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27/11/2014

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman

"Les mauvaises semaines étaient qualifiées de mauvaises par maman, mais pour moi elles valaient bien l’absence de confiture dans les sandwichs et de crème Angel Delight. Elles valaient même les silences de maman qui me faisaient mal au ventre : parce que, les semaines de pluie, j’allais à la bibliothèque.

Je courrais m’assoir sur une petite chaise en plastique et je sentais l’atmosphère chaude et immobile entrer en moi, ralentir mon cœur qui cognait dans ma poitrine. L’odeur des boutiques de livres d’occasion se glissait alors dans mes narines, pour s’enrouler douillettement à l’intérieur de mon ventre. Quand j’ouvrais les livres, et je pouvais en ouvrir autant que je le voulais parce que ça ne nous coûtait rien, les images s’étalaient devant mes yeux comme de l’huile sur de l’eau, et les lettres dansantes s’installaient sur ma langue avec le goût et l’odeur de bonbons à la réglisse. Pendant que maman se mordait les lèvres, arrachait les petites peaux de ses ongles et lisait de vieux magazines, je découvrais à quel point les histoires me donnaient un sentiment de sécurité."

bibliothèqueExtrait de "Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman", de Kerry Hudson (éd P. Rey, 2014). p. 130

Où la petite Janie Ryan remonte à ses premiers jours pour raconter dans une langue originale et crue sa jeunesse écossaise dans le dénuement, de foyer minable en HLM de la zone, avec une mère dépassée mais pleine de mordant.

29/08/2012

Holden, mon frère

Holden, mon frère

Fanny Chiarello

Ecole des Loisirs (Medium), juin 2012

 

Un gamin des banlieues, dehors toute la journée pendant les vacances d’hiver, franchit la porte de la bibliothèque, car la bibliothèque c’est le seul endroit chauffé où il ne faut rien payer, du moins dans mon quartier. Tout surpris de passer la douane sans se faire démasquer  comme un imposteur, il récolte même un sourire du préposé à l’accueil !

 

Kevin est confronté à un monde à l’opposé du sien : chez lui on pratique des activités viriles ou on regarde la télé ; ouvrir un livre, c’est snob”, et ”les durs à cuire du collège appellent binoclards tous les gens qui lisent autre chose que les revues cochonnes de leur père”. Grâce à une mamie-samouraï  au fort tempérament, il apprend à cohabiter avec Laura la fayotte de sa classe (qu’on croirait inspirée de la Léonnie Gratin de l’élève Ducobu)  et apprivoise les livres. Sa première découverte est L’Attrape-cœur (de Salinger) où il s’identifie au personnage principal, Holden.

 

Voilà un récit gratifiant pour les bibliothécaires et autres amoureux des livres ! Le personnage principal, avec ses contradictions, est émouvant, et le lecteur se régale de le voir s’ouvrir aux autres et s’affirmer. Les autres personnages sont assez caricaturaux… quoique la fin du livre laisse supposer qu’ils sont en fait plus nuancés que n’était capable de le percevoir le narrateur.

 

Recommandé par Adèle, de la librairie Murmure des Mots, et elle a bien raison ! Aline