Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/12/2017

Le sympathisant

roman étranger, premier romanLe sympathisant

Viet Thanh Nguyen

Belfond, 2017, 23.50 €

Traduit par Clément Baude

 

1975, Saigon est en pleine déroute, un général de l'armée du Sud Vietnam et son ordonnance dressent la liste des rares privilégiés qui pourront bénéficier d’une place dans un des derniers avions à décoller encore de la ville, tandis que la panique gagne la ville. Ce que le général ignore, c'est que son aide de camp est un espion Viet Cong. Empreint de culture américaine, en bon infiltré, il voit les bons côtés du monde occidental tout en conservant sa loyauté aux communistes.

« Je suis un homme à l’esprit double. Simplement je suis capable de voir n’importe quel problème des deux côtés. Quand je constate à quel point je suis incapable de regarder le monde autrement, je me demande s’il faut parler d’un talent. Après tout, un talent est une chose que vous exploitez, et non une chose qui vous exploite. »

Au prix de décisions dramatiques, qu’il sait parfois injustes, il parvient à rester dans l’ombre aux côtés des dirigeants Vietnamiens exilés en Californie, et à transmettre des informations sur leurs chimériques combats dans ses lettres codées aux camarades communistes restés au Vietnam. Il  y sacrifie toute vie personnelle, et même son intégrité. Finalement la seule loyauté qu’il conserve jusqu’au bout est celle qu’il ressent pour ses deux amis d’enfance, ses frères de sang Bon et Man.

« Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double. »  Ainsi commence la longue confession de cet homme, dont l’identité a été double dès le plus jeune âge : bâtard eurasien caché d’un prêtre catholique, ayant grandi à Saigon mais fait ses études aux Etats-Unis, agent double communiste infiltré dans l’armée du Sud-Vietnam.  Piètre assassin, ni volontairement tortionnaire, ni innocent, taxé par les communistes « d’américanisme réactionnaire », il subit à son tour la torture de la rééducation et tente par sa confession de prouver sa loyauté à la cause communiste.

Au passage, l’auteur en profite pour introduire une satire de l’hypocrisie des politiciens américains, et de la mise en scène de l’histoire par la machine de propagande Hollywoodienne.

« Les Français me faisaient pitié, avec leur naïveté à penser qu’il fallait visiter un pays pour l’exploiter. Hollywood était beaucoup plus efficace : il imaginait les pays qu’il voulait exploiter… Cette guerre était la première dont l’histoire serait racontée par les vaincus et non par les vainqueurs, grâce à la machine de propagande la plus efficace jamais créée… »

Mais où se situe la vérité ? où sont les innocents ? « Que font ceux qui luttent contre le pouvoir une fois qu’il ont pris le pouvoir ? Que fait le révolutionnaire une fois que la révolution a triomphé ? Pourquoi ceux qui réclament l’indépendance et la liberté prennent-ils l’indépendance et la liberté des autres ?... Quant à nous, quel temps il nous aura fallu contempler le rien jusqu’à voir quelque chose ! »

Lire sur le site de l'éditeur le dossier édifiant "Viet Thanh Nguyen transcende l'histoire. Aline

Le sympathisant, prix du meilleur Livre étranger

Le 7 novembre 2017, l’écrivain Viet Thanh Nguyen a reçu le prix du Meilleur Livre étranger  2017 pour son roman Le Sympathisant, après le prix Pulitzer et le prix Edgar 2016. Voici un extrait du discours qu’il a prononcé lors de sa remise du prix (traduction : Clément Baude).

« Il y a vingt ans de cela, j’ai commencé à écrire un recueil de nouvelles. Si j’avais su qu’il me faudrait dix-sept ans pour en venir à bout, et trois de plus pour le publier, je ne l’aurais peut-être jamais commencé. Dans ma naïveté, je me disais que je terminerais ces nouvelles d’ici deux ans, qu’ensuite elles seraient achetées et publiées, que je gagnerais des prix et que je deviendrais célèbre. Je savais vaguement, mais sans tout à fait comprendre, combien l’écriture exigerait de moi, à quel point elle me détruirait, à ma grande tristesse mais, au bout du compte, à mon plus grand profit d’écrivain.

J’ai appris ce qu’était la tristesse en travaillant à ce satané recueil de nouvelles. Je ne savais pas ce que je faisais. Je ne savais pas, alors que je pâlissais doucement devant mon écran d’ordinateur et mon mur blanc, que j’étais en train de devenir un écrivain. C’était en partie une affaire de technique à maîtriser, mais c’était tout autant une affaire d’âme et une habitude de l’esprit. C’était accepter de m’asseoir sur cette chaise pendant des milliers d’heures, recevoir quelques maigres louanges de temps en temps, endurer la tristesse d’écrire en restant convaincu que malgré tout, malgré mon ignorance, quelque chose d’important se produisait…

Si je parle de mon ignorance et de ma naïveté, de mes combats et de mes doutes, c’est que la plupart des lecteurs ne connaissent que le résultat final des efforts d’un écrivain. Ce résultat final, le livre, semble déborder d’assurance et de connaissance. L’assurance et la connaissance, la « mesure » de l’évaluation et de la progression qui saturent notre vie dans les universités, les entreprises et les bureaucraties, tout cela éclipse les procédés mystérieux, intuitifs et lents – parfois très lents – par lesquels l’art, souvent, opère. L’essentiel de ce qui est crucial dans l’art, ou dans tout travail qui nous importe, quel que soit le domaine, ne peut être ni quantifié ni accéléré.

Le plus précieux, dans ces mondes des arts et des humanités qui sont les miens, est qu’ils laissent justement la place à ce type de réflexion lente et peut-être inutile..."

Lire la suite sur le site des éditions Belfond

06/12/2017

Atelier d'écriture et arts plastiques

Dans le cadre du concours

« Imaginez… une nuit à la bibliothèque »

atelier d'écriture

 Atelier Enfants

Ecriture, dessin, arts plastiques… tout est permis !

 Mercredi 13 décembre 15h30-17h00

 

Bibliothèque Eclats de lire

 A partir de 9 ans

 Gratuit - Inscription conseillée

04/12/2017

Mörk

roman policier, Islande

 

Mörk

Ragnar JONASSON

La Martinière, 2017

 

Décidément les auteurs « du Nord » excellent dans les romans policiers !

Le policier Ari Thor (déjà présent dans un précédent roman Snjor paru en France en 2016) exerce dans la froide Siglufjördur, la ville la plus au Nord d’Islande enclose dans un cirque montagneux. L’hiver approche, engloutissant cette petite bourgade dans une obscurité de plus en plus dense. Un crime plonge les habitants dans l’incompréhension et la peur.  L’inspecteur Herjolfur est abattu d’un coup de fusil alors qu’il menait une investigation aux abords d’une veille maison abandonnée. Ari Thor, secondé par son ancien chef Thomas, se lance dans l’enquête.

Trafics de drogue, pressions politiques, chantage existent aussi dans cette ville aux apparences si calmes. Des tensions se révèlent au sein de cette petite communauté où chacun connaît l’autre. Les personnages se dévoilent petit à petit. Il est manifeste que le maire Gunnar Gunnarsson et son adjointe Elin cachent des secrets. Otto Nielsson conseiller municipal et principal soutien du maire n ‘hésite pas à menacer Ari Thor. Les premiers éléments semblent donner une direction évidente à l'enquête… Peut-être trop évidente…

L’enquête se double des interrogations d’Ari Thor sur son couple ; il traverse une crise peut-être grave.

Le contexte géographique de Siglufjördur entouré de montagnes, l’obscurité qui s’installe peu à peu participent à créer une ambiante particulière et contribuent à la réussite de ce roman. Le rythme du récit est soutenu. Les chapitres sont brefs et prennent la voix des personnages les plus impliqués dans le récit. Le tout est entrecoupé d'extraits du journal d'un interné en psychiatrie. Son ombre inquiétante règne tout le long du récit sans qu’on connaisse son rôle dans cette affaire.

En fond, l'auteur s'interroge sur l'envers du décor d'une société islandaise souvent dépeinte comme sereine et paisible. Une narration incisive et un environnement original au service d'un récit palpitant, doublé d'interrogations sociales, voilà ce que nous offre ce roman qui a reçu plusieurs prix, dont le Dead Good Reader Award en Angleterre.

Un polar très efficace qui ne vous décevra pas. Annie

27/11/2017

Sapiens

Sapiens.gif

 

Sapiens, une brève histoire de l’humanité

Yuval Noah Harari

Albin Michel, 2015

 

Comment expliquer l’immense succès planétaire de ce livre traduit en 42 langues et tiré à 8 millions d’exemplaires ? Tout simplement parce qu’il est passionnant !

Yuval Noah Hariri, professeur d’Histoire à l’Université de Jérusalem (spécialiste du Moyen-Age), brosse, dans une vaste fresque, notre histoire du Néolithique à Google, dans un langage simple et limpide. Il tisse le fil de sa narration de façon chronologique, en partant du début, de la Préhistoire, ce moment où l’Homo sapiens n’était qu’une espèce parmi d’autres, un simple maillon dans la chaîne alimentaire.

Il y a 100 000 ans, la Terre était habitée par au moins six espèces différentes d’hominidés. Une seule a survécu. Nous, les Homo Sapiens. Comment notre espèce a-t-elle réussi à dominer la planète ? Pourquoi nos ancêtres ont-ils uni leurs forces pour créer villes et royaumes ? Comment en sommes-nous arrivés à créer les concepts de religion, de nation, de droits de l’homme ? A dépendre de l’argent, des livres et des lois ? Quel est notre rapport au bonheur ? Sommes nous plus heureux maintenant ? Bien sûr, notre situation s’est améliorée mais nos attentes augmentent car le capitalisme et le consumérisme, ces nouveaux mythes,  nous répètent que nous devons sans cesse en vouloir plus.

Dans ce livre érudit et provocateur Harari raconte avec clarté, précision et humour, cette longue évolution en mêlant histoire, biologie, philosophie et économie ; ses analyses sont pertinentes et novatrices. Il met bien en évidence les répercussions sur nos conditions de vie actuelles de chaque étape importante franchie au cours des siècles. Il souligne la force des mythes pour fédérer l’Humanité et permettre d’avancer ensemble pour le meilleur ou le pire.

A la fin du livre, Yuval Noah Harari aborde l'évolution de la sélection naturelle, et sa fin peut-être toute proche, causée par les recherches menées par les laboratoires du monde entier et pose la question : Les humains veulent-ils utiliser la technologie pour se transformer en dieux ?

Un livre percutant, extrêmement intéressant que je vous recommande particulièrement. A noter que le deuxième livre de Yuval Noah Harari « Homo Deus  une brève histoire de l’avenir » vient de paraître.

Annie

26/11/2017

Atelier d'écriture

Atelier d’écriture

Samedi 9 décembre 9h30-12h

 atelier d'écriture

Une parenthèse pour prendre le temps d’écrire

autour d’une tasse de thé et de mots bien trouvés.

Venez avec vos stylos, vos carnets et laissez-vous inspirer…

 

Bibliothèque Eclats de lire - Soucieu

 Gratuit - Inscription conseillée

23/11/2017

Apéro BD

bande dessinée

bande dessinée

Dès le décor, le ton était donné pour notre soirée apéro-BD.bande dessinée

Le speed-booking était une première ... tout le monde s'est pris au jeu dans une ambiance bon enfant!

 bande dessinée

 bande dessinée

 bande dessinée

 bande dessinée

La gentillesse et le coup de crayon de Ben ont fait "mouche" ! Il a enchaîné les dédicaces non-stop devant un public conquis par ses dessins :

 bande dessinée

 bande dessinéeEt oui, c'était bien un "apéro BD" !!! ... la preuve : bande dessinée

voilà ! une  belle atmosphère qui colle à l'esprit du festival de la Bulle d'Or.

Thierry Ducroix et Aline Gauthier

10:12 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bande dessinée

10/11/2017

FUTU.RE

roman d'anticipation, dystopieFUTU.RE

Dmitry GLUKHOVSKY

L’Atalante, 2015, 726 p., 27 €

Traduit du russe par Denis E. Savine

L’humanité a trouvé depuis 300 ans un vaccin au vieillissement, et peut vivre éternellement jeune –avec comme corollaire une surpopulation globale, que chaque continent traite à sa façon. L’Europe n’est plus qu’une immense mégalopole ininterrompue, hérissée de gratte-ciels de milliers d’étages, où s’entassent les habitants -plus ou moins haut selon leur rang social.

Dans cet état « providence », très surveillé, chacun bénéficie de la vie éternelle à la stricte condition de ne pas procréer. La politique de contrôle des naissances draconienne impose aux rares couples désirant un enfant de désigner le parent qui en contrepartie recevra  une injection de vieillissement accéléré. La Phalange, impitoyable, pourchasse les contrevenants : le parent capturé reçoit l’injection, et l’enfant coupable d’exister est enfermé dans un orphelinat.

Matricule 717 s’est endurci dans l’un de ces horribles internats, et accomplit sans pitié la mission pour laquelle il a été formaté : avec sa phalange, masque d’Apollon sur le visage, traquer sans pitié les grossesses illégales. Il mène une vie terne d’instrument bien réglé jusqu’au jour où une intervention qui tourne mal le pousse à commettre quelques entorses, puis à remettre en question son endoctrinement.

L’auteur décrit une civilisation peu reluisante, empilée dans des zones urbaines après avoir fait disparaître toute nature,  préoccupée uniquement du bien-être personnel, et coupée finalement de son humanité. L’analyse de cette société renvoie aux travers et aux inégalités de notre époque, notamment avec le refus d’en laisser bénéficier les étrangers. L’ironie veut que les seules touches colorées et pleines de vie dans cet univers glaçant se trouvent du côté de Barcelone, devenue le quartier des immigrés clandestins et sorte de « jungle ».

Situé dans un monde dystopique bien campé, c'est surtout un récit d’action très efficace, où le héros -brisé par son enfance- tente d’échapper à son destin et de déjouer les machinations des dirigeants. De multiples rebondissements tiennent le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages, et ce sont les imperfections des personnages qui les rendent attachants.

Aline

 

03/11/2017

L'Empire électrique

L'empire électrique.gif

 

L’empire électrique

Victor Fleury

Ill. Benjamin Carré

Bragelonne, 2017, 471 p.

 

Entre roman et recueil de nouvelles, Victor Fleury crée un univers uchronique autour d’un postulat : au 19e siècle, le monde est dominé par la France, grâce à au pouvoir octroyé aux armées napoléoniennes par la maîtrise de la force voltaïque. Dans cet univers rétro futuriste bien campé, il installe la capitale à Lyon, d’où rayonne la puissance  de l’empire.  Outre le cadre de l’empire électrique, c’est le personnage de « méchant », le vil Larsan, chef de la police napoléonienne,  qui fait le lien entre les différentes histoires.

Dans chacun des récits, l’auteur introduit des personnages littéraires, entrés dans l’imaginaire collectif, auxquels il fait vivre des aventures extraordinaires. Personnages en quête de justice, de liberté, d’éternelle jeunesse, ou de vengeance. C’est Sherlock Holmes libéré de Sainte Hélène pour retrouver un dangereux terroriste, Watson pourchassant Jack l’Eventreur avec Arsène Lupin, le docteur Frankenstein utilisant la science voltaïque pour la chirurgie esthétique, Don Diego de la Vega (version « steampunk »)  à la rescousse des anti-esclavagistes de Louisiane, Gavroche s’alliant à Passepartout et Raspoutine pour s’évader du bagne avec Cosette, ou le Capitaine Nemo à la poursuite du Nautilus.

Réutiliser des personnages de fiction dans des romans d’anticipation est un procédé habile, qui fait appel à l’intelligence et à la culture du lecteur, et que l’on retrouve dans d’autres œuvres remarquables : la saga du fleuve (Riverboat) de Philip José Farmer, et la trilogie de la lune, de Johan Heliot (elle-même inspirée du Voyage dans la lune, de Cyrano de Bergerac). Ou bien, dans le registre de la bande dessinée, l’excellente série De cape et de crocs, par Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou.

Victor Fleury possède une belle plume, un style élégant, qui séduira les lecteurs exigeants -et tant pis si certaines références nous échappent... Ce qui ne gâche rien, c’est un jeune Lyonnais ! Laissez-vous tenter par la splendide couverture, signée Benjamin Carré, et sa reliure soignée (tranche dorée).

Aline

27/10/2017

La horde du contrevent

roman d'anticipationLa Horde du Contrevent

Alain DAMASIO

La Volte, 2004

 

« Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont.

Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime. »

Un livre monde : La 34ème horde du Contrevent, plus rapide qu’aucune l’ayant précédée, partie d’Aberlaas il y a une trentaine d’années, est désormais bien soudée autour de son Traceur, le Golgoth. Le lecteur suit la fin de leurs aventures alors qu’ils commencent à se rapprocher de l’extrémité du monde connu. Le chemin doit impérativement être parcouru à pieds, afin de souder la Horde et la préparer aux dangers croissants qui les attendent lorsqu’ils atteindront (ou pas) la Norska.

« Le combat valait par lui-même, indépendamment du but » p. 30.

L’extrême Amont, but ultime, est censé leur apporter la connaissance suprême, soit celle des 3 dernières sortes de vents (encore inconnus), voire de trouver l’origine même du vent. Les traditions voudraient aussi que leurs vœux soient exaucés, ainsi que ceux des personnes qui les leur ont confiés en chemin. En même temps que le monde et les secrets des vents, ils explorent le sens (souffle) de la vie.

La narration, très riche, alterne rapidement entre les 23 personnages de la Horde. Seul un glyphe indique qui s'exprime : Sol le scribe, chargé de noter les vents et rédiger le carnet de contre, mémoire de la horde ; Oroshi l’aéromaître, experte en connaissance des vents ; Golgoth le traceur, bloc de volonté brute ; Caracole le troubadour, toujours surprenant, qui jongle avec les mots et se nourrit de diversité ; Pietro l'aristocrate, qui lisse les tensions et œuvre à l'unité du groupe. Alain Damasio a su personnaliser chacun, selon sa fonction dans le Pack et ses origines. Ainsi le lecteur perçoit rapidement qui parle en fonction du style, de la syntaxe, du rythme et du vocabulaire employé.

C'est une aventure sans trêve, la progression du groupe au travers des dangers, qui définit peu à peu les contours des protagonistes -toujours par rapport à la horde : leur intense formation encore tout jeunes, leur fonction, leur passion utile à la horde (maîtrise du feu, connaissances botaniques, fauconnerie,...) et leurs relations entre eux.

Avec inventivité, Damasio maîtrise le langage le vocabulaire. Il développe la perception des différents vents, zéphirine, slamino, choon, stèche, grivetz et furvent pour les formes "connues", et se montre très créatif pour le vocabulaire dérivé : pharéole (phare permettant de s'orienter lorsque souffle le blizzard), fréole (frégate du désert) ou drakkair. Sugissent aussi de nombreuses créatures originales, comme les méduses des airs, braconnées à la cage pour leurs composantes gélatineuses. A l'image de Caracole le troubadour, qui mène une extraordinaire joute oratoire (p. 242 et suivantes), il jongle avec les mots.

Pleine de poésie, cette épopée se tient à la limite du récit d’anticipation et du roman d’aventure brut. Grand prix de l'imaginaire 2006, La Horde du Contrevent inspire toute une communauté de fans, en particulier de jeux vidéo (Windwalkers), une tentative de le tourner en film a échoué il y a quelques années, on parle d'une mini série de 6 épisodes...

Un livre qui a fait date. Aline