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15/01/2016

L'avocat aux pieds nus

chine,droits de l'homme

 

L'avocat aux pieds nus

Chen Guangcheng

Editions Globe, 2015, 24.50 €

 

C'est un témoignage fort que nous livre l'auteur.

Fils de paysans pauvres de la province du Shandong dans l’est de la Chine, Chen Guangcheng est l'un des dissidents chinois les plus connus.

Il naît en pleine Révolution culturelle en 1971 et devient aveugle à l’âge de 5 mois suite à une maladie non soignée, faute d'argent.

Du fait de son handicap il n'est pas accepté à l'école. Il réussit cependant, à l'âge de 18 ans, à accéder à un établissement pour aveugles qui forme uniquement à des professions para médicales Très tôt il prend conscience de la non reconnaissance des personnes handicapées et du non-respect des lois dans de nombreux domaines. Ne pouvant suivre des études de droit comme il le souhaite, il se forme sur le tas pour défendre les droits bafoués de ses concitoyens.

Il se fait essentiellement connaître des médias internationaux en 2005 par sa dénonciation des abus provoqués par la politique de l’enfant unique et il est invité aux Etats-Unis pour les exposer. Les problèmes qu’il avait déjà avec les autorités vont s'intensifier car si cette renommée en fait un héros pour de nombreux Chinois, elle le place au rang des ennemis du Parti. Il est condamné en 2006 à quatre ans de prison ; il est ensuite assigné à résidence surveillée dans son village. Il n'a aucun droit et ne peut recevoir aucune visite. Au bout de deux ans il ne supporte plus ce régime ; il s’évade et parvient à rejoindre Pékin où il trouve refuge dans l’ambassade américaine. Il obtient, non sans mal, le droit de s'exiler aux Etats-Unis avec sa famille où il poursuit son combat pour une Chine plus respectueuse des droits de l’homme.

Il dénonce dans son livre avec courage les dérives de la société chinoise et notamment la corruption omniprésente et les abus incessants pratiqués par ceux qui détiennent un pouvoir, même minime. Vexations, humiliations, répression sont le lot quotidien des défenseurs des droits.

Son parcours force l'admiration et donne espoir dans l'homme.

Annie

14/01/2016

L'école des vers à soie

auteurs chinoisL'école des vers à soie

HUANG Beijia

Picquier jeunesse, 2000

Traduit du chinois Wo yao zuo ge hao hai zi par Patricia Batto et Gao Tian Hua

Roman à destination de la jeunesse il conviendra aussi aux adultes. L’histoire est linéaire et l’on suit la progression des personnages, néanmoins chaque chapitre peut être lu comme une petite histoire dans la grande.

Ling Jin est une petite fille rondelette et très moyenne en classe au grand désarroi de ses parents (surtout de sa mère). En Chine la loi est dure : il faut être bon en mathématiques pour réussir dans la vie. Malheureusement Ling Jin atteint juste la moyenne. Pourtant son esprit est vif et ses interrogations perpétuelles et insolites font ressortir les contradictions du monde adulte dans une société très hiérarchisée. Huang Beijia nous donne aussi ici une vision du système éducatif chinois qui pousse les enfants à la compétition et à avoir de très bon résultats en travaillant dur pour pouvoir choisir la « bonne école ». La maman de Ling Jin, dans cette veine, cherchera à trouver toute les solutions pour améliorer les résultats scolaires de sa fille jusqu’à aller lui faire faire un régime car la graisse « confit le cerveau et empêche les neurones de bien fonctionner ». Elle subit une pression permanente de sa mère, jusqu’à créer un véritable conflit de génération. Heureusement, elle pourra s’échapper et trouver son bol d’air en s’occupant d’une colonie de vers à soie.

Céline

03/01/2016

Le Sorgho rouge

auteurs chinoisLe sorgho rouge
Ya Ding
Stock, 1987

Il s'agit du premier roman de Ya Ding, traducteur d’auteurs classiques français en chinois. Ce récit, écrit directement en français, s'inspire de l'expérience de l'auteur.

En Chine, à la fin des années 1950, Liang, garçon de 9 ans, emménage à la campagne avec sa famille : son père, cadre du Parti communiste chinois, a été envoyé comme « préfet » dans un village reculé pour y propager la révolution communiste. Le village est assez arriéré et pauvre, mais ils s’y font leur place, sa mère travaille comme institutrice, sa petite sœur Ling est gardée par "grand-mère" Song, et Liang se fait un véritable ami. Quant au père, il travaille jour et nuit à construire des puits et des digues, afin d’améliorer les récoltes, pour la gloire de la révolution.
Dans un deuxième temps commence la révolution culturelle. Le jeune Liang, embrigadé, rêve de devenir un révolutionnaire communiste parfait, apprend son petit livre rouge par cœur, grimpe au clocher de l’église pour détruire les symboles religieux, et fait la chasse aux objets et coutumes traditionnels,… Cheveux longs, pantalons étroit et jouets sont proscrits !
Mais les parents de Liang à leur tour sont critiqués, sa mère pour avoir eu un ancêtre condamné par Staline, son père pour avoir fait le jeu des bourgeois en permettant l’enrichissement (tout relatif !) des paysans !!!

C'est sans doute l'un des premiers témoignages sur la révolution culturelle qui nous soit parvenu. J'ai beaucoup aimé le regard sans jugement, mais teinté d'incompréhension, que ce jeune garçon (et sa petite soeur) pose sur les traditions chinoises, puis sur la révolution culturelle qui tente de les éradiquer. A chaque "tournant", l'enfant est prêt à adhérer avec enthousiasme et une certaine naïveté, pour peu que les adultes lui en laissent l'opportunité... et sa désillusion en est d'autant plus amère.

Aline

La joueuse de Go

auteurs chinoisLa joueuse de go
SHAN SA
B. Grasset, 2001, Goncourt des lycéens

Début des années 1930 en Mandchourie. Le roman utilise la narration alternée entre les deux personnages principaux, dévoilant peu à peu leur personnalité, leur relation complexe et ce qui se joue autour d'eux :
D’un côté un combattant japonais envoyé en Mandchourie pour défendre l’empire contre les «terroristes » rebelles chinois. Brave et fier héritier des samouraïs, il a été élevé à la dure, préparé mourir pour la « grandeur éternelle du Japon ». Pour autant, il a connu la tendresse d’une nourrice d’origine chinoise, et une part de lui aime profondément la Chine.

De l’autre côté, une jeune fille éduquée de la ville Mandchoue des Mille Vents, qui dès quatre ans servait de partenaire à son cousin Lu, joueur exceptionnel. Elle brûle de vivre une vie libre et indépendante, et refuse de se laisser imposer une vie monotone sacrifiée à un époux.
« Je saurai maîtriser mon destin et me rendre heureuse. Le bonheur est un combat d’encerclement, un jeu de go. »

Place des Mille Vents, tous deux trouvent un répit et un équilibre devant la beauté du jeu de go. Le choc des pions, leur position sur le damier, les mouvements et les tactiques trahissent les pensées et les humeurs des joueurs. Elle joue avec audace et imagination, lui avec élégance et harmonie. Chacun fasciné par le jeu de l’autre, ils se donnent rendez-vous tous les jours autour du damier.

Très beau récit tout en retenue, dans un cadre et une époque peu connus.

Aline

23/12/2015

Le totem du loup

auteurs chinoisLe totem du loup

Jiang Rong

Bourin éd, 2008 (paru en Chine en 2004)

Un étudiant chinois, Chen Zhen, est envoyé chez les peuples nomades de Mongolie en 1967 alors que c’est encore la révolution culturelle en Chine. La vie est rude dans la steppe et les nomades et les loups se partagent les territoires en bonne entente : parfois les loups attaquent les troupeaux de moutons mais ils déciment aussi les troupeaux de gazelles qui détruisent les pâturages.

On oppose la liberté et la créativité de l’esprit des loups (les mongols) à la passivité et la peur de celui des moutons (les Hans… les Chinois). Les mongols ont fait du loup leur totem alors que les Han ont une peur viscérale du loup. Les Mongols donnent leurs morts en pâture aux loups qui les emmènent vers Tengger le ciel éternel.

Chen Zen, le jeune instruit, ira même jusqu’à capturer un louveteau pour essayer de mieux le comprendre.

Mais l’équilibre est menacé : pour vaincre la famine, l’état demande de produire plus de viande donc d’avoir plus de troupeaux qui vont épuiser la steppe. Il faut aussi exterminer les loups qui sont un danger pour les troupeaux et ils ne joueront plus leurs rôles de régulateur : les gazelles, les rats et les marmottes pulluleront. Les mongols ne se déplaceront plus à cheval mais à moto car il n’y aura plus assez de pâturages.

Ce livre est une fable écologique bien d’actualité. Le Progrès peut causer la perte de l’humanité en détruisant les richesses naturelles. Même s’il n’y a pas vraiment d’intrigue et malgré des redites et des scènes très violentes, ce livre est très intéressant.

Le totem du loup est un récit partiellement autobiographique écrit par Lü Jiamin sous le pseudonyme de Jiang Rong en 2004. L’auteur a vécu pendant 10 ans en Mongolie. En 2007, le livre a reçu le prix Man de littérature asiatique mais l’auteur n’a pas eu l’autorisation d’aller chercher son prix à Hong Kong. Jean Jacques Annaud en a tiré le film « le dernier loup ».

Bibliothèque LATULU, Chassagny