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12/06/2020

Mésamour

Deux romans sur l'amour maternel qui dérape.

 

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Séverine VIDAL

Sarbacane (Exprim’), 2019, 234 p., 16€

 

Quand une mère n’aime qu’elle-même...

C’est l’histoire de Pénélope, étouffée et rabaissée à la moindre occasion par sa mère. "Irène était tout ça à la fois : une mère tirée à quatre épingles, classe et élégante, la séductrice en chef, et celle des mauvais jours, qui se laisse franchement aller, abrupte et rêche. Difficile pour une petite fille de vivre à côté d’une mère pareille, de grandir dans son ombre... C’est pourtant comme ça que le concevait Pénélope : une petite vie, recroquevillée dans l’ombre de la pieuvre. Irène passait d’une minute à l’autre du sourire à la grimace, du mot tendre à la vacherie cinglante.  Une pieuvre, à cheval sur deux pôles, voilà ce qu’était sa mère." 

Comment s’étonner alors, qu’avec toutes les manœuvres de la belle, la terrifiante Irène, elle ait pensé agir pour le bien de son bébé en l’abandonnant à la naissance ? C’est aussi l’histoire de Romane, heureuse dans sa famille d’adoption, qui ressent pourtant le manque de sa « fausse maman ». Romane qui ne sait si elle doit la rencontrer ou la rejeter...

Un roman direct, pour grands ados ou adultes, sur les relations mère-fille, parfois destructrices, parfois lumineuses.

 

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Dalie FARAH

Grasset, 2019, 218 p., 18€

 

Quand une mère aime avec violence...

Ici aussi, trois générations de femmes, et beaucoup de violence, physique cette fois. Djemaa, ou Vendredi, jolie petite fille agitée, une vraie chèvre sauvage, a grandi dans un village au pied des Aurès sous les coups de sa mère qui ne comprenait pas son besoin de liberté. A son tour, Vendredi, mariée de force à un homme de vingt ans son aîné et exilée en France, développe une relation d’amour-haine avec sa fille.

Impasse Verlaine, c’est l’endroit où grandit la fille de Vendredi, entre la serpillère et la cuisine, dans une cité de Clermont-Ferrand où ses parents  Algériens ont trouvé du travail. La narratrice s'interroge sur l'origine des violences de sa mère, à qui elle sert de servante familiale et de souffre-douleur. Lieu d’instruction approuvé par Vendredi (frustrée par son illettrisme), l'école la sauve. C'est là qu'elle trouve une forme de paix et découvre la littérature. En toile de fond, l'auteur évoque sans concession un certain milieu populaire où une petite fille peut subir des violences sans que personne ne lui vienne en aide.

Prix des lycéens et apprentis 2020.

Aline

05/04/2020

Une photo de vacances

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Jo WITEK 

Couverture Olivier Tallec

Actes Sud junior, 2020, 168 p., 14€

 

Eugénie, dite Mowgli, est la fille du milieu dans une famille sympathique.  Coincée entre bébé Juliette avec qui tout est facile, et Adèle 14 ans, c’est toujours elle qui se montre arrangeante. Petite sauvageonne, rêveuse et pleine d’imagination (son futur métier = éthologue, comme Jane Goodall), elle a vraiment du mal à supporter le comportement ridicule et parfois mesquin de son adolescente de sœur.

Chez les Manzatti, on n'est pas bien riche, mais on se débrouille pour partir à l’économie 2 semaines par an, et on a bien l'intention de profiter de chaque journée ! Et pourtant, ces vacances, Mowgli ne se reconnaît plus, ses émotions se bousculent pour un rien...

Délicate sortie de l’enfance, avec ses petits chamboulements, dans un milieu affectueux et rassurant. La tonalité est plutôt humoristique, mais  assez lente et descriptive pour cette jolie chronique familiale, affectueuse et nostalgique. Encore une réussite de Jo Witek, alors.. « Avanti, les Manzatti ! »

Grandir, vacances en famille, nostalgie, premiers émois - à partir de 10 ans.

Du même auteur, lire aussi en jeunesse : Y a pas de héros dans ma famille!, la série des Mentine et Ma vie en chantier. Plutôt pour ados : Premier arrêt avant l'avenir, Mauv@ise connexion, Trop tôt... Et en polar : Peur express, Rêves en noir... Que du bon !

25/11/2019

Petit fils débrouillard pour grand-père râleur

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Ulf STARK, ill. Kitty CROWTHER

EDL (Pastel), septembre 2019, 139 p., 14.50€

Traduit du suédois Rymlingarna par Alain Gnaedig

 

Gottfrid adore son grand-père –grincheux et haut en couleurs- et lui rend souvent visite à l’hôpital. Avec la complicité du boulanger-mécanicien, Gottfrid  lui organise même une dernière escapade jusqu’à la « maison sur la falaise », où il a vécu avec Grand-mère. L’occasion de raviver les souvenirs heureux en dégustant le dernier pot de confiture d’airelles cuisiné avec amour par sa femme.

En bout de course, le grand-père  réfléchit à l’au-delà et espère ardemment y retrouver la compagne de sa vie. Il regrette de n’avoir pas su trouver les mots pour lui exprimer son amour, et voudrait s’amender  –au cas où il la retrouverait au paradis. Là encore, c’est le petit-fils qui intervient, et pique le dictionnaire de son père pour en partager les jolis mots avec le vieillard.

Récit très touchant, évocateur, facile à lire et souvent drôle malgré les sentiments abordés. Le garçon  comprend que son grand-père exprime sa colère, et que le vieillard et son fils (le père, dentiste posé et raisonnable) s’entendent mal parce qu’ils sont trop différents. On ignore bien sûr ce qui attend le grand-père après sa mort, mais cette fugue et ses efforts pour dépasser son mauvais caractère et sa colère lui permettront au moins de faire la paix avec son fils.

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Les illustrations aux crayons de couleurs, réalisées par Kitty Crowther, rehaussent le roman de leur dessin naïf, présentant un grand-père grincheux à souhait, un père soucieux... et de beaux  paysages scandinaves qui font eux aussi partie du récit. Le tout est servi sur un papier de qualité, bien relié. Bel écrin pour une histoire tendre et attachante, au goût de confiture d’airelles, dernier lien entre le grand-père et sa femme.

 « Ta grand-mère a cueilli les airelles, elle les a lavées, elle les a fait cuire, elle a ajouté juste le sucre qu’il fallait pour que ça ne soit ni trop amer ni trop sucré, elle a remué la confiture et elle l’a versée dans ce pot. Elle a pris son temps pour le faire. Elle a donné de son temps, elle y a réfléchi. Il y a une part d’elle-même dans ce pot. »

Thèmes : fin de vie, deuil, relation grand-père/petit-fils, relation père/fils – à partir de 10 ans

Aline

04/09/2019

Rentrée littéraire septembre 2019 (encore)

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Les fillettes

Clarisse GOROKHOFF

Editions des Equateurs, 2019, 18€

 

Portrait de l’amour inconditionnel reliant trois filles et leur mère,  malgré ses fêlures et ses défaillances. Rebecca parfois est une maman extraordinaire, belle, fantaisiste, et décalée, capable de transformer une journée en fête. Mais d’autres fois, elle est incapable de se lever le matin pour s'occuper de ses filles, et ne fait que repousser le moment où elle cédera à la tentation de la chimie pour combler sa "peur permanente et infondée".

Ce roman, condensé en une journée représentative, fait se succéder les voix des cinq membres de la famille. Mari et père aimant, Anton le conjoint reste un peu périphérique, tandis que la mère étale son mal-être et que chaque fillette -par les petits riens de son existence- exprime ses attentes, ses espérances… et son inquiétude latente.  "Mais trois fillettes peuvent-elles sauver une femme ? Avec des cris, des rires, des larmes, peut-on pulvériser les démons d’une mère ?"

J’ai aimé les caractères et les voix prêtés aux enfants. La petite Ninon, 13 mois, toute en séduction  "comme tous les bébés, fait depuis sa naissance des efforts colossaux pour qu’on s’intéresse à elle, qu’on pense à la maintenir en vie, qu’on n’oublie pas de la nourrir, de la changer, de la bercer… Entre zéro et trois ans, l’enjeu est vital, il faut séduire les grands, à commencer par ses parents, pour ne pas mourir." Laurette, la rêveuse, l’imaginative, énurétique depuis quelques temps, se demande "pourquoi tout est si moche à l’école ?... Elle sait que la laideur rend triste : la tristesse peut tuer. C’est sa maman qui l’a dit…" Et enfin Justine, au CP, qui fait souvent les courses à la place de sa mère et va lui acheter ses cigarettes, "sa béquille, son phare, son rempart".

Très beau prologue aussi : « L’enfance est une atmosphère. Décor impalpable et mouvant, mélange d’odeurs et de lumières. Les silhouettes qui l’habitent sont fuyantes, et finisse par s’envoler. Sa mélodie est apaisante, la seconde d’après elle se met à grincer. Agonie à l’envers, épopée ordinaire, c’est le début de tout ; une fin en soi. L’enfance est irréparable. Voilà pourquoi, à peine advenue, nous la poussons gentiment dans les abîmes de l’oubli. Mais elle nous court après –petit chien fébrile- et nous poursuit jusqu’à la tombe. Comment peut-on en garder si peu de souvenirs quand elle s’acharne à laisser tant de traces ? »

J'ai été un peu frustrée par une sensation de "déjà lu", après le roman de Delphine de Vigan Rien ne s’oppose à la nuit.  Pour autant j’en ai apprécié la justesse. L’auteur, née en 1989, se consacre à la philosophie et à l’écriture. Dans une interview accordée à LoupBouquin, elle évoque les personnages féminins de ses deux livres précédents, Ophélie (De la bombe) et Ava (Casse-gueule)  présentent de nombreux points communs avec Rebecca, dont « leur perplexité existentielle, leur refus des conventions sociales, leur désir absolu de liberté et leur quête de sentiments authentiques et intenses. »

Aline

01/11/2018

Là où les chiens aboient par la queue

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Estelle-Sarah BULLE

L. Levi, 2018, 19€

L’un après l’autre, ils ont quitté Morne-Galant et leur père, Hilaire « Gros-Vaisseau », paysan à l’ancienne, avec ses 5 ou 6 vaches et ses quelques arpents de canne à sucre. Chacun à son tour ils se sont sentis étouffer  dans ce trou perdu de la Grande Île. La première à partir a été Antoine, l’aînée, belle comme un soleil, mais fière et indépendante. Femme à poigne, elle trace son chemin de commerçante –sans jamais se soumettre à un homme. Lucinde, la seconde, a utilisé ses talents de couturière pour gagner sa vie à Pointe-à-Pitre. Enfin Petit Frère les a rejointes à la ville pour étudier.

En même temps que la chronique de la famille Ezechiel, racontée par la fratrie à leur nièce Eulalie, c’est l’évolution de toute la Guadeloupe entre les années 1940 et 1960 qui est évoquée en toile de fond : d’une terre agricole dédiée aux cultures vivrières et à la canne à sucre, on la voit changer vers une bétonisation et une urbanisation effrénées. De même, les personnages, d’abord ruraux, puis urbains, participent enfin à l’exode massif des Antillais dans les années 1960 vers la métropole. [Le Bumidom -Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer-, fondé en 1963 et chargé d'accompagner l'émigration des habitants des départements d'outre-mer vers la France métropolitaine a attiré nombre de jeunes et de travailleurs à Paris.]

S’inspirant de son histoire familiale, l’auteur a volontairement donné la parole tour à tour à ses trois narrateurs pour offrir un point de vue varié. Estelle-Sarah Bulle est née en 1974 à Créteil, d’un père guadeloupéen et d’une mère franco-belge, et vit dans la région parisienne. Là où les chiens aboient par la queue, son premier roman, a déjà obtenu le prix Stanislas 2018. Elle en parle ici.

Une lecture fluide et agréable, enrichissante. Auteur à suivre ! Aline

20/08/2018

Cette nuit

Cette nuit.gifCette nuit

Joachim SCHNERF

Zulma, 2018, 146 p., 16.50€

 

Pour la première fois depuis plus de 50 ans, Salomon s’apprête à célébrer la Pâque juive sans sa femme, la merveilleuse Sarah, décédée il y a quelques semaines. Au matin de Pessah, le vieil homme se remémore les fêtes des années précédentes, au rituel immuable immanquablement troublé par de mémorables scènes familiales.

Il faut dire que la famille ne manque pas de personnalités, et que lui-même a toujours pris un malin plaisir à semer le trouble avec ses réflexions politiquement incorrectes. Rescapé des camps de la mort, il en éloignait le spectre en multipliant les blagues de mauvais goût sur la Shoah.

Comment viendra-t-il à bout des deux nuits de Seder sans la présence apaisante de sa femme,  qui tempérait son côté provocateur et les colères homériques de leur fille cadette ?

L’auteur parvient avec tendresse à marier l’humour noir autour des traditions juives et des relations familiales, et une évocation émouvante du deuil chez un homme incapable d’exprimer ses émotions.

Lauréat 2018 du prix Orange du livre

Aline

27/04/2017

Y a pas de héros dans ma famille

roman jeunesse, familleY a pas de héros dans ma famille !

Jo Witek

Actes Sud junior, janvier 2017, 13.50 €

 

Maurice Dambek, « Mo » pour les intimes, vivait heureux entre sa vie d’élève modèle de CM2, et sa place de petit dernier d’une famille populaire.

« Avant, je pensais que les enfants du monde entier étaient comme moi. Des mini-humains qui deux fois par jour et cinq jours par semaine passent la frontière d’un pays à l’autre, le cartable sur le dos et le sourire en bandoulière. Avant, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l’école et celui de la maison. J’étais heureux dans mes deux pays bien distincts avec des gens différents, des styles différents, une cuisine et une langue particulières.  A l’école : on se tient bien, on parle comme dans les livres, on entend une mouche voler et il ne faut jamais oublier les « Mercis » et les « S’il vous plaît ». A la maison : ça parle fort, ça hurle du dedans et du dehors, ça dit des gros mots. La télé aussi parle fort comme les jeux vidéo. Avant, « Merci, au revoir et bon appétit » côtoyait « Vas-y enfoiré, casse-toi bouffon à lunettes et viens bouffer ». Pas de prise de tête, et tout était clair entre ma classe bien rangée et ma maison loufoque… »

Mais ça, c’était avant. Avant de voir sa famille par les yeux de son camarade de classe Hippolyte Castant. Hippolyte et son beau jardin, sa maison calme, propre, bien rangée, silencieuse, son salon blanc et surtout le mur couvert de photos des personnes célèbres de sa famille ! Soudain, Mo a honte de sa famille haute en couleurs… et se sent « nul dans une famille de nuls ». Sa maîtresse lui suggère de chercher dans l’album photo familial une personne formidable. Peut-être se sentirait-il mieux s’il trouvait parmi ses ancêtres un personnage hors du commun ?...

Ce roman d’apprentissage rend bien le moment où l’enfant prend du recul par rapport à sa famille et tend à juger son milieu. Maurice est un héros attachant, frais et naïf, et la bonne volonté de toute sa famille est touchante. On rit des  niveaux de langage qui l’entourent, et on s’interroge avec lui sur ce qui fait les vrais héros ! Roman plein d’humour à lire dès 9-10 ans.

Par l'auteur de la série des Mentine, qui plaît beaucoup aux filles.

Aline

18/03/2017

Aquarium

roman étranger, poisson, famille

Aquarium

David VANN

Gallmeister (Nature writing), 2016, 23€

 

Caitlin, douze ans, vit seule avec sa mère, Sheri, trimardeuse sur le port de Seattle. La vie n’a pas été facile pour cette femme désabusée.

« Il y a des choses que les adultes appellent des attentes, ce qui signifie qu’on n’obtient jamais ce qu’on veut, et d’ailleurs, on ne l’obtient pas justement parce qu’on en a envie… Je travaille pour pouvoir travailler davantage. J’essaie de ne rien désirer dans l’espoir d’obtenir quelque chose. J’essaie d’être libre pour pouvoir être seule. Et tout ça n’a aucun intérêt. » (p. 28)

Elles n’ont aucune famille, et sont tout l’une pour l’autre, même si un sympathique Steve commence à faire son apparition à l’appartement de temps en temps.

Le soir après l’école, en attendant que sa mère rentre, Caitlin court à l’aquarium et se plonge dans la contemplation des animaux marins. Régulièrement, elle rencontre un vieil homme qui semble comprendre et partager sa passion pour les poissons. Elle se réjouit de ce début d’amitié, jusqu’à ce qu’elle en parle à sa mère, déclenchant une violence proportionnelle à la colère jusqu’ici contenue par sa mère.

Auteur de Sukkwan Island, David Vann est expert en ambiances familiales oppressantes, et la lecture, quand déferle la violence, est éprouvante. Pour autant, il offre aussi des personnages résistants, ainsi que des plages de respiration, douces et philosophiques,  lorsque Caitlin s’immerge dans l’observation du monde marin.

« Suspendu dans le néant comme une petite constellation, le poisson-fantôme, improbable…

Une feuille d’arbre donnant naissance à des étoiles... Un corps de petites feuilles vertes, veiné, très fin, ses nageoires peintes d’une lumière générée ailleurs, mais de son œil jusqu’à son long museau, une éruption de galaxies sans source étrangère, nées au cœur du poisson lui-même. Une fissure dans le tissu du monde, un passage dans lequel chuter sans fin. C’est mon poisson préféré. » (p. 36)

Aline

09/01/2017

Soyez imprudents les enfants

roman, famille

 

Soyez imprudents les enfants

Véronique Ovaldé

Flammarion, 2016

 

Une rencontre à la librairie Murmure des Mots en décembre m’a donné très envie de me plonger dans ce roman. Véronique Ovaldé est une conteuse formidable, capable de captiver son auditoire en déroulant les fils emmêlés de plusieurs histoires.  Pour ce roman, elle nous indique deux de ses fils conducteurs :

La nécessité de prendre des risques

Pour vivre pleinement, vient un moment où il faut « être imprudent », et se lancer, à la façon de Gabriele Bartolome, fils de lingère, parti en exploration avec son ami d’enfance  Pierre Savorgnan de Brazza. Au contraire, ceux qui n’ont pas vécu leurs rêves finissent mal : aigris et méchant, comme le « vieux salopard de grand-père… qui avait espéré devenir chanteur d’opéra et partir en Amérique, mais qui n’avait jamais bougé de Bilbao et avait été peintre en bâtiment toute sa vie. Ma mère l’appelait Mobutu ». Ou dans un état de mélancolie chronique (comme le père de la narratrice) ou de femme au foyer sans horizon (comme sa mère). Atanasia ne veut en aucun cas les imiter.

La mythologie familiale qui compose chacun

«Le sang n’est rien, ce qui est important, c’est le lien », répéte l'Amatxi (la grand-mère) d’Atanasia, qui lui transmet, en enroulant sa pelote de laine et en déroulant telle une Parque les fils de  l’histoire fondatrice des ancêtres Bartolomé, entre l’Espagne franquiste, l’exploration coloniale en Afrique et au Brésil, la Grande peste du XVIIe….

L’histoire familiale de l’auteur elle-même remonte au pays basque espagnol, quitté à l’époque franquiste pour émigrer  -en France et ailleurs- dans des conditions difficiles. En l’occurrence, Véronique Ovaldé situe le centre de son roman dans la province basque espagnole du Gipuzkoa, dans la bourgade imaginaire d’Uburuk, « ville modèle » dirigé par le caudillo « Papa Tijuano » sous Franco.

Atanasia, dont la curiosité n’a pas pu être étanchée après la mort de sa grand-mère, cherche à  reconstituer le puzzle de son histoire familiale pleine de trous, et se lance dans une quête obsédée de l’énigmatique peintre Roberto Diaz Uribe.

La narration à tiroirs jongle avec les lieux, les dates et les personnages. Atanasia passe fréquemment de la première à la troisième personne, ce qui est déstabilisant à la lecture. Je l’interprète comme une façon de se distancier, avant de franchement s’imaginer en sujet de documentaire comme elle le fait fréquemment. En tout cas, cela m’a empêchée de m’immerger dans le récit, comme j’aime le faire, même si j'ai totalement adhéré aux thèmes abordés. Sylvie F., elle,  a eu un grand coup de cœur pour ce roman, dont la narration lui évoque Gabriel Garcia Marquez et  les grands auteurs sud-américains, prolifiques et généreux.

Aline

30/12/2016

Les héritiers de la mine

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Jocelyne Saucier

Denoël (2015)

(Ed. XYZ à Montréal en 2000)

 

Evocation douce-amère d’une famille nombreuse élevée « à la dynamite » par un père obsédé de géologie et de prospection.

Le roman s’ouvre sur la première réunion familiale depuis des années, à l’occasion d’une remise de médaille au père, récompensé pour avoir toujours « prospecté à côté de la chance », conduisant ainsi les autres aux filons et  faisant la richesse des « claims » voisins.

Cette réunion de famille réjouit au plus haut point « leFion »,  le petit dernier, émerveillé par la mythologie familiale et nostalgique d’un âge d’or ou les 21 enfants étaient réunis sous le même toit. Bande de gamins sauvages, élevés tant bien que mal par « La pucelle », la sœur aînée, tandis que la mère passait son temps en couches ou aux fourneaux, les Cardinal -menés par Géronimo- faisaient la loi dans la petite ville minière de la Norco (Northern Consolidated). Ses frères et sœurs, narrateurs suivants, dévoilent d’autres facettes plus nuancées de cette vie en famille. Et s’il y avait une raison à la diaspora familiale ? Et si la réunion du jour dévoilait un secret douloureux ?

Encore un excellent récit de Jocelyne Saucier, à qui nous devions déjà le sensible Il pleuvait des oiseaux. Celui-ci se passe dans le milieu de la prospection minière, avec  un lien fort au paysage et aux « cailloux », et comporte et des scènes d’anthologie, comme la célébration de l’âge de raison des enfants Cardinal : 7 ans, l’âge de l’initiation à la dynamite. Mais c’est avant tout un roman familial.

Au sein de cette famille nombreuse sans grandes ressources,  on n'a rien à soi, on partage tout. Le matin on s'habille avec ce que l'on trouve, propre ou sale, on dort dans un coin laissé libre, et on se bat pour sa place (Aheumplace) sur le vieux canapé défoncé. L’important, c’est d’être solidaires par rapport aux villageois ou à la Compagnie. Et gare à ceux qui ne respectent pas les valeurs et les codes du groupe!

Née au Nouveau-Brunswick en 1948, Jocelyne Saucier a étudié au Québec, et travaillé comme journaliste en Abitibi-Témiscamingue (extrême ouest du Québec, proche du nord de l’Ontario), où elle situe la plupart de ses romans.

Aline