Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/02/2019

Nuit sur la neige

roman, récit d'initiation, skiNuit sur la neige

Laurence Cossé

Gallimard (Blanche), 2018, 141 p., 13.50€

Laurence Cossé (1950,--), a travaillé comme journaliste, critique littéraire, et pour la radio France Culture. Elle a publié une douzaine de romans, des pièces pour le théâtre et la radio, et un recueil de nouvelles. Chevalier de l’ordre des arts et des lettres, elle a obtenu en 2015 le Grand Prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.

Septembre 1935. Robin entre en classe préparatoire dans un lycée d’excellence tenu par les Jésuites. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il a grandi à l’ombre de la Grande Guerre, auprès d’une mère veuve de guerre, éplorée et protectrice. Au cours d’une intense première année d'études, il découvre les affres de l'amitié et du premier amour.

Entre ce garçon peu sûr de lui et son condisciple Conrad, beau, riche et charismatique, se noue une amitié dissymétrique autour du sport. Au printemps 1936, tandis que la tension politique monte en Europe, les garçons partent skier dans un ancien village de Haute Tarentaise du nom de Val-d'Isère, que quelques visionnaires ont l’intention de transformer en station de ski alpin. Les six jours qu'ils y passent marquent Robin à vie.

L’auteur a articulé son roman autour d’une scène mémorable, dont elle portait l’empreinte depuis l’enfance, point d’orgue du livre et moment où le narrateur passe brutalement dans l’âge adulte. L’écriture est plutôt classique, ciselée et précise, pour un récit initiatique bref et intense. Laurence Cossé  prend le temps de détailler l’ambiance particulière des prépas à cette époque, la vie rurale frugale dans le pauvre village de Val d’Isère, les paysages des Alpes et les débuts du ski alpin. En revanche, quoiqu’en dise la quatrième de couverture, l’auteur évoque peu la montée du nazisme, si ce n’est par une certaine inquiétude ambiante.

J’ai seulement regretté l’ajout du dernier chapitre… dix ans après. Mal amené, il n’apporte selon moi  rien au récit.

Aline

 « Quelle étrange substance, la mémoire, fluide et fuyante à la manière du mercure, avec des éléments plus solides que le silex. La précision de certains souvenirs… Il y a des phrases entières que j’entends comme si c’était hier qu’elles m’avaient cloué sur place. Je suis sûr d’elles au mot près. Des expressions sur un visage, glaçantes, des gestes. Et il y a d’énormes trous, des cratères où ont disparu des mois entiers avec les lieux qui leur servaient de cadre, des quantités de gens – sans doute les moments heureux et les personnes inoffensives ; car les plages paisibles s’enfoncent dans l’oubli quand les heures atroces ne perdent rien de leur tranchant, quel que soit le nombre des décennies qui nous en séparent, ou sont supposées nous en séparer. Et dans les heures atroces, je compte pour ma part les quelques instants de joie folle dont j’ai eu conscience en les vivant qu’ils étaient fulgurants et qu’ils allaient s’éteindre aussi brutalement qu’ils m’avaient ébloui. »

28/01/2019

Le labyrinthe des esprits

espagne,roman étrangerLe labyrinthe des esprits

Carlos Ruiz Zafon

Actes Sud (Lettres hispaniques), 2018, 840 p., 27€

Ce 4e tome clôt le cycle du « Cimetière des livres oubliés » commencé en 2001 avec « L’ombre du vent ». Chacun peut se lire indépendamment des autres. Si vous n’avez pas lu les précédents, celui-ci vous incitera sans doute à les découvrir.

Une intrigue politique et policière dans une Espagne dominée par le franquisme avec des personnages cyniques, violents, des trafics sordides, des destins brisés, des drames et des vengeances. On plonge dans les années noires de la dictature.

Barcelone  mars 1938 : La ville est  sous le feu incessant des bombardements de l’armée de Mussolini. Alicia, petite fille dont les parents ont été arrêtés, et probablement tués par le régime, est sauvée par Firmin qui, blessé, doit  l’abandonner.  Elle-même est également gravement blessée à la hanche ; elle doit supporter son handicap douloureux et acquiert un instinct de survie hors du commun.

Elle devient une femme torturée par le passé et en perpétuelle souffrance des séquelles de ses blessures. Elle est enrôlée dans les services secrets de la police politique. Son intelligence, sa beauté, son ironie féroce en font un agent redoutable. Alicia a cessé d’exister autrement que par le masque, Habile à se dissimuler et à changer d’apparence, elle s’est perdue elle-même ; n’être personne est plus simple et moins dangereux en ces temps crépusculaires où l’on enferme, torture et assassine sur un simple signe de tête.

Son mentor, Leandro, la charge d’enquêter discrètement sur la disparition mystérieuse et embarrassante  du  ministre de l’éducation et de la culture, Mauricio Valls. Un livre fantastique pour enfants "Le labyrinthe des esprits", semble avoir déclenché chez Valls, une véritable panique. Est-il en fuite? A-t-il été enlevé? Et quel lien ce roman publié au tout début de la dictature peut-il avoir avec les caciques du régime?

Alicia va plonger dans l’histoire la plus sombre de Barcelone, celle où les opposants politiques, les artistes, les auteurs de génie sont enfermés dans des cachots. Les mensonges, les trahisons, les disparitions et la propagande sont alors monnaie courante.

De son côté Firmin, 20 ans après sa rencontre avec Alicia continue à se sentir coupable de n’avoir pas su protéger l’enfant. L’enquête va les mettre sur le même chemin et sur celui de la famille Sempere, libraires barcelonais dont l’existence est toujours marquée par la dictature. Daniel Sempere est hanté par le souvenir de sa mère Isabella, disparue, assassinée sans doute,  alors qu’il avait 5 ans. Il n’aura de repos qu’en sachant la vérité. Soutenu par son ami et complice Firmin, il tente de retirer les nappes d’oubli qui se sont posées sur sa mémoire et sur son cœur.

Carlos Ruiz Zafon nous livre, dans une écriture maîtrisée et agréable, un récit dense et passionnant. Un roman ténébreux où les forces du mal sont nombreuses et où les livres oubliés renferment de nombreux secrets, une intrigue remarquable qui tient le lecteur en haleine, une Barcelone belle et maléfique.

Alicia, héroïne forte et fragile, démêlera peu à peu les fils d’une intrigue  aux nombreux rebondissements dont la cohérence se découvre peu à peu. ’humour et les réparties de Firmin, philosophe cynique et désabusé, apportent des moments de détente dans cet univers impitoyable.

La littérature joue aussi un rôle important : faux écrivains et romans à clefs, autobiographies truquées, nègres inavoués, écriture interdite, littérature où tout est possible, où tout s’entrechoque, l’imaginaire avec le réel, le possible et l’impossible. C’est un hommage au monde du livre, aux auteurs et aux libraires.

Annie P.

07/01/2019

Terres fauves

roman, Alaska, états-unis, thrillerTerres fauves

Patrice GAIN

Le mot et le reste, 2018, 19€

 

A la base, David McCae déteste la violence et la solitude. Cet écrivain aime se perdre dans l’activité et la foule de New York. Aussi est-ce à contrecœur qu’il traîne son costume de citadin et ses chaussures en daim jusqu’au fin fond de l’Alaska, pour obéir à son commanditaire qui exige de clore sa biographie sur une interview de Dick Carlson : héros viril des Etats-Unis, vainqueur du 1er sommet de 8000 m conquis par des Américains, Dick Carlson mérite en effet un chapitre dans les mémoires du gouverneur Kearny, qui brigue une réélection.

« Je me demandais ce qui pouvait bien pousser un homme à s’isoler dans cette contrée inhospitalière. A se mettre constamment en danger dans un espace barbare où les plus gros mangent les plus petits sans que ces derniers ne soupçonnent que c’est là leur destin.... Le genre d'endroit où le voisin le plus proche est le Bon Dieu."

Le héros de l'Amérique se révèle plutôt un personnage déplaisant, mégalomaniaque, et David se retrouve bien mal à l’aise en immersion dans une nature hostile en compagnie de son groupe de chasseurs de grizzlys. Incapable d’utiliser une arme, totalement inadapté à cet environnement, il puise dans ses réserves de volonté et d’ingéniosité, et tente de déjouer les pièges pied à pied. Le récit est haletant, dans une spirale descendante où il se retrouve poursuivi par un destin plus fort que lui.

« En arrivant en Alaska j’étais tombé dans un muskeg [marécage] qui m’avalait lentement. Je sentais une force de succion me tirer vers le fond. Me débattre ne changerait rien, sinon accélérer le moment où ma tête disparaitrait… »

La psychologie du personnage est plus fine qu’il n’y parait. Face aux prédateurs, sa naïveté le dessert ; en revanche, elle l’aide à se rapprocher des autres avec empathie. Dans les pires moments, il revient à l’essentiel : sa mère, sa sœur, et le souvenir de son père, GI mort en Afghanistan, qui  le soutient.

Evocation puissante de l’Amérique de Trump, où il vaut mieux être du bon côté du fusil et savoir tirer !

Aline

08/11/2018

Fracking

roman, états-unis, pétrole

 

Fracking

François ROUX

Albin Michel, 2018, 19.50€

 

Entre le titre et la couverture, le sujet est clairement annoncé. Du reste, le récit est très proche du documentaire puisque l’auteur, installé aux Etats-Unis peu avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, se pose en observateur. Ses descriptions et son sens de la formule, parfois, touchent à la citation. Lors d’une réunion politique de Républicains : "Tous les hommes dans cette assemblée tenaient la Constitution pour sacrée, et plus précisément son deuxième amendement. Dans ce pays de chasseurs et de ranchers, tous les hommes présents – et une grande majorité de femmes- avaient appris à marcher en s’appuyant sur un fusil. Leur troisième jambe, disait-on couramment!" Ou, en lien avec Ruth, bigote rigide : "Ici, vous étiez croyant ou vous n'étiez pas grand chose".

A quelques mois des élections présidentielles, toutes les tendances se croisent à Middletown, petite ville imaginaire du Dakota du Nord. L’auteur suit plusieurs personnages, mettant en avant de multiples fractures : fractures entre les personnes d’orientations politiques différentes ; fractures entre des familles qui jusqu’ici vivaient dans une tradition d’hospitalité et d’entraide pour surmonter des conditions de vie rudes. Enfin, l’élément déclencheur, l’utilisation de la « fracturation hydraulique », technique mise au point depuis quelques années pour extraire les hydrocarbures de schiste en injectant dans la roche des tonnes d’eau, de sable et d’adjuvants chimiques.

"Les ressources en hydrocarbures du sous-sol schisteux, jusqu’alors inexploitables en raison d’impossibilités techniques de forage, l’étaient soudain devenues grâce à la mise au point de la fracturation hydraulique, dont le recours massif avait débuté il y a tout juste quatre ans et qui laissait la porte ouverte à toutes sortes de spéculations et de convoitises. Avec le fracking, le rêve d’indépendance énergétique de l’Amérique allait enfin se réaliser…"

Dans ce pays jusqu’ici consacré à l’élevage, c’est une révolution qui oppose :

- ceux qui en profitent, en premier lieu les compagnies pétrolières, mais aussi ceux à qui elles offrent un travail bien rémunéré, comme Joe Jenson -devenu chef de chantier ;

- ceux qui se résignent, comme les voisins –qui ont déménagé et vendu le sous-sol ;

- ceux qui se battent, comme les activistes écologistes ou les Amérindiens, opposés au "Black Snake" le pipeline prévu sur les réserves ;

- et enfin, ceux qui en meurent, comme  la famille Wilson, dont le bétail dépérit, ou meurt renversé par les chauffards des poids lourds. "Ce que Karen exécrait…, c’était ce foutu pétrole, ces pompes à balancier qui, inlassablement, bousillaient les entrailles de la terre depuis dix ans, depuis que la région était devenue ce que les journaux avaient appelé « le nouvel eldorado de l’or noir ». Dispersés jusqu’à deux kilomètres à la ronde, certains à moins de 200 mètres de leur habitation, il y avait très exactement 23 puits dans leur voisinage immédiat… De près, le bruit était intolérable, et avec la distance, il devenait obsédant". Sans parler de l’intoxication des fermiers, et de l’eau glauque couleur de terre et inflammable qui sort du robinet !

Le côté « reportage » et l’écriture assez factuelle du roman sont compensés par les récits plus personnels des protagonistes. J’ai juste été un peu frustrée par la fin, qui peut-être appelle une suite.

Aline

04/11/2018

Tu dormiras quand tu seras mort

roman,guerre d'algérie,algérieTu dormiras quand tu seras mort

François MURATET

J. Losfeld, 2018, 18.50€

André Leguidel n’a ni passé, ni passif avec l’Algérie. Quand il y est envoyé en 1960, il n’y voit que l’occasion de faire carrière comme officier de renseignement, laissant derrière lui des débuts assez ternes comme traducteur en Allemagne. C’est avec un regard neutre et une oreille attentive qu’il débarque à Alger, puis à Marnia, au sud d’Oran, dans les montagnes proches du Sahara.

Sa mission ? Infiltrer en tant qu’opérateur radio la section de commando de chasse du sergent-chef Mohamed Guellab, afin de vérifier si celui-ci est à l’origine de la mort du lieutenant Maillard. Suspect de par son origine musulmane, Guellab est-il le combattant brillant et énergique admiré par ses hommes, ou bien en traitre en puissance, susceptible de passer à l’ennemi avec armes et hommes ?

Cependant l’enquête de Leguidel s’efface devant les impératifs d’une traque engagée par l'armée française d'un détachement du FLN à travers le djebel. L’important, au jour le jour, est de rester vigilant et de couvrir les arrières du groupe. D’où l’injonction « Tu dormiras quand tu seras mort ! »

Outre les descriptions prenantes du quotidien des combattants d'Algérie, c’est la position neutre du narrateur qui fait l’intérêt de ce livre. Pendant entre les engagements, et pendant les missions « de pacification » du commando, Leguidel écoute les hommes échanger sur l’avenir de l’Algérie. Arabes, pieds noirs, français, supplétifs, appelés ou engagés, chaque personnage est unique, avec son avis sur la question – et sur l’interprétation de la phrase de De Gaulle « La France restera en Algérie ». Quant aux populations, comme dans le très remarquable « l’art de perdre » d’Alice Zeniter, on comprend bien que leur choix est limité, pris en tenailles entre forces françaises et rebelles. Aucun jugement n'est porté, mais peu à peu émerge l’impossibilité d’une solution militaire.

Partiellement inspiré par son beau père harki, l'auteur, professeur d'histoire géographie, a mûri ce récit pendant une quinzaine d'années. Malgré son côté "histoire de bidasse" qui m'aurait rebutée a priori, j'ai été passionnée. Le temps a passé depuis la guerre d'Algérie, pour autant, j'ai vu passer encore assez peu de bons livres sur la question. A mon sens, celui-ci en est un. Entretien avec François Muratet:


Aline

01/11/2018

Là où les chiens aboient par la queue

roman, Guadeloupe, familleLà où les chiens aboient par la queue

Estelle-Sarah BULLE

L. Levi, 2018, 19€

L’un après l’autre, ils ont quitté Morne-Galant et leur père, Hilaire « Gros-Vaisseau », paysan à l’ancienne, avec ses 5 ou 6 vaches et ses quelques arpents de canne à sucre. Chacun à son tour ils se sont sentis étouffer  dans ce trou perdu de la Grande Île. La première à partir a été Antoine, l’aînée, belle comme un soleil, mais fière et indépendante. Femme à poigne, elle trace son chemin de commerçante –sans jamais se soumettre à un homme. Lucinde, la seconde, a utilisé ses talents de couturière pour gagner sa vie à Pointe-à-Pitre. Enfin Petit Frère les a rejointes à la ville pour étudier.

En même temps que la chronique de la famille Ezechiel, racontée par la fratrie à leur nièce Eulalie, c’est l’évolution de toute la Guadeloupe entre les années 1940 et 1960 qui est évoquée en toile de fond : d’une terre agricole dédiée aux cultures vivrières et à la canne à sucre, on la voit changer vers une bétonisation et une urbanisation effrénées. De même, les personnages, d’abord ruraux, puis urbains, participent enfin à l’exode massif des Antillais dans les années 1960 vers la métropole. [Le Bumidom -Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer-, fondé en 1963 et chargé d'accompagner l'émigration des habitants des départements d'outre-mer vers la France métropolitaine a attiré nombre de jeunes et de travailleurs à Paris.]

S’inspirant de son histoire familiale, l’auteur a volontairement donné la parole tour à tour à ses trois narrateurs pour offrir un point de vue varié. Estelle-Sarah Bulle est née en 1974 à Créteil, d’un père guadeloupéen et d’une mère franco-belge, et vit dans la région parisienne. Là où les chiens aboient par la queue, son premier roman, a déjà obtenu le prix Stanislas 2018. Elle en parle ici.

Une lecture fluide et agréable, enrichissante. Auteur à suivre ! Aline

26/10/2018

Le coeur converti

Le coeur converti.jpg

 

Le coeur converti

Stefan HERTMANS

Gallimard, 2018, 21.50€

Traduit du néerlandais De Bekeerlinge par Isabelle Rosselin

Voici un livre qui présente une couverture et un titre de roman : détrompez vous il s’agit essentiellement d’histoire, plus exactement d’historiographie, d’une manière poétique et intime de définir notre rapport contemporain au temps.

La trame principale en est le destin funeste d’une jeune prosélyte, catholique convertie au judaïsme par amour. L’auteur-chercheur entre en empathie avec l’objet de ses recherches, usant tout au fil du roman de flashback oniriques à mille ans de distance.  L’invariant, le fil conducteur, est un site ancestral : Monieux, communauté nichée au cœur d’un petit village provençal. L’auteur  met en scène la première  synagogue, ravagée par un pogrom en 1096 sur les basses œuvres de l’Armée des Croisés levée par le Comte Raymond IV de Toulouse. Pillards, assassins et violeurs, ces croisés répondent à l’appel du pape Urbain II. Deux jeunes amoureux, Vigdis et David, et leurs trois enfants en seront les victimes emblématiques. 

L’auteur retrace leur destin funeste à la manière dont on évoque des silhouettes sur un vitrail, nous ne sommes pas dans un roman littéraire mais dans une évocation tragique. Amateur de littérature et de romanesque passez donc votre chemin. Mais si vous goutez au partage de la recherche historique, si vous aimez la lenteur et la précision, vous apprendrez mille détails cartographiés sur le rayonnement et les rites des communautés juives XIème siècle. Vous revivrez l’intensité du choc religieux qui a entrainé plusieurs générations dans le massacre. En conjuguant l’investigation historique, sociétale, avec une flânerie onirique... l’auteur assume un vrai parti pris : c’est toute la singularité de l’ouvrage. 

Sylvie B.     

22/10/2018

Le club des veuves qui aimaient la littérature érotique

Le club des veuves.gifLe club des veuves qui aimaient la littérature érotique

Balli Kaur Jaswal

Belfond, 2018, 347 p., 21€

Traduit par Guillaume-Jean Milan

Au tableau d'affichage du temple, à côté des petites annonces matrimoniales, Nikki trouve une offre d'emploi qui pourrait la sortir de son travail de barmaid : "Association sikhe recherche animatrice pour atelier d'écriture réservé aux femmes."  Mais alors qu'elle pensait animer un atelier d'écriture créative, elle se retrouve face à un public d'Indiennes de tous âges, presque toutes analphabètes.

Veuves pour la plupart, elles révèlent rapidement une imagination fertile. La formation tourne à l'échange d'histoires salaces, mais sert aussi de révélateur de la condition des femmes de la communauté Sikh et de leurs aspirations. Aspirations combattues activement par les fondamentalistes !

Roman qui traite du sujet de la religion sikhe, du communautarisme, de l'intégration. Tout en étant très drôle, frais et original. Certaines histoires de veuves laisseraient monsieur Christian Grey pantois !

Pascale et Aline

 

15/10/2018

Les perles noires de Jacky O.

Les perles noires de Jackie O..gifLes perles noires de Jacky O.

Stéphane CARLIER

Gabelire, 2017, 23.40€


Précipitez-vous sur ce livre... il est tonique, frais, drôle. J'ai passé un moment très  agréable et j'ai bien ri. Des personnages hauts en couleurs, attachants, une intrigue bien menée, une issue qui fait plaisir. Stéphane Carlier est le fils aîné du chroniqueur Guy Carlier et il signe là une comédie jubilatoire.

Irving Zuckerman, 76 ans, marchand d'art fortuné, vit seul dans un quartier chic de Manhattan, en compagnie de sa petite chienne Carmen. Sa femme de ménage Gaby a quitté, jeune, la Colombie et son poste de professeur de comptabilité pour suivre Salvadore parti travailler aux Etats Unis.  Après la mort de celui-ci elle a dû se résoudre à faire des ménages pour élever sa fille Isabella. Elle a maintenant la soixantaine. Déprimée, elle n'en peut plus de vivre dans une banlieue sordide, de porter des vêtements sans forme, d'être toujours à court d'argent -sans parler de tous les maux qui l'accablent, tension  cholestérol, phlébite, raideurs, lumbago, fatigue.

Et voilà que par un heureux  hasard elle a connaissance du  code  du coffre-fort de son patron. Sa loyauté est mise à l’épreuve : 164 000 dollars, 6 lingots d’or,... l'attirent irrésistiblement. Pour son patron c'est une goutte d'eau et pour elle la promesse d'une vie magnifique !  Seulement, elle a besoin d’aide. Elle embarque dans cette folle aventure des complices improbables : son neveu  Franck d'une beauté époustouflante qui devra se faufiler dans la peau d’un gigolo gay ; Biscotte, une connaissance de son neveu, absolument pas fiable ; Nando, un vieil ami perdu de vue depuis des lustres, qui autrefois se livrait à de petits trafics.  Va-t-elle réussir son coup ? Pourra-t-elle enfin goûter à une vie moins misérable ?  Un plan imparable (pense-t-elle !) en poche, la voilà partie pour s’emparer d’une petite fortune en billets verts et lingots d’or, sans oublier un collier mythique, les fameuses perles noires de Jackie Onassis.  Mais débuter une carrière dans le grand banditisme  est bien moins aisé qu’il n’y paraît et les choses tournent rarement comme on s’y attend…

Délirant, trépidant, haletant, on passe d’un retournement de situation à l’autre, sans cesser de se demander comment tout cela va finir. Chaque imprévu emmène cette équipe de "bras cassés" dans une situation encore plus improbable que la précédente. L'écriture est fluide, le style incisif, les dialogues percutants, le rythme rapide et on s'amuse. Alors n'hésitez pas !!!

Annie

 

10:39 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : humour

08/10/2018

Bouillon de rentrée littéraire... mais pas que !

roman,roman étranger,roman ado4 3 2 1

Paul AUSTER

Actes Sud, 2018

Selon la légende familiale, le grand-père Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec 100 roubles cousus dans la doublure de sa veste, eut moultes aventures avant d’arriver enfin aux Etats Unis, où il fut rebaptisé Ferguson à Ellis Island. A partir de là, l’auteur invente 4 trajectoires pour le même personnage… dont le destin change en fonction de son environnement et de l’influence des évènements. Au travers de ces 4 variations biographiques, l’auteur retrace l’histoire des Etats-Unis.  Ambitieux et intéressant.

 

roman,roman étranger,roman adoKhalil

Yasmina KHADRA

Julliard, 2018

Récit d’un jeune de Molenbeek radicalisé, venu à Paris en 2015 pour semer la terreur. Yasmina Khadra propose une approche psychologique du sujet en se mettant dans la tête d’un kamikaze. Ses rapports aux autres, à la mère de cet ami… Dérangeant et captivant, du grand Khadra !

 

roman,roman étranger,roman adoUn monde à portée de main

Maylis de KERANGAL

Verticales, 2018

Une jeune fille, indécise sur son avenir après le bac, s’inscrit dans une école de copiste. S’ensuivent ses années d’école, puis ses travaux à Rome à Cinecita, dans la grotte de Lascaux,… Maylis de Kerangal nous offre une plongée détaillée dans la peinture et le métier de peintre en décors. A son habitude, son roman est extrêmement documenté et précis. Vous ne regarderez plus les fresques de la même façon !

 

roman,roman étranger,roman adoMille petits riens

Jody PICOULT

Traduit de l’américain « Small Great Things » par Marie Chabin

Actes Sud, 2018

Plaçant son récit dans les Etats Unis d’aujourd’hui, l’auteur raconte la communauté blanche bien-pensante, et les pensées de ceux qui ne se croient pas racistes – pas si claires vis-à-vis des noirs. Alternant entre trois personnages, le roman en suit l’évolution : une sage-femme noire professionnelle et appréciée ; un suprématiste blanc qui refuse qu’une soignante noire s’occupe de son bébé ; une avocate blanche. Facile à lire.

 

roman,roman étranger,roman adoChanger l’eau des fleurs

Valérie PERRIN

Albin Michel, 2018

Violette Toussaint vient de l’assistance publique. Elle a été garde-barrière, puis gardienne de cimetière, chargée de l’entretien des tombes et de l’accueil des familles. Une leçon de courage et de résilience, avec des personnages tout simples mais très bien racontés. (Par l’auteur de Les oubliés du dimanche, qui se passait en maison de retraite).

 

roman,roman étranger,roman adoLes meilleurs amis du monde

Gilly MacMILLAN

Les Escales, 2018

Noah et Abdi sont amis depuis l’enfance, bien qu’issus de milieux différents : Noah vient d’une bonne famille BCBG anglaise, tandis qu’Abdi est réfugié Somalien. Lorsque le corps de Noah est repêché dans un canal de Bristol, Abdi est soupçonné, mais il ne peut (ou ne veut) rien dire. On voit progresser deux familles qui n’ont rien en commun dans leur recherche de vérité. Très bien écrit.

 

roman,roman étranger,roman adoLe magasin jaune

Marc TREVIDIC

J.C. Lattes, 2018

En 1929, un jeune couple ouvre une boutique de jouets dans le quartier de Pigalle. Repeint d’un jaune éclatant, le magasin est rayonnant, et propose de beaux jouets du Jura. La petite fille du couple devient la mascotte du quartier. Vie du quartier avec ses hauts et ses bas jusqu’après la guerre.

 

roman,roman étranger,roman adoLe peintre d'aquarelles

Michel TREMBLAY

Actes Sud, 2018

Marcel a passé plus de 50 ans dans un hôpital psychiatrique au fond des Laurentides. Depuis des années, il peint à l'aquarelle, sur les conseils de son médecin : les montagnes menaçantes qui l'entourent, mais aussi la mer, qu'il n'a jamais vue. Le roman est son passage à l'écriture, dans un essai de journal intime. Il y écrit de très belles pages sur la peinture, de la préparation du papier à la réalisation de ses aquarelles, et s'essaie à comprendre sa vie. Enfant épileptique, sujet à des crises de schizophrénie, il avait été enfermé après avoir mis le feu aux cheveux de sa mère... Avec la douceur des teintes d'aquarelle, le récit émouvant d'une vie confisquée par les médicaments, consacrée à la peinture. (Se lit seul, mais peut aussi être intégré à la saga des Desrosiers).

 

roman,roman étranger,roman adoLe pays des contes

Chris COLFER

M. Lafon, 2016 à 2018

Alexe et Connor sont des jumeaux très différents. Alexe aime les livres, tandis que Connor –peu scolaire- a beaucoup d’amis.  Depuis le décès de leur père, il y a un an, leur mère travaille dur. Leur grand-mère est conteuse dans les hôpitaux. Un jour, les jumeaux se retrouvent projetés dans le livre des contes, où les histoires sont en fait bien différentes des versions que nous connaissons. Enfermés de l’autre côté, il leur faut réunir 8 objets magiques éparpillés dans les villes des différents personnages.  Aventure, humour et émotion sont au rendez-vous dans cette série pour ados. (Série en cours, mais chaque tome est clos.)

 

roman,roman étranger,roman adoFrappe-toi le cœur

Amélie NOTHOMB

Albin Michel, 2017

Alfred de Musset : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie ». Une jolie fille qui a tout pour elle épouse un pharmacien, puis vit mal la perte de sa jeunesse lorsqu’elle devient mère. La narratrice, sa fille, est détestée par sa mère narcissique et jalouse. Le récit s’attache à l’évolution des trois enfants, conditionnée par leur relation à la mère, que ce soit l’excès ou le manque d’amour. Relations humaines, rivalités, manipulations… et retournement en fin de roman. Un bon Nothomb.

 

roman,roman étranger,roman adoBakhita

Véronique OLMI

Albin Michel, 2017

Fin du 19e siècle. Une fillette soudanaise, raflée par des esclavagistes, va vivre un destin incroyable –avec des moments très durs. Ses pérégrinations l’emmèneront jusqu’en Italie. Après la perte de sa langue maternelle, et la perte de son identité, la religion l’aidera à se réaliser. Le style colle très bien à l’histoire et aux émotions, par son choix de mots et de phrasé. Très beau récit émouvant, inspiré de la vie de Joséphine Bakhita, canonisée par Jean-Paul II en 2000.

 

roman,roman étranger,roman adoCelui qui va vers elle ne revient pas

Shulem DEEN

Globe, 2017

Essai, ou roman autobiographique. L’auteur vient d’un Shetl, communauté juive hassidique traditionnelle près de Brooklyn. Tenté par la radio, internet et une émancipation vis-à-vis du groupe, le narrateur raconte aussi comment ceux qui sortent de ces communautés soudées en sont bannis et se retrouvent déconnectés, esseulés.

 

roman,roman étranger,roman adoUn jour, tu raconteras cette histoire

Joyce MAYNARD

P. Rey, 2017

Joyce Maynard retrace ses années de bonheur avec son mari Jim, rencontré à 55 ans, leur complicité, et leur douloureux chemin ensemble lorsque Jim est atteint d’un cancer du pancréas.

 

roman,roman étranger,roman adoL’homme de ma vie

Yann QUEFFELEC

Guérin, 2017

L’auteur parle de sa relation difficile à son père, l’écrivain Henri Quéffelec, dont il a toujours essayé de capter l’attention et l’amour. Sensible et sympathique.

 

roman,roman étranger,roman adoGuide des égarés

Jean d’ORMESSON

Gallimard, 2016

Le regard de l’écrivain sur l’humanité. Belle écriture et philosophie sans en avoir l’air.