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26/03/2018

Ailleurs

roman étranger,feel good,comité de lectureAilleurs

Dario FRANCESCHINI

L'Arpenteur, 2017, 233 p., 19 €

Traduit de l'Italien Daccapo par Chantal Moiroud

 

Quand un notaire endormi dans sa triste routine se réveille à la vie et à l'amour...

Digne et respectable, Iacopo a toujours tout fait dans les règles. S'il ne file pas le parfait amour avec sa femme, il respecte les usages et mène l'étude paternelle avec conscience. Lorsque son père mourant le charge d'aller dans le quartier populaire de Ferrare retrouver ses 52 frères et sœurs, fruits de ses amours tarifées avec autant de mères différentes, il est abasourdi ! Il s'offusque, il s'affole, mais mène son enquête en fils obéissant.

Dans le quartier joyeux et sans faux semblants de Ferrare, il rencontre lui aussi des personnages qui l'aident à changer son regard sur les gens, et transforment sa vie.

Ce roman pétillant et positif est empli d'un grand respect pour les "petits", les sans-gloire. A Ferrare, on peut afficher fièrement sa condition, que l'on soit plombier, putain ou voleur. Certaines scènes sont tellement imagées que l'on s'y croirait : le cimetière aux pierres tombales originales, l'état-civil parallèle (mais chut!... c'est un secret !), le banquet des bandits... Un régal vivifiant, une Italie qui danse et qui chante, avec une chute... pas aussi convenue qu'on pourrait le croire.

Aline

24/03/2018

soirée jeux

jeu

Jeux de société, jeux de plateau…
Vous pouvez apporter vos jeux préférés, pour les apprendre aux autres joueurs
Nous vous attendons nombreux, avec vos enfants –autonomes et encadrés-
Soirée gratuite

16:01 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jeu

23/03/2018

Un parfum d'écriture

atelier d'écriture

A l’occasion du printemps des poètes, les participants à l'atelier d'écriture ont jeté quelques rimes au vent sur le thème du parfum. Certains mots, certaines phrases, extraites de leurs créations ont trouvé une place sur les vitres de la bibliothèque.

atelier d'écriture

Les enfants du TAP leur ont emboîté la plume pour écrire en couleurs ce qu’est la poésie.

atelier d'écriture

20/03/2018

Bouillon Feel Good

Les "Feel Good Books", ou "livres qui font du bien" sont à la mode, mais que recouvre cette appellation ? Les livres qui procurent à leurs lecteurs un sentiment de bien-être. Pas facile d’insister sur les côtés positifs de la vie sans donner dans la bluette sentimentale ou le superficiel. A rebours des nombreux livres « kleenex » publiés (sitôt lus, sitôt oubliés, voire jetés), chacun d’entre nous a cherché un livre qui lui donne le sourire… tout en présentant un réel intérêt.

Après les très médiatisés Anna Gavalda (Ensemble c’est tout), Laurent Gounelle (L’homme qui voulait être heureux), Grégoire Delacourt (La liste de mes envies), Gilles Legardinier (Complètement cramé)… voici notre sélection, évidemment subjective et personnelle.

 

comité de lecture,romanMonsieur Origami

Jean-Marc  CECI

Gallimard (Blanche), 2016, 15 €

Court roman zen. A 20 ans, Kuroshiku quitte son village à la poursuite d’une femme aperçue, dont il suit un fantasme jusqu’en Toscane. Héritier de la tradition familiale du papier washi, il a emporté avec lui un plant de mûrier, qu’il implante sur une colline de Toscane. Seul, il médite, fabrique son papier et en utilise les plus belles feuilles pour plier et déplier inlassablement son origami. Après des décennies, l’arrivée inattendue d’un jeune horloger le pousse à l’échange. Dans ce roman apaisant et philosophique, écrit en courts chapitres au présent, le temps semble aboli.

 

comité de lecture,romanLes filles bien ne vont pas au pôle sud

Liv ARNESEN

Interfolio (Lire et voyager), 2017, 22 €

Après avoir lu les récits d’explorations polaires (Amundsen), Liv Arnesen et ses amies partent en expédition au Groenland. Sportive de haut niveau, ayant besoin de relever des défis, cette Norvégienne décrit ses préparatifs minutieux, entraînement, recherche de sponsors,… pour une expédition transantarctique. C’est en 1994 qu’elle devient la première femme à atteindre le Pôle Sud sans asistance. Une histoire vraie dynamisante !

 

comité de lecture,romanMa reine

Baptiste ANDREA

L’Iconoclaste, 2017, 17 €

Shell, un garçon un peu simple, vit avec ses parents qui tiennent une station-service. Son plaisir : être pompiste. Pour « devenir un homme », il décide de partir seul sur le haut-plateau. Sa rencontre avec une fille fantasque, à l’imagination merveilleuse, donne lieu à une amitié hors norme. Tout l’été, Shell est heureux dans la nature, avec les visites de sa « reine ». Construit autour de personnages cabossés, ce roman plein de tendresse a obtenu le prix 2017 du premier roman.

 

comité de lecture,romanTa deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

Raphaëlle GIORDANO

Eyrolles, 2015, 14.90 €

« Je rêve que chacun puisse prendre la mesure de ses talents et la responsabilité de son bonheur. Car il n’est rien de plus important que de vivre une vie à la hauteur de ses rêves d’enfants.» Un « routinologue » rencontré par hasard encourage une jeune femme à reprendre sa vie en main… Un roman facile, parmi les plus demandés en bibliothèque cette année.

 

comité de lecture,romanLa librairie de la place aux herbes

Eric de KERMEL

Eyrolles, 2017, 14.90 €

Nathalie et son mari quittent Paris pour s’installer à Uzès. Nathalie ouvre une librairie sur la fameuse place aux herbes, et la gère avec passion, n’hésitant pas à s’immiscer dans la vie de ses clients. Chaque chapitre est un parcours de vie d’un client, à partir de son rapport au livre. La librairie vue comme un confessionnal, et le livre comme une thérapie. Sans être un chef d’œuvre, ce premier roman -partiellement autobiographique- se lit avec plaisir, et offre surtout de très beaux passages sur la lecture.

 

comité de lecture,romanLa vie princière

Marc PAUTREL

Gallimard (L’infini), 2018, 10.50 €

Le narrateur évoque la rencontre avec la femme aimée. Ensemble, ils parlent, se promènent, s’inventent. Description de l’état amoureux et déclaration d’amour à l’amour.

 

comité de lecture,romanNature morte aux miettes de pain

Anna QUINDLEN

Belfond, 2016, 20.50 €

Une artiste has-been et ruinée doit quitter son appartement de Manhattan pour s’installer dans un vieux cottage à la campagne. Pour rénover sa maison, elle emploie un jeune charpentier, qui lui fait partager sa passion de l’ornithologie, et l’ouvre à de nouveaux horizons.  

 

comité de lecture,romanLe livre que je ne voulais pas écrire

Erwan LARHER

Quidam, 2017, 20 €

L’auteur, blessé lors de l’attentat du Bataclan, écrit son histoire, et y insère des textes de ses amis. De l’humour (éloge de la biscotte) dans ce récit sans pathos et sans haine, qui appelle à un sentiment de fraternité humaine. Michèle a beaucoup aimé… tandis que Nicole s’est ennuyée (témoignages redondants).

 

comité de lecture,romanLe plus beau reste à venir

Hélène CLEMENT

Albin Michel, 2017, 20 €

Le narrateur, Raphaël, alterne entre deux époques : ses années de lycée, dans la fin des années 1990, avec un père professeur d’histoire extrêmement dévoué envers ses élèves en difficulté. Dans les années 2010, à la mort de son père, il reprend contact avec les élèves de celui-ci. Sur une bande son des années Goldman « Il changeait la vie… » l’auteur évoque le passage à la vie d’adulte, et la façon dont les ados exploitent leurs faiblesses pour en faire quelque chose de positif.

 

comité de lecture,romanL’échappée belle

Anna GAVALDA

Le Dilettante, 2009, 10 €

Afin d’échapper à un mariage corseté et à une belle sœur étriquée, quatre jeunes adultes se retrouvent entre frères et sœurs, pour une parenthèse dans leur vie ordinaire. Court roman plein d’humour et d’humanité.

 

comité de lecture,romanLa bibliothèque des coeurs cabossés

Katarina BIVALD

Denoël, 2016, 21.90 €

Traduit du suédois Läsarna i Broken Wheel rekommender par Carine Bruy

Sara Lindquist, libraire, échange des lettres avec Amy, lectrice de l’Iowa (lettres intégrées au texte). Lorsque sa boutique ferme, elle rend visite à son amie aux Etats-Unis… mais arrive le jour de sa mort. Les gens du village la prennent en charge. En échange, elle aménage avec les livres d'Amy une librairie... qui ressemble furieusement à une bibliothèque, et tente de trouver pour chacun le livre qui lui convient et lui fera du bien. Beaucoup de réflexions sur ce qu’apportent les livres... tout en se moquant gentiment des excès auxquels Sara est poussée par sa passion de la lecture. Une bibliothèque... ou comment insuffler une âme et revivifier une commune qui dépérit.

 

Voir aussi les critiques des livres suivants, en ligne sur ce blog :

comité de lecture,romanAilleurs

Dario FRANCESCINI

L'Arpenteur, 2017, 19 €

 

comité de lecture,romanLes délices de Tokyo

Durian SUKEGAWA

A vue d'Oeil, 2016, 18 €

 

 comité de lecture,romanMa vie de pingouin

Kararina Mazetti

Gaïa, 2015, 21 €

Déjà critiqué ici.

 

13/03/2018

Rencontre sur le pouce

Le programme de vendredi soir était bien chargé, mais une cinquantaine de lecteurs a pris le temps d'une rencontre avec Olivier Courtois, journaliste et co-auteur (texte) de la bande dessinée La France sur le pouce.

prix des lecteurs, rencontre d'auteur, bande dessinée

Olivier Courtois présente ses 3 mois d'autostop en une BD qui tient du carnet de route et du portrait de la diversité française, en une trentaine de tableaux. Au volant, à côté de quelqu'un qui sait les écouter, les conducteurs se taisent parfois, mais  souvent se racontent jusque dans leur vérité intime.prix des lecteurs,rencontre d'auteur,bande dessinée

Aux questions sur sa sécurité, Olivier répond par le portrait d'une France bienveillante. Les dessins de Phicil ont su s'écarter des heures passées en voiture pour présenter aussi bien des portraits que des planches de paysages, ou des extrapolations à partir du récit des conducteurs.

 

02/03/2018

Rencontre avec Davide Cali

rencontre d'auteur

Davide Cali

en "tournée" dans les collèges de la Copamo,

autour de son album Cours !

rencontre d'auteur

Il fera aussi quelques escales dans les bibliothèques du secteur.

Mercredi 7 mars de 10h à 12h

Venez à sa rencontre à la bibliothèque Eclats de Lire !

Bien qu'Italien, cet auteur a publié de nombreux albums et romans jeunesse en France. Les enfants de Soucieu aiment ses albums Marlène la baleine, Piano piano, Léopold chien de divan, Electrico 28, La vie de chapeau,... et bien d'autres encore...

Résidence subventionnée par le Département du Rhône

28/02/2018

Sur le pouce

Première étape du prix M.O.T.S

Rencontre avec Olivier Courtois

La France sur le pouce

bande dessinée, prix des lecteurs

18/02/2018

Jeu blanc

roman étranger, Canada, Hockey, indiensJeu blanc

Richard WAGAMESE

Zoé éditions (Ecrits d’ailleurs), 2017, 256 p., 20.90€

Traduit de Indian Horse par Christine Raguet

 

Richard Wagamese nous avait émus avec Les étoiles s’éteignent à l’aube (Medicine Walk, 2014). Les éditions Zoé remontent le fil de ses écrits en publiant Jeu blanc (Indian Horse, 2012). Considéré comme son chef d’œuvre au Canada, le roman développe deux thèmes spécifiquement canadiens : le hockey sur glace, et l’effacement de la culture indienne.

C’est depuis le centre de soins New Dawn « la nouvelle aube » que le narrateur rédige son histoire personnelle, comme un récit thérapeutique. Saul Indian Horse, du Clan des Poissons, des Ojibwés (Anishinaabes) du Nord de l’Ontario, évoque ses jeunes années : « J’ai grandi dans la crainte de l’homme blanc. Il s’avéra que j’avais raison » (p. 17). "Ma sœur Rachel disparut à six ans, avant ma naissance, laissant un spectre au sein de notre camp... En 1957, quand j’avais quatre ans, ils prirent mon frère, Benjamin. » Ses parents détruits errent d’un camp provisoire à l’autre, suivant le travail saisonnier et le whiskey : les enfants enlevés sont remplacés « par des bouteilles brunes pleines de mauvais esprits ».  Sa grand-mère Naomi essaie de le protéger en l’emmenant sur les terres ancestrales du clan vers les lacs Gods et en lui transmettant la culture ojibwe et le lien avec son grand-père chaman Shabogeesick. Mais lorsque le vent du nord se met à souffler lors d'un hiver trop rigoureux, elle est forcée de rejoindre la civilisation.

C’est alors au tour de Saul d’être interné au St Jerome’s Indian Residential School, où il rejoint la cohorte des enfants enfermés pour être désindianisés plutôt qu’éduqués. « à l’intérieur, l’odeur de javel et de désinfectant était si forte que j’avais l’impression que la peau pelait à l’intérieur de mon nez » (p. 53). Récurés à vif, tondus, battus à la moindre erreur, avec interdiction de parler l’ojibwe, les enfants y sont brisés, poussés à la folie ou au suicide. « St Jerm’s nous décapait, laissant des trous dans nos êtres ». (p. 91) « Ils appelaient ça une école, mais ça n’en fut jamais une. Nous passions le plus clair de nos journées au labeur. Le seul contrôle portait sur notre capacité à tenir le coup… Mais ce qui nous terrifiait le plus, c’étaient les assauts nocturnes ».

Initié par le Père Leboutilier au hockey, Saul se passionne pour le jeu. Autorisé à pelleter la neige et à entretenir la glace de la patinoire de fortune, il s’entraîne en cachette, utilisant du crottin comme palet. Phénomène du hockey, il possède une vision du jeu extraordinaire : « Je voyais les propriétés physiques du jeu et l’action, mais aussi l’intention. Si un joueur pouvait contrôler une partie de l’espace, il pouvait contrôler le jeu ». Le hockey est son plaisir et son espace de liberté, il l’élève au-dessus de son statut de victime. Sport d’équipe, c’est aussi un lieu de camaraderie : « Dès l’instant où je touchais la glace, tout cela était derrière moi… Dans l’esprit du hockey, je croyais bien avoir trouvé une communauté, un abri et un refuge, loin de toute la noirceur et la laideur du monde ».   Au fur et à mesure qu’il progresse, il doit s’endurcir au contact d’équipes de plus en plus performantes, mais aussi se confronter au racisme qui règne dans le Canada des années 1970, où « Les blancs croient que ce jeu est à eux » (p. 107).

Incapable de poser ce livre, je l’ai lu d’un trait, en tension entre les visions de culture indienne, les mauvais traitements, l’évasion procurée par le jeu, les injustices et la colère. Suspendue aux émotions de Saul et avide de comprendre comment il se retrouve en centre de désintoxication… et comment il s’en sort.

 

Pour rendre l’ambiance de l’institution St Jérôme, l’auteur s’est inspiré de témoignages recueillis en 1979 lorsqu’il était journaliste, et qui transparaissaient déjà dans son premier recueil de poésie Runaway Dreams avec « For Generations Lost » et « Graveyard ». Les liens avec son histoire personnelle sont nombreux : sa longue pratique du hockey lui permet de nous faire ressentir la sensation de liberté et la joie sauvage du hockey « the shining white glory of the ring ». Très jeune, l’auteur a été retiré à  sa famille biologique et placé dans des foyers d’accueil, dont il s’est enfui pour mener une vie chaotique. En tout cas, il admet que l’écriture du roman l’a aidé à ressentir moins de colère par rapport à sa jeunesse. 

Les jours heureux, proches de la nature et du mode de vie indien traditionnel, sont contés dans un style de « réalisme magique », en opposition aux moments sombres de St Jérôme, relatés avec une grande sobriété. Wagamese insiste plus sur la résilience que sur les mauvais traitements. Il exprime sa vision dans un entretien passionnant en 2013 à UBC : Oui, tout ceci est arrivé, et c’est une honte. Mais la (ré)conciliation doit se faire.

Richard Wagamese s’est construit lui-même. N’ayant pas fréquenté l’école plus loin que le grade 9 (3ème), il a passé une bonne partie de son adolescence dans les bibliothèques, et dit avoir fait lui-même son éducation entre les couvertures des livres. A 24 ans, après avoir trouvé ses racines, il a compris que l’une des missions principales de sa vie serait d’être un raconteur d’histoires. Bien joué, monsieur Wagamese !

« Tant qu’il n’a pas été lu, un livre n’est pas vraiment achevé » Toutes les intentions et l’énergie que  l’auteur  a insufflées à ce livre continuent à vivre malgré son décès en mars 2017. A lire, donc, absolument.

A voir : Une version filmée du roman est sortie en 2017, avec John Alsosa, récompensée aux festivals de Toronto, Calgary et Vancouver.

Lire aussi Les étoiles s’éteignent à l’aube (éd. Zoé, 2016), ainsi que le roman qu’il préférait dans son œuvre Ragged Company (autour des sans-abri), non encore traduit. Parions que les éditions Zoé, qui ont fait un excellent travail avec ses deux derniers romans, vont continuer les traductions.

Aline

15/02/2018

Eva dort

roman étranger, Italie

 

Eva dort

Francesca MELANDRI

Gallimard, 2012, 393 p., 24 €

Traduit de Eva dorme par Danièle Valin

 

Dans ce roman captivant Francesca Melandri nous fait découvrir un épisode méconnu de l’histoire italienne. En 1919, lors de la signature du traité de paix, les puissances victorieuses attribuent le sud du Tyrol à l’Italie qui n’en demandait pas tant. Les habitants, allemands blonds aux yeux bleus et à la peau claire, ne l’acceptent pas et sont bien décidés à garder leur langue, leurs coutumes, leur façon de vivre. Mussolini décide d’envoyer de nombreux Italiens du sud habiter cette terre. De plus, il pousse la population d’origine allemande à partir. En accord avec Hitler, le gouvernement italien leur propose de réintégrer leur « patrie ».

Plusieurs générations ont vécu sur cette terre et aucun ne veut la quitter mais Mussolini menace les Dableiber, ceux qui restent, d’italianisation forcée. S’ils refusent, ils seront déportés en Sicile. Ils ne peuvent rester Allemands sur le sol italien. La grande majorité décide à contrecœur de s’en aller, mais la déclaration de guerre interrompt les départs. Cette région devient alors une terre de violence et de souffrance pour de longues années car la République italienne se montrera aussi dure avec eux que le régime fasciste. Allemands et Italiens ne s’aiment pas. Leur désaccord se manifeste même dans le nom, Sud du Tyrol pour les Allemands, Haut-Adige pour les Italiens !

Des paysans, des ouvriers, de pauvres gens revendiquent le rattachement à la mère patrie. Ils ne l’obtiennent pas et dynamitent des pylônes. La répression est terrible, tortures, prison, mort. Elle entraînera la formation de groupes de terroristes qui, contrairement aux premiers, n’hésiteront pas à tuer. De nombreux soldats sont envoyés en renfort, des événements dramatiques ont lieu, la région ne connaît pas la paix. Un homme politique Silvius Magnano sait que l’Italie ne rendra jamais le Tyrol. Pour lui la seule issue est l’autonomie ; il ne cesse de la réclamer et finira heureusement par l’obtenir.

 

L’histoire de la famille Huber commence avec le rattachement du Tyrol sud à l’Italie. A cette époque Hermann est un enfant orphelin ; cette blessure et une enfance difficile vont faire de lui un homme dur, froid, violent. Il épouse Johanna dont il a deux enfants Peter et Gerda. Leur destinée sera marquée par celle de cette terre allemande.

Gerda est très belle, blonde aux yeux bleus et au corps magnifique, elle attire tous les regards. Un seul la séduit. L’amour est partagé, mais pas assez fort pour que Hannes passe outre l’interdiction de son père et l’épouse. Le passé a trop de poids. Gerda attend un enfant et se retrouve seule, chassée de chez elle. Elle doit élever sa petite fille Eva. Elle travaille dans le restaurant d’un grand hôtel à Merano. Francesca Melandri décrit avec beaucoup de détails les conditions de travail extrêmement dures et iniques. Elle gravit peu à peu les échelons et devient cuisinière mais elle paie cher son indépendance. Sa rencontre avec Vito, sous-officier de carabiniers, change sa vie et celle d’Eva. Leur amour cependant ne résiste pas au poids de la société.

Eva a vécu une jeunesse en recherche d’amour. La profession de sa mère ne lui permettait de vivre avec elle que deux mois par an et elle en a beaucoup souffert. C’est une jeune femme marquée par son passé, qui refuse de s’attacher. Elle reçoit un appel de Vito, qu’elle n’a pas revu depuis 30 ans ; au crépuscule de sa vie, il lui demande de la rejoindre en Calabre. Pendant sa longue traversée du pays du nord au sud, dans des transports bondés, Eva se souvient et fait le bilan de sa vie.

 

L’histoire des deux femmes s’entremêle avec celle de la région, ce qui rend ce récit d’autant plus passionnant. Francesca Mélandri alterne les chapitres, le présent d’Eva et le passé de Gerda, qu’elle relate avec beaucoup d’émotion. Un beau roman sur fond de montagnes et d’Histoire.

Annie

10/02/2018

Bouillon de petits éditeurs

Ce mois-ci, nous avons décidé de sortir des sentiers battus, et de lire des œuvres publiées par de petits éditeurs. "Petits"... c'est relatif, mais nous avons fait de notre mieux.

 

Editions des Lisières, Sainte Jalle (Drôme)

"Les éditions des Lisières abritent depuis 2016 des voie/x poétiques", souvent dans des éditions bilingues. Le livre est « pensé comme un objet artisanal, fait de plusieurs voix, de plusieurs mains ». Sa couverture incarne pleinement la beauté du contenu.

édition,roman étrangerBrouillons amoureux

Souad LABBIZE, 2017

Courts poèmes évocateurs, en français et arabe, dans un petit livre illustré, très soigné.

Michèle P. a fait des heureux parmi les jeunes –même ceux qui semblaient éloignés de la lecture- en distribuant plusieurs livres de poésie de cet éditeur à Noël.

 

Agullo Editions

Maison créée en 2016 en région Bordelaise par plusieurs professionnels du livres, dont Nadège Agullo, co-fondatrice des éditions Mirobole, et un graphiste.

« Abolir les frontières : Agullo Éditions est le porte-voix d'auteurs d'ici et d'ailleurs qui expriment et partagent leurs histoires, leur culture, leurs joies, leurs espoirs et par-dessus tout, leur humanité.».

édition,roman étrangerLa pension de la Via Saffi

Valerio VARESI, 2017 (Agullo noir)

Ghitta, la vieille propriétaire d’une pension dans un vieux quartier de Parme, est retrouvée assassinée. Le commissaire Soneri, piétine dans cette enquête qui fait ressurgir son passé : c’est dans cette pension pour étudiants qu’il avait rencontré sa femme, Ada, morte en couches peu après leur mariage. La ville a bien changé depuis sa jeunesse, et cette affaire l’oblige à remettre en cause sa vision du passé. Un roman policier d’enquête, bien mené, nimbé de nostalgie, où la psychologie du commissaire est bien développée. Comme souvent, c’est en creusant la personnalité de la victime –ainsi que son propre passé- que le commissaire pourra clore l’affaire.

 

Editions DO, Bordeaux

Créées en 2015 par Olivier Demettre, ancien libraire, les éditions DO ont pour vocation de faire découvrir des textes du monde entier - plutôt des formes courtes, et d’origines plus variées que les habituels anglo-saxons.

édition,roman étrangerComment j’ai rencontré les poissons

Ota PAVEL, 2016

Traduit du Tchèque par Barbora Faure

Recueil de chroniques autobiographiques écrites par Ota (Popper) Pavel, regroupées dans un ensemble proche du roman. Pavel rend hommage à son père, fantasque et fantastique, à la fois  meilleur représentant de commerce en électroménager du pays, et pêcheur passionné. A hauteur d’enfant, il raconte avec poésie les rivières, la pêche à l’anguille ou à la carpe, le braconnage, la complicité entre pêcheurs. L’ascendance juive de la famille Popper l’a désignée aux vexations pendant l’occupation allemande, et seul le jeune âge de Pavel l’a dispensé de séjourner comme son père et ses deux frères aînés en camp de concentration.  Le ravitaillement posant un gros problème, sa débrouillardise et sa connaissance de la pêche se sont révélées précieuses !  

Ce roman est un classique de la littérature tchèque, porté à l’écran, et le texte en français a été couronné par le prix Mémorable 2017 des libraires indépendants.

 

Editions La Fosse aux ours, Lyon

Créée en 1997 à Lyon, la Fosse aux Ours rassemble dans son catalogue plus de cent titres en littérature française et étrangère. Connu dans la région, cet éditeur publie beaucoup d’auteurs Italiens, dont l’excellent Mario RIGONI STERN, et notre chouchou Antoine CHOPLIN !

édition,roman étrangerQuelques jours dans la vie de Thomas Kusar

Antoine CHOPLIN, 2017

Garde-barrière à Trutnov, Tomas aime la forêt et la photographie. Sa vie est transformée par sa rencontre de fortune avec Vaclav Havel, auprès duquel il s’engage : transporter des enveloppes, coller des affiches… Même lorsque cet engagement lui fait perdre son travail, et que Vaclav Havel est emprisonné, il lui reste fidèle.

Dans une écriture concise, ciselée, Antoine Choplin apporte à son habitude un regard sur l’histoire par le biais d’un personnage secondaire qu’il sait magnifier.

Tous ses romans sont de la même qualité, nous avons eu un coup de cœur pour  Le héron de GuernicaLa nuit tombée et (prix des lecteurs 2013) et Une forêt d’arbres creux.

 

Editions La dernière goutte, Strasbourg

Fondée en 2008, « La dernière goutte aime le verbe, les mots, ce qui claque, ce qui fuse, ce qui gifle et qui griffe et qui mord. Les contes cruels, les dialogues acides. Elle défend des textes aux univers forts, grotesques, bizarres ou sombres. »

édition,roman étrangerLa bombe

Frank HARRIS, 2015

Le texte a été écrit par l’auteur en 1908, mais c’est sa première traduction en français. Il relate la vie d’un ouvrier de New York à Chicago, évoquant son engagement dans les luttes sociales et politiques aux Etats-Unis au début du 20ème siècle, et retraçant les origines de la fête du travail. L’écriture est un peu désuète, mais le sujet très intéressant.

Bacchiglione Bluesédition,roman étranger

Matteo RIGHETTO, 2015 (Fonds noirs)

Chassé-croisé de petits escrocs minables, à la recherche du pactole. Court et loufoque. L’intrigue manque de tenue et l’écriture ne présente pas grand intérêt.

 

Mirobole Editions, Bordeaux

Crée en 2011 par des employés de gros éditeurs, cette maison se spécialise dans les "Voyages littéraires en terres étrangères": « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger. Des livres 100 % étrangers, imprimés 100 % en France. »

édition,roman étrangerBretzel Blues

Traduit de Dampfnudelblues

Rita FALCK, 2018

Ce titre fait partie de la série policière, bestseller en Allemagne, autour du commissaire bavarois Franz Eberhofer. Autre titre traduit : Choucroute maudite. Dans ce polar rural délirant situé dans le village de Niederkaltenkirchen, en  Bavière, on suit le commissaire Eberhofer, un peu flemmard, dans une enquête où il cumule les contrariétés. Heureusement que la porcherie qu’il rénove est pratiquement habitable, que sa Mémé lui cuisine de bons repas roboratifs, et que son chien Louis II lui sert de coach sportif !

 

Editions Le Tripode, Paris

"Depuis sa création à l'automne 2012, la maison d'édition est au service d'auteurs dont elle admire la seule liberté possible : préférer la sensibilité aux doctrines, privilégier le cheminement dissident de l’imaginaire à l'immédiateté du discours, sortir de la marche ordinaire du monde."

édition,roman étrangerAu cirque

Patrick DA SYLVAIN, 2017

C'est un texte très spécial et original qui ne laisse pas indifférent. Assez brutal, une tragédie familiale, mise en scène comme une grande tragédie antique. ..plutôt dérangeant.

 

Editions des 2 Terres, Paris

Pas si petite maison d’édition que cela… fondée en 2003 par l'Américaine Nina Salter, la maison se spécialise dans la traduction et la publication de romans étrangers, avec une dizaine de titres par an. Parmi ses auteurs les plus célèbres, Kazuo Ishiguro, Jeffery Deaver, Ruth Rendell, Patricia Cornwell et Carl Hiaasen. Nous avions aimé Deux caravanes et Brève histoire du tracteur en Ukraine, de Marina Lewycka.

édition,roman étrangerLe pari des guetteurs de plumes africaines

Nicholas DRAYSON, 2011

Bien écrit, fluide, plein d’humour assez « british », mais avec un réel contenu et un personnage principal doté d’une conscience politique : il écrit des satyres politiques où les personnages, à la façon des caractères de La Bruyère,  sont croqués en oiseaux. Critique ici.

 

De belles découvertes chez tous ces éditeurs, passionnés découvreurs de talents.

Nous remarquons une affluence de nouvelles petites maisons d'édition dans la région bordelaise... ?