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02/11/2020

Les lectures de l’été…

roman, Je suis une viking

Andrew David MACDONALD

Nil, 2020, 448 p., 21€

Traduit de l’anglais (Canada) par Valentine Leys

La narratrice, victime du syndrome d’alcoolisme fœtal, n’est pas tout à fait comme les jeunes femmes de son âge. Elle se passionne pour l’histoire des vikings, forts, courageux, dont les héros protègent ceux qui ne peuvent pas se défendre. Elle imagine ce que pourrait être sa saga si sa famille était une tribu viking, et choisit de construire sa légende personnelle. Plein d’humour et très rafraichissant, ce roman se lit facilement.

 

roman, Le sel de tous les oublis

Yasmina Khadra

Julliard, 2020, 256 p., 19€

Adam, instituteur, vit à Alger, après l’époque du colonialisme. Lorsque sa femme le quitte, il perd pied, part à pied, boit beaucoup, se fait agresser, est emmené dans un asile, puis mène une vie d’errance. En marchant dans les montagnes, il rencontre une série de personnes bienveillantes, alors que lui-même est agressif et ombrageux… Un très bon Khadra !

 

roman, Impossible

Eri de Luca

Gallimard (Du monde entier), 2020, 174 p., 16€50

Un magistrat interroge un suspect, et l’accuse d’avoir tué un autre alpiniste. Sans preuve, il se base sur la coïncidence de leur présence à tous deux dans les Dolomites : l’accidenté est l’homme qui avait trahi le suspect et ses camarades révolutionnaires dans leur jeunesse. Il ne se passe rien dans ce roman, composé en alternance du dialogue entre le magistrat et le suspect, et des lettres du suspect à son amour. Et pourtant, c’est une merveille !

 

roman, Betty

Tiffany McDaniel

Gallmeister (Americana), 2020, 720 p., 26€40

Fille d’un père cherokee et d’une mère blanche, Betty vit dans l’Ohio. Le roman explore sa belle relation avec son père, ses rapports avec sa fratrie et sa mère bipolaire et déséquilibrée, ses liens très forts avec la nature. La ressource de Betty, c’est d’écrire tout ce qui se passe dans sa famille, et d’enterrer ses petits papiers. Le sort des filles américaines jusqu’à la fin des années 1960, un secret de famille, un père qui sait admirablement valoriser ses enfants… C’est magnifique !

 

roman, Longtemps je me suis couché de bonheur

Daniel Picouly

Albin Michel, 2020, 328 p., 19€90

Un adolescent des années 1960, vivant dans une Cité, se plonge dans l’œuvre de Proust pour l’amour d’une Albertine. On retrouve avec plaisir l’écriture déjantée de Picouly.

 

roman, Le répondeur

Luc Blanvillain

Quidam, 2020, 260 p., 20€

Un écrivain célèbre surmené, qui doit terminer son ouvrage, embauche un imitateur, « double » qui doit le remplacer au téléphone…

 

romanMarcher la vie ; un art tranquille du bonheur

David Le Breton

Metailie (Suites, Sciences Humaines), 2020, 164 p., 10€

Professeur à Strasbourg, David Le Breton dans cet essai « Rousseau-iste » nous démontre en quoi marcher peut transformer la vie.

 

romanL’usurpateur

Jørn Lier Horst

Gallimard (Série Noire), 2019, 448 p., 22€50

Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Au même moment, deux hommes dont la mort remonte à 4 mois,  sont découverts : l’un devant sa télévision allumée, l’autre dans une forêt de sapins. L’inspecteur de police se concentre sur la deuxième victime, tandis que sa fille journaliste enquête sur la première – se demandant comment on peut mourir chez soi sans que personne ne s’en rende compte ! Le récit est crédible, dans une ambiance d’hiver norvégien (l’auteur est lui-même policier en Norvège). Les chapitres sont alternés entre les deux enquêtes, dans une intrigue qui tient bien la route, avec plusieurs fausses pistes.

 

romanLes jours brûlants

Laurence Peyrin

Calmann-Levy, mai 2020, 324 p., 20€50

Une bourgeoise californienne à la vie bien rangée est bouleversée par une agression. Elle remet toute sa vie en question et bascule. Se lit facilement.

 

romanLe bal des folles

Victoria Mas

Albin Michel, 2019, 256 p., 18€90

Prix Renaudot des Lycéens 2019

Chaque année à la mi-carême se tient, avec les malades de l’hôpital de la Salpêtrière, un très étrange Bal des Folles, expérimentation de Jean-Martin Charcot.  En évoquant l’histoire de la médecine aliéniste d’autrefois et les balbutiements de la psychiatrie, Victoria Mas se penche sur la condition féminine au 19e siècle dans un récit effarant.

 

romanLa plus précieuse des marchandises, un conte

Jean-Claude Grumberg

Seuil (La Librairie Du XXIe siècle), 2019, 120 p., 12€

Un couple de bûcherons sans enfant vit chichement dans les bois, à l’affut des ballots qui pourraient tomber du train de marchandises. Il en tombe parfois des papiers, mais un jour, c’est un paquet qui est lancé vers la bûcheronne. C’est une fillette, sauvée du convoi 49…

« La seule chose qui mérite d’exister dans la vie vraie comme dans les romans, c’est l’amour. »

 

romanUne présence dans la nuit

Emilie Edgar

Belfond, 2018, 392 p., 21€

Premier roman, policier psychologique.  Alice Taylor, infirmière, sait d’ordinaire séparer sa vie professionnelle de sa vie privée. Elle est pourtant très attachée à Cassie, une jeune femme dans le coma après avoir été renversée par un chauffard. Dans la même chambre qu’elle, Franck, prisonnier du syndrome d’enfermement, est témoin des visites au chevet de Cassie, connaît l’identité du chauffard, et sait qu’elle est en danger. Pourra-t-il prévenir Alice ?

 

romanDans le murmure des feuilles qui dansent

Agnès Ledig

Albin Michel, 2018, 388 p., 20€

Hymne à la vie et à la résilience, émouvant et simple autour de quatre personnages : Anaëlle, qui a subi de graves opérations suite à un accident de voiture et a dû écourter ses études, a une relation épistolaire belle et poétique avec un ancien professeur de droit. Thomas passe ses journées en forêt, avant de venir raconter tout ce qu’il y a vu à son jeune frère Simon, hospitalisé.

 

romanLa vie secrète des arbres

Peter Wohlleben

Les Arènes, 2017, 260 p., 20€90

Ecrit par un ingénieur forestier allemand, cet excellent documentaire sur l'interaction entre les arbres, est beau comme un conte. Il donne envie d'aller se promener et observer en forêt.

 

romanTropique de la violence

Nathacha Appanah

Gallimard (Blanche), 2016, 176 p., 17€50

Prix Fémina des Lycéens 2016

Une infirmière française à Mayotte, en mal d’enfant, adopte un bébé aux yeux vairons, abandonné à l’hôpital par une jeune clandestine. Elle lui donne une éducation plutôt privilégiée, mais en grandissant, Moïse vit mal ses silences sur son histoire. Lorsque sa mère adoptive meurt subitement, il part à la dérive avec son chien, et entre dans une spirale infernale aux mains d’une bande de malfrats. Très belle écriture poétique et puissante, alternée entre cinq narrateurs : la mère, Moïse, le chef de bande, le policier, le travailleur humanitaire.

Ce roman a fait l’objet d’une belle adaptation en BD par Gaël Henry, chez Sarbacane, en 2019.

Dans le même genre, en Guyane, lire aussi Obia, de Colin Niel.

 

romanEt tu trouveras le trésor qui dort en toi

Laurent Gounelle

Kero, 2016, 20€90

Alice se met en tête d’aider son ami d’enfance, prêtre, à remplir à nouveau sa paroisse. Elle décide d’attirer les fidèles en appliquant ses techniques de marketing à la religion. Pour ce faire, elle essaie de comprendre et décortiquer les grands courants religieux. Quand Gounelle s’essaie à la philosophie des religions dans un grand fourre-tout syncrétiste pseudo-pédagogique…

 

romanL’été contraire

Yves Bichet

Mercure de France, 2015 / Gallimard Folio, 2017, 6€90

Une infirmière de maison de retraite, complice d’une virée des résidents au casino de Vals les Bains, se fait renvoyer. Toute l’équipe part alors dans une joyeuse escapade. Très bons dialogues et descriptions !

 

romanLe temps des réformes

Pierre Chaunu

Fayard, 1976, réed 1999 et 2003

Ce documentaire autour de la Réforme permet de comprendre bien des choses actuelles.  Pierre Chaunu retrace l'évolution de la pensée, depuis les origines de  l'Antiquité gréco-latine, la construction judéo-chrétienne, la Réforme… jusqu’à notre civilisation.

 

Et les lectures coup de cœur, valeurs sûres dont les critiques se trouvent sur ce blog :

Opus 77, Alexis Ragougneau

De pierre et d’os, Bérengère Cournut

Une rose seule, Muriel Barbery

L’arbre monde, de Richard Powers (voir critique)

Âme brisée, d’Akira Mizubayachi

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

13:33 Publié dans Bouillon de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

27/10/2020

Lettre d'amour sans le dire

rentrée littéraire

Lettre d’amour sans le dire

Amanda STHERS

Grasset (Littérature française), 2020, 140 p., 14€50

 

Au fil des pages, la narratrice se dévoile par petites touches, en s’adressant au masseur shinto japonais qui a réveillé son corps et l’a rendue à elle-même. Pour se rapprocher de lui, elle a pris des cours de japonais, et s’est plongée dans la culture et la littérature japonaise.

Professeure de français en retraite anticipée, « plouc du nord » installée à Paris par sa fille, Marine, entrée par mariage dans la grande bourgeoisie, et qu’elle embarrasse plus qu’autre chose. On s’attache à cette femme en retrait, qui a subi sa vie plus qu’elle ne l’a vécue, soumise aux souhaits (et aux attouchements) des autres.

Délicat et japonisant.

Marie-Josée et Aline

26/10/2020

Une rose seule

roman,rentrée littéraire,japon,famille

 

Une rose seule

Muriel Barbery

Actes Sud, 2020, 158 p., 17€50

 

Rose a grandi avec sa grand-mère Paule et sa mère Maud, jeune femme mélancolique et triste, sans joie de vivre. Elle n’a pas connu son père Haru, que sa mère a quitté juste avant sa naissance en lui faisant promettre de se tenir à l’écart de sa vie. Elle sait cependant qu’il est japonais et riche.

Malgré cette absence et ce manque, elle a une enfance heureuse, grâce à sa grand-mère, jusqu’à l’âge de 10 ans, où sa mère finit par sombrer dans la dépression, faisant éclater cette apparence de bonheur. Désormais Rose va vivre dans l’indifférence et la superficialité. Rien ne remplit sa vie, ni ses amis, ni ses amants, ni sa profession de botaniste. A 40 ans, elle vit seule, sans attaches ; elle a perdu sa mère et sa grand-mère. Et  cette existence vide de tout va être  bouleversée. Elle reçoit une lettre du notaire de son père l’informant de son décès et de sa décision de lui léguer sa fortune.

C’est une femme en colère et pleine de rancœur qui arrive à Kyoto. Elle en veut terriblement à ce père qui ne s’est jamais manifesté de son vivant et ses sentiments sont amplifiés par les instructions qu’il a laissées pour sa venue. En effet, il a établi un programme à suivre avant de découvrir son testament ainsi que la lettre posthume qu'il lui a laissée.

A travers un itinéraire de temples et de jardins, elle va s’approcher de son père et va apprendre à mieux se connaître et s’accepter. C’est un chemin vers la résilience au cours duquel elle doit exsuder toute la colère qui est en elle, sa dureté, son chagrin, sa rancœur. Ces promenades dont elle ne perçoit pas le sens au départ, vont progressivement résonner en elle ; elle  va peu à peu s'adoucir et tomber sous le charme des jardins zen, des temples, de l’art floral mais aussi de la vie japonaise avec ses restaurants traditionnels et ses maisons de thé. Paul, l’assistant de Haru l'accompagne dans ce cheminement qui aboutit à une acceptation de la perte, de la douleur, et à une libération et une acceptation du bonheur.

Muriel Barbery nous emmène dans des lieux hors du temps propices à l’émerveillement et à l’apaisement et nous fait découvrir la beauté et l'importance de la flore dans la culture japonaise. Des fleurs majestueuses illuminent le texte, pivoines, azalées, brassées d’œillets,  iris pâles mouchetés de bleu, violettes, camélias… Les bambous célestes, les érables, les tapis de mousse  voisinent avec la minéralité des jardins de sable et de graviers striés de lignes parallèles ou de cercles dans un ensemble parfait. Les lanternes de pierre, les rochers, les bassins complètent, dans la sobriété et la simplicité,  cette vision de la nature en communion avec l’homme.

De courts récits allégoriques introduisent chaque chapitre dont le titre, toujours lié au végétal, est une phrase extraite de ces contes. L’écriture est  raffinée, ciselée, la description précise et poétique dans un texte court, épuré et en même temps très dense.

Un beau roman sur une re-naissance et une déclaration d’amour pour la culture japonaise à travers les jardins, miroirs de la nature et expression de la pensée philosophique et religieuse de ce pays.

Annie

22/10/2020

atelier scientifique

De l'air!

Se poser des questions, émettre des hypothèses, expérimenter, manipuler... voilà ce qu'ont fait nos scientifiques en herbe lors dans l'atelier des Savants Fous!

sciences; atelier; découvrir

Ils ont soumis l'air à toutes les tortures : compression, décompression, mesure du poids et du volume...

Ils ont compris que même s’il ne se voit pas, l’air rempli tout l’espace et n’est pas si léger qu’on le croit !

21/10/2020

atelier cinéma

Faites du bruit !!!

Dans le cadre du festival Toiles des Mômes, Alice, animatrice de l’association Archipel a animé pour les jeunes un atelier bruitage de cinéma.

atelier; cinéma; vacances

Les ados ont fait un petit détour du côté du film muet pour comprendre l’histoire du son dans le cinéma avant de plonger dans le vif du sujet : créer une bande-son avec des objets du quotidien.

atelier; cinéma; vacancesEssoreuse à salade, brosse à dents électrique, papier bulles, claves, flute à piston... Charlie Chaplin lui-même en avait le tournis !

D'autres ateliers bruitage au cinéma ont lieu dans les bibliothèque de la COPAMO durant les vacances de Toussaint. Renseignements : bibliotheques.copamo.fr

 

 

20/10/2020

Soirée dictée

A vos copies!

dictée 2020 1.png

Le texte de Daniel Picouly proposé par maître Gérard a donné du fil à retordre aux élèves de la promotion 2020 lors de la soirée dictée. Pas de zéro faute, mais deux gagnantes ex æquo : Laurence Delore et Marie-France Pillot qui remporte la médaille d’or après avoir gagné au défi-jeu "nom féminin ou  nom masculin ?" soirée dictée; jeu

Bravo à nos 14 participants et un grand merci à Monsieur le Maire d’être venu saluer notre première animation post-confinement !

Vous avez été nombreux à nous demander de mettre en ligne le texte de la dictée, le voici donc. A vos copies !

Maintenant, vous posez vos porte-plume. Avant la dictée, je vais vous lire le texte en entier, en écrivant au tableau les mots que vous ne connaissez pas. Mais d’abord, je vais vous dire pourquoi j’ai choisi ce texte de Michel Grimaud. Il parle de l’Algérie et vous êtes tous au courant de cet incident au réfectoire, ce midi. Je n’ajouterai pas de commentaire. Je vous lirai simplement le titre de la dictée : Rencontre.

C’est la première fois que le maître nous explique pourquoi il a choisi une dictée. D’habitude, une dictée arrive dans la classe de nulle part. On ferme la porte, et soudain, en plein hiver, la moisson aux champs et son vin clairet bu à la régalade tombent de la bouche du maître. Ou bien sa voix fait entendre le roulement impétueux des grêlons de nacre, quand on transpire sous la blouse.

Parfois, la dictée montre ses grains de poussière qui tourbillonnent dans la lumière "en des millions de valses microscopiques". Sans elle, on les aurait regardés à l’infini, sans jamais savoir les dire. Dans une dictée, on peut naître, vivre et mourir en vingt lignes, ou seulement  suivre la trace d’un escargot de Bourgogne sur une feuille de laitue. Souvent le titre fait une promesse qu’on ne comprend qu’à la fin. Aujourd’hui, ce sera une rencontre. Le maître commence la lecture.

Daniel Picouly

Le champ de personne, chapitre 6

19/10/2020

Le Dit du Mistral

roman, rentrée littéraire, Luberon, légende

Le Dit du Mistral

Olivier MAK-BOUCHARD

Le Tripode, 2020, 348 p., 19€

©Couverture réalisée par Phileas Dog, collectif des 400 coups

 

Suite à un fort orage, un muret de pierres sèches séparant le terrain du narrateur de celui de son voisin s’est écroulé, révélant au regard acéré du paysan, parmi les éboulis, des "cailloux qui n’en étaient pas, des tessons de terre cuite, des bouts de poterie". Le paysan refuse d’informer les autorités, de peur d’être dépossédé de son champ  de cerisiers : un coup de tractopelle, et on n’en parlera plus !

C’est compter sans le narrateur, passionné d’archéologie, qui ne peut se résoudre ni à dénoncer le paysan, ni à perdre une si belle occasion de faire des fouilles en amateur. Et voilà les deux compères qui creusent et dégagent un visage sculpté dans le calcaire, ainsi que des centaines de tessons, à partir desquels ils s’efforcent de reconstituer des poteries. Ni vases, ni amphores, ni lampes votives… les objets découverts comme la fascinante "femme-calcaire" sont liés aux légendes locales.

La silhouette du Hussard, le chat du narrateur, traverse tout le roman, gambadant sur les murets sous la pluie, sillonnant les vergers, faisant la navette entre les deux hommes, rapprochés un temps par leur découverte, mais aux personnalités opposées. Le narrateur, intellectuel et rêveur, décrit ainsi le paysan :

"On sentait chez monsieur Secaillat cette force paysanne que rien ne fait plier et qui encaisse tout, obstinément, sans broncher. Avec lui, il y avait certes un temps pour la réflexion ; mais, une fois que c’était pesé, décidé, il n’y avait rien d’autre à faire qu’avancer, en serrant les dents, les coudes et les fesses, peu importe si le chemin était dur à parcourir. On pouvait lui demander si c’était le bon moment pour labourer, si la pluie risquait d’arriver ou non s’il ne valait pas mieux attendre un peu. On pouvait lui demander, mais une fois que c’était décidé, que le soc de la charrue rentrait dans la terre, rien ni personne ne pouvait l’en faire dévier. Tracer une ligne droite jusqu’au bout du champ, et une fois là-bas, revenir en parallèle. Qu’un mistral souffle à décorner les bœufs, qu’il se mette à grêler aussi gros que des prunes, ce qui était dit était dit. Monsieur Secaillat était comme il parlait : grand et sec comme un fil de fer, sans galimatias ni chichi bellis. On pouvait croire qu’il n’avait que la peau sur les os, qu’une pichenette suffirait pour le faire tomber. C’était à la fois faux et trompeur. Faux, car il suffisait de le regarder travailler pour le voir soulever des masses que ni vous ni moi n’aurions bougées d’un millimètre. Trompeur, car il en jouait : il se présentait maigrelet comme un atoumié pour mieux tromper son monde et rafler la mise à la fin. Il n’y avait que ses yeux pour le trahir : des yeux fins comme des brins de lavande, bien cachés derrière tout un pataquès de paupières, qui scrutaient tout et ne laissaient rien passer." (p. 99)

Dans ce voyage au cœur du Luberon, actuel mais traversant les époques, qui évoque Giono, Bosco et Daudet, l’auteur insère des bribes d’histoire et des contes locaux, faisant bifurquer le récit vers un monde antique et mythologique. "En bon Provençal, il faut se tourner du côté des légendes pour avoir un début d’explication" (p. 92). Il emploie également de nombreuses locutions provençales, pleines de soleil, et nous régale de cuisine méridionale, aïgo boulido en tête !

Dès la légende placée en introduction, l’auteur place le Luberon sous le signe des éléments, calcaire pour la terre, ocres pour le feu, Calavon pour l’eau, et mistral pour l’air. On retrouve cette dominante dans la structure du récit, qui commence par une crue d’orage creusant la terre, et finit par un incendie d’été poussé par le mistral…

Aline

18/10/2020

Mois film documentaire

Dans le cadre du Mois du film documentaire,

la bibliothèque organise la projection du film Carré 35 d'Eric Caravaca.

La soirée se poursuivra en compagnie de la psychanalyste  Virginie Bissuel qui échangera avec les spectateurs sur le thème des secrets de famille.

Annulé pour cause de confinement !

Carré 35 18h30 6 nov.png

12/10/2020

Atelier scientifique : de l'air !

atelier découverte, sciences

Attention, uniquement sur inscription et dans le respect des règles sanitaires !

11/10/2020

Dans les geôles de Sibérie

roman, Russie

 

Dans les geôles de Sibérie

Yoann Barbereau

Stock (la bleue), 2020, 300 p., 20€90

 

Une plongée terrifiante dans le système pénitentiaire russe. Yoann Barbereau fait œuvre littéraire du complot qui l’a envoyé en prison en 2015, et de son évasion incroyable de Russie trois ans plus tard.

Amoureux de la Russie, de son peuple, de sa culture, Yoann Barbereau occupe avec succès le poste de directeur de l'Alliance française à Irkoutsk en Sibérie orientale. Avec son épouse russe, Margot, il s’introduit rapidement dans les cercles d’influence et devient notamment proche du maire, un opposant à Vladimir Poutine.

Le 11 février 2015 des hommes en civil font irruption à son domicile et s’en prennent violemment à lui, devant sa femme et sa fille Diane âgée de 5 ans ; il est menotté, cagoulé et emmené en voiture pour une destination inconnue. Interrogé, frappé, il est sommé d’avouer… mais quoi ? "Quelques heures plus tard, il apprend qu'on l'accuse de pédophilie, plus exactement, d'avoir diffusé des documents pédopornographiques et d'avoir violé sa fille. C’est l’incompréhension et la stupeur."

Alors qu’il espère la venue de sa femme pour dissiper cette erreur et le faire libérer, la police l’informe qu’elle a demandé la protection des autorités et son incarcération (témoignage qu’elle rejettera par la suite, arguant qu’il a été fait sous pression). Après sa garde à vue, il est emprisonné 71 jours dans "des conditions épouvantables où il est facile de sombrer. La seule façon de s’en sortir c’est de s’adapter à la lumière qui ne s’éteint jamais, à la caméra, aux ordres souvent arbitraires, aux brimades, aux humiliations, aux fouilles et à bien d’autres façons d’abattre un homme. Il est vital pour lui de convaincre ses compagnons de cellule que l’accusation de pédophilie est mensongère et qu’il est victime d’une machination montée par le FSB" (service secret pour la sécurité intérieure russe).

Après un séjour de 20 jours en hôpital psychiatrique, pour de nouvelles expertises, il est assigné en résidence sous contrôle d’un bracelet électronique. En France, sa famille et ses amis constituent un comité de soutien, pour obtenir l’annulation du procès car il risque une lourde peine. Les autorités françaises assurent de leur soutien, tiennent de beaux discours et font de belles promesses, mais n’agissent pas, et la nouvelle redoutée arrive : le comité d’enquête fédéral ordonne l’ouverture du procès.

Yoann Barbereau est effondré.  Il sait que les gens du FSB ne le lâcheront pas. La seule alternative pour lui est la fuite. Avec la complicité d’un ami russe opposant au régime, il prépare minutieusement son évasion. Il parvient à déjouer la surveillance, et à effectuer un voyage incroyable de 5000 km jusqu’à Moscou, où il trouve asile à l’ambassade de France, qui s’avère être une prison dorée. Quand il apprend qu’il est condamné par contumace à 15 ans de camp à régime sévère, une évidence s’impose :  il ne peut compter que sur lui-même. Il s’enfuit à nouveau et parvient enfin à la frontière russo-estonienne après une marche difficile de 12 km. Il est libre.

Où faut-il chercher les raisons de son arrestation ? Il est informé de source sûre que le FSB a monté un dossier compromettant contre lui. C'est le fameux « Kompromat », souvent utilisé en Russie pour porter préjudice à une personnalité politique ou à toute autre personne indésirable. "J’étais trop visible, agaçant, trop audible, proche du maire, trop libre, j’étais un mégalo, ma mise au pas ferait avancer les carrières de l’ombre. C’était le calcul. Ne jamais sous-estimer la bêtise et le désœuvrement du FSB dans les lointaines provinces."

Son récit dresse un portrait sans concession de la Russie de Poutine, le fonctionnement du pays, sa justice, ses prisons, les cercles d'influence locaux, les mafias, les petits chefs zélés et carriéristes qui veulent se faire bien voir, les kompromats qui détruisent les individus. 

C’est aussi un récit empreint de culture, ponctué de très beaux passages littéraires. Il rend hommage aux écrivains russes. Ce sont eux qui, avec ses souvenirs de lecture de Villon à Alexandre Dumas, en passant par La Fontaine et Voltaire, lui permettent d’évaluer sa propre situation, de supporter sa condition et d’envisager son avenir. Enfin son amour de la Russie éclate dans de belles pages consacrées à son premier contact avec ce pays à Rostov sur le Don, à la nature sauvage de Sibérie, au lac Baïkal.

"Une féerie glacée se déploie autour de nous, elle nous protège ; nous chantons ; Diane reste interdite devant les tuyaux azurins d’un orgue monumental inventé par le gel. Dehors le Baïkal a installé une ruine de glace, elle s’offre à perte de vue. C’est un lacis d’arêtes saillantes, blanches ou cristallines, certaines ont été bleutées, il y a des totems glorieux et le masque d’une gorgone posé sur le chaos...Nous nous tenons ensemble dans cet éblouissement".

Annie