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16/12/2017

Le sympathisant, prix du meilleur Livre étranger

Le 7 novembre 2017, l’écrivain Viet Thanh Nguyen a reçu le prix du Meilleur Livre étranger  2017 pour son roman Le Sympathisant, après le prix Pulitzer et le prix Edgar 2016. Voici un extrait du discours qu’il a prononcé lors de sa remise du prix (traduction : Clément Baude).

« Il y a vingt ans de cela, j’ai commencé à écrire un recueil de nouvelles. Si j’avais su qu’il me faudrait dix-sept ans pour en venir à bout, et trois de plus pour le publier, je ne l’aurais peut-être jamais commencé. Dans ma naïveté, je me disais que je terminerais ces nouvelles d’ici deux ans, qu’ensuite elles seraient achetées et publiées, que je gagnerais des prix et que je deviendrais célèbre. Je savais vaguement, mais sans tout à fait comprendre, combien l’écriture exigerait de moi, à quel point elle me détruirait, à ma grande tristesse mais, au bout du compte, à mon plus grand profit d’écrivain.

J’ai appris ce qu’était la tristesse en travaillant à ce satané recueil de nouvelles. Je ne savais pas ce que je faisais. Je ne savais pas, alors que je pâlissais doucement devant mon écran d’ordinateur et mon mur blanc, que j’étais en train de devenir un écrivain. C’était en partie une affaire de technique à maîtriser, mais c’était tout autant une affaire d’âme et une habitude de l’esprit. C’était accepter de m’asseoir sur cette chaise pendant des milliers d’heures, recevoir quelques maigres louanges de temps en temps, endurer la tristesse d’écrire en restant convaincu que malgré tout, malgré mon ignorance, quelque chose d’important se produisait…

Si je parle de mon ignorance et de ma naïveté, de mes combats et de mes doutes, c’est que la plupart des lecteurs ne connaissent que le résultat final des efforts d’un écrivain. Ce résultat final, le livre, semble déborder d’assurance et de connaissance. L’assurance et la connaissance, la « mesure » de l’évaluation et de la progression qui saturent notre vie dans les universités, les entreprises et les bureaucraties, tout cela éclipse les procédés mystérieux, intuitifs et lents – parfois très lents – par lesquels l’art, souvent, opère. L’essentiel de ce qui est crucial dans l’art, ou dans tout travail qui nous importe, quel que soit le domaine, ne peut être ni quantifié ni accéléré.

Le plus précieux, dans ces mondes des arts et des humanités qui sont les miens, est qu’ils laissent justement la place à ce type de réflexion lente et peut-être inutile..."

Lire la suite sur le site des éditions Belfond

14/11/2015

Prendre soin de l'humain

Le texte que nous aurions pu lire ce matin... transmis par Frédérique :

attentat

Nous savions que la vie était fragile, que l'humain c'était par moments et que la démocratie était menacée par les forces archaïques qui habitent encore le monde.

Nous savions que, face à la vacuité de nos modèles économiques fondés sur la consommation compulsive, notre occident peinait à offrir un autre idéal que l'assujettissement aux intégrismes.

Nous savions que tout ce qui nous tient à coeur est mortel et que l'obscurité absolue peut, un jour, faire oublier l'espoir de toute lumière...

Que cette nuit terrible où nous avons éprouvé la terreur de la pénombre, nous rappelle notre fragilité et notre finitude.

Qu'elle renforce ainsi notre détermination à prendre soin de toute vie, de toute pensée libre, de toute ébauche de solidarité, de toute joie possible.

Prendre soin de la vie et de l'humain, avec une infinie tendresse et une obstination sans faille, est, aujourd'hui, la condition de toute espérance.

Sachons qu'un seul sourire échangé, un seul geste d'apaisement, aussi minime soit-il, peut encore, contre tous les fatalismes, contribuer à nous sauver de la barbarie...

Prendre soin de l'humain, par Philippe Meirieu

 

15:40 Publié dans Morceaux choisis | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : attentat

26/10/2015

Venise n'est pas en Italie (extrait)

"J’ai pensé que ce serait bien s’il y avait vraiment un ministre qui s’occupait des choses intérieures, comme les sentiments, les émotions, les désarrois aussi, il aurait fort à faire, mais faut pas rêver, il traite exclusivement des choses extérieures, le ministre de l’Intérieur. Et notamment des gens à jeter à l’extérieur du pays, parce que chacun chez soi, paraît que c’est la moindre des choses, même pour ceux qu’en ont pas. Et le ministre de l’Economie, paraît qu’il fait surtout des dépenses. Mon père dit que les titres qu’on leur donne, c’est surtout pour tromper l’ennemi, et apparemment, l’ennemi, c’est nous."

Venise n'est pas en Italie, p. 173

27/11/2014

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman

"Les mauvaises semaines étaient qualifiées de mauvaises par maman, mais pour moi elles valaient bien l’absence de confiture dans les sandwichs et de crème Angel Delight. Elles valaient même les silences de maman qui me faisaient mal au ventre : parce que, les semaines de pluie, j’allais à la bibliothèque.

Je courrais m’assoir sur une petite chaise en plastique et je sentais l’atmosphère chaude et immobile entrer en moi, ralentir mon cœur qui cognait dans ma poitrine. L’odeur des boutiques de livres d’occasion se glissait alors dans mes narines, pour s’enrouler douillettement à l’intérieur de mon ventre. Quand j’ouvrais les livres, et je pouvais en ouvrir autant que je le voulais parce que ça ne nous coûtait rien, les images s’étalaient devant mes yeux comme de l’huile sur de l’eau, et les lettres dansantes s’installaient sur ma langue avec le goût et l’odeur de bonbons à la réglisse. Pendant que maman se mordait les lèvres, arrachait les petites peaux de ses ongles et lisait de vieux magazines, je découvrais à quel point les histoires me donnaient un sentiment de sécurité."

bibliothèqueExtrait de "Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman", de Kerry Hudson (éd P. Rey, 2014). p. 130

Où la petite Janie Ryan remonte à ses premiers jours pour raconter dans une langue originale et crue sa jeunesse écossaise dans le dénuement, de foyer minable en HLM de la zone, avec une mère dépassée mais pleine de mordant.

23/09/2009

Moi je suis une lectrice compulsive

Pour tous ceux qui, à toute heure du jour (ou de la nuit) peuvent s’absorber totalement dans un livre : voici un extrait du Club des Incorrigibles Optimistes, de Jean-Michel GUENASSIA :

 

Moi, j’étais un lecteur compulsif. Ça compensait le reste de la famille. Le matin, quand j’allumais la lumière, j’attrapais mon livre et ne le quittais plus. Ça énervait ma mère de me voir le nez fourré dans mon bouquin.

 

-         Tu n’as rien d’autre à faire ?

 

Elle ne supportait pas de me parler et que je ne l’écoute pas. A plusieurs reprises elle m’avait arraché le livre des mains pour m’obliger à lui répondre. Elle avait renoncé à m’appeler pour le dîner et avait trouvé une solution efficace. Depuis la cuisine elle coupait l’électricité dans ma chambre. J’étais obligé de les rejoindre. Je lisais à table, ce qui horripilait mon père. Je lisais en me lavant les dents et aux toilettes. Ils tambourinaient à la porte pour que je cède la place. Je lisais en marchant. Il me fallait quinze minutes pour aller au lycée. C’était un quart d’heure de lecture qui s’étirait en une demi-heure ou plus. J’intégrais ce supplément et partais plus tôt. J’arrivais souvent en retard et me ramassais des colles à la pelle…

 

Aline

lectrice compulsive