racontée par Eugène, forcé de se confronter à son passé et à celui de son frère Bill après cette macabre découverte.  A l’époque, Ligeia était venue de Floride séjourner  chez son oncle et sa tante, car ses parents n’en pouvaient plus, et avait séduit Eugène et Bill…

Ron Rash fait une peinture noire des communautés isolées, à l’ombre des Appalaches. Il  évoque la cellule familiale, l’émancipation, et le poids du passé.

 

Tous les lecteurs présents apprécient les romans de Ron Rash, pour son rapport à la nature, et la façon dont l’histoire (des Etats-Unis) entre en résonnance avec la vie de ses personnages. La vie fuse parfois, mais dominée par la tragédie et une certaine noirceur.

Remarque : nous avons préféré les traductions d'Isabelle Reinharez pour la plupart des ouvrages à celle de Béatrice Vierne (Serena).

18/09/2017

Lectures d'été 2017

Cet été, nous avons lu pour vous...

Belgravia.gifBelgravia

Julian FELLOWES

J.C. Lattès, 2016, 20.90 €

Histoire sentimentale, mais pas mièvre, dans une famille huppée, à l’époque de Napoléon, dans le contexte de l’après Waterloo -vu du côté anglais. On suit l’évolution de Londres. Livre « bonbon » pour Michèle.

 

Kong.gifKong

Michel LE BRIS

Grasset, 2017, 24.90 €

Plongée dans l’histoire du cinéma, à la suite d’Ernest Schoedsack et Merian Cooper, aventuriers, voyageurs, et réalisateurs de films documentaires (à l’époque, Grass avait dépassé le succès de « Nanouk »)… et enfin du fameux King-Kong. Il faut réussir à passer le premier chapitre pour se plonger dans ce roman très long, mais passionnant et instructif. Michèle

 

Mount Terminus.gifMount Terminus

David GRAND

Seuil, 2016, 22 €

Genèse d’Hollywood et tragédie familiale, au début du 20e siècle. Jacob Rosenbloom (inventeur en optique, qui vendit à Edison son système de projection d’images animées) vit au fin fond du désert mojave avec son fils Joseph. Après l’arrivée de Simon, son demi-frère, Joseph découvre peu à peu les secrets de sa famille. Geneviève.

 

Le rouge vif de la rhubarbe.gifLe rouge vif de la rhubarbe

Audur Ava OLAFSDOTTIR

Zulma, 2016, 17.50 €

En Islande, Agustina, jeune femme à la voix d’ange mais aux jambes trop faibles, élevée par la bonne Nina en l’absence de sa mère scientifique,  s’interroge sur son père inconnu. Elle rêve de gravir la Montagne pour prendre de la hauteur. Court roman, remarquable pour son ambiance. Geneviève

 

Croire au merveilleux.gifCroire au merveilleux

Christophe ONO-DIT-BIOT

Gallimard, 2017, 20 €

Incapable de surmonter la mort de sa femme, et se sentant incapable d’élever seul leur fils, César projette de mettre fin à sa vie, lorsque le coup de sonnette d’une jeune et jolie voisine  l’interrompt. En partageant avec elle sa passion pour la littérature grecque, il revit les voyages qu’il avait faits avec sa femme en Italie et en Grèce.  Reprenant le personnage déjà rencontré dans Birmane et Plonger, Christophe Ono-dit-Biot offre au lecteur un roman solaire, une renaissance par l’amour et le beau. Johanna

 

Victor Hugo vient de mourir.gifVictor Hugo vient de mourir

Judith PERRIGNON

L’Iconoclaste, 2015, 18 € ou Pocket 5.95 €

Victor Hugo va mourir. Toutes les personnes qui l’entourent attendent sa mort et préparent son enterrement… Les funérailles d’Etat qui s’annoncent déclenchent de véritables conflits ! Coup de cœur de Johanna.

 

La petite librairie des gens heureux.gifLa petite librairie des gens heureux

Véronica HENRY

Traduit de How to find Love in a Bookshop par Ariane Maksioutine

City éditions, 2017, 18.90 €

Après le décès de sa mère, Emilia hérite de sa librairie. Elle subit la pression d’un promoteur immobilier qui voudrait la racheter, mais hésite.  Romances de tous les personnages qui gravitent autour de la librairie. Ce roman se lit avec plaisir, mais dans la veine des « feel good books » autour de la lecture, ce n’est pas le plus réussi. Lire plutôt La bibliothèque des cœurs cabossés, de Katarina BIVALD ou Une année particulière, de Thomas MONTASSER. Nicole

 

Les filles au lion.gifLes filles au lion

Jessie BURTON

Gallimard 2017, 22.50 €

Roman très réussi, autour d’un tableau mystérieux, sur fond de guerre d’Espagne et de place de la femme en tant qu’artiste dans la société. Marie-Claire. Voir critique d'Aline.

 

Article 353 du code pénal.gifArticle 353 du code pénal

Tanguy VIEL

Ed. de Minuit, 2017, 14.50 €

Confession d’un criminel qui a laissé se noyer un promoteur immobilier, après avoir tout perdu suite à une escroquerie immobilière. L’article 353 du code pénal est celui auquel se réfèrent les juges et jurés en ce qui concerne « L’intime conviction ». Coup de cœur de Marie-Claire.

 

angélina.gifL’orpheline du bois des loups

Angelina

Marie-Bernadette DUPUY

Spécialiste des sagas, l’auteur possède une jolie plume.

 

La petite femelle.gifLa petite femelle

Philippe JAENADA

Julliard, 2015, 23 €

Longue enquête autour de la vie de Pauline Dubuisson, dont le procès pour avoir assassiné son amant eut un grand retentissement dans les années 1950. Un livre passionnant pour Claude / Long, mal écrit  et ennuyeux pour Johanna.

 

Rendez-vous à Positano.gifRendez-vous à Positano

Goliarda SAPIENZA

Le Tripode, 2017, 19 €

Publié plus de 20 ans après la mort de l’auteur, ce roman relate sa découverte, dans les années 1950, du village de Positano, accroché à la falaise sur la côte Amalfine.  On retrouve la plume exceptionnelle de l’auteur, qui rend merveilleusement bien l’atmosphère des lieux, ainsi que son amitié intime avec Erica -dans un récit plus court que le splendide Art de la Joie, coup de coeur de Claude.

 

Les mille talents d'Euridice.gifLes mille talents d’Euridice Gusmao

Martha BATALHA

Denoël, 2017, 19.90 €

Histoire d’une femme brillante, condamnée par son milieu à rester femme au foyer, et dont tous les projets ingénieux sont anéantis par son mari. Tour à tour cuisinière inventive, couturière d'envergure,... Euridice voit ses entreprises bafouées.  L’auteur sait donner à ce récit –noir sur le fond- beaucoup d’humour par son évocation picaresque et colorée, et ses rebondissements multiples. Euridice, chaque fois vaincue, finit toujours par renaître.  Un petit roman que les grands auteurs sud-américains ne renieraient pas.  Aline

"Responsable de l'augmentation de 100 % du noyau familial en moins de deux ans, Euridice décida de se désinvestir de l'aspect physique de ses devoirs matrimoniaux. Comme il était impossible de faire entendre raison à Antenor, elle se fit comprendre par les kilos qu'elle accumula.

C'est vrai, les kilos parlent, les kilos crient, et exigent - Ne me touche plus jamais. Euridice faisait durer le café du matin jusqu'au petit déjeuner de dix heures, le déjeuner jusqu'au goûter de quatre heures, et le dîner jusqu'au souper de neuf heures. Euridice gagna trois mentons. Constatant qu'elle avait atteint la ligne, cette ligne à partir de laquelle son mari ne s'approcherait plus d'elle, elle adopta à nouveau un rythme alimentaire sain".

10/07/2017

Bouillon italien (2)

roman étranger, Italie

La nature exposée

Eri DE LUCA

Gallimard (Du monde entier), 2017, 16,50€

 

Passeur-sculpteur, il narrateur habite près de la frontière, au pied des montagnes qu’il connaît par cœur, dans la dernière maison du village -ou plutôt la première en descendant des bois. Aux vacanciers, il prête ses livres, et vend ses trouvailles, cailloux ou bois flottés originaux, ou ses petites  sculptures ou gravures. Avec le boulanger et le forgeron, il a créé un « petit service d’accompagnateurs au-delà de la frontière »…

Lorsque son choix de rendre leur argent aux migrants après leur passage est rendu public par une indiscrétion, c’est lui, à son tour, qui doit se réfugier plus loin. Cherchant du travail en ville, il se voit confier un travail délicat : la restauration d’un Christ en croix, chef d’œuvre sur lequel avait été pudiquement rajouté un drapé.

Le récit, en deux parties, entrecroise deux thématiques autour du personnage de passeur/sculpteur. Il entre dans une dimension spirituelle lorsqu’il s’agit, pour le restaurateur, d’entrer en résonance avec la sculpture, et de retrouver les émotions et les intentions de l’artiste d’origine, traumatisé par son expérience sur le front de la 1ère guerre mondiale.

Aline

09/06/2017

Bouillon italien (1)

roman étranger, Italie, adolescence

 

Moi et toi

Niccolo AMMANITI

R. Laffont, 2012, 149 p. 15€

Traduit de l’italien Io e te (2010) par Myriem Bouzaher

 

Lorenzo, 14 ans, est un garçon mal intégré. Très affectueux avec ses parents, il  porte un regard froid sur la société, et se sent en constante inadéquation avec les autres. Selon le psychiatre que ses parents l’ont obligé à consulter, il souffrirait d’un « ego grandiose ».

Pour éviter les ennuis, Il essaie consciemment  de compenser par mimétisme… avec un succès très relatif. A 14 ans,  pour rassurer  ses parents, il se force à jouer dans l’équipe de foot, prétend avoir des amis, et fait même semblant d’être invité au ski une semaine à Cortina chez une copine. Il a bien préparé son coup et déposé des provisions dans la cave de l’immeuble.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que sa demi-sœur vienne elle aussi se réfugier dans la cave, dans un état pitoyable ! Ces deux personnages, pitoyables mais touchants, cohabitent quelques jours et réussissent malgré tout à établir une forme de relation d’entraide.

L’écriture est sobre, non dénuée d’humour grâce au regard décalé de Lorenzo, totalement froid et détaché des gens. Noire aussi, le mal de vivre de ces deux jeunes laisse peu de place à l’espoir. 

Des réflexions intéressantes sur le mimétisme, permettant la survie en milieu hostile :

Mimétisme batésien (de Henry Walter Bates, XIXes)

"une espèce inoffensive adopte l’apparence physique (motifs, couleurs, etc.) d’espèces nocives avec pour but de repousser les prédateurs qui ont appris à éviter les vraies espèces nocives. Le mime (c’est-à-dire l’espèce inoffensive) bénéficie donc de la protection contre les prédateurs sans avoir à dépenser de l’énergie pour consommer ou produire des toxines."

Ce roman a été porté à l’écran en 2013 par Bernardo Bertolucci, avec  Jacopo Olmo Antinori dans le rôle de Lorenzo, et Tea Falco dans celui d'Olivia.  Titre original : Io e te.

roman étranger, Italie, adolescence

24/05/2017

Bouillon russe (4/4)

roman étranger, RussieLe maître et Marguerite

Mikhaïl Boulgakov

R. Laffont, 1968

L’auteur, de famille bourgeoise russe de Kiev, médecin et écrivain, est mort en 1940, après avoir travaillé à son roman pendant 12 ans, mais son roman n’est publié qu’en 1965 en version censurée – et dans son intégralité en 1973. Considéré comme l’une des œuvres littéraires russes majeures, ce roman contient beaucoup de références à la littérature russe.

Deux fils narratifs se croisent : la vie du Maître, écrivain de la Russie stalinienne, et la Judée de Ponce Pilate, dont il a fait son sujet d’écriture. S’ajoutent un personnage de diable, dont les apparitions fantastiques permettent à l’auteur de glisser des critiques contre le régime stalinien. Et n’oublions pas Marguerite, l’amante, qui recouvre toutes sortes de personnages ! Grand admirateur du Faust de Goethe, Boulgakov revisite avec ce roman le mythe de Faust, et le transpose dans le Moscou des années 1930 : pour retrouver l’homme qu’elle aime, Le Maître, auteur d’une biographie inachevée de Ponce Pilate, Marguerite accepte de livrer son âme au diable…

 

roman étranger, RussieLes combattantes. Les aviatrices soviétiques contre les as de la Luftwaffe

Liouba Vinogradova

H. d’Ormesson, 2016, 25€

Le titre résume bien ce documentaire sur les aviatrices soviétiques qui ont combattu la Luftwaffe. L’auteur est allé à la rencontre des survivantes. Elle raconte la formation des femmes à l’aviation dans un petit aéroclub, la vie de la population soviétique, et les batailles dans de tout petits avions dans lesquels se trouvaient juste la pilote et la navigatrice, avec les bombes sur les genoux ! Contre des Messerschmitt, inutile de dire qu’il y a eu peu de rescapées !

 

roman étranger, RussieLe Journal de Lena - Leningrad, 1941-1942

Léna MOUKHINA

R. Laffont, 2017, 21€

Une lycéenne de 16 ans, solitaire, commence à écrire : son quotidien, le lycée où règne l’égalité entre  garçons et filles, la vie dans les appartements communautaires…

Son journal intime est surtout un témoignage précieux sur le siège de Léningrad par les troupes allemandes (juin  1941 à juin 1942). La ville assiégée, la population entière réquisitionnée, le rationnement, les bombardements….

Une longue préface remet dans le contexte historique, le livre comporte aussi beaucoup d’annotations à chercher à la fin du volume, mais l’ensemble reste fluide à lire.

 

roman étranger, RussieLa guerre n’a pas un visage de femme

Svetlana ALEXIEVITCH

Presses de la renaissance, 2004, 22€

La journaliste biélorusse, prix Nobel de littérature en 2015, recherche le vécu des gens. Elle a écrit également La fin de l’homme rouge, et La supplication (sur Tchernobyl), tout le contraire d’un hymne à la patrie.

Ici, elle est allée chercher des récits de femmes qui ont combattu dans l’armée soviétique. Beaucoup étaient volontaires pour partir sur le front « sauver la patrie ». Infirmières, tireurs d’élite sur les canons, à la fabrique de bombes… livrent de courts récits, certes très instructifs, mais parfois un peu répétitifs, ce qui rend la lecture un peu fastidieuse.

Une question revient : « Pourquoi les allemands ont-ils fait la guerre, ils avaient tout ?! »

 

roman étranger, RussieNostalgia, la mélancolie du futur

Éditions Daphnis et Chloé en partenariat avec les éditions Louison, 2015, 24€

Dix-huit écrivains russes contemporains, pour autant de nouvelles, jusqu’ici parues dans la revue littéraire SNOB.  Vladimir Sorokine, Edouard Limonov, Elena Pasternak, Soljenitsyne, Zakhar Prilepine, Maxime Kantor, Mikhaïl Chichkine... tous sont réunis ici autour d’un thème commun : la nostalgie, la douleur du retour.

Un bel objet livre, élégant et soigné « à l’ancienne ».

 

Rappelons ici les excellentes bandes dessinées de Fabien NURY et Thierry ROBIN, inspirées de l'histoire russe : Mort au tsar (2 tomes) et La mort de Staline (2 tomes).

23/05/2017

Bouillon russe (3/4)

Russie, Ukraine, roman étranger

 

Le caméléon

Andréï KOURKOV

Liana Lévi, 2001, 18.30€

 

Kiev, 1997. Dans le studio qu’il vient d’acheter, Nikolaï Sotnikov découvre « Kobzar », un livre de Taras Chevtchenko, considéré comme le chef-d’œuvre du grand poète et patriote ukrainien.

Dans les marges figurent au crayon les multiples annotations d’un homme mort dans des conditions suspectes. Dans un document que ses amis ont glissé dans son cercueil, il écrivait avoir découvert une chose précieuse pour le peuple ukrainien. Nikolaï se rend la nuit au cimetière, et après avoir procédé à une exhumation clandestine, il récupère cette lettre. Rédigée en 1851, elle accusait Chevtchenko, alors soldat à Mangychlak, Kazakhstan, d’avoir caché quelque chose dans le sable.

Veilleur de nuit dans un entrepôt d’aliments pour bébés, Nikolaï se rend compte que cette activité masque un trafic de drogue, et il est obligé de quitter Kiev. Il en profite pour rallier Mangychlak afin de percer l’énigme Chevtchenko. En chemin, il rencontre une jeune Kazakh, la belle Goulia, qui va l’accompagner dans un périple jalonné de rencontres, dont la plus surprenante sera sans doute celle d’un gentil caméléon.

Foisonnant roman d’aventures, ce voyage initiatique du narrateur à la recherche d’un trésor qui reste ici symbolique, trouvera sa récompense. Maniant la parabole et l’humour, Andreï Kourkov, d’une écriture limpide et attrayante, proclame la vanité des nationalismes et dresse un portrait des anciennes républiques soviétiques gangrenées par les trafics et la corruption. Original !

Françoise

22/05/2017

Bouilllon russe (2/4)

Russie, témoignage

 

Sur mon père

Tatiana TOLSTOÏ

Ed. Allia, 2003

 

C’est un récit intimiste, construit par la fille aînée de Léon Tolstoï à partir de ses souvenirs d’enfance et des journaux intimes de ses parents.

Le mariage de Sophie et Léon fut heureux pendant environ 20 ans. 13 enfants sont nés, dont 5 sont morts en bas âge. Sophie a abandonné une vie brillante à Moscou pour soutenir son mari dans la conduite du domaine d’Iasmaia Poliana, en Ukraine, et dans ses travaux littéraires : pour Guerre et Paix, elle met au propre la nuit les pages écrites dans la journée par Léon.

Leurs caractères sont opposés, elle pessimiste et jalouse, lui optimiste forcené, désireux d’être bon et tiraillé par la quête spirituelle. Le portrait fait par Tatiana est loin de celui de quasi-mégère dont on a affublé sa mère.

Tatiana a beaucoup d’amour pour ses parents. Pour elle, prendre la plume est un douloureux « devoir », car elle révèle bien des choses qui d’ordinaire ne sortent pas du cercle familial intime.  J’ai beaucoup aimé.

Ginette.

21/05/2017

Bouilon russe (1/4)

roman étranger, Russie

 

Le chapiteau vert

Ludmilla OULITSKAIA

Gallimard, 2014 (2010 en Russe), 24.90€

Pourquoi ce titre ? Sur la couverture, des rails qui s’entrecroisent : existences croisées ou divergentes de trois personnages principaux. Ilya, Micha, Sania : de la mort de Staline (1953) à la mort de Joseph Brodsky (poète russe, prix Nobel 1987, mort à New York en 1996).

Les trois garçons, rejetés à l’école par les autres, pour des raisons différentes : pauvreté d'Ilya, judéité de Micha et joliesse de Saia l'aristocrate, suivent le prof de littérature russe : Vassili… lui-même amputé, victime de la seconde guerre mondiale.

A travers les trois personnages, c’est l’histoire de l’URSS avec les arrestations, les compromissions, les dénonciations, etc…  Très intéressant. Parfois difficile à suivre à cause des magouilles politiques, de la complexité des sentiments humains, des personnages « à la russe », mais… à lire !

Marie-Claire

roman étranger,russie

 

Sincèrement vôtre, Chourik

Ludmilla OULITSKAIA

Gallimard, 2005, 24.90€

Portrait d'un homme élevé dans un monde de femmes, à commencer par sa mère et sa grand-mère, dans le Moscou des années 1980. Chourik est un homme faible, assez  pathétique, autour duquel l'auteur développe une kyrielle de personnages secondaires, finement croqués, et une multitude de détails et anecdotes... au point que le lecteur perd en route le fil narratif. Bien écrit.

Aline

10/03/2017

Bouillon grec (2)

grèceEva

Ersi SOTIROPOULOS

Stock (La Cosmopolite), 2015, 19€

Traduit du grec Eva par Madeleine Rigopoulos

 

Après une journée houleuse, suivie d’une soirée de réveillon agitée, Eva erre dans les rues d’Athènes.

Eva et son mari Nikos se sont incrustés à une grande fête chic, où ils ne connaissaient personne, d’où une sensation frustrante d’être transparents. Un peu ivre (ou un peu « chargée » ?) Eva s’échappe de cette soirée de réveillon agitée, et déambule dans les rues d’Athènes. Une nuit sans sommeil à errer dans des rues, le long des vitrines éteintes et dans les quartiers désaffectés, où elle croise la faune de la nuit.

Des rencontres fugitives avec des personnages un peu à la dérive : sans-abri, prostituées, voleur à la tire,… lui font oublier un moment l’impasse où elle se trouve : comment trouver 10000 € pour faire admettre son vieux père malade dans une clinique privée ?

 

Prix du meilleur roman de l’Académie d’Athènes, ce roman m’a paru plutôt morne. Eva  a la sensation de vivre  comme de « derrière un paravent » sans vraiment se réaliser. Ce portrait de femme désabusée est-il une allégorie de la Grèce après la fête (le boom économique) ? Malgré la qualité de l’écriture, je reconnais que je me suis un peu ennuyée...

Aline