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01/09/2015

La saison des mangues

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La saison des mangues

Cécile HUGUENIN

Ed. Eloïse d’Ormesson, 2015

 

Mira, partie en Afrique pour une mission humanitaire, a disparu. Lorsqu’il faut admettre sa mort, Anita, sa maman, qui a toujours vécu pour sa fille et pour son mari François, désormais interné en hôpital psychiatrique, doit s'inventer une nouvelle vie. Et pour cela se découvrir elle-même. Qui est-elle vraiment, cette femme qui tricote des bonnets personnalisés pour les personnes en chimiothérapie, et qui déteste le blanc au point de couvrir ses œufs au plat de curcuma ?

Elle trouve des forces auprès de son amie Fatou, plein de vitalité, mais aussi beaucoup dans ses souvenirs et ses origines.Sa propre mère, Radhika, était une déracinée, "vendue" à un major anglais qui exhibait sa beauté en trophée, mais s’en était vite lassé. Elle-même, élevée partiellement en Angleterre, partiellement en Inde, avait fini par épouser un Français et appris à aimer "le gris parisien". A son tour, Mira était partie à la découverte d'un autre continent, l'Afrique, où elle se croyait intégrée...

Avec des allers-retours narratifs, l’auteur tisse une légende familiale multiraciale et ouverte, sur trois générations et trois continents, avec des personnages -féminins surtout- qui passent d'une culture à une autre. Dans cette histoire de femmes, Laurent de Laurentis s’est laissé consciemment entraîner. C’est lui qui révèle le destin de Mira, qu’il admirait immensément, et en qui il s’était trouvé une sœur…

Très beau roman facile à lire, plein d'images en couleurs, d'odeurs et de sensations. Les allers-retours narratifs ne nuisent pas à la compréhension et au plaisir de lecture. En effet, comme l'exprime  l'auteur (psychologue) dans cet entretien, "émotions et sentiments se jouent de la chronologie".

Aline

14/11/2013

Surtout ne te retourne pas

algérie,femmeLe récit, à la première personne, tourne autour de la personnalité d’une jeune femme retrouvée inanimée dans les décombres du tremblement de terre de 2003 en Algérie.

Nommée  Wahida «première et unique, mais aussi seule » par Dadda Aïcha, la vieille femme qui l’a recueillie après le séïsme, elle fait sien ce prénom. Il répond à son besoin de solitude, ou d’indépendance, comme s’il fallait, en Algérie et pour une femme, être seule pour être libre ?

 

Maïssa Bey promène son lecteur dans les méandres d’un récit très construit, proposant plusieurs identités pour cette jeune fille dont on se demande, en fait, si elle est réellement amnésique ou si elle veut simplement abandonner son passé derrière elle.

 

Le roman laisse un moment croire qu’elle est Amina, fille d’une femme « citée plusieurs fois à l’Ordre des ménagères scrupuleuses », maniaque de l’ordre et de la propreté et d’un entrepreneur préoccupé de sa future élection comme député, qui a fugué pour échapper à cette famille étouffante. Plus loin, une autre mère, Dounya, la reconnait formellement comme sa fille disparue pendant le tremblement de terre.

 

Dans une écriture peu démonstrative, mais sensible et engagée, l’auteur interpelle le lecteur. Elle s’interroge sur la place de la femme en Algérie, ménagère accomplie recluse dans sa maison, soumise aux hommes de sa vie,… Elle se révolte contre la pression intégriste, les barbus qui soulignent leurs yeux de khôl et voudraient que tout soit la faute des femmes, à commencer par cette catastrophe. Comme si une sortie entre copines ou un voile mal ajusté pouvait provoquer un tremblement de terre ! Elle s’insurge aussi contre les pouvoirs publics, dont l’incurie ou la malhonnêteté a permis la construction d’immeubles dangereux pour la population, qui se sont écroulés en poussière aux premières secousses.

 

Maïssa Bey est le nom de plume de Samia Benameur, née en 1950 à Ksar el Boukhari (Algérie).

 

Surtout ne te retourne pas

Maïssa Bey

Editions de l’Aube (regards croisés), 2005, 206 p., 15.80 €

01/07/2013

man

"Je m'appelle Mãn, qui veut dire "parfaitement comblée" ou "qu'il ne reste plus rien à désirer", ou "que tous les vœux ont été exaucés". Je ne peux rien demander de plus car mon nom m'impose cet état de satisfaction et d'assouvissement. Contrairement à la Jeanne de Guy de Maupassant qui rêvait de saisir tous les bonheurs de la vie à sa sortie du couvent, j'ai grandi sans rêver."

 

La vie de Mãn et celle de sa maman sont évoquées par petites touches : des destinées de femmes discrètes jusqu'à l'effacement, qui s'expliquent par la vie de sa maman au Vietnam. De sa "mère froide" (belle-mère) sa maman a surtout appris à devenir souple, indécelable, voire invisible, ce qui lui a servi pendant la guerre civile où elle s'est retrouvé sous la coupe des révolutionnaires, et a pris le nom de Nhẫ = patience.

 

Mãn est mariée, pour son bien et sa sécurité, à un Vietnamien émigré à Montréal, qui tient un restaurant.

"Maman a su nous offrir une vie calme, toujours sous la vague. J'ai retrouvé cet espace entre deux eaux à Montréal, dans la cuisine de mon mari. Les mouvements de la vie extérieure étaient mis à l'écart par le bruit constant de la hotte, le temps était marqué par le nombre de commandes…"

 

Le restaurant réunit la diaspora Vietnamienne à Montréal, nostalgique des saveurs du pays, à qui Mãn prépare des repas typiques inspirés de ses souvenirs. "En quelque mois, ces clients, qui venaient seuls au début, ont commencé à arriver accompagnés d'un collègue de travail, d'un voisin, d'une amie. Plus les gens attendaient dans l'entrée, puis à l'extérieur, sur le trottoir, plus je passais mes nuits dans la cuisine."

 

Encouragée et aidée par son amie Julie, Mãn sort peu à peu de sa cuisine, donne des cours de gastronomie, voyage et s'ouvre aux sentiments. C'est la transformation d'une chenille en papillon, au rythme des saveurs raffinées des plats vietnamiens.

 

Comme dans son roman précédent, , l'auteur réunit puissance évocatrice et sobriété, et charme le lecteur par sa capacité à peindre précisément caractères,  ambiances et saveurs en peu de mots.

Les retours en arrière compliquent parfois la compréhension du récit, mais l'enrichissent d'un regard sur le passé.

 

vietnam,femme,cuisinemãn

Kim Thúy

Editions L. Levi, mai 2013, 143 p., 14.50 €

24/08/2012

Plus léger que l'air

Plus léger que l’air

Federico JEANMAIRE

J. Losfeld, 2012

 

Dans une ville Argentine, une vieille dame raconte sa vie au petit voyou qui l’a effrayée pour voler ses économies. Le roman est un long dialogue… où le lecteur ne dispose que des dires de la femme, à partir desquels il imagine les réponses du jeune, qu’elle a réussi par la ruse à enfermer dans sa salle de bains.

 

Un morne huis-clos,  où la vieille femme narre la vie de sa mère, récit en grande partie imaginaire, puisque sa maman est morte peu après sa naissance, en pilotant seule un avion… Ce faisant, elle  laisse aussi transparaître des fragments de sa propre existence misérable, et tente de faire la morale au jeune Santi, qu’elle nourrit de crackers, palmiers et escalopes milanaises glissés sous la porte…

 

La construction du roman est astucieuse, et donne tout son rôle à l’imagination du lecteur. Mais le récit progresse terriblement lentement, à la manière d’une vieille qui n’avancerait pas, pleine d’hésitations et de retours sur soi. Cela donne une lecture lente et triste.

Aline