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11/10/2019

Nous, l'Europe

nous, l'europe.jpg

 

Nous, l’Europe ; banquet des peuples

Laurent Gaudé

Actes Sud, 2019, 208 p., 17.80€

 

Laurent Gaudé retrace magistralement l’histoire de l’Europe, fille de l’épopée et de l’utopie, qui est  «histoire de muscles, de verve, de ferveur, de colère et de joies.» Il met la littérature au service de l’Europe car, écrit-il «les mots de la littérature, peut-être, peuvent replacer au cœur du récit la conviction et l’élan sans lesquels rien ne se fait».

Nous sommes une nation de nations, vastes, différentes que nous ne connaissons pas ou peu. Quel avenir pour l’Europe ? Comment la construire ? Quel sens lui donner ? Sur quel socle commun s’unir ?

Laurent Gaudé nous invite à la réflexion dans ce magnifique texte écrit en vers libres avec une concision extrême. Avec ses mots justes, précis, parfois percutants et avec sa lucidité, son indignation, sa colère, son humanisme et son enthousiasme, il parvient à nous convaincre là où les politiques échouent.

Il situe la naissance de l’Europe en janvier 1848 à Palerme, début d’un soulèvement qui sera repris à Paris, Milan, Berlin… Et au fil de 15 chapitres il égrène les événements qui l’ont façonnée, de la révolution industrielle  jusqu’à l’Europe désenchantée d’aujourd’hui, en passant par la colonisation, les persécutions envers ceux désignés comme indésirables, les guerres, la Shoah, le traité de Rome, la guerre froide, mai 68, l’effondrement des régimes de l’Est...

Il nous fait découvrir ou redécouvrir les noms des tyrans qui avilissent, rabaissent l’humanité -mais aussi ceux des penseurs et des hommes de bien qui ont œuvré et œuvrent encore pour la paix et l’union.

Un livre magnifique, très fort, que l'on lit d'un trait, et qui nous invite à construire une Europe qui «éclaire son temps avec des idées neuves», une Europe qui «s’anime, change, et soit, à nouveau, pour le monde entier, le visage lumineux de l’audace, de l’esprit et de la liberté».

Grand banquet,

c’est cela qu’il nous faut, maintenant,

de l’ardeur,

de la chair et du verbe !

Nous, l’Europe  sera présenté au prochain Festival d’Avignon, mis en scène par Roland Auzet et incarné par des comédiens de différentes nationalités.

Annie P.

16:51 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe

06/10/2019

Ce qu'elles disent

roman étranger,condition féminine

Ce qu’elles disent

Miriam TOEWS

Buchet-Chastel, 2019, 224 p., 19€

 

Entre 2005 et 2009, les filles et les femmes de la communauté de Molotschna ont presque toutes été violées –par des fantômes ou par Satan, croyait-on, à cause de péchés qu’elles auraient commis. Pendant que les familles dormaient, les filles et les femmes étaient plongées dans un profond sommeil au moyen d’un anesthésiant en pulvérisateur, utilisé pour les animaux de ferme. A leur réveil, elles avaient mal partout, elles étaient groggy, saignaient, sans savoir pourquoi. Récemment, on a appris que les huit démons responsables de ces attaques étaient des hommes en chair et en os, dont plusieurs étaient des proches parents de ces femmes…

Molotschna maintient elle-même l’ordre dans ses rangs... Tous les hommes  sont partis en ville afin de payer la caution des agresseurs emprisonnés. Au retour des coupables, on invitera les femmes à leur accorder leur pardon, ce qui aura pour effet d’assurer à chacun et chacune une place au paradis. En cas de refus, les femmes seront contraintes de quitter la colonie pour le monde extérieur, dont elles ne savent rien.

Les femmes disposent de deux jours seulement pour décider collectivement de ce qu’elles feront. 1) Ne rien faire, 2) Rester et se battre, 3) Partir. Quelques-unes ont voté pour ne rien faire et se remettre entre les mains du Seigneur. Cependant comme le temps presse, elles ont confié à une assemblée clandestine de 8 femmes le soin de débattre de chacune des options, de retenir la meilleure et de déterminer les modalités de sa mise en œuvre.

Communauté mennonite sectaire, Molotschna est dirigée par Peters, « évêque » qui détient une autorité à la fois religieuse, morale et temporelle. Seuls les hommes peuvent apprendre des rudiments de lecture, et ils dominent les femmes, traitées moins bien que leurs animaux.

Le roman reprend les deux jours de discussion des 8 femmes chargées de déterminer la conduite du groupe. Le narrateur, August Epp -intellectuel maintenu en marge de la communauté- est témoin de leurs délibérations et chargé d’en dresser le procès-verbal. Désemparées, acculées pour leur survie et celle de leurs enfants, elles disputent des points de religion et de morale, essayant de louvoyer entre tous les péchés qu’engendrerait leur désobéissance.

Lecture dérangeante, parce que les faits reprochés aux hommes sont d’une extrême violence, mais passionnante pour l’étude de ces femmes  qui tentent de s’affranchir d'un joug patriarcal oppressant. Tout juste bonnes aux travaux de maison, de ferme, et à enfanter, privées de droits et d’éducation, ignorantes du monde, parlant un dialecte de « plautdietsch » (bas-allemand incompréhensible en dehors de leur colonie), elles se révèlent fortes, capables d’argumenter, de prioriser leurs valeurs, de chercher une solution respectueuse de leurs croyances et de leur pacifisme.

L’auteur décrit avec tendresse ses personnages, leurs petites manies, leurs affections, leur caractère… et s’attache tout particulièrement à ceux qui vont à l’encontre du système patriarcal : August Epp, homme perçu comme faible, et Ona Friesen, femme indépendante et courageuse.

Bien qu’ayant situé son récit dans un pays anglophone, l’auteur indique s’être inspirée de faits réels, survenus dans une communauté mennonite isolée de Bolivie. Je n’ai pas pu me détacher de ce roman bouleversant avant la dernière page.

Aline

31/08/2019

rentrée littéraire septembre 2019 : un peu de fraîcheur !

rentrée littéraire, roman, inuit, roman d'apprentissage

 

De pierre et d’os

Bérengère COURNUT

Le Tripode, 2019, 19€, 220 p.

 

 

Belle découverte rafraîchissante à la librairie Lulu !

Une nuit, une fracture de la banquise sépare Uqsuralik de sa famille. L’adolescente inuit se retrouve livrée à elle-même dans l’immensité polaire, avec quelques chiens quasi sauvages, une peau d’ours et un harpon. C’est l’histoire de sa survie, de son apprentissage et de son intégration à d’autres groupes de chasseurs/pêcheurs nomades de l’arctique. Ce roman ethnographique, passionnant à lire, donne accès au mode de vie traditionnel et au monde spirituel des Inuits. Il est complété par quelques photos en noir et blanc datant du début du XXe siècle.

Note liminaire du roman : "Les Inuit sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l'Arctique depuis un millier d'années. Jusqu'à très récemment, ils n'avaient d'autres ressources à leur survie que les animaux qu'ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d'animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L'eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu'accompagne parfois le battement des tambours chamaniques."

rentrée littéraire, roman, inuit, roman d'apprentissageAline

21/07/2019

San Perdido

premier romanSan Perdido

David Zukerman

Calmann-Lévy, 2019, 412 p., 19.90€

 

Voici un beau roman coloré, à l’instar de sa couverture. Située sur l’isthme de Panama, la ville portuaire de San Perdido voit s’épanouir les traffics en tous genres, à commencer par celui du sexe, sous l’égide d’un gouverneur autoritaire et jouisseur. Un jour, la vieille Felicia -gardienne auto-proclamée de la décharge- voit s’installer non loin d’elle un enfant noir mutique aux yeux bleus, auquel ses grandes mains vaudront bientôt le surnom de La Langosta.

Ce descendant d’esclaves cimarrons, observateur et silencieux comme un spectre, recèle une force et des pouvoirs peu communs, qui le conduiront peu à peu à devenir La Mano, redresseur de torts, venant en aide aux enfants battus et aux femmes violentées. Au-delà de ses combats quotidiens pour la justice, Yerbo a été envoyé de sa palenque dans la jungle par son initiateur, chargé d’une mission qui le dépasse.

Entre réalisme magique et roman social, l'ambiance de San Perdido m’a évoqué les récits des grands auteurs Sud-Américains, alors qu’il s’agit du premier roman d’un auteur français ! Dépaysement garanti.

Aline

14/07/2019

Né d'aucune femme

Né d'aucune femme.jpgNé d’aucune femme

Franck BOUYSSE

La Manufacture de livres, 2019, 33 p., 20.90€

 

Au crépuscule de sa vie de prêtre, Gabriel se souvient d’un épisode qui a marqué sa vie. Une confession inhabituelle l’a conduit à récupérer de façon peu orthodoxe deux cahiers, mémoires écrits patiemment par Rose, enfermée depuis des années dans un asile psychiatrique.

C’est d’abord un infâme marché qui se révèle à nous : la vente par un père miséreux de sa fille de 14 ans à un hobereau menaçant, sûr de sa force et sans scrupules. Esclave plus que servante, Rose ne fait pas le poids face à la violence du maître de forge, et à l’esprit retors de la « reine mère » impitoyable.

Une femme, à l’isolement, qui déroule le fil de sa vie, on a déjà lu ça ? Peut-être, mais Franck Bouysse fait de cette vie brisée un récit intense, à la construction intelligente et au dénouement inattendu. Il s’applique également à endosser le point de vue des personnages secondaires, dont les faiblesses et les lâchetés permettent au maître de forge de s’imposer. Malgré des épisodes très durs, ce roman dégage une force de vie, par ses personnages qui tirent de petits riens la force de résister : le souvenir d’un moment de pureté, le bonheur d’un instant volé, la puissance des mots glanés dans de vieux journaux…

Notons au passage la couverture, très réussie, dont on ne saisit la profondeur qu'après avoir refermé le livre.

Aline

p. 268. "Les mots, j’ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. Ils me semblent plus légers à porter que ceux qui disent. [...] Ils sont de la nourriture pour ce qui s’envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C’est peut-être ce qu’on appelle une âme. Ces mots, je voudrais les emmener jusqu’au bout, gravés dans les feuilles de mon cahier, bien mieux que des initiales sur un rocher. J’ai la mémoire de ces mots qui fabriquent un monde rien qu’à moi, et qui d’habitude suffisent à me transporter loin d’ici."

12:35 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

09/07/2019

Prix M.O.T.T.S. les grands gagnants !

C'est ce vendredi 5 juillet à la médiathèque de Thurins qu'a été révélé, devant une belle assistance de lectrices et lecteurs venus des bibliothèques participantes, le palmarès du prix "MOTTS des 5 villages".

Cette année, pour les romans le grand gagnant est

Jeu blanc de Richard Wagamese aux Editions Zoé. Du même auteur, les lecteurs ont tout autant aimé Les étoiles s'éteignent à l'aube.

Dans la catégorie bande dessinée, c'est l'album

Jamais de Bruno Duhamel, publié chez Grand Angle qui remporte les suffrages. 

roman étranger, bande dessinée, prix des lecteurs roman étranger, bande dessinée, prix des lecteursFélicitations aux lauréats !

27/06/2019

Eclat(s) d'âme

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Yuhki KAMATANI

Akata (L), 2018

Tasuku Kaname, un jeune homme dont l’homosexualité a été découverte et révélée par ses camarades de lycée, a des envies suicidaires. Un événement le fait entrer dans un groupe de discussion, et la responsable de ce groupe parvient à lui faire accepter sa sexualité et lui ôter l’envie de se suicider. Dans ce groupe il fera une autre belle rencontre…..

J’ai aimé ce livre pour son histoire réaliste et touchante qui nous livre le regard de la société face à l’homosexualité et le transgenre.

Le dessin est d’une grande qualité.

Série manga seinen en 4 volumes, entièrement parue.

Eva

05/06/2019

La goulue

La goulue.jpgLa Goulue

Reine du Moulin Rouge

Maryline Martin

Ed. du Rocher, 2019, 216 p.

 

Biographie authentique très bien documentée, le récit de la vie hors du commun de Louise Weber. Une vie traversée par deux guerres, celle des Prussiens arrivant sur Paris en 1870, et la grande guerre de 14/18.

Cette petite fille issue d’une famille nombreuse n’en fera qu’à sa tête jusqu’au dernier jour, un tempérament de feu qui la conduira sur les planches des nuits parisiennes et dans la cage aux fauves. La maternité ne changera rien à ce caractère bien trempé. L’achat d’une belle maison dans le sud de la France pour séjourner avec son fils ne saura pas supplanter son besoin de chahut, elle ne peut s’épanouir qu’à Montmartre.

C’est l’histoire d’une femme pas ordinaire, une femme libre, qui connaîtra la gloire internationale, fréquentera les plus grands de son époque, mais vivra également la déchéance et la misère. Justice lui est rendue en 1992 lorsque son arrière-petit-fils demande le transfert de sa sépulture du cimetière de Pantin à celui de Montmartre.

Cet ouvrage est un hommage à un « monument » historique faisant partie du patrimoine culturel français.

Pascale

10:14 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : biographie

31/05/2019

Paris-Venise

Paris-Venise.jpgParis-Venise

Florent OISEAU

Ed. Allary, 2018, 238 p., 17.90€

Roman est un trentenaire qui vit au jour le jour, passe d’un job à l’autre ; pas de femme, pas d’enfant, des soucis avec sa banquière. C'est un garçon simple et honnête, pas le physique d’un coach sportif mais plutôt d’un animateur de camp de vacances. Il habite en immeuble, fréquente le couple de gardiens, très banchés Johnny Hallyday et kir, des gens sincères et disponibles.

En décrochant un emploi de couchettiste sur le Paris-Venise, il va découvrir l’amitié entre collègues, l’argent facile, le trafic de clandestin, et surtout une histoire d’amour qui ne finira pas comme on le pense, et une autre qui ne commencera pas comme on le pense non plus !

L’histoire de la vie de ce trentenaire, monsieur tout le monde, peut sembler simple et sans intérêt ; c’est tout le contraire, elle est stimulante, fraîche et surtout pleine d’humour. Un bon moment de lecture en une seule traite !

Coup de coeur fraîcheur-humour de Pascale

16:28 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

20/05/2019

Les pépites du Bouillon de lecture

comité de lectureLes porteurs d’eau

Atiq RAHIMI

P.O.L., 2019, 283 p., 19€

Dans une narration alternée entre la France et Kaboul, l’auteur suit le destin de deux Afghans : Tom, réfugié à Paris, qui a changé de prénom et de langue, s’habille et vit comme un Français ; et Youssef, porteur d’eau à Kaboul, tôt levé pour aller chercher de l’eau à la source pour les ablutions rituelles à la mosquée. Ces deux vies parallèles ne se rencontrent pas, mais toutes deux basculent le 11 mars 2001, jour où les Talibans détruisent les Bouddhas de Bâmiyân.

L’auteur, qui a lui-même quitté l’Afghanistan en 1984, a reçu le Goncourt en 2008 pour Syngué Sabour, pierre de patience. Dans ce roman-ci très bien écrit et bien construit, il aborde les thèmes de l’exil, de la clandestinité, de la trahison et du mensonge, du poids de la religion, et des non-dits.

 

comité de lectureLa nuit du cœur

Christian BOBIN

Gallimard (blanche), 2018, 208 p., 18€

Christian Bobin vit près du Creusot, et voyage peu. Rare exception, son voyage à Conques, occasion de s’émerveiller devant l’abbatiale du XIe siècle. L’auteur excelle à décrire les beautés simples du monde. Il livre ses réflexions en chapitres courts, très apaisants et poétiques. La douleur et la mort sont conjurées par l’attention aux choses et aux gens.

 

comité de lectureMon grain de sable

Luciano BOLIS

La Fosse aux ours

Traduit de l’italien  Il mio granello di sabbia (1946)

Récit personnel de Luciano Bolis, résistant, arrêté en 1945 à Gênes par les fascistes. Torturé, il craint de craquer et tente de mettre fin à ses jours pour éviter la trahison. Il en réchappe, et deviendra par la suite un militant de la cause européenne.

 

comité de lectureLe bruit des trousseaux

Philippe CLAUDEL

Stock, 2002, 92 p., 10.70€

L’auteur raconte son expérience de visiteur dans les prisons pour donner des cours de français, tout en admettant que son point de vue est partiel, puisque lui ressort toujours.

 

comité de lectureLe lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux

Martha HALL KELLY

Charleston, 2018, 573 p., 22.50€

Traduit de l'américain Lilac Girls par Géraldine d'Amico

Situé pendant et après la guerre de 39-45, le roman alterne entre trois femmes : Kasia, jeune résistante polonaise internée à Ravensbruck ;  Herta, ambitieuse  « soignante » allemande pratiquant des expériences dans le camp de déportation ; et Caroline, Américaine engagée, qui –après la libération du camp- a accueilli chez elle et procuré des soins aux « rabbits » ces femmes ayant servi de cobayes aux allemands. Premier roman de l’auteur, inspiré de faits réels et s’appuyant sur les archives laissées par Caroline Ferriday.

 

comité de lectureLes joyeux compères

Robert Louis Stevenson

Ed. Vagabonde, 2017, 136 p., 11.70€

Sombre nouvelle située en Ecosse, vers 1850, qu’on peut considérer comme précédant l’île au trésor. Terribles brisants aux abords de l’île d’Aros, les Joyeux Compères sont un piège redoutable pour les navires en perdition. Sur un îlot venté et battu par les flots, un jeune Écossais en vacances chez son oncle à moitié fou, décide de retrouver l’épave de l’Espirito Santo et son trésor englouti... Cette nouvelle traduction par Patrick Reumaux rend justice à la puissance littéraire de l’œuvre de R.L. Stevenson, avec de très belles descriptions.

 

comité de lectureOlga

Bernhard SCHLINK

Gallimard (Du monde entier), 2019, 267 p., 19€

Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary

Allemagne, fin du XIXe, Olga, d’humble origine, et Herbert, fils de la haute bourgeoisie, sont amis d’enfance et deviennent amants malgré l’opposition de la famille. Tandis qu’Olga, de nature contemplative, devient institutrice, Herbert ne rêve que de voyages et d’exploits. Tournant autour du personnage positif d’Olga, cette romance douce-amère offre des tableaux de la vie quotidienne allemande et de ses classes sociales, et montre la montée du désir de puissance de l’Allemagne et du colonialisme.

 

comité de lectureLa chambre des merveilles

Julien SANDREL

Calmann-Lévy, 2018, 272 p., 17.90€

Après un accident qui a plongé son fils adolescent dans le coma, une mère tente de le « réveiller » en réalisant « la liste de ses merveilles ». Elle a trouvé dans sa chambre un carnet listant tout ce qu’il aimerait faire, et réalise un à un ses souhaits d’adolescent pour pouvoir les lui raconter. Hymne à la vie, entre tragique et comique (décalage entre les rêves d’ado et la femme qui accomplit ces expériences). Ce n’est pas de la grande littérature, mais un feelgood book plutôt réussi.

 

comité de lectureL’infinie patience des oiseaux

David MALOUF

Albin Michel (Les Grandes traductions), 2018, 234 p., 20€

Traduit de Fly away Peter par Nadine Gassie

Australie, deux jeunes hommes sont réunis par leur passion de la faune sauvage, et  rêvent de créer une réserve naturelle pour les oiseaux migrateurs. Engagés dans la guerre de 14-18, ils se retrouvent dans les tranchées. Elle-même passionnée d'ornithologie, leur amie journaliste raconte leur rencontre dans le Queensland. David Malouf, l’un des plus grands auteurs australiens, célèbre la vie et la beauté du monde dans ce roman de 1982, traduit pour la première fois en français.

 

comité de lectureLèvres de pierre

Nancy HUSTON

Actes Sud (Domaine français), 2018, 233 p., 19.80€

Deux parties, traitées séparément. La première décrit l’enfance rurale de Saloth Sâr -arraché à un monastère bouddhiste- puis sa jeunesse avant de devenir Pol Pot, que l’histoire retiendra comme le responsable du génocide au Cambodge. La seconde évoque l’itinéraire difficile de l’auteur. Elle crée des liens ténus entre les deux (passage par les milieux littéraires parisiens) et interroge sur les abîmes que dissimule un sourire de façade. Impressionnant !

 

comité de lectureOmbres sur la Tamise

Michael ONDAATJE

L’Olivier, 2019, 279 p., 22.50€

Londres, après la guerre de 1939-45. Nathaniel et sa sœur Rachel, adolescents, sont confiés par leurs parents à un « tuteur », papillon de nuit aux activités mystérieuses, dans un milieu glauque. Nathaniel enquête pour savoir où et pourquoi sa mère a disparu. Ce livre dégage une réelle atmosphère, et présente des personnages pittoresques. Cependant l’écriture est peu fluide.

 

comité de lectureJ’ai couru vers le Nil

Alaa EL ASWANI

Actes Sud, 2019, 432 p., 23€

Traduit de l'arabe par Gilles Gauthier

Le Caire, pendant la révolte des jeunes de 2011. Destinées d'une vingtaine de personnages autour de la place Tahrir, pas forcément liées : couple d’amoureux, étudiants en médecine, fille d’un responsable de la sécurité d’Etat, Coptes en situation précaire, présentatrice télé aux dents longues, enseignante engagée qui refuse le voile et la logique financière… Ce roman, dont la publication a été interdite en Egypte, fait beaucoup référence à la religion, et à la manière de l’interpréter ou de l’exploiter, ainsi qu’à la manipulation de l’opinion publique.

Du même auteur, nous avions beaucoup aimé L'immeuble Yacoubian et Chicago.

 

comité de lectureSalina, les trois exils

Laurent GAUDE

Actes Sud (Domaine français), 2018, 168 p., 16.80€

Un bébé est déposé par un cavalier à l’entrée du village. Dans une langue qui rappelle la tradition du conte oral, la vie de Salina est déroulée.  Son enfance d’étrangère au village, la rupture d’un mariage décevant,…  On retrouve le style mythique de La mort du roi Tsongor.

 

comité de lectureLe prix

Cyril GELY

Albin Michel, 2019, 223 p., 17€

10 décembre 1946. Le jour où Otto Hahn se rend à Stockholm pour recevoir son prix Nobel de chimie, son ancienne collaboratrice Lise Meitner le rejoint dans sa chambre d’hôtel. Dans un huis-clos intense, ils évoquent leurs 30 ans de recherches scientifiques communes, dans leur laboratoire de Berlin, avant que Lise, juive, ne doive fuir l’Allemagne. Complémentaires, liés comme les deux faces d’une même pièce, elle brillante physicienne/lui avec son approche de chimiste, ils ont découvert le processus de fission de l’uranium. Autour du noyau passionné de scientifiques, Edith, la femme d’Otto, attend la résolution de cette confrontation...

Chacun des personnages défend "sa" vérité, mais il est certain que cet épisode de l'histoire des sciences est symptomatique du peu de considération accordée à la contribution intellectuelle des femmes.

 

comité de lectureL’île

Sigridur Hagalin BJORNSDOTTIR

Gaïa, 2018, 272 p., 21€

Traduit de l'islandais Eyland par Eric Boury

Un homme isolé au fond d’un fjord islandais réapprend les gestes de survie des paysans d’autrefois. Le soir, il rédige son journal intime « annales de ce qui est advenu », afin de « rappeler comment le lien s’est rompu, comment la lumière a décliné et comment la nuit s’est abattue ». Dans ce récit post-apocalyptique, l’Islande se retrouve brutalement coupée du monde. L’auteur décortique les différentes étapes, de la compréhension aux réactions de la population, du gouvernement et des médias. Liens entre journalistes et politiques, manipulation de l’opinion, montée d’une forme de fascisme… ou comment utiliser le « Récit » d’un pays pour manipuler les foules en activant les peurs ancestrales. Un récit dépaysant, avec beaucoup de références à l’histoire de l’Islande, à sa culture et à ses paysages ; mais aussi universel pour le fonctionnement des politiques et les manipulations ! L'autrice est elle-même journaliste à la tête du service information de la télévision publique islandaise, et présentatrice du journal télévisé.