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19/02/2021

Les dynamiteurs

roman noir, Amérique

Les dynamiteurs

Benjamin Whitmer

Gallmeister (Americana), 2020, 392 p., 24€20

Traduit de l’américain par Jacques Mailhos

 

1895, le vice règne à Denver, ville minée par la pauvreté et la violence. Sam aide de son mieux Cora à nourrir et protéger une bande d’orphelins. Installés dans une usine désaffectée, les adolescents  doivent défendre ce « foyer » contre les clochards violents et vicieux. Une nuit, un géant monstrueusement défiguré les aide à faire fuir leurs attaquants. Sam, qui sait lire, est le seul à pouvoir communiquer avec Goodnight, et se laisse peu à peu embringuer dans les combines des « têtes de nœud ». Pour nourrir les plus jeunes, il rentre malgré lui dans le monde violent des adultes.

Tous les personnages évoluent dans un Denver désespérément corrompu, où la violence des truands répond à celle de la police et des Pinkerton. L’auteur dresse une fresque très noire des villes américaines en voie de « civilisation » au moment où certains élus tentent d’établir leur loi, entre pionniers, mineurs, tables de jeux, saloons,…  On pense au Dickens des orphelins devant survivre dans les bas-fonds de Londres, et au Steinbeck de l’Amérique désespérée. L’écriture est prenante, les rebondissements tiennent en haleine.

Aline

09/02/2021

Bouillon de lecture autour de l'art

Question judicieuse : quels sont les arts ?

Traditionnellement, les arts majeurs sont l’architecture, la sculpture, les arts visuels (dessin & peinture), la musique, la littérature, les arts de la scène, (théâtre, danse, mime, cirque, humour). Le consensus désigne ensuite le cinéma comme 7ème art, les arts médiatiques (radio, télévision, photographie) comme 8ème art, la bande dessinée comme 9ème art, et les jeux vidéo comme 10ème art... puis les candidats sont nombreux pour le 11ème… arts culinaires ? éloquence ? mode et parfumerie ?...

 

Autour de la musique

art, Quatuor

Anna Enquist

Actes Sud, 2016, 300 p., 21€90

Auteur néerlandaise, musicienne, concertiste et psychothérapeute, Anna Enquist travaille en milieu hospitalier.

Amsterdam. Les personnages, amis de longue date, se retrouvent pour jouer de la musique : Caroline, violoncelliste, est médecin, son mari Jochem, alto, est luthier, Hélène 2nd violon, est infirmière, Hugo, 1er violon, dirige un centre culturel. L’ancien professeur de musique d’Hugo et Caroline, Rainier, âgé, donne encore des cours.

Chaque personnage parle à la 1ère personne pour livrer son histoire. La musique partagée les aide à surmonter les épreuves de la vie. Ce roman, au rythme soutenu, se lit vite et facilement, y compris pour les non mélomanes. Au-delà de la musique, qui imprègne tout le roman, l’auteur présente une critique de la vie actuelle aux Pays-Bas, et de la place accordée aux personnes âgées dans la société. Elle aborde les problèmes de la vieillesse et de la retraite. Quand on se voit diminuer, mais qu’on veut résister…

 

art, art,

Eric-Emmanuel Schmitt

Ma vie avec Mozart

Albin Michel (livre avec CD), 2005, 160 p., 23€90

Le narrateur parle avec Mozart. Il raconte qu’ado il déprimait, pensait au suicide, puis tout a changé pour lui à l’écoute de La flûte enchantée. « A cette époque je croyais que le monde mourait, alors que c’était moi qui mourais au monde ». Cette musique le rapproche de la vie. Il décrit ses états d’âme.

Madame Pylinska et le secret de Chopin

Albin Michel, 2018, 118 p., 13€50

Jeune, le narrateur n’aimait pas le piano, jusqu’à entendre sa tante jouer du Chopin. C’est sa professeure de piano qui lui apprend que le piano ne se joue pas seulement avec ses mains, mais avec tout son être. « Il y a des secrets qu'il ne faut pas percer mais fréquenter : leur compagnie vous rend meilleur. »

 

La Calligraphie

 

art, Passagère du silence

Fabienne Verdier

Albin Michel, 2003, 292 p., 23€

Fabienne Verdier a consacré toute sa vie à la calligraphie chinoise. A l’école des Beaux-Arts de Toulouse, elle s’intéressait aux représentations de la nature, essayant de saisir l’instant en un trait.

A 20 ans, partie en Chine, elle s’est retrouvée dans une ville immense, seule étrangère à l’université. Les professeurs, persécutés pendant la révolution chinoise, ont mis longtemps à lui ouvrir leur porte. L'artiste est restée dix ans à Chongqing, pour apprendre l'art de la calligraphie auprès de Huang Yuan, et du graveur de sceaux Cheng Yun. Au-delà de son aventure personnelle, on perçoit la philosophie qui sous-tend son art. Actuellement, elle travaille sur d’immenses calligraphies, et peint comme on danse, avec un pinceau énorme, soutenu par des rails, et guidé par un guidon de vélo. (cf Exposition à Aix en Provence l’été dernier, voir affiche Roland Garros 2018)

 

L’écriture

art, Mr Gwyn

Alessandro Baricco

Gallimard (Du monde entier), 2014, 192 p., 18€50

Mr Gwyn, romancier londonien, est au sommet de sa gloire après avoir écrit trois romans à succès. Dans un article du Guardian, il annonce qu’il n’écrira plus jamais de roman. Lorsqu’il revient à l’écriture, après un an, c’est pour faire des portraits de gens. Il crée un lieu, prépare l’ambiance, pour chacune des personnes qu’il va dépeindre.

On s’attache à ce personnage d’écrivain, sympathique, mais assez excentrique, sophistiqué, mystérieux. Un roman formidable, et une très belle réflexion sur l’artiste. Qu’est-ce qu’est un artiste. Qu’est-ce que l’art ?

Alessandro Baricco est écrivain, homme de théâtre, et musicologue. Son œuvre Novecento : pianiste, écrite sous la forme d’un monologue poétique, a été magnifiquement joué au théâtre par André Dussolier.

 

art, Miss Islande

Audur Ava Olafsdottir

Zulma, 2019, 266 p., 20€50

Histoire d’une femme qui pour pouvoir vivre de sa passion, l’écriture – la poésie- doit passer par le stade de miss Islande pour gagner son indépendance. Plus qu’une histoire d’artiste, c’est un récit sur la réalisation de soi, la débrouille et la résistance à l’ordre établi.

 

La peinture

 

art, Manet, le secret

Sophie Chauveau

Télémaque, 2014, 384 p., 22€

Nommé chef de file des impressionnistes, Edouard refuse d’étudier le droit, devient apprenti marin, rate le concours de l’école navale. Dandy, croqueur de femmes, il recherche la reconnaissance du salon des peintres, est éconduit. Ses amis, peintres et poètes sont évoqués dans le livre : Renoir, Degas, Pissarro, Monet, Baudelaire…  Amoureux de Suzanne, qui enseignait le piano à sa mère, il a un enfant avec elle, mais ne le reconnait pas, car elle n’est pas de son milieu. L’auteur décrit la relation extraordinaire de ce fils Léon avec sa mère. L’histoire de France s’entrechoque avec la vie de l’artiste, dans un contexte historique allant du second empire à la défaite française de 1870, puis à la IIIe république. Bien écrit, facile à lire et bien ancré dans l’histoire.

Sophie Chauveau a écrit avec talent de nombreuses biographies d’artistes romancées : La passion Lippi, Le rêve Botticelli, L’obsession Vinci, Fragonard l’invention du bonheur, Sonia Delaunay la vie magnifique…)

 

art, Radeau

Antoine Choplin

Pendant la guerre, Louis transporte en camion de précieux tableaux du Louvre, pour les emporter à l’abri dans le sud. Le radeau de la méduse en fait partie. Malgré l’ordre strict de ne pas s’arrêter, il recueille Louise, qui chemine au bord de la route. L’écriture ciselée et pudique de Choplin, à son meilleur, comme dans son splendide roman Le héron de Guernica.

 

art, art, Le meurtre du Commandeur

T1, Une idée apparaît / T2, la métamorphose se déplace

Haruki Murakami

Belfond, 2018, 456 + 472 p., 23€90/tome

Un jeune peintre, que sa femme a quitté, s’installe dans l’ancienne résidence d’un peintre japonais décédé, spécialiste de peinture traditionnelle. Il découvre au grenier une peinture obsédante, sur le meurtre du commandeur. Un voisin veut faire peindre un portrait, mais comment faire le portrait d’un homme sans visage ???

Intrigue à tiroirs, histoire d’amour, secret de famille, un peintre qui se cherche dans la progression de son art, la naissance d’une œuvre… Dans le 2e tome, Murakami fourni les réponses aux questions posées dans le premier. Féru d’art, il décrit la création, la quête du peintre, les rapports entre modèle et peintre, quand une toile est-elle achevée ? comment s’en séparer ?

Ces romans tournent autour de la peinture, et -comme souvent chez Murakami- mélangent réel et fantastique, jusqu’à ce que le lecteur ne distingue plus la frontière. "La réalité ne se limite pas seulement à ce qui est visible". Passionnant et philosophique.

 

art, Les couleurs de nos souvenirs

Bleu, histoire d’une couleur / Vert, histoire d’une couleur /….

Michel Pastoureau

Tous les livres de Michel Pastoureau autour de l’histoire et de l’origine des couleurs sont passionnants, avec des anecdotes très parlantes.

 

art, Le grand art

Léa Simone Allegria

Flammarion, 2020, 358p., 20€

Paul Vivienne, commissaire-priseur, a beaucoup vendu, mais il commence à être dépassé par internet et les ventes en ligne. Lorsqu’il découvre un retable au fond d’une chapelle toscane, il se demande si c’est un faux ou pas, s’il a de la valeur ou non. La forme du roman est proche de l’enquête policière, dans le milieu de l’art et de la finance, des bulles spéculatives.

 

art, Efface toute trace

François Vallejo

Viviane Hamy (Contemporaine), 2020, 320 p., 19€

Dans ce roman qui démarre comme un policier, le narrateur est un expert en art contemporain, chargé par un groupe de collectionneurs d'enquêter sur des incidents étranges ayant entraîné la mort de trois d'entre eux. Comment faire de l’argent avec l’art contemporain, l’art conceptuel, les happenings… On en arrive parfois au « foutage de gueule », voire au blanchiment d’argent.

Andy Warhol, Keith Harring, Bansky sont évoqués, y compris la vente aux enchères où l’œuvre de Bansky s’est auto-déchiquetée aussitôt adjugée.

 

La sculpture

 

art, Trencadis

Caroline Deyns

Quidam éditeur (Made in Europe), août 2020, 364 p.

Roman biographique sur Niki de Saint Phalle

L’auteur écrit la biographie de Niki de Saint Phalle comme un patchwork d’éclats de vie. D’où son titre : le trencadis est une forme de mosaïque à base d’éclats de céramique, typique de l’architecture moderniste catalane, employé en particulier par Gaudi au parc Güell. Les narrateurs, différents pour chaque chapitre, présentent chacun une scène ou une facette de la vie de Niki, qui permet de faire des liens avec son œuvre artistique, et l’apprécier plus en profondeur. Tel ce forain qui, refusant de prêter sa carabine à cette tireuse d’élite, l’accompagna jusqu’à la cour où elle réalisait ses œuvres « Tir à la carabine » et put lui-même participer au processus créatif.

Cette forme de narration fait à la fois l’originalité du livre, et sa difficulté. Car si chaque chapitre est bien écrit et prenant, le passage d’une scène à l’autre peut démotiver un peu le lecteur.

 

art, Pietra Viva

Léonor de Récondo

S. Wespieser, 2013, 242 p., 20€

Un épisode de la vie de Michel Ange, son parcours autour d’une œuvre. En 1505, il part dans les carrières de Carrare choisir le marbre qui lui est nécessaire pour réaliser le tombeau commandé par le pape. Très intéressant, ce roman présente sa façon de travailler, mais aussi sa vie débridée.

 

art, La brodeuse de Winchester

Tracy Chevalier

Table Ronde (Quai Voltaire), 2020, 348 p., 23€50

L’histoire, située en Angleterre à l’époque de la montée du fascisme sur le continent, s'inspire de celle de Louisa Pesel, la fondatrice du cercle des Brodeuses de la cathédrale de Winchester.

 

Prochain Bouillon en visioconférence

Lundi 1er mars, à 20h

Auteurs choisis : Colum McCann et Marc Dugain

09/01/2021

à saute-livres, le meilleur des livres pour enfants

Toute l’année, un comité de lecture de bibliothécaires de Lyon et Rhône se réunit afin de lire, acheter et mettre en valeur le meilleur de la littérature jeunesse.

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Pour vos choix de lecture ou les cadeaux aux enfants (même si Noël est déjà passé) vous pouvez consulter notre sélection officielle, ou nous retrouver sur le site A Saute-Livres  pour de nouvelles découvertes.

La plupart de ces titres sont disponibles dans les médiathèques du réseau.

14/12/2020

école du cirque, école de la vie !

cirque, famille, MongolieTum

 

Tumée, l'enfant élastique

Marion Achard

Actes Sud Junior, octobre 2020, 119 p., 13€50

Tumée est née dans une famille d’éleveurs Mongols qui, après des hivers trop rigoureux pour les troupeaux, a dû quitter la steppe et  installer sa yourte dans les quartiers pauvres d’Oulan-Bator. Sa passion pour la gymnastique contorsionniste est liée aux personnes qu’elle aime : elle a pratiqué des exercices dès le plus jeune âge avec son père, bien que celui-ci doive souvent s’absenter pour trouver du travail, et a progressé à l’école du cirque auprès de son amie Arioma. 

Dès le premier chapitre, le lecteur suit, instant par instant, la tentative de record du monde de Tumée en position de Marinelli, l'une des contorsions les plus extrêmes où le poids total du corps recourbé en arrière repose sur la machoire,  exploit physique exigeant un complet dépassement de soi.  Le roman alterne entre ses efforts pour tenir la position le plus longtemps possible et le souvenir de ses jeunes années.

Marion Achard s’est rendue en Mongolie à la rencontre des enfants et adolescentes contorsionnistes d’Oulan-Bator. Très documenté, ce roman n’en est pas moins une belle histoire de famille,  d’amitiés, de soutien indéfectible et de persévérance.

Aline

cirque,famille,mongolietum

07/12/2020

Semiosis, science-fiction écologique

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Semiosis

Sue Burke

Albin Michel (Imaginaire), 2019, 434 p., 24.90 EUR

Traduit de l'américain Semiosis par Florence Bury

 

Une expédition humaine a quitté la Terre et ses conflits pour s’établir sur une planète lointaine compatible, au terme d’un voyage de 160 ans. Sur Pax, ils veulent « fonder une nouvelle société en pleine harmonie avec la nature, dans la confiance mutuelle, la joie, l’amour, la beauté, la communauté et la vie ». Nous suivons d’abord l’établissement difficile de la première génération, en butte à un monde qu’elle ne comprend pas, puis l’adaptation, génération après génération et la confrontation de l’utopie à la réalité.

L’originalité de ce roman de science-fiction tient à l’importance accordée aux relations entre humains, animaux et végétaux, tous plus ou moins dotés d’intelligence. Les échanges entre les plantes ne vont pas sans rappeler les essais de Wohlleben (La vie secrète des arbres), mais elle est poussée jusqu'aux échanges et à la compréhension entre espèces différentes. La communication est au cœur du récit : comment se comprendre lorsque tout notre référentiel est différent ? La fable écologique est développée à l’extrême, jusqu’à l’idée de symbiose entre les hommes, les animaux et les plantes… unis (ou pas) pour la survie et dans l’amour du beau.

Passée une certaine frustration lorsque l’auteur choisit d’abandonner les personnages d’une génération pour avancer à la suivante, j’ai trouvé ce récit passionnant, et porteur d’un regard stimulant  sur nos rapports entre nous, et à la nature ! Le roman peut se lire seul, mais un second tome de ce dyptique, Interference, est déjà paru en anglais...

Aline

04/12/2020

Retour à Vienne

nazisme, Autriche, amour, pardon

 

Revenir à Vienne

Ernst Lothar

L. Levi (Littérature étrangère), 2019, 506 p., 23€

Traduit de l’allemand Die Rückkehr par Elisabeth Landes

Ce roman, paru en édition française en 2019, a été écrit de 1945 à 1949 (date de sa parution en Autriche). Ernst Lothar, écrivain viennois, s’exile aux Etats-Unis en 1938 en raison de ses origines juives. Il revient en Autriche après la guerre comme conseiller du gouvernement américain en charge de la dénazification culturelle. "Revenir à Vienne" est fortement inspiré de sa propre expérience.

Félix on Geldern est d’ascendance juive par son grand-père maternel. Sa profonde hostilité envers l’Allemagne nazie l’a poussé à fuir l’Autriche en 1938 avec toute sa famille, à l’exception de sa mère. Ils partent à New York, où ils vivent très confortablement grâce aux investissements réalisés par le grand-père, et où ils obtiennent la nationalité américaine. En 1946, dans l'euphorie de la défaite du nazisme, Félix obtient l’autorisation de revenir un mois à Vienne avec sa grand-mère Viktoria, dans le but d’obtenir la restitution des biens familiaux.

Félix a rêvé ce retour pendant des années et c’est pour lui un très grand bonheur de revoir la ville qu’il aime tant. Mais il se heurte à une réalité accablante : la ville est en ruine, ses habitants affamés, la confrontation avec les victimes insoutenable, l’occupation américaine très mal acceptée. Le nazisme est toujours présent. D’anciens collaborateurs ont encore de l’influence. Ainsi Félix, cité comme témoin au procès d'un ex-ministre accusé d'avoir facilité l'Anschluss, confirme la culpabilité de l'inculpé et se heurte, stupéfait, à des juges sympathisants nazis. Félix découvre sa ville sous un autre jour avec les compromissions, les actes de lâcheté, les silences criminels, les non-dits sur le récent passé nazi.

Ce douloureux constat est aggravé par sa rencontre avec une femme qu’il a passionnément aimée.  En 1938, Gertrud Wagner était une jeune chanteuse lyrique talentueuse promise à une brillante carrière. Malgré le rattachement de son pays à l’Allemagne nazie, elle a choisi de rester plutôt que de partir avec Félix. Sa réussite professionnelle était alors sa priorité et elle n’a pas hésité à se compromettre avec les dirigeants nazis, en particulier, Goebbels avec lequel elle a entretenu des relations ambiguës.

Dès qu’il la voit sa passion ressurgit intacte et empêche tout raisonnement logique. Elle l’accapare et une seule chose compte pour lui, épouser Gertrud. Celle-ci partage son amour mais nie les faits qui lui sont reprochés. Pourtant elle se souvient de son indifférence, de son silence face aux brimades, aux arrestations, aux déportations de voisins, connaissances, ami(e)s. Cela ne l’a pas empêchée de chanter, danser, s’amuser. Elle prend conscience des conséquences de son attitude et d’un passé incompatible avec les convictions de Félix…

Ce livre n’est pas seulement un roman, c’est aussi un témoignage criant de vérité. A travers Félix, Ernst Lothar décrit ce qu’il a vu, ressenti, vécu et il interroge. Peut-on pardonner et oublier ? Il livre une réflexion sur la difficile confrontation entre l’amour de sa patrie et une période de son histoire qu’on aimerait oublier.

Annie

09/11/2020

L'attaque du Calcutta-Darjeeling

roman policier, inde

 

L'attaque du Calcutta-Darjeeling

Abir Mukherjee

Liana Levi (policiers), 2019, 400 p., 21€

 

Nous sommes en 1919 à Calcutta, un haut dignitaire anglais est retrouvé mort, assassiné dans une ruelle d'un quartier malfamé.

L'enquêteur, le capitaine Wyndham, vétéran de la guerre de 14-18, est muté en Inde colonisée, son équipe est constituée d'un anglais, Didby, et d'un sergent indien, Banerjee, qui a étudié à Cambridge.

Mais alors qu'ils viennent de découvrir le corps de MacAuley une attaque est perpétrée contre le train "Calcutta-Darjeeling". Les deux incidents seraient-ils liés ? Quel lien avec le massacre d'Amritsar avril 1919 ? Les terroristes anticolonialistes britanniques sont-ils à l’origine du meurtre?

C'est ce que devra découvrir le capitaine Wyndham. Cet enquêteur est addict à l'opium et à la morphine (référence à Sherlock Holmes !) substances qui lui permettent de soulager les douleurs de la guerre et un drame personnel.

Tout est présent dans ce roman : le contexte historique, l'humour, des personnages hors normes sans concession, l'intrigue et l'amour. J'attends la traduction des  autres tomes avec impatience !

Pascale

26/10/2020

Une rose seule

roman,rentrée littéraire,japon,famille

 

Une rose seule

Muriel Barbery

Actes Sud, 2020, 158 p., 17€50

 

Rose a grandi avec sa grand-mère Paule et sa mère Maud, jeune femme mélancolique et triste, sans joie de vivre. Elle n’a pas connu son père Haru, que sa mère a quitté juste avant sa naissance en lui faisant promettre de se tenir à l’écart de sa vie. Elle sait cependant qu’il est japonais et riche.

Malgré cette absence et ce manque, elle a une enfance heureuse, grâce à sa grand-mère, jusqu’à l’âge de 10 ans, où sa mère finit par sombrer dans la dépression, faisant éclater cette apparence de bonheur. Désormais Rose va vivre dans l’indifférence et la superficialité. Rien ne remplit sa vie, ni ses amis, ni ses amants, ni sa profession de botaniste. A 40 ans, elle vit seule, sans attaches ; elle a perdu sa mère et sa grand-mère. Et  cette existence vide de tout va être  bouleversée. Elle reçoit une lettre du notaire de son père l’informant de son décès et de sa décision de lui léguer sa fortune.

C’est une femme en colère et pleine de rancœur qui arrive à Kyoto. Elle en veut terriblement à ce père qui ne s’est jamais manifesté de son vivant et ses sentiments sont amplifiés par les instructions qu’il a laissées pour sa venue. En effet, il a établi un programme à suivre avant de découvrir son testament ainsi que la lettre posthume qu'il lui a laissée.

A travers un itinéraire de temples et de jardins, elle va s’approcher de son père et va apprendre à mieux se connaître et s’accepter. C’est un chemin vers la résilience au cours duquel elle doit exsuder toute la colère qui est en elle, sa dureté, son chagrin, sa rancœur. Ces promenades dont elle ne perçoit pas le sens au départ, vont progressivement résonner en elle ; elle  va peu à peu s'adoucir et tomber sous le charme des jardins zen, des temples, de l’art floral mais aussi de la vie japonaise avec ses restaurants traditionnels et ses maisons de thé. Paul, l’assistant de Haru l'accompagne dans ce cheminement qui aboutit à une acceptation de la perte, de la douleur, et à une libération et une acceptation du bonheur.

Muriel Barbery nous emmène dans des lieux hors du temps propices à l’émerveillement et à l’apaisement et nous fait découvrir la beauté et l'importance de la flore dans la culture japonaise. Des fleurs majestueuses illuminent le texte, pivoines, azalées, brassées d’œillets,  iris pâles mouchetés de bleu, violettes, camélias… Les bambous célestes, les érables, les tapis de mousse  voisinent avec la minéralité des jardins de sable et de graviers striés de lignes parallèles ou de cercles dans un ensemble parfait. Les lanternes de pierre, les rochers, les bassins complètent, dans la sobriété et la simplicité,  cette vision de la nature en communion avec l’homme.

De courts récits allégoriques introduisent chaque chapitre dont le titre, toujours lié au végétal, est une phrase extraite de ces contes. L’écriture est  raffinée, ciselée, la description précise et poétique dans un texte court, épuré et en même temps très dense.

Un beau roman sur une re-naissance et une déclaration d’amour pour la culture japonaise à travers les jardins, miroirs de la nature et expression de la pensée philosophique et religieuse de ce pays.

Annie

09/09/2020

Quand le spectacle a le goût du sang

roman ado, dystopie, critique des lecteurs

 

Show Stopper

Hayley BARKER

Bayard, 2019, 17€90

Traduit de l'anglais par Laurence Bouvard

 

On suit dans l’histoire Hoshiko et Ben, évoluant des deux côtés du Cirque de l’horreur. Ben en tant que spectateur, qui n’a qu’à se délecter de la mort des artistes, et Hoshiko, la funambule qui doit faire son numéro -à la fin potentiellement mortel.

Mais Ben tombe sous le charme d’Hoshiko, et, pour simplifier, veut l’aider. Elle, Hoshiko, veut que ses « proches » survivent à l’enfer qui se déchaînera, suite à la rencontre des deux protagonistes.

Ce livre contient son lot de personnages attachants, ainsi que d’inhumanité, d’horreur et de mort (parfois violente), mais aussi de petites joies et d’espoir, le tout écrit de façon à ce qu’une fois commencé on ne lâche plus le livre !

Excellent ouvrage. J’ai bien aimé ce livre et le recommande, mais peut-être pas aux enfants trop jeunes. D'ailleurs il est rangé au rayon ados.

Valentine P.

07/09/2020

L'arbre monde

roman étranger, arbre, nature

 

L’arbre-monde

Richard POWERS

Le Cherche Midi, 2018, 550 p., 22€

Traduit de l’anglais par Serge Chauvin

 

La communication des arbres, la place de l’homme dans la nature et nos liens avec elle sont les thèmes centraux du nouveau roman de Richard Powers. Ces sujets, très en vogue actuellement, sont ici traités magistralement. Jusqu’à l’âge de 55 ans, l’auteur ne s’intéressait pas du tout aux arbres.

La découverte près de San Francisco de la forêt de séquoias géants, des arbres de 10 m de diamètre, 100 m de hauteur et plus de 1500 ans, a provoqué chez lui une fascination et une évidence : les arbres ne sont ni des objets ni un matériau à exploiter mais des êtres vivants. Ils sont partie prenante de l’histoire de l’humanité et participent à l’équilibre du monde. A l’arrivée des Européens, 4 grandes forêts primaires s’étendaient sur le territoire nord-américain. 98 % ont disparu ; il en reste 2 % qu’une poignée d’hommes veut sauver.

Richard Powers aborde ce sujet d’une façon originale et passionnante à travers le destin de 9 personnages, des ébréchés de la vie, qui ont chacun une essence d'arbre particulier dans leur histoire spécifique ou pour les représenter. Le roman comporte plusieurs parties, racines, tronc, cime, graines. La première, très dense, se dissémine en neuf longues nouvelles dont chacune aurait pu aboutir à un roman en soi, vertigineux de détails et de conséquences.

Nicholas, artiste dépressif dont la famille, avant de disparaître brutalement, avait réussi à maintenir en vie l’un des derniers châtaigniers d’Amérique, espèce éradiquée au début du 20e siècle suite à une épidémie cryptogamique.

Mimi Ma, dépositaire d’objets précieux amenés par son père, alors étudiant, venu aux États-Unis pour fuir la révolution chinoise. Jeune époux, pour honorer ses parents restés en Chine il plante un mûrier, l’arbre à soie qui a bâti la fortune de sa famille.

Adam dont le père plante un arbre à chaque naissance d’enfant. Pour la sienne, il a choisi un érable. Enfant, il est passionné par les mondes qui l’entourent, les insectes, les pierres, les minéraux, tous à l’exception des êtres humains.

Ray et Dorothy un couple atypique ; malgré un attachement viscéral de Dorothy à la liberté et un refus de tout ce qui s’apparente à la propriété, elle accepte d’épouser Ray. Celui-ci pense solidifier leur union par un acte symbolique : chaque année pour leur anniversaire de mariage, planter un végétal dans leur jardin.

Douglas est un marginal. Engagé dans la guerre au Vietnam, son avion a été touché par un obus ; les branches d’un banian ont amorti sa chute et l’ont sauvé. Il va de petit boulot en petit boulot et finit par planter des semis de sapins par milliers destinés à produire, en quelques années, du bois bon marché.

Neelay, fils d’immigrants indiens devenu paraplégique suite à sa chute d’un arbre, devient un génie des jeux vidéo et l’auteur d’un jeu au succès mondial, inspiré par le débordement du vivant. Il plonge les joueurs au milieu d’un monde animiste, vivant, grouillant, en devenir. A eux d’en décider l’avenir.

Olivia, étudiante, change radicalement de vie après avoir frôlé la mort et pense communiquer directement avec la nature.

Patricia, mal-entendante garde-forestière, est l’auteure d’une thèse révolutionnaire sur la manière dont les végétaux communiquent. Professeur de botanique à l’université, elle explique à ses étudiants que, s’il fallait concentrer la création du monde en une heure, la naissance des sols, des montagnes, des fleuves et des végétaux occuperait une quarantaine de minutes, tandis que l’humanité, elle, n’apparaîtrait que dans les trente dernières secondes. Et le temps de quelques battements de cœur pour détruire, asservir et programmer aveuglément sa propre disparition.

Tous vont, pour une raison ou une autre, converger vers la Californie et s’y rencontrer pour protéger un immense séquoia menacé de destruction, avant de se redéployer à nouveau aux quatre coins du pays, partageant désormais pour le meilleur ou pour le pire une histoire commune. Ils se retrouvent, avec quelques autres, autour d’actions qui les opposent aux puissantes entreprises d’exploitation forestière qui ont transformé la sylviculture en exploitation intensive. Mais que peuvent quelques dizaines d’activistes, certes déterminés, mais démunis face à des dirigeants sans état d’âme et pour qui seul le profit compte ? La répression extrêmement violente bouleverse leur vie.

L’Arbre-monde se découvre comme une forêt. Chênes, séquoias, châtaigniers, érables, aubépines, pins, plaqueminiers, trembles, noyers, bouleaux, acajous… à chaque espèce sa personnalité. Des siècles d’existence pour certaines. Et au  fil de la lecture s’impose, dans un enchevêtrement de lyrisme et de poésie, la vision d’une infinie complexité. Le fouillis, le taillis, le sous-bois, l’humus. L’aérien et le sous-sol. Les réseaux, les échanges d’un bosquet à l’autre, un monde foisonnant où il reste beaucoup à découvrir. 

Richard Powers explore ici le drame écologique et notre lente noyade dans le cyber-world, et nous rappelle que, sans la nature, notre culture n'est que ruine de l'âme. Il  nous enseigne en même temps une leçon qui tient autant de la science que de la philosophie : comment la nature pense, se parle à elle-même et s’organise sans avoir recours à la raison, comment les forêts s’organisent par le biais de vastes réseaux de communication, comment les arbres "imaginent" leur propre destin quand ils font s’étendre leurs branches vers le ciel et leurs racines dans le sol.

Ce roman foisonnant très dense n’est pas toujours d’une lecture facile mais il est riche de connaissances et passionnant. Il ouvre au lecteur une porte sur de multiples interrogations : qui sommes-nous ? Sur quoi fondons-nous nos vies ? Quelle est la place du respect dû à tous les êtres vivants ? Notre économie de croissance et de surproduction a-t-elle seulement un sens, un avenir ? A travers cette approche des grands mythes des arbres fondateurs, ce sont nos fondements de vie qui sont mis en question. Richard Powers a réalisé un énorme travail documentaire et nous offre un roman très abouti et percutant, débordant d’humanité et de générosité, un texte à la gloire du vivant.

Annie P.