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05/03/2021

L'amitié est un cadeau à se faire

roman, cavale, amérique, roman policier

 

L’amitié est un cadeau à se faire

William BOYLE

Gallmeister (Americana), 2020, 377 p., 23€80

Traduit de l’américain A Friend is a Gift you give yourself par Simon Baril

 

Prenez quelques personnages au caractère affirmé :

-Rena, la veuve de Vic le Tendre, chef mafioso de Brooklyn exécuté sur son perron alors qu’il dégustait son expresso. Toute sa vie, elle a fermé les yeux sur ses activités illégales ;

-Lacey, ancienne star du porno, la soixantaine pétillante ;

-Adrienne, la fille de la première et la mère de la seconde ;

-Lucia, ado qui n’attend qu’une étincelle pour commencer sa rébellion ;

-Un vieux séducteur libidineux, un mafioso qui veut disparaître avec une mallette garnie de billets, un assassin au marteau complètement givré, et des chauffeurs en tous genres…

Ajoutez un cendrier un peu lourd, une mallette pleine de dollars appartenant à la mafia et quelques belles américaines  – les voitures- Impala, Eldorado ou Town Car, adorées par leurs propriétaires. Et mélangez le tout pour obtenir une cavale déjantée à la Tarantino.

Avec tout cela, le titre de ce roman pourrait sembler bien trompeur. Mais non, car l’auteur prend le temps, entre deux courses-poursuites, de développer ses personnages. Et au bout du compte, ce sont bien l’amitié et le soutien entre femmes qui se révèlent salvateurs. Un roman… policier ou pas ? qui se lit d’une traite et laisse à bout de souffle, le sourire aux lèvres. Bien rythmé, drôle et jouissif.

Aline

26/02/2021

Sélection polar

Sélection de polars et romans noirs, par la librairie Un Petit Noir, des pentes de la Croix-Rousse.

 

roman policier, roman noirL’ange rouge

François Médéline

Manufacture des livres, 2020, 512 p., 20€90

Lyon, 1997-1998, découverte à Confluence d’un homme crucifié sur un radeau. L’enquête se passe dans le milieu des étudiants des beaux-arts, de l’extrême gauche des pentes de la Croix-Rousse, la famille d’un grand pharmacien lyonnais… Elle est également prétexte à s’intéresser aux personnages de flics, à leurs failles, aux guerres entre services. L’intrigue et l’écriture sont toutes deux très bonnes. Par l’auteur de La politique du tumulte (financement politique) et Rêve de guerre (histoire familiale entre deux frères, l’un policier, l’autre accusé d’un crime).

 

roman policier, roman noirNoir diadème

Gilles Sebhan

Rouergue (Noir), 2021, 182 p., 18€

Lorsque le corps profané d'un adolescent est découvert aux abords d'un camp de fortune de réfugiés migrants, l’inspecteur Dapper en fait une affaire personnelle. Un roman noir réaliste et nécessaire, qui suit l’itinéraire de jeunes victimes et l’exploitation de la pauvreté.

 

roman policier, roman noirLes boîteux

Frédéric L’Homme

Le Rouergue (Rouergue Noir), 2020, 272 p., 20€

Début des années 1980, dans une réalité qui s'écarte légèrement de celle que nous connaissons, la guerre éclate entre la police judiciaire et le « boulevard Soult », autrement dit les « boîteux » ou barbouzes des services secrets, dont l'action centrée sur la lutte antiterroriste a longtemps échappé au contrôle des juges. L’enquête de la PJ, sur des crimes datant de 1958, se place à la limite de l’espionnage.

 

roman policier, roman noirNoir côté cour

Jacques Bablon

Jigal (Noir), 2020, 176 p., 17€

Huis clos dans un immeuble parisien. Le narrateur occupe un appartement du 5ème étage, qui appartenait à son père, ancien propriétaire de tout l’immeuble qu’il a vendu peu à peu. Un type du 3ème étage est assassiné. L’enquête nous fait visiter tout l’immeuble et ses différents occupants. Histoire de famille, de vengeance, d’erreur et de faux semblants, avec une écriture ciselée.

 

roman policier, roman noirLes martyres de Montplaisir

Jacques Morize

Andre Odemard éditions, 2020, 278 p., 18€

Les enquêtes du Commissaire Séverac se déroulent chacune dans un arrondissement de Lyon, à grand renfort de repas dans les bistrots et bouchons lyonnais. Dans ce roman, le quartier Montplaisir est le théâtre de deux assassinats abjects de vieilles dames. Ne laissant aucune trace derrière lui, si ce n’est une rose bleue, le criminel parvient même à orienter les policiers sur une fausse piste. Le commissaire aurait-il affaire à des crimes en série... ?  Enquête policière locale, facile à lire, avec un duo de criminels très violents.

 

roman policier, roman noirL’imposture du marronnier

Mariano Sabatini

Actes sud (Actes Noirs), 2021, 400 p., 22€80

Polar italien actuel, dans le milieu de la politique et de la mafia à Rome. L’enquêteur est un journaliste assez psychologue, aidé de son ami flic intègre. Classique et plaisant.

 

roman policier, roman noirJustice indienne

David Heska Wanbli Weiden

Gallmeister (Americana), 2021, 416 p., 24€20

Polar sur une réserve indienne, avec un crime et un enquêteur, justicier autoproclamé.  L’auteur s’intéresse aux addictions des peuples amérindiens, à la façon dont l’argent a fait exploser un système qui était, à la base, solidaire.

 

roman policier, roman noirDans la gueule de l’ours

James A. Mclaughlin

Rue de l'échiquier, 2020, 448 p., 23€

Dans les Appalaches, des ours (espèce protégée) sont tués. Rice, en cavale, s’est plus ou moins refait une virginité dans le coin. Garde forestier, il vit en symbiose avec la nature, et décide d’enquêter sur ces actes de braconnage… Prix Edgar Allan Poe aux Etats-Unis, Grand prix de la littérature policière BILIPO et prix SNCF.

 

roman policier, roman noirCe lien entre nous

David Joy

Sonatine, 2020, 302 p., 21€

Un braconneur abat un homme par erreur, et enterre le corps. Arrive un homme de la vallée, qui cherche son frère et enquête. A partir d’un fait divers, une histoire de vengeance d’une violence extraordinaire, portée par une très belle écriture. Très américain.

 

roman policier, roman noirDans la vallée du soleil

Andy Davidson

Gallmeister (Americana), 2020, 472 p., 24€80

Manipuler ou être manipulé… Un VRP itinérant s’arrêt dans un motel, et reste aider la gérante qui se bat au quotidien pour faire marcher l’établissement. Histoire de cette femme, de sa « conquête de l’ouest personnelle », grands espaces américains, et… un truc pas net du côté du VRP !

 

roman policier, roman noirMictlán

Sébastien Rutès

Gallimard (La Noire), 2020, 154 p., 17€

Deux types se relaient pour conduire un semi-remorque réfrigéré, avec interdiction de s’arrêter, sauf dans les stations-service pour faire le plein du camion. Les ordres du Gouverneur sont clairs : « si tu t’arrêtes, c’est pour toujours ! ». On suit les pensées -noires- de Gros et Vieux, condamnés à rouler sans trêve, qui philosophent au volant sur la vie, la mort, et pourquoi on tient à sa peau. Court et cynique.

 

roman policier, roman noirMarseille 73

Dominique Manotti

Les Arènes (Equinox), 2020, 450 p., 20€

Un polar très politique, dans l’atmosphère « anti-beur » de Marseille. Attitude des policiers qui enquêtent sur des morts arabes. Bien écrit, bien construit, avec des références à l’histoire, et des restes d’O.A.S.

 

roman policier, roman noirDeux balles

Gérard Lecas

Jigal (Polar), 2020, 216 p., 18€50

Deux vétérans d’Afghanistan reviennent à Marseille, bien abîmés psychologiquement. Ils s’étaient promis de monter ensemble un foodtruck à leur retour, mais l’un des deux doit d’abord suivre une lourde rééducation pour son handicap. En attendant, l’autre rejoint ses frères dans un business de magouilleurs. Comment on place son éthique, et comment on fait des ajustements… un parcours humain très noir !

 

roman policier, roman noirJoueuse

Benoît Philippon

Les Arènes (Equinox), 2020, 368 p., 18€

Dans le milieu du jeu, une jolie jeune femme tombe sous le charme d’un joueur professionnel de poker, bluffeur et manipulateur. Le thème n’est pas très original, mais l’écriture est pleine d’humour. Par l’auteur de Mamie Luger.

 

roman policier, roman noirLa mort et le météore

Joca Reiners Terron

Zulma, 2020, 192 p., 17€50

La tribu amazonienne des Kaajapukugi est décimée par l’avancée de la « civilisation ». Le mystérieux Boaventura cherche à les sauver en les implantant au Mexique, mais il est rattrapé par son passé et meurt juste avant leur arrivée. Peut-on décider comment « faire le bien » pour autres, lorsque ni la langue ni les références culturelles ne sont les mêmes ? Plus proche de la métaphysique que du polar, l’auteur s’intéresse à la spiritualité des indiens d’Amazonie.

09/02/2021

Bouillon de lecture autour de l'art

Question judicieuse : quels sont les arts ?

Traditionnellement, les arts majeurs sont l’architecture, la sculpture, les arts visuels (dessin & peinture), la musique, la littérature, les arts de la scène, (théâtre, danse, mime, cirque, humour). Le consensus désigne ensuite le cinéma comme 7ème art, les arts médiatiques (radio, télévision, photographie) comme 8ème art, la bande dessinée comme 9ème art, et les jeux vidéo comme 10ème art... puis les candidats sont nombreux pour le 11ème… arts culinaires ? éloquence ? mode et parfumerie ?...

 

Autour de la musique

art, Quatuor

Anna Enquist

Actes Sud, 2016, 300 p., 21€90

Auteur néerlandaise, musicienne, concertiste et psychothérapeute, Anna Enquist travaille en milieu hospitalier.

Amsterdam. Les personnages, amis de longue date, se retrouvent pour jouer de la musique : Caroline, violoncelliste, est médecin, son mari Jochem, alto, est luthier, Hélène 2nd violon, est infirmière, Hugo, 1er violon, dirige un centre culturel. L’ancien professeur de musique d’Hugo et Caroline, Rainier, âgé, donne encore des cours.

Chaque personnage parle à la 1ère personne pour livrer son histoire. La musique partagée les aide à surmonter les épreuves de la vie. Ce roman, au rythme soutenu, se lit vite et facilement, y compris pour les non mélomanes. Au-delà de la musique, qui imprègne tout le roman, l’auteur présente une critique de la vie actuelle aux Pays-Bas, et de la place accordée aux personnes âgées dans la société. Elle aborde les problèmes de la vieillesse et de la retraite. Quand on se voit diminuer, mais qu’on veut résister…

 

art, art,

Eric-Emmanuel Schmitt

Ma vie avec Mozart

Albin Michel (livre avec CD), 2005, 160 p., 23€90

Le narrateur parle avec Mozart. Il raconte qu’ado il déprimait, pensait au suicide, puis tout a changé pour lui à l’écoute de La flûte enchantée. « A cette époque je croyais que le monde mourait, alors que c’était moi qui mourais au monde ». Cette musique le rapproche de la vie. Il décrit ses états d’âme.

Madame Pylinska et le secret de Chopin

Albin Michel, 2018, 118 p., 13€50

Jeune, le narrateur n’aimait pas le piano, jusqu’à entendre sa tante jouer du Chopin. C’est sa professeure de piano qui lui apprend que le piano ne se joue pas seulement avec ses mains, mais avec tout son être. « Il y a des secrets qu'il ne faut pas percer mais fréquenter : leur compagnie vous rend meilleur. »

 

La Calligraphie

 

art, Passagère du silence

Fabienne Verdier

Albin Michel, 2003, 292 p., 23€

Fabienne Verdier a consacré toute sa vie à la calligraphie chinoise. A l’école des Beaux-Arts de Toulouse, elle s’intéressait aux représentations de la nature, essayant de saisir l’instant en un trait.

A 20 ans, partie en Chine, elle s’est retrouvée dans une ville immense, seule étrangère à l’université. Les professeurs, persécutés pendant la révolution chinoise, ont mis longtemps à lui ouvrir leur porte. L'artiste est restée dix ans à Chongqing, pour apprendre l'art de la calligraphie auprès de Huang Yuan, et du graveur de sceaux Cheng Yun. Au-delà de son aventure personnelle, on perçoit la philosophie qui sous-tend son art. Actuellement, elle travaille sur d’immenses calligraphies, et peint comme on danse, avec un pinceau énorme, soutenu par des rails, et guidé par un guidon de vélo. (cf Exposition à Aix en Provence l’été dernier, voir affiche Roland Garros 2018)

 

L’écriture

art, Mr Gwyn

Alessandro Baricco

Gallimard (Du monde entier), 2014, 192 p., 18€50

Mr Gwyn, romancier londonien, est au sommet de sa gloire après avoir écrit trois romans à succès. Dans un article du Guardian, il annonce qu’il n’écrira plus jamais de roman. Lorsqu’il revient à l’écriture, après un an, c’est pour faire des portraits de gens. Il crée un lieu, prépare l’ambiance, pour chacune des personnes qu’il va dépeindre.

On s’attache à ce personnage d’écrivain, sympathique, mais assez excentrique, sophistiqué, mystérieux. Un roman formidable, et une très belle réflexion sur l’artiste. Qu’est-ce qu’est un artiste. Qu’est-ce que l’art ?

Alessandro Baricco est écrivain, homme de théâtre, et musicologue. Son œuvre Novecento : pianiste, écrite sous la forme d’un monologue poétique, a été magnifiquement joué au théâtre par André Dussolier.

 

art, Miss Islande

Audur Ava Olafsdottir

Zulma, 2019, 266 p., 20€50

Histoire d’une femme qui pour pouvoir vivre de sa passion, l’écriture – la poésie- doit passer par le stade de miss Islande pour gagner son indépendance. Plus qu’une histoire d’artiste, c’est un récit sur la réalisation de soi, la débrouille et la résistance à l’ordre établi.

 

La peinture

 

art, Manet, le secret

Sophie Chauveau

Télémaque, 2014, 384 p., 22€

Nommé chef de file des impressionnistes, Edouard refuse d’étudier le droit, devient apprenti marin, rate le concours de l’école navale. Dandy, croqueur de femmes, il recherche la reconnaissance du salon des peintres, est éconduit. Ses amis, peintres et poètes sont évoqués dans le livre : Renoir, Degas, Pissarro, Monet, Baudelaire…  Amoureux de Suzanne, qui enseignait le piano à sa mère, il a un enfant avec elle, mais ne le reconnait pas, car elle n’est pas de son milieu. L’auteur décrit la relation extraordinaire de ce fils Léon avec sa mère. L’histoire de France s’entrechoque avec la vie de l’artiste, dans un contexte historique allant du second empire à la défaite française de 1870, puis à la IIIe république. Bien écrit, facile à lire et bien ancré dans l’histoire.

Sophie Chauveau a écrit avec talent de nombreuses biographies d’artistes romancées : La passion Lippi, Le rêve Botticelli, L’obsession Vinci, Fragonard l’invention du bonheur, Sonia Delaunay la vie magnifique…)

 

art, Radeau

Antoine Choplin

Pendant la guerre, Louis transporte en camion de précieux tableaux du Louvre, pour les emporter à l’abri dans le sud. Le radeau de la méduse en fait partie. Malgré l’ordre strict de ne pas s’arrêter, il recueille Louise, qui chemine au bord de la route. L’écriture ciselée et pudique de Choplin, à son meilleur, comme dans son splendide roman Le héron de Guernica.

 

art, art, Le meurtre du Commandeur

T1, Une idée apparaît / T2, la métamorphose se déplace

Haruki Murakami

Belfond, 2018, 456 + 472 p., 23€90/tome

Un jeune peintre, que sa femme a quitté, s’installe dans l’ancienne résidence d’un peintre japonais décédé, spécialiste de peinture traditionnelle. Il découvre au grenier une peinture obsédante, sur le meurtre du commandeur. Un voisin veut faire peindre un portrait, mais comment faire le portrait d’un homme sans visage ???

Intrigue à tiroirs, histoire d’amour, secret de famille, un peintre qui se cherche dans la progression de son art, la naissance d’une œuvre… Dans le 2e tome, Murakami fourni les réponses aux questions posées dans le premier. Féru d’art, il décrit la création, la quête du peintre, les rapports entre modèle et peintre, quand une toile est-elle achevée ? comment s’en séparer ?

Ces romans tournent autour de la peinture, et -comme souvent chez Murakami- mélangent réel et fantastique, jusqu’à ce que le lecteur ne distingue plus la frontière. "La réalité ne se limite pas seulement à ce qui est visible". Passionnant et philosophique.

 

art, Les couleurs de nos souvenirs

Bleu, histoire d’une couleur / Vert, histoire d’une couleur /….

Michel Pastoureau

Tous les livres de Michel Pastoureau autour de l’histoire et de l’origine des couleurs sont passionnants, avec des anecdotes très parlantes.

 

art, Le grand art

Léa Simone Allegria

Flammarion, 2020, 358p., 20€

Paul Vivienne, commissaire-priseur, a beaucoup vendu, mais il commence à être dépassé par internet et les ventes en ligne. Lorsqu’il découvre un retable au fond d’une chapelle toscane, il se demande si c’est un faux ou pas, s’il a de la valeur ou non. La forme du roman est proche de l’enquête policière, dans le milieu de l’art et de la finance, des bulles spéculatives.

 

art, Efface toute trace

François Vallejo

Viviane Hamy (Contemporaine), 2020, 320 p., 19€

Dans ce roman qui démarre comme un policier, le narrateur est un expert en art contemporain, chargé par un groupe de collectionneurs d'enquêter sur des incidents étranges ayant entraîné la mort de trois d'entre eux. Comment faire de l’argent avec l’art contemporain, l’art conceptuel, les happenings… On en arrive parfois au « foutage de gueule », voire au blanchiment d’argent.

Andy Warhol, Keith Harring, Bansky sont évoqués, y compris la vente aux enchères où l’œuvre de Bansky s’est auto-déchiquetée aussitôt adjugée.

 

La sculpture

 

art, Trencadis

Caroline Deyns

Quidam éditeur (Made in Europe), août 2020, 364 p.

Roman biographique sur Niki de Saint Phalle

L’auteur écrit la biographie de Niki de Saint Phalle comme un patchwork d’éclats de vie. D’où son titre : le trencadis est une forme de mosaïque à base d’éclats de céramique, typique de l’architecture moderniste catalane, employé en particulier par Gaudi au parc Güell. Les narrateurs, différents pour chaque chapitre, présentent chacun une scène ou une facette de la vie de Niki, qui permet de faire des liens avec son œuvre artistique, et l’apprécier plus en profondeur. Tel ce forain qui, refusant de prêter sa carabine à cette tireuse d’élite, l’accompagna jusqu’à la cour où elle réalisait ses œuvres « Tir à la carabine » et put lui-même participer au processus créatif.

Cette forme de narration fait à la fois l’originalité du livre, et sa difficulté. Car si chaque chapitre est bien écrit et prenant, le passage d’une scène à l’autre peut démotiver un peu le lecteur.

 

art, Pietra Viva

Léonor de Récondo

S. Wespieser, 2013, 242 p., 20€

Un épisode de la vie de Michel Ange, son parcours autour d’une œuvre. En 1505, il part dans les carrières de Carrare choisir le marbre qui lui est nécessaire pour réaliser le tombeau commandé par le pape. Très intéressant, ce roman présente sa façon de travailler, mais aussi sa vie débridée.

 

art, La brodeuse de Winchester

Tracy Chevalier

Table Ronde (Quai Voltaire), 2020, 348 p., 23€50

L’histoire, située en Angleterre à l’époque de la montée du fascisme sur le continent, s'inspire de celle de Louisa Pesel, la fondatrice du cercle des Brodeuses de la cathédrale de Winchester.

 

Prochain Bouillon en visioconférence

Lundi 1er mars, à 20h

Auteurs choisis : Colum McCann et Marc Dugain

26/01/2021

Un monde à porté de main

roman, art

 

Un monde à portée de main

Maylis de Kerangal

éd. Verticales, 2018, 288 p., 20€

 

Avec ce roman Maylis de Kerangal nous fait découvrir, avec talent, l’art du trompe-l’oeil et interroge sur l’artifice et la frontière entre illusion et réalité.

Paula rêvait d'être artiste, elle sera peintre en décor, elle apprendra les trompe-l’œil, les bois et les marbres, elle créera l'illusion sur les murs, les plafonds, au cinéma, jusqu'à la consécration, jusqu'au projet qui la touchera jusqu'au plus profond de son âme. Avec en toile de fond, Jonas, toujours.

Après avoir passé son bac et cherché sa voie pendant 2 ans sans beaucoup de conviction, Paula se découvre une sensibilité d’artiste.  Après quelques mois dans une école préparatoire aux Beaux-Arts, elle abandonne et subitement décide d’intégrer le prestigieux Institut Supérieur de peinture de décors à Bruxelles.  La formation est courte, 6 mois mais intense ; la charge de travail est violente pour une étudiante comme elle, peu habituée à l’effort. La pratique en atelier est très physique, épuisante et douloureuse. Mais elle s’accroche.

Copier n’est pas si simple. Pour imiter le bois, il faut sentir la forêt, établir une relation avec elle. Pour peindre les marbres, il faut accepter des codes de représentation stricts, une syntaxe, un vocabulaire rigoureux, scruter leur spécificité, différencier les marbres de Carrare, Grand antique, Labrador, Henriette blonde, Fleur de pécher, Griotte d’Italie, se familiariser avec les couleurs Vert de Polcevera, mischio de San Siro, albâtre du mont Gazzo. Paula apprend  à développer son sens de l’observation, à maîtriser ses gestes, à pénétrer dans la matière même de la nature, à explorer sa forme pour capter sa structure.

Elle partage cet enseignement avec une vingtaine d’élèves venus d’horizons divers pour des raisons bien différentes. Après quelques semaines, ils finissent par constituer une petite communauté. Paula se lie d'amitié avec Kate, débrouillarde et impulsive et noue une relation ambiguë avec son co-locataire Jonas, secret, énigmatique et surdoué. Le diplôme obtenu, ils suivront chacun leur route mais resteront en contact.

Pendant 5 ans Paula enchaîne des chantiers modestes, s’assurant ainsi une autonomie matérielle fragile mais réelle.  Au fil des expériences, elle gagne en professionnalisme. Elle acquiert une petite notoriété lui offrant des chantiers de plus en plus intéressants. Elle devient nomade, se déplace au gré des contrats, s’adapte à toutes les pratiques, à tous les protocoles, à tous les rythmes. Mais cette précarité, cette instabilité la rendent vulnérable. Ni les amours, ni les amitiés ne durent. Sa vie devient un tourbillon qu’elle ne maîtrise pas.

Et un jour, un appel de Jonas bouleverse son existence. Il offre à Paula le fac similé ultime : participer à la réplique IV de la grotte de Lascaux. « Ce chantier est pour toi. Une caverne cabossée, des peintures rouges et noires, des taureaux, des rennes, la chapelle Sixtine de la Préhistoire ». Paula se passionne pour ce chantier hors du commun, et elle parvient enfin à sortir du décor et à s'inventer pleinement, découvrant la vertigineuse profondeur du vrai monde et un amour véritable.

Maylis de Kerangal, comme dans ses autres romans, s'approprie le lexique technique pour décrire avec précision l'univers qu'elle présente. Tout est précis, détaillé.  Elle invite à une réflexion sur l’Art, la création et la copie. Mais elle livre aussi une analyse fine et subtile de l’enseignement, des rapports familiaux, de l’amitié et de l’amour. Un bon roman.

Annie

18:41 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, art

22/01/2021

Cogito

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Cogito

Victor Dixen

R. Laffont, mai 2019, 537 p., 19€90

 

Roxane, 18 ans, rebelle depuis le décès accidentel de sa mère, pour lequel elle blâme en vrac la société de plus en plus automatisée et son père, sombre dans la provocation et la petite délinquance avec sa bande de "Clébardes".

Sa seule chance de décrocher le BAC (Brevet d’Accès aux Corporations) est d’obtenir une bourse pour un stage de « science infuse », remise à niveau neuronal organisé par la corporation Noosynth. Mais que faire quand le stage de cyber-bachotage en île paradisiaque vire au cauchemar ?

Beaucoup d’action et de revirements dans ce roman de science-fiction teinté de philosophie, en un seul tome. Il est facile à lire, mais questionne sur ce qu’est la pensée, sur ce qui fait la spécificité de la pensée humaine par rapport à l’intelligence artificielle. Victor Dixen fait appel aux grands philosophes ou théoriciens de l’humanité : Descartes et Rousseau sont évoqués, mais aussi Turing, Asimov ou Ada Lovelace. Parfait pour les lycéens, ce roman a d'ailleurs gagné leur prix Imaginales 2020.

Aline

07/01/2021

La transparence du temps

Cuba, roman policier

 

La transparence du temps

Leonardo Padura

Métailié (Bibliothèque Hispano-Américaine), 2019, 426 p., 23€

 

Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Diplômé de littérature hispano-américaine, il est romancier, essayiste, journaliste et auteur de scénarios pour le cinéma. Il a obtenu de nombreux prix littéraires. Il a créé le personnage de Mario Condé, son double, avec Passé parfait paru en 2008.

Amateur de rhum, de café et de littérature, Mario Condé aime savourer les plaisirs de la vie. Ex-inspecteur reconverti dans la recherche et l’achat de vieux livres, il mène des enquêtes officieuses au gré des demandes, tout en promenant son spleen dans La Havane, entouré par ses fidèles amis, une génération qui n'a connu de l'utopie que le goût amer de la désillusion. Un anti-flic pas très méthodique qui se fie essentiellement à ses intuitions et ses pressentiments.

Dans La transparence du temps, Leonardo Padura emmène le lecteur dans le milieu des marchands d’art de La Havane, ainsi qu’à travers les siècles. Mario Condé voit avec inquiétude approcher son soixantième anniversaire. Il réalise qu’il vieillit et son moral est au plus bas. De surcroît sa recherche d’ouvrages rares s’avère de plus en plus difficile.

C’est dans cet état d’esprit qu’il reçoit l’appel d’un ancien camarade de lycée, Bobby, spécialisé dans l‘achat et la vente d’objets précieux et d’œuvres d’art. Une statue miraculeuse de Vierge en bois noir lui a été dérobée par son amant Raydel. Elle n’a pas de valeur marchande, explique-t-il, mais une valeur sentimentale, car elle a été amenée de Catalogne en 1936 par son grand-père venu s’installer à La Havane pour fuir la guerre civile espagnole. 

Mario Conde s’embarque alors dans une aventure pleine de rebondissements qui le conduira de la misère des bidonvilles où survit péniblement toute une population de migrants venus de Santiago à la richesse insolente des marchands d’art et des nouveaux riches sans scrupules et au mode de vie très confortable.

L’origine médiévale de la Vierge noire sert de prétexte à l’auteur pour nous faire remonter le temps et nous plonger dans plusieurs faits historiques marquants : La prise de St Jean d‘Acre en 1291 par les troupes du sultan Khalil al-Ashraf qui sonne la fin de la conquête de la Terre Sainte ; La persécution, la condamnation et la dissolution de l’ordre des Templiers en 1307 par Philippe IV ; La guerre entre Catalans au XVème siècle, menée au détriment de la population par des seigneurs avides de puissance. 

La statue est chaque fois protégée et sauvée et termine son périple en 1472 dans un petit hameau pyrénéen où le seigneur du coin, Jaume Pallard, fait édifier une chapelle pour remercier la Vierge de l’avoir ramené à la vie. Pendant des siècles elle est adorée et remerciée pour ses miracles jusqu’en 1936 où elle est à nouveau enlevée et traverse l’océan...

Nous retrouvons, à travers les turbulences du temps, Antoni Barral, personnage intemporel dont le destin est inéluctablement lié à celui de la statue. « Il pensa alors qu'il voyait le temps à travers la transparence d'une goutte de pluie accrochée à une branche. Ou en franchissant les années, à travers la transparence cristalline d'une larme qu'un état d'âme altéré mais incoercible avait arraché à ses yeux. »

Une nouvelle fois, ce roman sert à présenter l’existence quotidienne de la population cubaine, l’atmosphère sociale et politique, ainsi que les changements qui sont en train de s’y opérer. Leonardo Padura décrit d’ailleurs ses romans noirs comme des « chroniques sociales qui, pour se mettre en place, partent d’un délit, ou d’un homicide ».

Avec force et sensibilité, il communique son amour de Cuba, de La Havane et de son quartier, son sens aigu de l’amitié et son attachement aux valeurs épicuriennes, vaille que vaille. Il nous émeut par ses accès de mélancolie, son désenchantement et sa capacité à résister à la fatalité avec le soutien indéfectible de ses amis de toujours et de l’amour de sa vie, Tamara. Ce roman mêlant intrigue policière et voyage dans le temps est absolument passionnant.

Annie

15/12/2020

Secrets de famille

famille, secret de famille, angleterre

 

Double secret

Willa MARSH

Autrement, 2015, 361 p., 21€

Traduit de The Summer House par Aline Weill

 

Une famille atypique, famille de cœur, se rassemble avec affection dans "la grande maison" autour de Milo, ancien brigadier à la retraite, et sa petite ex-belle-sœur Lottie. Lottie, malgré son peu de sens pratique, a élevé Matt et Imogen lorsque leur mère dépressive a sombré dans l’alcool, et ils viennent se ressourcer auprès d’elle quand ils en ont besoin ; Milo accueille son fils Nick lorsqu’il fait trop de bêtises ; la coquette et lucide Venetia aime rendre visite à son vieil amant…

Après la mort de sa mère Helen, Matt découvre dans son coffret à trésors des photos qui font remonter d’anciens souvenirs à la surface. Il tente de percer le mystère de l’étrange sensation de manque qui l’a toujours habité : enfant, il l’avait comblé avec un ami imaginaire ; adulte, il en a tiré la substance d’un roman devenu bestseller.

Willa Marsh décrit ses personnages avec douceur, et les situe dans une calme campagne anglaise, avec laquelle ils développent des liens forts. Le "pavillon d'été", le jardin, les oiseaux ou les chiens et les chats sont source de joie et de paix. Le récit laisse une part à l’inexpliqué (au surnaturel ?) là où Matt –et surtout Lottie- ont une sensibilité hors normes, à la limite d’une forme de clairvoyance

« Tu crois aux fantômes ?

-Je pense que, partout où il y a eu des émotions puissantes, des échos demeurent. »

Le secret de famille ne semble peser que sur Matt, mais sa résolution lui est indispensable pour avancer, incapable qu’il est devenu d’écrire ou de nouer une relation profonde avec une femme.

L'écriture de Willa Marsh, fluide et agréable, nous transporte facilement dans une ambiance anglaise. La seule difficulté réside dans la compréhension des liens de famille.

Aline

29/11/2020

Souvenirs doux amers du Vietnâm

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Sous le ciel qui brûle

Hoai Huong Nguyen

V. Hamy, 2017, 18€

 

A 40 ans, Tuân vit en ermite dans l’Oise. Lors d’une promenade dans la forêt de Chantilly, à la recherche des premières jonquilles du printemps, il laisse affluer ses souvenirs d’enfance en Anman. Les paysages de campagne vietnamiens et français semblent dialoguer dans une douceur mélancolique.

« Son grand-père avait construit sa maison dans le hameau de Shui (non loin de Huê), sur un large terrain au bord d’une rizière. Lorsque ses enfants étaient devenus grands, ils y avaient bâti leur maison à côté de la sienne, de sorte que cette entreprise finit par donner un lot de paillotes hétéroclites au milieu d’un jardin verdoyant. Il y poussait toutes sortes de plantes ; lorsque Tuân était petit et qu’il s'y promenait, les belles-de-nuit, les roses et les pivoines formaient à ses yeux une forêt colorée. Le grand-père avait aménagé un verger où l’on trouvait de nombreux arbres fruitiers. Un plaqueminier centenaire y tenait une place singulière. Haut de vingt mètres, il avait un énorme tronc entrelacé d’orchidées blanches ; à l’automne, son feuillage devenait écarlate et se chargeait de fruits sucrés. Dans le pays, on le disait habité par les esprits errants. Chaque nuit, il semblait s’animer, ses branches craquaient et murmuraient sous le vent… »

Elevé par son grand-père et par sa tante Anh à la mort de ses parents, Tuân a vu partir tous ceux qu’il aimait. Avec la progression du Viet-Minh, les séparations et les exactions se sont multipliées, jusqu’à pousser Tuân à l’exil.

Tombé amoureux du français à l’école primaire, pour ses comptines et ses sonorités, il a lu avec délices les volumes de la Comtesse de Ségur, qui lui semblaient d’un grand exotisme, et partagé ses lectures avec sa jeune cousine. Adolescent, ce sont les écrits de Gérard de Nerval qui l’ont passionné et lui ont donné le goût de la campagne française et de la poésie. C’est aussi cette langue adorée qui sera son refuge et son inspiration.

Ce texte baigné de poésie navigue avec douceur entre la nostalgie de l’enfance et la mélancolie du présent. Les moments difficiles sont atténués par l’évocation puissante des paysages et des personnes aimés.

Aline

16/11/2020

L'imprudence

Laos, exil, famille, sexualité

L’imprudence

Loo Hui Phang

Actes Sud, 2019, 139 p., 17€50

 

Issue du monde de la BD, l’auteure signe ici son premier roman, récompensé par le prix Senghor du premier roman francophone 2019.

Vietnamienne née au Laos, la narratrice n’avait qu’un an lorsqu’elle a quitté le pays clandestinement avec ses parents et son frère. Elle a grandi à Cherbourg, dans sa famille qui tentait de respecter les traditions vietnamiennes… et il lui a fallu quitter les siens pour affirmer son indépendance et vivre de son « job » de photographe.

Lorsque sa grand-mère Waipo meurt, elle passe quelques semaines en famille au Laos, à Savannakhet. Occasion de renouer avec son grand-père, avec qui elle se sent des affinités, mais aussi de mesurer à quel point sa vie française la différencie de la jeune femme qu’elle aurait été si sa famille était restée au Laos. C’est à son grand frère que s’adresse le récit, toujours à la deuxième personne. Ce grand frère tellement marqué par l’exil qu’il s’est refusé à réussir sa vie en France.

Consolation, exutoire, plaisir de l’instant, passion… une grande part du récit est consacrée à sa sexualité, revendiquée et vécue sans complexes, miroir de celle de son grand-père en son temps. Pour reprendre le titre de l’une de ses bandes dessinées, elle aime le regard et "l’odeur des garçons affamés".  

L’écriture est ramassée et sensuelle, mais pas crue. On s’attend à ce que Loo Hui Phang reprenne et approfondisse les thèmes du désir, de la famille, et de l'exil, sur lesquels il semble qu’elle ait encore beaucoup à dire.

laos,exil,famille,sexualitéLire aussi sa bande dessinée Black-out, avec Hugues Micol à l'illustration, chez Futuropolis. Biographie de Maximus Wilde, acteur charismatique métis de descendance noire, chinoise et amérindienne, cette BD s'attaque au mythe Hollywoodien, et démontent les artifices d’un monde injuste et centré sur les blancs, maillon de la propagande gouvernementale.

Aline

27/10/2020

Lettre d'amour sans le dire

rentrée littéraire

Lettre d’amour sans le dire

Amanda STHERS

Grasset (Littérature française), 2020, 140 p., 14€50

 

Au fil des pages, la narratrice se dévoile par petites touches, en s’adressant au masseur shinto japonais qui a réveillé son corps et l’a rendue à elle-même. Pour se rapprocher de lui, elle a pris des cours de japonais, et s’est plongée dans la culture et la littérature japonaise.

Professeure de français en retraite anticipée, « plouc du nord » installée à Paris par sa fille, Marine, entrée par mariage dans la grande bourgeoisie, et qu’elle embarrasse plus qu’autre chose. On s’attache à cette femme en retrait, qui a subi sa vie plus qu’elle ne l’a vécue, soumise aux souhaits (et aux attouchements) des autres.

Délicat et japonisant.

Marie-Josée et Aline