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24/01/2017

Les coups de coeur de janvier, par les lecteurs du Bouillon

Un fauteuil sur la Seine.jpegUn fauteuil sur la Seine

Amin MAALOUF

L’auteur se penche sur les occupants qui l’ont précédé au fauteuil 29 de l’Académie des lettres. Il traverse 4 siècles d’histoire de France en 18 personnages. Chaque académicien étant révélateur d’un moment de l’histoire, depuis la création de l’Académie en 1634 par Richelieu. D’illustres noms sont évoqués dans des récits vivants et courts, très instructifs et pleins d’anecdotes.

 

Pardon, Clara.jpegPardon Clara

Didier CORNAILLE

Clara, petite fille juive, a été adoptée par des paysans du Morvan pendant la guerre. Des années plus tard, elle est toujours « la juive » pour les habitants du village. Ce roman met en avant un conservatisme en milieu rural, et plus largement comment nous sommes tous l’étranger de l’autre.

 

Joanne Lebster.gifJoanne Lebster, le début d’un nouveau monde

Marc Chinal, Mathieu Bertrand

Bande dessinée utopiste. En proposant une alternative à la société de consommation et au système économique mené par l’argent, des idéalistes parviennent à réinventer le monde. Un monde dans lequel on a envie d’exister.

 

L'affaire Arnolfini.jpegL’affaire Arnolfini

Jean-Philippe Postel

Etude autour du tableau de Van Eyck appelé « Les époux Arnolfini ». L’auteur –médecin- après l’avoir étudié à la loupe, s’est intéressé à chaque détail du tableau en le rapportant à la mentalité de l’époque. Il propose ici une nouvelle théorie, très bien documentée, sur ce tableau qui a fait couler beaucoup d’encre. Se lit très bien.

 

Les corps fragiles.jpgLes corps fragiles

Isabelle Kauffmann

Médecin, Isabelle Kauffmann a rencontré l’une des premières infirmières libérales (dans les années 1950), passionnée par son métier. A la première personne, elle fait ici un récit fluide et simple de la vie de cette infirmière : d’un milieu rural, puis orpheline, elle a quand même réussi à faire ses études d’infirmière. Récit non chronologique, traité par thèmes à partir des parties du corps humain.

 

Nymphéas noirs.jpgNymphéas noirs

Michel BUSSI

Grand gagnant du prix des lecteurs Messimy-Soucieu-Thurins en 2012, ce roman policier à la construction singulière séduit aussi pour la promenade qu’il offre à Giverny.

 

Le testament d'Olympe.gifLe testament d’Olympe

Chantal THOMAS

Roman historique qui, au travers de la vie de deux soeurs de la petite aristocratie bordelaise, s’attache à dépeindre la destinée des femmes sous Louis XVI. Roman très apprécié, mais plusieurs d’entre nous ont préféré L’Adieu à la reine et L’Echange des princesses.

 

Paloma et le vaste monde.gifVéronique OVALDE

Soyez imprudents les enfants

(cf critique).

Paloma et le vaste monde

Album jeunesse écrit par Véronique Ovaldé et magnifiquement illustré par Jeanne Detallante sur une thématique proche : Paloma rêve d’ailleurs en regardant les boules à neige du monde entier, mais n’ose quitter son cercle familial un peu étouffant, quoique affectueux. On la voit prendre son envol, encouragée par sa mère.

 

Ma part de Gaulois.gifMa part de Gaulois

Magyd CHERFI (du groupe Zebda)

L’auteur, français aux racines algériennes, a grandi dans la banlieue toulousaine. Mal vu parce qu’il voulait apprendre et étudier, il a peiné à trouver son identité. Il écrit :

« Au lieu de la grande révolution des quartiers ou du grand chambardement prolétarien, à défaut d’être le porte-parole des jeunes issus de l’immigration ou l’héritier métis d’un peuple des « Lumières », je suis devenu « moi ». »

 

Aux petits mots.jpegAux petits mots les grands remèdes

Michaël URAS

Alex, bibliothérapeute, prescrit des livres en fonction de ce dont souffrent ses visiteurs. L’intrigue manque un peu de rythme, mais le livre est riche de références littéraires, et les situations pathétiques sont décrites avec humour. Soigner au moyen des livres, en les adaptant aux besoins et à  l’humeur du moment, c’est un peu ce que nous faisons en bibliothèque, ou aimerions faire…

 

La différence invisible.jpegLa différence invisible

Julie DACHEZ, ill. Mademoiselle Caroline

Bande dessinée témoignage sur le syndrome d’Asperger. Marguerite traverse la vie en se heurtant à de multiples difficultés : le bruit la dérange, elle a besoin de respecter une routine rassurante, peine à supporter la compagnie et les sorties… Aucun professionnel consulté ne l’écoute vraiment, jusqu’au jour où un diagnostic est enfin posé, lui permettant de mieux comprendre et s’adapter.

Récit touchant, en mots simples et images efficaces. Une BD qui a du sens.

Sur le syndrome d’Asperger, lire aussi « De l’amour en Autistan » par Josef SCHOVANEC,  et « Marcher droit, tourner en rond » par Emmanuel VENET.

 

Songe à la douceur.gifSonge à la douceur

Clémentine BEAUVAIS

Clémentine Beauvais a beaucoup de cordes à son arc. En anglais ou en français, elle s’essaie à la littérature pour tous âges. Son dernier album jeunesse « Va jouer avec le petit garçon » est un régal de lecture (et une petite leçon pour les parents !). Songe à la douceur est une « reprise » inspirée d’Eugène Onéguine de Pouchkine, une histoire d’amour à contretemps, transposée –en vers- à notre époque !

 

L'odeur de la forêt.gifL’odeur de la forêt

Hélène GESTERN

(cf critique). Le plus récent…  et peut-être le meilleur roman de l’auteur de Eux sur la photo, La part du feu et Portrait d’après blessure. Il fait l’unanimité parmi nous !

 

Petit pays.jpegPetit pays

Gaël FAYE

Le narrateur, Gabriel, est le fils d'un Français et d'une Rwandaise exilée. Il nous fait partager les jours heureux de son enfance idyllique au Burundi... jusqu'au moment où il lui faut tirer un trait sur son enfance et perdre son innocence. Le désamour de ses parents fait écho à la sournoise montée de la violence dans le pays, qui dresse ses amis les uns contre les autres, voit monter la peur, et culmine avec les massacres au Rwanda voisin.

 

Coquelicots d'Irak.gifCoquelicots d’Irak

Brigitte FINDAKLY, Lewis TRONDHEIM

Dans cette bande dessinée biographique, Lewis TRONDHEIM illustre le récit de sa femme, qui est aussi coloriste.  Pour son père, qui perd actuellement la mémoire, elle raconte son enfance, l’histoire de sa famille et celle de l’Irak, de 1959 à nos jours.

« Tous les vendredis, on partait en pique-nique autour de Mossoul… »

Les aller-retours entre les époques sont parfois difficiles à suivre, mais la bande dessinée est très intéressante.

23/01/2017

Va jouer avec le petit garçon

album jeunesse

Va jouer avec le petit garçon !

Clémentine Beauvais (texte), Maisie Paradise Shearring (ill.)

SarBacane, 2016

 

À partir d’une situation criante de vérité, Clémentine Beauvais lâche la bride à son imagination : au parc, l’enfant, qui s’amuse tranquillement dans son coin, reçoit de sa maman l’injonction d’aller jouer avec un petit garçon solitaire, un peu plus loin. L’auteur se place au niveau de l’enfant :

« Je déteste, DÉTESTE dire bonjour à des petits garçons à la pelle. Moi je fais pas ça avec elle : « Va jouer avec la dame, là-bas ! Elle s’ennuie avec ses pigeons ! En plus, elle a l’air très sympa ! »…

Et là, on part dans l’imagination enfantine, les « et si » et les « on dirait que… » de la plus belle espèce : « Et si jamais le petit garçon… c’était pas un petit garçon ? Si jamais c’était un monstre déguisé dans une peau de petit garçon volée ?... Et s’il m’emmenait dans un trou dans le sable, et que dans le trou il y avait d’autres prisonniers… ».

Le lecteur retrouve tous les enfants du parc dans des péripéties incroyables, illustrées minutieusement par Maisie Paradise Shearring : palais souterrain de monstre dangereux, taupes domestiques, code secret, évasions, panthère noire,… Jusqu’à un final qui replace ces aventures dans leur contexte fictif, puisque chacun est resté à ses jeux inoffensifs dans le parc… tout en gardant l’œil sur son entourage et en faisant marcher son imagination.

L’univers enfantin est particulièrement bien rendu… dans un bel exercice de conditionnel ! Ce cri du cœur de l’auteur, basé sur son vécu enfantin, est à la fois un régal de lecture pour les enfants (à partir de 7 ans, ils commencent à en apprécier les deux niveaux de lecture) et un bon support de réflexion pour tout parent ou éducateur.

Clémentine et Maisie présentent "Va jouer avec le petit garçon".

Aline

16/01/2017

Exil (3)

roman, exil, migrant

 

Destiny

Pierrette Fleutiaux

Actes Sud (Domaine français) 2016

 

Dans un couloir du métro parisien, Anne  est interpelée par le dénuement de Destiny, enceinte et noire,  et l’accompagne à l’hôpital. Entre l’aidante et l’aidée se tisse peu à peu une relation fragile, meublée d’incompréhension. Le contraste est si grand qu’on ne saisit même pas ce qui les pousse l’une vers l’autre : la grand-mère blanche « bien sous tous rapports », et la jeune réfugiée Nigériane, à l’histoire tragique, au regard foudroyant.   

« Anne a rencontré Destiny avec en elle tout un monde de références culturelles qui clignotent incessamment, au milieu desquelles elle avance son tout petit véhicule d’expérience personnelle. L’expérience personnelle est tout ce que possède Destiny, mais c’est un océan, dont jamais Anne ne pourra explorer toutes les dimensions. »

L’écart entre elles est constant, et Anne, malgré ses efforts, peine à assimiler les codes différents de la jeune migrante, à comprendre sa méfiance et ses mensonges. Mais « vérité et mensonge ne sont pas des concepts de référence très utiles quand on côtoie les miséreux du monde ».  Rien n’est gagné dans le parcours de Destiny, entre Gare de Lyon, aide d’urgence du 115, hôpitaux et hôtels  miteux.

Un livre nécessaire. Pas très littéraire, ni recherchée, son écriture –au présent- est forte de son message. Elle constate, bouscule. Substitue une personne et son histoire aux généralités sur « les migrants », et sans angélisme admet les difficultés d’une rencontre réelle.

« La bienveillance croît avec le bien-être. Que le monde fasse un pas vers l’exclu, et l’exclu fait aussitôt un pas vers le monde. »

Aline

09/01/2017

Soyez imprudents les enfants

roman, famille

 

Soyez imprudents les enfants

Véronique Ovaldé

Flammarion, 2016

 

Une rencontre à la librairie Murmure des Mots en décembre m’a donné très envie de me plonger dans ce roman. Véronique Ovaldé est une conteuse formidable, capable de captiver son auditoire en déroulant les fils emmêlés de plusieurs histoires.  Pour ce roman, elle nous indique deux de ses fils conducteurs :

La nécessité de prendre des risques

Pour vivre pleinement, vient un moment où il faut « être imprudent », et se lancer, à la façon de Gabriele Bartolome, fils de lingère, parti en exploration avec son ami d’enfance  Pierre Savorgnan de Brazza. Au contraire, ceux qui n’ont pas vécu leurs rêves finissent mal : aigris et méchant, comme le « vieux salopard de grand-père… qui avait espéré devenir chanteur d’opéra et partir en Amérique, mais qui n’avait jamais bougé de Bilbao et avait été peintre en bâtiment toute sa vie. Ma mère l’appelait Mobutu ». Ou dans un état de mélancolie chronique (comme le père de la narratrice) ou de femme au foyer sans horizon (comme sa mère). Atanasia ne veut en aucun cas les imiter.

La mythologie familiale qui compose chacun

«Le sang n’est rien, ce qui est important, c’est le lien », répéte l'Amatxi (la grand-mère) d’Atanasia, qui lui transmet, en enroulant sa pelote de laine et en déroulant telle une Parque les fils de  l’histoire fondatrice des ancêtres Bartolomé, entre l’Espagne franquiste, l’exploration coloniale en Afrique et au Brésil, la Grande peste du XVIIe….

L’histoire familiale de l’auteur elle-même remonte au pays basque espagnol, quitté à l’époque franquiste pour émigrer  -en France et ailleurs- dans des conditions difficiles. En l’occurrence, Véronique Ovaldé situe le centre de son roman dans la province basque espagnole du Gipuzkoa, dans la bourgade imaginaire d’Uburuk, « ville modèle » dirigé par le caudillo « Papa Tijuano » sous Franco.

Atanasia, dont la curiosité n’a pas pu être étanchée après la mort de sa grand-mère, cherche à  reconstituer le puzzle de son histoire familiale pleine de trous, et se lance dans une quête obsédée de l’énigmatique peintre Roberto Diaz Uribe.

La narration à tiroirs jongle avec les lieux, les dates et les personnages. Atanasia passe fréquemment de la première à la troisième personne, ce qui est déstabilisant à la lecture. Je l’interprète comme une façon de se distancier, avant de franchement s’imaginer en sujet de documentaire comme elle le fait fréquemment. En tout cas, cela m’a empêchée de m’immerger dans le récit, comme j’aime le faire, même si j'ai totalement adhéré aux thèmes abordés. Sylvie F., elle,  a eu un grand coup de cœur pour ce roman, dont la narration lui évoque Gabriel Garcia Marquez et  les grands auteurs sud-américains, prolifiques et généreux.

Aline

04/01/2017

La traversée du continent

roman étranger, CanadaLa traversée du continent

Michel TREMBLAY

Actes sud, 2007

Au début du vingtième siècle, Rhéauna, dite Nana, 10 ans vit à Maria, petite communauté francophone et catholique dans les plaines (anglophones et protestantes) de la Saskatchewan, où l’on « entend pousser le blé d’Inde ». Elle est heureuse, entre ses grands-parents et ses deux petites sœurs, lorsqu'une lettre de sa mère, qu’elle connaît à peine, réclame qu’elle la rejoigne à Montréal.

Elle doit alors entreprendre la longue traversée du continent vers l’est. Avec elle, on découvre les plaines du centre du Canada, Saskatchewan et Manitoba, avec les cultures de céréales à perte de vue, des champs qui ondulent comme un océan. Puis c'est l'étonnement devant les villes, avec toutes les commodités, des maisons où on peut même "soaker" dans son bain sans faire chauffer l'eau sur le poêle à bois…

Dans ce premier volet de la Diaspora des Desrosiers, le dramaturge québécois présente le portrait d'une époque, celle des familles canadiennes-françaises qui ont essaimé jusque dans l'Ouest canadien et y vivent dans des conditions difficiles.

Tout au long de son voyage, la petite fille, angoissée mais curieuse, ne demande qu'un peu d'affection de la part de la famille qui l’accueille au passage. Les personnages rencontrés sont brossés avec talent en quelques traits : le jeune étudiant attentionné, aux états d'âme qui lui échappent ; la grand-tante-vieille-fille acariâtre qui se révèle pianiste merveilleuse ; Bébette, l'autre soeur de son grand-père, qui tyranise tout son monde à grand coup de "saperlipopette" ; ou sa belle cousine vivant dans le luxe grâce à son travail de femme "autonome".

Tout au long du récit, le lecteur appréhende  la rencontre avec la mère, inquiet de savoir  comment est cette maman qu'on connaît si peu, et de comprendre pourquoi elle réclame soudain sa fille.

Aline

Michel Tremblay, né en 1942 à Montréal, est dramaturge, romancier et scénariste, mais aussi conteur, traducteur, adaptateur, scénariste de films et de pièces de théâtre, ainsi que parolier. L'utilisation inédite et originale qu'il fait du parler populaire québécois marque le paysage littéraire, si bien que le français familier de Montréal, ou joual, qui lui est rattaché, est parfois désigné comme « la langue de Tremblay ».

Ses récits sont marqués par son enfance, d'origine modeste (quartier du Plateau-Mont-Royal), ses proches, et son homosexualité. En 2007, dans le roman La Traversée du continent, il raconte l'enfance de sa mère et son long voyage entre la Saskatchewan et le Québec. Ce tome peut se lire seul ou comme introduction à la Diaspora des Desrosiers (saga de 9 tomes).

03/01/2017

Meilleurs voeux

Meilleurs voeux pour la Nouvelle Année

copyright Jérôme Peyrat

Et quoi de mieux pour vous les transmettre qu'une belle illustration de Jérôme Peyrat, auteur jeunesse très apprécié à Soucieu !

(Récit de sa rencontre avec les CP ici)

02/01/2017

Homme invisible à la fenêtre

roman étranger, Canada, handicap, peinture

 

Homme invisible à la fenêtre

Monique Proulx

Boréal (1993)

 

Le roman s’ouvre sur une toile gigantesque, opposant  monstres noirs et grimaçants statiques, et tout un ballet d’humains en plein vernissage. Mais la réelle opposition est plutôt celle qui existe entre les acteurs, et celui qui ne se considère plus que comme spectateur, Max.

« Je vis pour peindre…  Je sors peu. Les périples à l’extérieur déstabilisent, embringuent dans des pièces qui exigent une participation. Je joue mal, publiquement, je suis un exécrable acteur. Je fais, par contre, un spectateur excellent, toujours disposé à admirer ce qui est admirable. Il n’y a pas de mal à être spectateur : l’important c’est de connaître l’emploi qui correspond le mieux à ses petits talents. Sans les spectateurs, à quoi serviraient les acteurs ? »

Artiste peintre, centre involontaire autour duquel gravitent amis, admirateurs et modèles. Bienveillant, silencieux, il laisse sa porte ouverte à tous, écoute et peint sans juger. Fermé au passé, il s’est mis en sommeil pour ne pas raviver la douleur de la perte de ses jambes… et de son grand amour. Son statut d’infirme lui confère une forme d’invisibilité, dans son rôle d’observateur inoffensif.

« Je me souviens de la confiance immédiate de Maggie, sa belle tête fauve si rapprochée de mon épaule, disposée à livrer son âme avant que je la réquisitionne, disant des choses vertigineusement dépourvues de rouerie…. Je me souviens de sa confiance immédiate comme d’une injure en même temps. Il n’y a que les très jeunes enfants, les vieillards bavotants –et les infirmes- dont on ne se méfie pas. »

Monique Proulx dirige le regard de l’artiste pour nous présenter une galerie de portraits, façades sous lesquelles le peintre perçoit l’être intérieur complexe : longue figure pâle d’artiste à succès, Gérald Mortimer, dévoué jusqu’à l’abjection ; Maggie, à la beauté éclatante, déboulant sans prévenir avec ses états d’âme ; Julienne, la mère tenue à distance ; Julius Einhorne, l’énorme propriétaire ; Laurel et sa relation complexe à la mère... Mais c’est quand il fait son auto-portrait avec sa « fidèle Rossinante » qu’il est le plus incisif, lucide et plein d’humour noir.

D’une écriture forte et évocatrice, Monique Proulx, en traçant le portrait de ceux qui entourent Max, parvient à faire ressentir intensément les tourments intérieurs du peintre. Elle dépeint l’importance du regard, qui souvent évite et glisse sur les gens qui gênent (gros, handicapés…) tandis que le peintre, lui, voit la personne et la révèle (jeu du miroir). Ce roman est aussi une histoire d’amitiés et d’amour, profond et douloureux, où le renoncement est une bataille sans cesse renouvelée. Vivre à travers les autres se révèle insuffisant lorsque le passé vient cogner à la fenêtre avec insistance.

Merci Frédérique de m’avoir fait découvrir ce splendide roman !

Aline

Née à Québec en 1952, Monique Proulx se consacre à l’écriture depuis 1980. On lui doit de nombreuses nouvelles, plusieurs dramatiques de soixante minutes diffusées sur Radio-Canada (Un aller simple, et Les gens de la ville), deux pièces de théâtre et plusieurs scénarios. Le film Le sexe des étoiles, tiré de son roman éponyme, a remporté de nombreux prix en 1994. Homme invisible à la fenêtre a inspiré Souvenirs intimes, réalisé en 1999 par Jean Beaudin.

Ses romans : Le sexe des étoiles (1987), Le cœur est un muscle involontaire (2002), Champagne (2008), Ce qu’il reste de moi (2015).

30/12/2016

Les héritiers de la mine

roman étranger, Canada, familleLes héritiers de la mine

Jocelyne Saucier

Denoël (2015)

(Ed. XYZ à Montréal en 2000)

 

Evocation douce-amère d’une famille nombreuse élevée « à la dynamite » par un père obsédé de géologie et de prospection.

Le roman s’ouvre sur la première réunion familiale depuis des années, à l’occasion d’une remise de médaille au père, récompensé pour avoir toujours « prospecté à côté de la chance », conduisant ainsi les autres aux filons et  faisant la richesse des « claims » voisins.

Cette réunion de famille réjouit au plus haut point « leFion »,  le petit dernier, émerveillé par la mythologie familiale et nostalgique d’un âge d’or ou les 21 enfants étaient réunis sous le même toit. Bande de gamins sauvages, élevés tant bien que mal par « La pucelle », la sœur aînée, tandis que la mère passait son temps en couches ou aux fourneaux, les Cardinal -menés par Géronimo- faisaient la loi dans la petite ville minière de la Norco (Northern Consolidated). Ses frères et sœurs, narrateurs suivants, dévoilent d’autres facettes plus nuancées de cette vie en famille. Et s’il y avait une raison à la diaspora familiale ? Et si la réunion du jour dévoilait un secret douloureux ?

Encore un excellent récit de Jocelyne Saucier, à qui nous devions déjà le sensible Il pleuvait des oiseaux. Celui-ci se passe dans le milieu de la prospection minière, avec  un lien fort au paysage et aux « cailloux », et comporte et des scènes d’anthologie, comme la célébration de l’âge de raison des enfants Cardinal : 7 ans, l’âge de l’initiation à la dynamite. Mais c’est avant tout un roman familial.

Au sein de cette famille nombreuse sans grandes ressources,  on n'a rien à soi, on partage tout. Le matin on s'habille avec ce que l'on trouve, propre ou sale, on dort dans un coin laissé libre, et on se bat pour sa place (Aheumplace) sur le vieux canapé défoncé. L’important, c’est d’être solidaires par rapport aux villageois ou à la Compagnie. Et gare à ceux qui ne respectent pas les valeurs et les codes du groupe!

Née au Nouveau-Brunswick en 1948, Jocelyne Saucier a étudié au Québec, et travaillé comme journaliste en Abitibi-Témiscamingue (extrême ouest du Québec, proche du nord de l’Ontario), où elle situe la plupart de ses romans.

Aline

27/12/2016

Hell.com

roman étranger,canada,thriller

HELL.COM Toute entrée est définitive

Patrick Senecal

Fleuve noir, 2016

(Ed. Alire, 2009 au Québec)

Le milliardaire Daniel Saul incarne la réussite insolente. Arrogant, il ne reconnait d’autres limites que celles qu’il se fixe, à l’image de son nouveau projet immobilier : le rachat d’églises désertées pour les transformer en lofts de luxe. Son audace a attiré l’attention de Martin Charron, un ancien « camarade » de collège. Mais Charron était à l’époque le souffre-douleur de la bande de Daniel… Maintenant, ce n’est plus lui qui subit, il propose à Daniel de l’initier à de nouveaux plaisir réservés aux hommes de leur caste. Il l‘invite à s’inscrire à un site internet Hell.com qui permet en payant de fortes sommes d’accéder aux fantasmes les plus fous. Mais une fois ouvertes les portes de l’enfer, il est impossible de faire marche arrière…

Auteur québéquois de thrillers, Patrick Sénécal (1967- ) écrit ici un roman cru et violent. Je n’ai pas aimé cet étalage de perversité.

Georgette

26/12/2016

auteurs franco-canadiens

Pour commencer, une petite polémique sur l’utilisation du joual,  présent dans les dialogues de plusieurs auteurs, à commencer par Michel Tremblay. Ce parler fleuri de nos cousins francophones d’outre-Atlantique gêne quelques lectrices, qui le trouvent trop familier pour être présent en littérature. Mais la plupart trouvent qu’il ajoute au charme du texte, lui apportant authenticité et fraîcheur. Oui, cela représente parfois un défi pour « nous autres » français de France, de retrouver la signification d’un mot vieilli autrement que chez nous, ou d’un mot anglais francisé, ou une tournure de phrase à la grammaire étrange. Mais quelle musicalité dans ces dialogues qui font chanter la langue française, et quel meilleur moyen se rapprocher de personnages dont c’est réellement la parlure ?!

 

roman étranger,canadaLe club des miracles relatifs (2016)

Nancy Huston (1953-   )

Science-fiction : dans un monde hostile aux faibles, aux « différents », nait un enfant surdoué, inquiet. Il part à la recherche de son père, parti dans l'Ouest faute de droits de pêche. Est-ce un message écologique ? De nombreux flashbacks rendent la lecture difficile. L’écriture est bizarre dans la mise en page, se veut poétique ? Pas inoubliable.

Par contre, lire absolument Lignes de faille, prix Femina 2006 ! L’histoire va de 2004 à 1944, Ukrainiens, Juifs, Lebensraum, de Haifa à Toronto et New York… en remontant une lignée. Tous les lecteurs du Bouillon l'ont trouvé remarquable ! Plus discutés, voir aussi sur ce blog, Infrarouge (2010) et Danse noire (2013).

 

roman étranger,canadaLe cahier noir (2003)

Michel Tremblay (1942-   )

Dans la série des trois cahiers de Céline, le noir est le premier. Les faits relatés se passent à Montréal, en 1966. Le récit est émaillé d’expressions québécoises. Céline Poulin, 20 ans, travaille comme serveuse dans une brasserie du quartier populaire. Parce qu’elle est naine, elle est rejetée par sa famille, et surtout par sa mère alcoolique, alors que c’est une boule d’énergie, attirée par le théâtre pour être comme les autres. Parallèle entre la tragédie grecque et l’histoire de Céline, femme différente, qui doit se battre plus que les autres. Très dense, parfois comique, le plus souvent tragique.

 

Bonheur d’occasion (1945)

Gabrielle Roy (1909-1983)

Premier roman de cet auteur classique franco-canadien, qui lui a valu une grande notoriété, (Prix Femina en 1947), Bonheur d’occasion s’attache au quotidien et à la misère des petites gens du quartier de Saint Henri à Montréal en 1940, alors que la ville souffre encore des conséquences de la grande dépression.

roman étranger,canada

Gabrielle Roy et les enfants du quartier Saint Henri, par Conrad Poirier https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=34366565

 

roman étranger,canadaLe bruit des choses vivantes (1991)

Elise Turcotte (1957-   )

Premier roman de l’auteur après plusieurs recueils de poésie. Une très belle histoire à l’écriture poétique –quoique pas très facile d’accès- qui raconte le lien fusionnel entre une jeune mère séparée et sa fillette de 3-4 ans. C’est  presque un huis clos, durant un an, le temps d’une reconstruction, le regard intérieur de cette jeune femme, allant vers une ouverture  sur le monde qui l’entoure.

 

roman étranger,canadaVa savoir (1994)

Réjean Ducharme (1941-   )

Tandis que sa femme (Mamie) s’évite en courant le monde, Rémi Vavasseur s’échine à retaper une vieille maison dans l’espoir –assez mince- qu’elle l’y rejoindra. On trouve aussi dans ce récit : les rapports aux voisins, l’entraide, la relation avec une enfant qui lui rend visite. L’écriture de Réjean Ducharme est particulière, pleine de jeux sur les mots et la syntaxe.

 

roman étranger,canadaUn petit pas pour l’homme (2012)

Stéphane Dompierre (1970-   )

Daniel a 30 ans, et vient juste de larguer sa copine pour entamer une vie libérée de célibataire. Ce petit roman plein d’humour détaille les étapes classiques par lesquelles il passe : phase 1 : ce soir je baise / phase 2 : je ne veux plus voir personne / phase 3 : appelez-moi quelqu'un / phase 4 : on est bien, tout seul / phase 5 : j'suis amoureux. Humour masculin léger… cachant une réelle remise en question.

 

roman étranger,canadaLa petite et le vieux (2010)

Marie-Renée Lavoie (1974-    )

A 8 ans, Hélène se fait appeler Joe, parce qu’elle voudrait, comme un garçon accomplir des exploits.

En attendant, elle se contente d’aider discrètement ses parents en gagnant quelques sous avec la distribution des journaux, et se lie d’amitié avec un vieux voisin au bout du rouleau. Avec un regard frais et tendre d’enfant qui découvre la vie, l’auteur nous parle de la réalité des adultes pas toujours bien rose, dans  la société des années 1980 dans un quartier un peu miteux de Québec. Un récit tendre, généreux et attachant, aux accents québequois savoureux.

 

roman étranger,canadaUn dimanche à la piscine à Kigali (2000)

Gil Courtemanche (1943-2011)

Journaliste et scénariste québequois en Afrique, l’auteur a signé de nombreux documentaires sur le tiers monde. Publié en 2000, l'histoire raconte une relation amoureuse entre un Canadien expatrié d'un certain âge et une jeune Rwandaise à Kigali, la capitale du Rwanda. Toute l'intrigue est construite autour du génocide rwandais de 1994, et de l'épidémie de SIDA.  En 2006, le roman a été adapté au cinéma par Robert Favreau « Un dimanche à Kigali ».

 

roman étranger,canadaLa tournée d’automne (1993)

Jacques Poulin (1937-   )

Le chauffeur du bibliobus, acceptant mal de vieillir, a décidé que cette tournée d’automne serait sa dernière. Mais sa rencontre avec Marie, la cinquantaine, régisseur d’une petite tournée d’artistes, change la donne. On a envie de les suivre dans les villages entre Québec et la côte nord du Saint Laurent. Pudique et intimiste, un roman plein de douceur.

 

Voir aussi Catherine Mavrikakis (1961- ), Samuel Archibald (1978- ), et les critiques de livres de Patrick Sénécal (1967- ), Monique Proulx (1952- ), Jocelyne Saucier (1948- ), et Marie Laberge (1950- )…