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28/01/2019

Le labyrinthe des esprits

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Carlos Ruiz Zafon

Actes Sud (Lettres hispaniques), 2018, 840 p., 27€

Ce 4e tome clôt le cycle du « Cimetière des livres oubliés » commencé en 2001 avec « L’ombre du vent ». Chacun peut se lire indépendamment des autres. Si vous n’avez pas lu les précédents, celui-ci vous incitera sans doute à les découvrir.

Une intrigue politique et policière dans une Espagne dominée par le franquisme avec des personnages cyniques, violents, des trafics sordides, des destins brisés, des drames et des vengeances. On plonge dans les années noires de la dictature.

Barcelone  mars 1938 : La ville est  sous le feu incessant des bombardements de l’armée de Mussolini. Alicia, petite fille dont les parents ont été arrêtés, et probablement tués par le régime, est sauvée par Firmin qui, blessé, doit  l’abandonner.  Elle-même est également gravement blessée à la hanche ; elle doit supporter son handicap douloureux et acquiert un instinct de survie hors du commun.

Elle devient une femme torturée par le passé et en perpétuelle souffrance des séquelles de ses blessures. Elle est enrôlée dans les services secrets de la police politique. Son intelligence, sa beauté, son ironie féroce en font un agent redoutable. Alicia a cessé d’exister autrement que par le masque, Habile à se dissimuler et à changer d’apparence, elle s’est perdue elle-même ; n’être personne est plus simple et moins dangereux en ces temps crépusculaires où l’on enferme, torture et assassine sur un simple signe de tête.

Son mentor, Leandro, la charge d’enquêter discrètement sur la disparition mystérieuse et embarrassante  du  ministre de l’éducation et de la culture, Mauricio Valls. Un livre fantastique pour enfants "Le labyrinthe des esprits", semble avoir déclenché chez Valls, une véritable panique. Est-il en fuite? A-t-il été enlevé? Et quel lien ce roman publié au tout début de la dictature peut-il avoir avec les caciques du régime?

Alicia va plonger dans l’histoire la plus sombre de Barcelone, celle où les opposants politiques, les artistes, les auteurs de génie sont enfermés dans des cachots. Les mensonges, les trahisons, les disparitions et la propagande sont alors monnaie courante.

De son côté Firmin, 20 ans après sa rencontre avec Alicia continue à se sentir coupable de n’avoir pas su protéger l’enfant. L’enquête va les mettre sur le même chemin et sur celui de la famille Sempere, libraires barcelonais dont l’existence est toujours marquée par la dictature. Daniel Sempere est hanté par le souvenir de sa mère Isabella, disparue, assassinée sans doute,  alors qu’il avait 5 ans. Il n’aura de repos qu’en sachant la vérité. Soutenu par son ami et complice Firmin, il tente de retirer les nappes d’oubli qui se sont posées sur sa mémoire et sur son cœur.

Carlos Ruiz Zafon nous livre, dans une écriture maîtrisée et agréable, un récit dense et passionnant. Un roman ténébreux où les forces du mal sont nombreuses et où les livres oubliés renferment de nombreux secrets, une intrigue remarquable qui tient le lecteur en haleine, une Barcelone belle et maléfique.

Alicia, héroïne forte et fragile, démêlera peu à peu les fils d’une intrigue  aux nombreux rebondissements dont la cohérence se découvre peu à peu. ’humour et les réparties de Firmin, philosophe cynique et désabusé, apportent des moments de détente dans cet univers impitoyable.

La littérature joue aussi un rôle important : faux écrivains et romans à clefs, autobiographies truquées, nègres inavoués, écriture interdite, littérature où tout est possible, où tout s’entrechoque, l’imaginaire avec le réel, le possible et l’impossible. C’est un hommage au monde du livre, aux auteurs et aux libraires.

Annie P.

13/07/2015

La grande embrouille

roman policier, EspagneLa grande embrouille

Eduardo MENDOZA

Seuil, 2013, 21 €

Traduit de l’espagnol El enredo de la bolsa y a vida par François Maspero

 

Le narrateur, détective anonyme sans le sou, reconverti en coiffeur pour dames sans clientes, reprend du service : son ancien codétenu du centre pénitentiaire pour délinquants souffrant de troubles mentaux, le beau Romulo, file un mauvais coton. Romulo, qui préparait un dernier « coup juteux »  avant de prendre sa retraite au Brésil, a disparu. Or tous ses « coups » ont toujours foiré dans les grandes largeurs pour des « détails mineurs » assez comiques !

Notre détective enquête à la demande de Marie-Gladys, alias « Bout-de-Fromage », mobilisant toute une équipe de bras-cassés, laissés pour compte de Barcelone : l’aristo, statue vivante de la reine Eleonor du Portugal dans les Ramblas, une joueuse d’accordéon, un livreur de pizzas… et le vieux chinois du bazar oriental « la Bamba »…

L’enquête n’est pas haletante, mais tout le plaisir réside dans l’écriture dynamique,  les personnages déjantés réunis dans un bel élan de solidarité, et la présentation pleine de dérision de l’Espagne en crise. A la fois lucide sur ceux qui l’entourent et idéaliste, notre détective est très attachant.

Une citation du vieux chinois, qui fait rire jaune :

"L’Europe a voulu cesser d’être un tas de provinces en guerre et se transformer en grand empire. Elle a changé monnaie nationale contre euro, et ça a été début décadence et ruine. Occidentaux sont mauvais mathématiciens. Bons juristes, bons philosophes, mentalité logique. Mais chiffres ne sont pas logiques. Logique est soumise à critères moraux : bien, mal. En revanche chiffres sont seulement chiffres. Aujourd’hui Européens ne savent pas combien ils ont en banque, ni combien valent les choses. Ils dépensent à tort et à travers, ils se mettent dans pétrin et demandent crédit à Caixa. Notre philosophie et nos lois n’ont ni queue ni tête. Seuls mandarins comprenaient lois et il ne reste plus de mandarins. Mais chiffres sont notre spécialité, peut-être parc e-que nous sommes nombreux."