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24/10/2016

Heaven

roman étranger, Japon, harcèlementHeaven

Mieko KAWAKAMI

Actes Sud, 2016, 256 p., 21€

Traduit du japonais par Patrick Honnoré

 

Entre deux adolescents japonais, confrontés chacun de leur côté à de féroces brimades au collège, se développe une fragile amitié. Pendant un temps, Kojima, sale et négligée, dite « la poubelle » et le narrateur, affligé d’un fort strabisme, dit « Le bigleux » ou « Paris-Londres », semblent se comprendre. Leur échange discret de petits mots ou leurs rencontres discrètes sont autant de respirations.

Bien loin de nos références occidentales, l’auteur confronte plusieurs points de vue autour de ces exactions : celui d’un harceleur, et celui des deux victimes, qui vivent le harcèlement de façon entièrement différente. Tandis que Kojima intellectualise la souffrance et la revendique comme une marque de spécificité choisie, le narrateur souhaite juste qu’elle cesse.

Momose, persécuteur sans états d’âme, réfute la notion de bien ou de mal : « On ne le fait pas parce qu’on a le droit. On le fait parce qu’on a envie de le faire…. Ça pourrait être n’importe qui. Par hasard tu es là, par hasard tu te sens l’envie… »

Le harcèlement scolaire, sous un angle japonais terriblement noir. Les personnages offrent peu de prise à l’espoir. Heaven (ou paradis) est le titre d’un tableau évoqué par Kojima, que le narrateur tente vainement d’atteindre…

D'une belle qualité d'écriture, mais glaçant.

Aline

02/05/2016

Brillante... ou pas ?

harcèlement, premier roman

 

Brillante

Stéphanie DUPAYS

Mercure de France, 2015

Claire, la trentaine conquérante, construit son couple avec Antonin (fils de bonne famille) et sa carrière avec brio. Sous stress permanent, elle se montre efficace et brillante dans un poste à responsabilités, au sein d'un groupe agroalimentaire. Mais plus on monte... plus douloureuse est la chute ! Il peut suffire qu'une supérieure hiérarchique se sente menacée pour qu'un stress stimulant bascule dans le harcèlement insupportable.

Ce premier roman, au sujet prometteur, se révèle un peu décevant faute de finesse et de profondeur. Cette démonstration, quoique pertinente,  brille -comme son titre, et comme ses protagonistes- surtout en surface ! Espérons que l'auteur récidivera, avec des personnages plus fouillés.

Aline

21/05/2015

Harcèlement

Voici, totalement à l’opposé l’un de l’autre, deux livres sur le sujet du harcèlement entre élèves. Le premier est un roman touchant, résolument optimiste, le second un témoignage poignant.

harcèlementLes petites reines

Clémentine BEAUVAIS

Sarbacane (Exprim’), 01/04/15, 270 p, 15.50€

Astrid, Hakima et Mireille ont été élues sur Facebook respectivement Boudin d’or, Boudin d’argent et Boudin de bronze. Tout leur lycée est au courant, puisque c’est un camarade de classe qui mène chaque année ce cruel concours. Seulement voilà, il s’attaque cette fois-ci à une Mireille endurcie, qui a appris à gérer les moqueries et à réagir. Mireille réunit les trois filles autour d’un projet commun : se rendre à Paris à vélo pour s’incruster à la garden-party de l’Elysée. Poussées toutes trois par de puissantes motivations, elles ne reculent devant aucun effort ! Leur voyage à vélo épique, tirant une carriole de vente de boudins,  attire bientôt l’attention des médias…

Un livre plein de bonne humeur et résolument positif autour d’un sujet tragique. Le harceleur est plutôt vu comme un « pauvre type ». C’est surtout le caractère bien trempé de Mireille, son sens de la répartie et sa capacité à prendre du recul (normal, pour une fille de philosophe !) qui m’ont marquée…L’évolution de sa relation avec son beau-père est également  intéressante. Et, si l’on sourit beaucoup devant les aventures déjantées du trio de filles et du « Soleil », son bel accompagnateur musclé en fauteuil roulant, le sérieux et l’émotion ne sont pas loin.

Thèmes : harcèlement, dictature des apparences, entraide, amitié

 

harcèlementDe la rage dans mon cartable

Noémya GROHAN

Hachette (Témoignages), 15/01/14, 153p, 11.90€

Beaucoup plus dur, mais indispensable, voici le témoignage d’une jeune fille qui a subi au quotidien le harcèlement d’autres élèves pendant ses années de collège. Démunie face à la violence, elle a subi insultes, brimades psychologiques répétées, isolement, indifférence des enseignants, jusqu’à la perte totale de confiance en soi et l’impossibilité de se concentrer ou de réussir quoi que ce soit. Noémya raconte ces années insupportables,  et les difficultés presque insurmontables à s’en remettre, allant ensuite de périodes dépressives en échecs professionnels. Il est troublant de constater que plusieurs de ses harceleurs étaient inconscients de la souffrance qu’ils infligeaient, en particulier les spectateurs passifs.

Dix ans après, elle commence à se considérer comme en voie de rétablissement, grâce à l’écriture et à son engagement auprès d’autres personnes en difficulté. J’ai été happée par son témoignage, même si j’avoue ne pas avoir forcément accroché avec les poésies en rap intégrées au texte.

Témoignage en direct de Noémya sur Généraction Solidaire.

Aline

03/11/2014

L'amour et les forêts

roman, rentrée littéraire, harcèlementL’amour et les forêts

Eric REINHARDT

Gallimard (Blanche), août 2014, 368 p, 21.90€

A l’origine du livre : la rencontre entre l’auteur et une lectrice transformée par la lecture de son dernier roman. Leur discussion donne lieu à de très belles pages sur la relation entre l’écrivain et le lecteur, l'écriture, et ce que peut apporter un roman à son lecteur, mais aussi les peurs de l’écrivain.

Peu à peu, Béatrice Ombredanne révèle des pans de sa vie, soumise au harcèlement constant de son mari. Sa situation, tendue entre son besoin de perfection pour ses enfants et son travail, et la conscience que son mari l’humilie et la manipule, est très émouvante.

A la lecture, cependant, j’ai été gênée par les différentes versions de sa vie que donne Béatrice à ses interlocuteurs. Chaque confident a droit à une facette de sa vérité (ce qui en soit est normal : nous ne confions pas les mêmes choses à différentes personnes), mais ces différentes facettes ne m’ont pas semblé concordantes, si ce n’est qu’elles pointent toutes vers une relation désastreuse avec son mari, à laquelle Béatrice ne se soustrait que trop ponctuellement, pour une liaison d’un jour ou un séjour à l’hôpital psychiatrique.

L’écriture, pour moi aussi, comporte des incohérences : l’amant est trop parfait, la sœur s’exprime de façon trop raffinée, pas franchement crédible dans un dialogue… C’est donc un roman que j’ai lu avec intérêt, et empathie pour la situation du personnage, mais qui ne m’a pas convaincue.

Aline