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12/09/2016

Big easy

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Big easy

Ruta Sepetys

Gallimard jeunesse, 2016, 454 p., 8.15

Traduit de l'anglais par Bee Formentelli

 

Josie, dit "Jo", est née en 1933 à la Nouvelle-Orléans. A 16 ans elle partage son temps entre femme de ménage dans une maison close où "exerce" sa mère et libraire dans la boutique de son ami Patrick. Nous sommes plongés dans les années 50 au milieu du quartier français où mafia, affaires louches et gens sans avenir se succèdent. Mais Josie veut plus que cela, son rêve est d'intégrer la prestigieuse université de Smith dans le nord du pays. Mais sa condition, son niveau de vie et ses petits moyens ne lui permettront peut-être pas d’atteindre son rêve. Surtout que sa mère disparaît en lui laissant une dette de 5 000 dollars.

Roman à la fois plein d'espoir et sombre, réflexion sur la condition des femmes en 1950 aux USA et sur l'héritage familial : on nait fille de famille riche, on a accès à l'éducation et à la culture ; on nait dans une famille pauvre, l'accès aux écoles devient difficile voire impossible, aucune autre issue que le petit travail (voire la prostitution); Josie va se battre contre cette fatalité.

En parallèle se mélangent les histoires d'amitié, d'amour, de confiance et d'entraide, porteuses de belles valeurs. Les personnages secondaires sont bien travaillés, on tombe sous le charme de l'homme à tout faire de la maison close d'une gentillesse inégalable, on s'étonne de la tenancière très protectrice et "seconde maman", on virevolte au rythme de la journées des "filles" toutes plus originales les unes que les autres et on fait balancer notre cœur entre le chauffeur de taxi baroudeur, Jesse, et le libraire, Patrick.

On adopte ce petit monde qui gravite autour de Josie. On s'attache et on est triste quand il est déjà l'heure de tourner la dernière page ...

Céline

30/09/2015

L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir

mort,amour,condition féminine

 

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir

Rosa MONTERO

Métailié, 2015

 

Cédant à ce qui semble être une mode parmi les écrivains actuels, Rosa Montero prend comme point de départ la biographie de personnes célèbres – ici celle de Marie Curie, scientifique dont la vie aux côtés de son mari Pierre a fait l’objet de nombreux écrits et documentaires filmés .

Le tout est bien écrit, bien documenté, repose sur des faits avérés, des biographies attestées, des écrits de Marie Curie à partir desquels l’auteur  "brode".

Et c’est la broderie que je trouve gênante !!! Je trouve qu’elle donne un livre "fourre-tout" à la construction baroque (au sens artistique du terme !) avec des extraits intéressants de tranches de vie des deux scientifiques interrompus par des digressions en tous genres, notamment sur la difficulté d’être femme dans un univers machiste, sur la douleur ineffable liée à la perte de l’être aimé et sur le deuil (Pierre meurt avant Marie). L’auteur nous inflige des confidences intimes sur ses propres réactions  face à la mort de son compagnon à partir desquelles elle se livre à des généralisations sur la mort, nécessairement superficielles. On trouve aussi pêle-mêle des réflexions sur ce qu’est la normalité,  sur les coïncidences dans la vie, sur ce qu’aimer signifie pour un homme et pour une femme, sur la relation entre littérature et  Mal, littérature et beauté, fiction et réalité, liberté de l’écrivain, faiblesse des hommes, la mort de nos jours, etc. etc.  tous ces thèmes n’étant bien sûr qu’ effleurés. Enfin, l’emploi des #Hashtags, totalement artificiel, m’a exaspérée !

Il s’agit ici pour moi d’un livre exutoire  qui illustre un autre phénomène de mode à l’œuvre dans les publications récentes : l’acte d’écrire pour l’auteur qui ne se dissimule plus derrière un narrateur constitue une thérapie ; le lecteur assiste à un déballage de sentiments auquel il manque la distanciation d’une Delphine de Vigan lorsqu’elle s’interroge sur la relation entre réalité et fiction.  Sans toutes ses digressions, le livre m’aurait semblé beaucoup plus intéressant et même très recommandable !!!

Ginette

20/04/2015

Miniaturiste

Miniaturiste.gifMiniaturiste

Jessie BURTON

Gallimard (Du monde entier), mars 2015, 504 p., 22.90€

Traduit de l'anglais The Miniaturist par Dominique Letellier.

1686, Amsterdam, capitale du négoce. Nella Oortman se présente dans sa future maison. Un mois plus tôt, elle s’est mariée dans sa ville natale d’Assendelft avec Johannes Brandt, riche marchand, qu’elle vient rejoindre, impatiente de commencer leur vie commune. Mais rien ne se passe comme espéré : elle est délaissée par son époux, accaparé par ses affaires, et reçue froidement par Marin, l’ascétique sœur de celui-ci, habituée à régenter la maisonnée.

Pourtant, pour lui faire plaisir, Johannes offre à Nella un splendide cadeau de mariage, une reproduction miniature, fabriquée à l’identique de leur maison. Et des billets à ordre de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, pour meubler ce cabinet à son idée. Or dès la première livraison du miniaturiste à Nella, les méticuleuses réalisations semblent impliquer que l’artisan connaît –plus que Nella- la vie et les secrets de la famille Brandt.

L’auteur dresse avant tout le portrait d’une ville marchande hostile, où tout acte est jugé par les pairs, en l’occurrence de riches marchands hypocrites, qui professent l’austérité protestante et se damneraient pour quelques florins. Comme l’exprime la pragmatique servante Cornélia "Il arrive que les florins soient plus efficaces que les prières". Les guildes semblent partager un pouvoir abusif, aux lois rigoureuses, avec une religion protestante intransigeante.  En raison peut-être de la situation toujours précaire des Hollandais, dont l’opulence est toujours menacée par la mer, qui peut tout reprendre…

Dans cet environnement, il est difficile –en particulier aux femmes- de se réaliser, et la quête de la liberté peut coûter cher. Et pourtant, la leçon mûrie par Nella est que "toute femme est l’architecte de son propre destin".

Attirée par la belle jaquette de couverture, j'attendais avec délices de me plonger dans ce roman, vanté comme un nouveau "Jeune fille à la perle" (Tracy Chevalier). Certes, il se lit avec grand plaisir. Le décor du roman est tissé avec habileté, et le récit bien mené. Le lecteur, en suspens, est avide de connaître les secrets de la famille Brandt, et en découvre jusqu’à l’extrême fin du livre. Et je ne peux que souscrire à la conclusion du livre. Cependant je ferais le reproche que l’évolution des personnages principaux, peu nuancée, manque un peu de vraisemblance. Le passage de l'indifférence à l'amour et au respect, ou de l'amour à la trahison, est un peu rapide. Qu'en dites-vous ?

Aline

08/02/2015

Amours

roman,condition féminineAmours

Léonor de Récondo

S. Wespieser, 2015, 276 p., 21 €

1908, dans une petite ville du Cher, le quotidien lisse et respectable du notaire Anselme de Boisvaillant et de sa femme Victoire est un peu assombri par l’absence de descendance. Victoire ressasse son ennui, Anselme s'inquiète d'un possible secret de famille. Pour autant, dans leur maison bourgeoise, "Chacun restait à sa place, jouant son rôle à la perfection… Anselme à son étude, Victoire à ses pensées, les domestiques à leurs obligations."

Désirs et amours se croisent, pas toujours au bon endroit ou là où on les attend : amour charnel ou amour forcé, acceptation ou rejet de son corps, amour maternel… ou pas ! Jusqu’à la naissance « du mauvais côté du lit » du petit Adrien, qui vient remuer les espoirs et les sentiments.  

Léonor de Récondo évoque, d’un point de vue féminin, la condition féminine et la place infime laissée aux domestiques, à qui on ne demande pas leur avis même pour les décisions qui les concernent au plus près.

"Si [Céleste] avait eu le choix –mais ce mot n’existe ni dans sa condition, ni dans son vocabulaire- elle aurait dit : Non ! Elle l’aurait même hurlé". Au lieu de quoi, elle suit bravement le conseil d’Huguette "Garde la tête haute, c’est tout ce que nous pouvons faire, nous autres ! Garder la tête haute pour faire croire qu’on n’a pas honte."

Un instant, les barrières sociales et les convenances semblent sur le point d’être bousculées, mais elles ont la vie dure !

La trame du récit réserve quelques surprises originales, le sujet en est émouvant -voire mélodramatique-,  mais je les ai trouvés mal accordés à une langue lisse et poétique, qui tient la réalité à distance. Ce pourrait être du roman réaliste, c’est de la broderie à petits points… Je l'aurais voulu âpre, il est mélancolique.

Aline