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18/11/2019

Bouillon coups de coeur

Petite sélection de coups de coeur par l'équipe du "Bouillon de Lecture", qui se réunit tous les 2nd jeudis du mois dans les bibliothèques du secteur.

 

girl.jpgGirl

Edna O’BRIEN

S. Wespieser, 2019, 21€

Traduit de l’anglais par Aude de Saint Loup

S'inspirant de l'histoire des lycéennes enlevées par Boko Haram en 2014, l'auteure irlandaise se glisse dans la peau d'une adolescente nigériane. Bien que parvenant à s’échapper avec son bébé, elle revient marquée à une civilisation qui ne veut pas d’elle. L’auteur, bien qu’âgée, est allée vivre et se documenter au Nigéria, et son roman, terrible, sonne juste. Prix Femina spécial pour l'ensemble de son oeuvre.

 

nouvel an.jpgNouvel an

Julie ZEH

Actes Sud, 2019, 20€

Traduit de l’allemand Neujahr par Rose Labourie

Une famille allemande passe des vacances de fin d’année médiocres sur l’île de Lanzarote. Le père, mal à l’aise dans son rôle, sujet à des crises d’angoisse, s’épuise dans une ascension à vélo et remonte à un souvenir traumatique de l’enfance. Roman bien écrit, très psychanalytique.

 

les choses humaines.jpgLes choses humaines

Karine TUIL

Gallimard (Blanche), 2019, 21€

Un couple en vue dans le monde médiatique, lui journaliste, elle féministe, dont le fils « parfait » est accusé de viol. Argumentation, accusations et doutes… Un roman très actuel qui reçoit le prix Interallié et le Prix Goncourt des Lycéens.

 

la télégraphiste de chopin.jpgLa télégraphiste de Chopin

Eric FAYE

Seuil (Cadre rouge), 2019, 21€

Prague après la chute du mur. Une jeune femme prétend recevoir de Frédéric Chopin lui-même des dictées de symphonies. Ludvík Slaný, journaliste, est chargé d’enquêter sur cette histoire pour le compte de la télévision d'un État sorti depuis peu de l'ère communiste.

 

Louvre.jpgLouvre

Josselin GUILLOIS

Seuil (Cadre rouge), 2019, 18€

Trois narratrices prennent le relais pour raconter l'épopée des œuvres du Louvre, mises à l’abri par le conservateur Jacques Jaujard à l’approche des Allemands. Trois femmes liées à Jaujard : sa femme, en mal d’enfant ; sa filleule en pleine puberté, à Chambord où sont cachées certaines œuvres ; et une actrice, résistante, chargée de voir jusqu’où Jaujard est compromis, qui devient son amante. Marcelle, Carmen, Jeanne : chacune, à sa manière, joue un rôle dans la sauvegarde des collections du Louvre.

 

embrasements.jpgEmbrasements

Kamila SHAMSIE

Actes Sud, 2019, 22.50€

Traduit de l’anglais Home Fire, par Eric Auzoux

Tragique destin de la famille Pasha, originaire de l’immigration Pakistanaise, dont l’un des enfants éprouve la tentation de rejoindre les rangs de Daech. Très bien écrit, ce roman transpose la tragédie d’Antigone dans le milieu islamiste anglais.

 

Les petits de decembre.jpgLes petits de décembre

Kaouther ADIMI

Seuil, 2019, 20€

Algérie. Un Général achète le terrain qui avoisine la base militaire pour y construire sa villa. Historiquement, c’est le terrain de foot des enfants, qui font un sitting pour le conserver. On suit le débat intérieur des parents, qui n’ont pas connu la guerre d’Algérie, et ont subi les années de plomb sans se rebeller. Un roman très intéressant, quoique écrit peut-être un peu vite.

 

ceux que je suis.jpgCeux que je suis

Olivier DORCHAMPS

Finitude, 2019, 18.50€

Histoire d’une famille marocaine. Le père, garagiste à Clichy, avait tout prévu pour être enterré au Maroc. A son décès, l’un de ses fils part avec le corps, tandis que les deux autres voyagent en voiture avec leur mère et un ami de la famille. Très bien.

 

Jour de courage.jpgJour de courage

Brigitte GIRAUD

Flammarion, 2019, 17€

C’est au lycée, au cours d’un exposé sur la bibliothèque de Magnus Hirschfeld brûlée par les nazis, que Livio dévoile son orientation sexuelle. Dès le début du roman, le lecteur sait que Livio a disparu. Ce roman est intéressant pour l’histoire, et pour la construction de l’adulte, mais il est un peu « facile ».

 

te souviendras-tu de demain.jpgTe souviendras-tu de demain ?

Sigmund MILOSZEWSKI

Couple et Pologne. Après des festivités, un couple donnant des signes d’usure se réveille rajeuni de 50 ans, dans une Pologne désormais capitaliste ! Jeunes et beaux, ils ont pourtant le souvenir de toute leur vie commune. Doivent-ils –ou pas- reproduire leur vie ?

 

miss islande.jpgMiss Islande

Auður Ava Ólafsdóttir

Zulma, 2019, 20.50€

Traduit de l’Islandais Ungfrú Ísland par Eric Boury

Hekla, 21 ans, assez belle pour devenir Miss Islande rêve de devenir… écrivain. Emancipation des femmes, homosexualité, et sociopolitique en Islande. Prix Médicis étranger 2019.

 

Les prisonniers de la liberté.jpgLes prisonniers de la liberté

Luca Di Fulvio

Slatkine & Cie, 2019, 23€

Traduit de l’Italien par Elsa Damien

Saga suivant des immigrés Italiens et Européens en Argentine.

 

Une histoire de France.jpgUne histoire de France

Joffrine DONNADIEU

1er roman, situé à Toul au début des années 2000. France, voisine et nounou, abuse des enfants. Malgré tout, la vie continue pour Romy, qui se construit –plutôt mal- avec ça. Entre Edouard Louis et Christine Angot…

 

Journal d'un amour perdu.jpgJournal d’un amour perdu

Eric Emmanuel SCHMITT

Albin Michel, 2019, 19.90€

« Maman est morte ce matin et c'est la première fois qu'elle me fait de la peine. ». Récit autobiographique, après le décès de sa mère.

 

Des hommes justes.jpgDes hommes justes : du patriarcat aux nouvelles masculinités

Ivan JABLONKA

Seuil (Les livres du nouveau monde), 2019, 22€

Essai post me-too

 

Ceux qui partent.jpgCeux qui partent

Jeanne BENAMEUR

Actes Sud, 2019, 21€

Ceux qui arrivent à Ellis Island au XXe siècle, par l’une de nos autrices préférées.

 

Amazonia.jpgAmazonia

Patrick DEVILLE

Seuil, 2019, 19€

Remontée historique de l’Amazone.

 

Virginia.jpgVirginia

Emmanuelle FAVIER

Albin Michel, 2019, 19.90€

Virginia Woolf, roman biographique.

 

rien n'est noir.jpgRien n’est noir

Claire Berest

Stock (La bleue), 2019, 19.50€

Vie mouvementée de Frida Kahlo : l’accident qui l’a gravement blessée et lui a occasionné de terribles douleurs toute sa vie, sa peinture et son amour passionné pour le peintre de fresques Mexicain Diego Riveira.

 

de pierre et d'os.jpgDe pierre et d’os

Bérengère COURNUT

Le Tripode, 2019, 19€

Prix du roman FNAC, déjà critiqué sur ce blog.

 

Boy Diola.jpgBoy Diola

Yancouba DIEME

Flammarion, 2019, 17€

Itinéraire d’Aperaw, père travailleur et courageux, né paysan au fin fond de la Casamance, immigré Sénégalais, ouvrier chez Citroên… Critique complète ici.

 

lanny.jpgLanny

Max PORTER

Seuil, 2019, 20€

Traduit de l’anglais par Charles Recoursé

Récit choral autour du petit Lenny, enfant elfique à l’imagination débordante. Conte folklorique et écologique dans un village anglais. Critique complète ici.

 

11/11/2019

Falaise des fous

roman, peinture, Normandie

 

Falaise des fous

Patrick GRAINVILLE

Seuil (cadre rouge) 2018, 642 p., 22€

Passionnante fresque flamboyante des années 1870 aux années 1920, ce roman ambitieux entremêle destinées individuelles et épopées collectives. Formidablement écrit, il fourmille d’anecdotes qui racontent merveilleusement l’époque. La peinture -particulièrement l'impressionnisme- en est le fil conducteur.

Charles Guillemet commence son histoire en 1867 par sa première rencontre à Etretat avec Claude Monet, venu peindre la falaise. Le récit s’achève en 1927, après la mort du peintre et l’ouverture du musée de l’Orangerie, qui abrite ses Nymphéas. Le narrateur croisera Monet à plusieurs reprises au cours des soixante années qui séparent ces deux dates. Initié à la peinture par les trois femmes de sa vie, Mathilde l’esthète, Anna la peintre, et Aline l’ex modèle, il va suivre les grands artistes et écrivains de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, témoins de l’impitoyable bascule du monde.

Patrick Granville consacre des pages éblouissantes à la description de peintres célèbres, Monet, Courbet, Boudin, Degas, Renoir, Pissarro, Matisse, Picasso à ses débuts. De nombreux personnages célèbres traversent également son roman, des écrivains, Maupassant, Flaubert, Zola, Hugo, Proust, des hommes politiques et des journalistes, Barrès et ses errements, Léon Daudet en sa bassesse, Clemenceau, homme d’État inflexible et intime de Monet. Il analyse avec brio leur génie propre, leur folie créatrice, les paradoxes de leur personnalité.

L’Histoire est aussi au cœur du récit. Patrick Grainville fait revivre avec force la guerre de 1970, la Commune, les évènements tragiques comme l’incendie du Bazar de la Charité, la catastrophe minière de Courrières dont le terrifiant bilan égale celui du Titanic, sans laisser la même trace dans la mémoire collective. L’affaire Dreyfus fait surgir des passions nationales les plus sombres. La Première Guerre mondiale ne laissera pas indemne la famille du narrateur.

C’est aussi une époque fantastique qui voit surgir de nombreuses inventions, le téléphone, l’aéroplane, l’automobile, l’électricité, le cinématographe, le phonographe. L’argent coule à flots. Au Havre, les paquebots se bousculent dans la rade, venant de Valparaiso ou Shanghai, partant pour New York... Le monde et ses trésors affluent sur les quais. Avec Louis Gosselin, collaborateur d’Haussmann, Patrick Grainville dresse le portrait de cette génération d’entrepreneurs optimistes, exaltés par les promesses du progrès, les prouesses de la science et les prodiges du capitalisme naissant.

On suit les exploits exaltants des premiers aviateurs :  Blériot au-dessus de la Manche, Nungesser et Coli qui ont échoué dans leur tentative de traverser l'Atlantique Nord sans escale et surtout la traversée réussie de l’Atlantique par Lindbergh, à laquelle Patrick Grainville réserve dix pages de très haute volée.

La vie quotidienne des petites gens et particulièrement des pécheurs est évoqué avec justesse et réalisme. On assiste sur les quais de Fécamp, « saturés de foule et d’adieux », au spectacle déchirant du départ des Terre-Neuvas et des pêcheurs d’Islande, dont certains ne reviendront pas.

Ce livre foisonnant est aussi un bel hommage à la Normandie, replacée ici au centre d’un monde que les artistes, peintres, poètes et écrivains décrivent tel qu’il est mais aussi tel qu’il est en train d’advenir.

L’écriture fluide et limpide, le style vif, la richesse du vocabulaire, donnent une tonalité très vivante. Laissez-vous emporter par le tourbillon de ce roman érudit, ambitieux et passionnant.

Annie P.

22/10/2019

Diên Biên Phù

roman, Vietnam, amour

 

Diên Biên Phù

Marc Alexandre OHO BAMBE

Ed. Sabine Wespieser, 2018, 221 p., 19€

 

Diên Biên Phù,

Joli nom pour un naufrage…

Diên Biên Phù, c’est le creuset où le narrateur est né à la vie, en rencontrant les deux personnages déterminants de son existence : Alassane Diop, frère d’armes Sénégalais qui lui a sauvé la vie et l’a soutenu par ses convictions ; et Maï Lan, son grand amour, qui riait fort, aimait la vie, et a illuminé son séjour au Vietnam, malgré la guerre.

Pendant 20 ans, Alexandre, le narrateur, a vécu en France avec Mireille, femme admirable qui a essayé de composer avec le fantôme de Maï. Il a essayé d’être un bon père, un bon journaliste, un homme intègre. Pourtant « J’ai quitté l’Indochine et Maï, mais l’Indochine et Maï ne m’ont jamais quitté… Mon âme à son âme s’était prise. »

Mais voici qu’il quitte définitivement sa vie française pour revenir « à la poursuite de la flamme de sa vie » à Diên Biên Phù. Le récit alterne ses souvenirs de bataille, les moments d’exceptions passés avec Maï, les conversations avec l’ami Diop, leurs courriers, l’adieu à Mireille et à sa vie française. Nous suivons également Alexandre dans son installation au Vietnam, les nouvelles rencontres décisives qu’il fait, et sa recherche de l’amour perdu.

Histoire d’amour en temps de guerre, c’est aussi un regard critique sur les guerres coloniales, une ode à la fraternité. Le récit est nourri de références littéraires, et rédigé de façon remarquable, entre prose et poésie, litanie et texte scandé, tout en restant accessible et lumineux.

Aline

15:14 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, vietnam, amour

11/10/2019

Nous, l'Europe

nous, l'europe.jpg

 

Nous, l’Europe ; banquet des peuples

Laurent Gaudé

Actes Sud, 2019, 208 p., 17.80€

 

Laurent Gaudé retrace magistralement l’histoire de l’Europe, fille de l’épopée et de l’utopie, qui est  «histoire de muscles, de verve, de ferveur, de colère et de joies.» Il met la littérature au service de l’Europe car, écrit-il «les mots de la littérature, peut-être, peuvent replacer au cœur du récit la conviction et l’élan sans lesquels rien ne se fait».

Nous sommes une nation de nations, vastes, différentes que nous ne connaissons pas ou peu. Quel avenir pour l’Europe ? Comment la construire ? Quel sens lui donner ? Sur quel socle commun s’unir ?

Laurent Gaudé nous invite à la réflexion dans ce magnifique texte écrit en vers libres avec une concision extrême. Avec ses mots justes, précis, parfois percutants et avec sa lucidité, son indignation, sa colère, son humanisme et son enthousiasme, il parvient à nous convaincre là où les politiques échouent.

Il situe la naissance de l’Europe en janvier 1848 à Palerme, début d’un soulèvement qui sera repris à Paris, Milan, Berlin… Et au fil de 15 chapitres il égrène les événements qui l’ont façonnée, de la révolution industrielle  jusqu’à l’Europe désenchantée d’aujourd’hui, en passant par la colonisation, les persécutions envers ceux désignés comme indésirables, les guerres, la Shoah, le traité de Rome, la guerre froide, mai 68, l’effondrement des régimes de l’Est...

Il nous fait découvrir ou redécouvrir les noms des tyrans qui avilissent, rabaissent l’humanité -mais aussi ceux des penseurs et des hommes de bien qui ont œuvré et œuvrent encore pour la paix et l’union.

Un livre magnifique, très fort, que l'on lit d'un trait, et qui nous invite à construire une Europe qui «éclaire son temps avec des idées neuves», une Europe qui «s’anime, change, et soit, à nouveau, pour le monde entier, le visage lumineux de l’audace, de l’esprit et de la liberté».

Grand banquet,

c’est cela qu’il nous faut, maintenant,

de l’ardeur,

de la chair et du verbe !

Nous, l’Europe  sera présenté au prochain Festival d’Avignon, mis en scène par Roland Auzet et incarné par des comédiens de différentes nationalités.

Annie P.

16:51 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe

10/10/2019

Ce qu'elles disent

roman étranger,condition féminine

Ce qu’elles disent

Miriam TOEWS

Buchet-Chastel, 2019, 224 p., 19€

 

Entre 2005 et 2009, les filles et les femmes de la communauté de Molotschna ont presque toutes été violées –par des fantômes ou par Satan, croyait-on, à cause de péchés qu’elles auraient commis. Pendant que les familles dormaient, les filles et les femmes étaient plongées dans un profond sommeil au moyen d’un anesthésiant en pulvérisateur, utilisé pour les animaux de ferme. A leur réveil, elles avaient mal partout, elles étaient groggy, saignaient, sans savoir pourquoi. Récemment, on a appris que les huit démons responsables de ces attaques étaient des hommes en chair et en os, dont plusieurs étaient des proches parents de ces femmes…

Molotschna maintient elle-même l’ordre dans ses rangs... Tous les hommes  sont partis en ville afin de payer la caution des agresseurs emprisonnés. Au retour des coupables, on invitera les femmes à leur accorder leur pardon, ce qui aura pour effet d’assurer à chacun et chacune une place au paradis. En cas de refus, les femmes seront contraintes de quitter la colonie pour le monde extérieur, dont elles ne savent rien.

Les femmes disposent de deux jours seulement pour décider collectivement de ce qu’elles feront. 1) Ne rien faire, 2) Rester et se battre, 3) Partir. Quelques-unes ont voté pour ne rien faire et se remettre entre les mains du Seigneur. Cependant comme le temps presse, elles ont confié à une assemblée clandestine de 8 femmes le soin de débattre de chacune des options, de retenir la meilleure et de déterminer les modalités de sa mise en œuvre.

Communauté mennonite sectaire, Molotschna est dirigée par Peters, « évêque » qui détient une autorité à la fois religieuse, morale et temporelle. Seuls les hommes peuvent apprendre des rudiments de lecture, et ils dominent les femmes, traitées moins bien que leurs animaux.

Le roman reprend les deux jours de discussion des 8 femmes chargées de déterminer la conduite du groupe. Le narrateur, August Epp -intellectuel maintenu en marge de la communauté- est témoin de leurs délibérations et chargé d’en dresser le procès-verbal. Désemparées, acculées pour leur survie et celle de leurs enfants, elles disputent des points de religion et de morale, essayant de louvoyer entre tous les péchés qu’engendrerait leur désobéissance.

Lecture dérangeante, parce que les faits reprochés aux hommes sont d’une extrême violence, mais passionnante pour l’étude de ces femmes  qui tentent de s’affranchir d'un joug patriarcal oppressant. Tout juste bonnes aux travaux de maison, de ferme, et à enfanter, privées de droits et d’éducation, ignorantes du monde, parlant un dialecte de « plautdietsch » (bas-allemand incompréhensible en dehors de leur colonie), elles se révèlent fortes, capables d’argumenter, de prioriser leurs valeurs, de chercher une solution respectueuse de leurs croyances et de leur pacifisme.

L’auteur décrit avec tendresse ses personnages, leurs petites manies, leurs affections, leur caractère… et s’attache tout particulièrement à ceux qui vont à l’encontre du système patriarcal : August Epp, homme perçu comme faible, et Ona Friesen, femme indépendante et courageuse.

Bien qu’ayant situé son récit dans un pays anglophone, l’auteur indique s’être inspirée de faits réels, survenus dans une communauté mennonite isolée de Bolivie. Je n’ai pas pu me détacher de ce roman bouleversant avant la dernière page.

Aline

31/08/2019

rentrée littéraire septembre 2019 : un peu de fraîcheur !

rentrée littéraire, roman, inuit, roman d'apprentissage

 

De pierre et d’os

Bérengère COURNUT

Le Tripode, 2019, 19€, 220 p.

 

 

Belle découverte rafraîchissante à la librairie Lulu !

Une nuit, une fracture de la banquise sépare Uqsuralik de sa famille. L’adolescente inuit se retrouve livrée à elle-même dans l’immensité polaire, avec quelques chiens quasi sauvages, une peau d’ours et un harpon. C’est l’histoire de sa survie, de son apprentissage et de son intégration à d’autres groupes de chasseurs/pêcheurs nomades de l’arctique. Ce roman ethnographique, passionnant à lire, donne accès au mode de vie traditionnel et au monde spirituel des Inuits. Il est complété par quelques photos en noir et blanc datant du début du XXe siècle.

Note liminaire du roman : "Les Inuit sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l'Arctique depuis un millier d'années. Jusqu'à très récemment, ils n'avaient d'autres ressources à leur survie que les animaux qu'ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d'animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L'eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu'accompagne parfois le battement des tambours chamaniques."

rentrée littéraire, roman, inuit, roman d'apprentissageAline

21/07/2019

San Perdido

premier romanSan Perdido

David Zukerman

Calmann-Lévy, 2019, 412 p., 19.90€

 

Voici un beau roman coloré, à l’instar de sa couverture. Située sur l’isthme de Panama, la ville portuaire de San Perdido voit s’épanouir les traffics en tous genres, à commencer par celui du sexe, sous l’égide d’un gouverneur autoritaire et jouisseur. Un jour, la vieille Felicia -gardienne auto-proclamée de la décharge- voit s’installer non loin d’elle un enfant noir mutique aux yeux bleus, auquel ses grandes mains vaudront bientôt le surnom de La Langosta.

Ce descendant d’esclaves cimarrons, observateur et silencieux comme un spectre, recèle une force et des pouvoirs peu communs, qui le conduiront peu à peu à devenir La Mano, redresseur de torts, venant en aide aux enfants battus et aux femmes violentées. Au-delà de ses combats quotidiens pour la justice, Yerbo a été envoyé de sa palenque dans la jungle par son initiateur, chargé d’une mission qui le dépasse.

Entre réalisme magique et roman social, l'ambiance de San Perdido m’a évoqué les récits des grands auteurs Sud-Américains, alors qu’il s’agit du premier roman d’un auteur français ! Dépaysement garanti.

Aline

14/07/2019

Né d'aucune femme

Né d'aucune femme.jpgNé d’aucune femme

Franck BOUYSSE

La Manufacture de livres, 2019, 33 p., 20.90€

 

Au crépuscule de sa vie de prêtre, Gabriel se souvient d’un épisode qui a marqué sa vie. Une confession inhabituelle l’a conduit à récupérer de façon peu orthodoxe deux cahiers, mémoires écrits patiemment par Rose, enfermée depuis des années dans un asile psychiatrique.

C’est d’abord un infâme marché qui se révèle à nous : la vente par un père miséreux de sa fille de 14 ans à un hobereau menaçant, sûr de sa force et sans scrupules. Esclave plus que servante, Rose ne fait pas le poids face à la violence du maître de forge, et à l’esprit retors de la « reine mère » impitoyable.

Une femme, à l’isolement, qui déroule le fil de sa vie, on a déjà lu ça ? Peut-être, mais Franck Bouysse fait de cette vie brisée un récit intense, à la construction intelligente et au dénouement inattendu. Il s’applique également à endosser le point de vue des personnages secondaires, dont les faiblesses et les lâchetés permettent au maître de forge de s’imposer. Malgré des épisodes très durs, ce roman dégage une force de vie, par ses personnages qui tirent de petits riens la force de résister : le souvenir d’un moment de pureté, le bonheur d’un instant volé, la puissance des mots glanés dans de vieux journaux…

Notons au passage la couverture, très réussie, dont on ne saisit la profondeur qu'après avoir refermé le livre.

Aline

p. 268. "Les mots, j’ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. Ils me semblent plus légers à porter que ceux qui disent. [...] Ils sont de la nourriture pour ce qui s’envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C’est peut-être ce qu’on appelle une âme. Ces mots, je voudrais les emmener jusqu’au bout, gravés dans les feuilles de mon cahier, bien mieux que des initiales sur un rocher. J’ai la mémoire de ces mots qui fabriquent un monde rien qu’à moi, et qui d’habitude suffisent à me transporter loin d’ici."

12:35 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

09/07/2019

Prix M.O.T.T.S. les grands gagnants !

C'est ce vendredi 5 juillet à la médiathèque de Thurins qu'a été révélé, devant une belle assistance de lectrices et lecteurs venus des bibliothèques participantes, le palmarès du prix "MOTTS des 5 villages".

Cette année, pour les romans le grand gagnant est

Jeu blanc de Richard Wagamese aux Editions Zoé. Du même auteur, les lecteurs ont tout autant aimé Les étoiles s'éteignent à l'aube.

Dans la catégorie bande dessinée, c'est l'album

Jamais de Bruno Duhamel, publié chez Grand Angle qui remporte les suffrages. 

roman étranger, bande dessinée, prix des lecteurs roman étranger, bande dessinée, prix des lecteursFélicitations aux lauréats !

27/06/2019

Eclat(s) d'âme

bande dessinée,mangaEclat(s) d'âme

Yuhki KAMATANI

Akata (L), 2018

Tasuku Kaname, un jeune homme dont l’homosexualité a été découverte et révélée par ses camarades de lycée, a des envies suicidaires. Un événement le fait entrer dans un groupe de discussion, et la responsable de ce groupe parvient à lui faire accepter sa sexualité et lui ôter l’envie de se suicider. Dans ce groupe il fera une autre belle rencontre…..

J’ai aimé ce livre pour son histoire réaliste et touchante qui nous livre le regard de la société face à l’homosexualité et le transgenre.

Le dessin est d’une grande qualité.

Série manga seinen en 4 volumes, entièrement parue.

Eva