Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/05/2016

Charlie le simple

premier roman,irlandeCharlie le simple

Ciaran COLLINS

Ed. J. Losfeld (littérature étrangère), 2015, 418 p., 26.50 €

Traduit de l’Irlandais The Gamal par Marie-Hélène Dumas

Aujourd’hui, an dubh est là… (le noir, la déprime).  Charlie écrit laborieusement les 1000 mots par jour que son psy, le Dr Quinn, lui a prescrits comme thérapie. Il tourne autour du pot et évite de penser à ce qui l’obsède : la tragédie vécue par ses seuls amis, James et Sinéad.

Charlie est un gamal, un simplet, mais par là-même un observateur privilégié : « En Irlande, si vous faites le débile, les gens vous disent d’arrêter de jouer au gamal. Mais personne pensait que je jouais. En tout cas quand les gens croient que vous êtes un peu simple vous pouvez les fixer. En général ils s’en fichent parce qu’ils croient que vous n’êtes pas normal ».

A Ballyronan, Irlande, le ressentiment contre les anglais n’a pas totalement disparu. Les parents de James, anglais, restaurent les ruines du Kent Castle, et l’envoient à l’école des Irlandais catholiques, où il se fait une place grâce à ses multiples talents : il est doué en particulier pour le football gaélique (aune de la virilité pour les jeunes gens). Sinead, issue d’un milieu défavorisé d’alcooliques, est pourtant une jeune fille rayonnante, possédant une présence et une voix extraordinaires.

C’est la musique qui réunit ces trois amis : ils l’écoutent ensemble, composent, chantent… « Des fois, peut-être juste un couplet. Peut-être même une chanson entière. Mais le plus souvent juste quelques secondes dans une chanson, le son qu’ils avaient. Celui de la voix de Sinéad. Avec James au piano. Des fois le son qu’ils avaient était quelque chose qui s’élevait. La très très très rare beauté, que c’était. Sous forme de son… Je crois que tous ceux qui auraient entendu la voix de Sinéad auraient voulu en entendre plus… Sinéad était plus-que. De la même façon que les gens me trouvent moins-que. Y avait cette chanson qu’ils chantaient pas mais qu’ils disaient. Ils disaient juste les paroles et James qui jouait au piano un air lent, doux et étrange. C’était Sinéad qui avait trouvé la mélodie. Simple et magique vu que cette mélodie elle jouait des tours à votre cœur…»

Charlie le narrateur ne cherche pas à plaire, mais à établir la vérité. Le lecteur est prévenu dès le départ que les choses tournent mal, sans savoir quoi : « Mais James avait un point faible… il pensait que personne pouvait constituer une menace pour lui vous voyez. Ne pas avoir peur est dangereux. La peur est ce qui nous protège, non ? ». Le récit, un peu (trop) long, progresse lentement dans l’histoire, au gré de multiples détours imposés par la répugnance de Charlie à revivre son traumatisme. Certains passages très intéressants  plongent dans une ambiance irlandaise rurale typique.

« Il faut que je vous explique ce que sont nos camps d’été irlandais. L’irlandais est une langue. Ouais, on avait notre langue à nous jusqu’à ce que les Anglais arrivent et nous fichent notre pâtée et nous empêchent de la parler. Donc en tout cas huit cents ans plus tard on a fini par battre ces connards et maintenant l’Irlande fia tplus partie de la Grande-Bretagne. Nous voilà donc avec notre pays à nous, sauf que la moitié des Irlandais ont oublié leur langue. Ceux qui nous dirigeaient à ce moment-là ont essayé de trouver commend au nom du ciel nous la faire parler. Ils se sont aperçus qu’il restait dans le trou du cul du monde sur la côte ouest et les petites îles d’en face des gens qui utilisaient encore tous les jours l’irlandais. Vu qu’y avait pas de bonne terre arable à voler, rien que des cailloux, les Anglais ne s’étaient pas intéressés à ces endroits. Alors pendant huit cents ans ces gens avaient échappé à une sacrée bonne trempe et à l’obligation de parler anglais. Quand l’Irlande est redevenue libre, ces coins-là et eux seuls étaient pleins de gens qui parlaient irlandais et de musique diddly-idle-dee et de danses traditionnelles et d’étranges chants anciens appelés sean-nos. Bon. D’accord. Donc le gouvernement a organisé des camps d’été dans ces endroits et il a payé et les jeunes de tout le pays passaient quelques semaines hébergés par des familles de là-bas ou dormant dans les dortoirs des camps et allant tous en classe apprendre l’irlandais… »

Maryvonne et Aline ont beaucoup aimé ce premier roman, sans toutefois être certaines qu’il plaise à la majorité des lecteurs, car le style du "gamal" est assez particulier... Donnez-nous votre avis !

10/05/2013

Skippy dans les étoiles

Skippy dans les étoiles

Paul Murray, Belfond, 2013, 23 €

Traduit de l'anglais (irlandais) par Robert Davreux

 

Contrairement à Rupert, son camarade de chambre, Daniel « Skippy » Juster n’a pas spécialement la tête dans les étoiles. Comme c’est un gentil garçon, il se force un peu pour s’intéresser aux projets scientifiques faramineux de son ami, la communication avec les extra-terrestres et l’étude du ciel… jusqu’au jour où le télescope déréglé lui fait découvrir l’astre qui va désormais illuminer ses jours et ses nuits : Lorelei, une jolie étudiante de l’établissement pour filles voisin.

 

Mais Skippy n’est qu’un garçon très ordinaire, un peu fragile, au milieu d’une bande de copains en pleine puberté, un peu losers : Dennis le cynique, Niall, Geoff et Mario l’obsédé du sexe. Excellent nageur « naturel », il a même perdu son seul atout, puisque l’eau lui donne désormais des crises d’angoisse : "Un millier de mains bleues se tendent vers lui, le saisissent, le tirent vers le fond… l’eau se bat contre lui… le fond de la piscine est magnétique et l’attire de nouveau vers le bas"

 

Durant les mois d’hiver, les jeunes étudiants du Seabrooks College de Dublin tentent de survivre à l’ennui, aux bousculades, aux extorsions, aux drogues qui circulent et aux déceptions sentimentales.

L’auteur s’attache à ces garçons plus fragiles qu’il n’y parait, et les présente avec beaucoup d’humour et de compassion. L'omniprésence des médicaments et/ou de la drogue, en revanche, m'interpelle. Est-ce réaliste ? L'obsession des garçons pour le sexe aussi ? Est-ce qu'ils en parlent vraiment tout le temps ?

 

De son côté, le corps enseignant n’est pas épargné : quelques administratifs ambitieux ne font qu’empirer les prestations de  professeurs incompétents, pour la plupart démotivés, qu’ils soient prêtres sur le retour ou anciens du College  revenus s’échouer à Seabrooks. L’esprit de corps et le souci de la réputation du College pousse les enseignants à nier tout problème et les empêche de se remettre en question. Seul Howard, Howard-la-Couarde, encore jeune, pourrait peut-être réagir à temps et comprendre les jeunes qui lui sont confiés, s’il avait lui-même fini de fuir ses problèmes.

 

roman d'apprentissage,irlandeMalgré ses 676 p. et sa petite typo, ce roman d’apprentissage, à la fois douloureux et plein d’humour, se lit facilement : encore un petit chapitre, et puis un autre, un autre encore… et me voilà toute mélancolique à la fin du livre.

Voilà un auteur qui complète avantageusement notre cycle irlandais !

Aline

09/05/2013

Bouillon Irlandais

Maryvonne nous rappelle que la littérature irlandaise est l'une des plus prolifiques, avec des auteurs "classiques" aussi connus que :

Jonathan Swift (1667-1745), les voyages de Gulliver

Bram Stoker (1847-1912), Dracula

Oscar Wilde (1854-1900), le portrait de Dorian Gray

George Bernard Shaw (1856-1950), prix Nobel en 1925

William Butler Yeats (1865-1939), prix Nobel en 1923

James Joyce (1882-1941), Ulysse, les gens de Dublin

Samuel Beckett (1906-1989), prix Nobel en 1969

Seamus Heaney (1939-   ), prix Nobel en 1995

L'université Trinity College de Dublin, fondée en 1592, est l'une des plus anciennes et des plus renommées de Grande-Bretagne. L'Abbey Theatre (théâtre national d'Irlande) fondé en 1904, a joué les pièces de Yeats et de Shaw, et est réputé internationalement.

 

Nous avons surtout lu des auteurs plus récents, et trouvé qu'ils dégagent globalement une ambiance mélancolique ou franchement sombre. Histoire et misères de l'Irlande… avec l'alcool et la littérature comme moyens d'évasion ?

 

Liam O'FLAHERTY (1896-1984)

Le mouchard (the Informer, 1925 –Terre de brume, 2003)

Portrait d'un traître et histoire de l'Irlande de 1845 à 1922, ce roman fut adapté au cinéma par John Ford en 1935.

 

Edna O'BRIEN (1930-   )

Saints et pêcheurs (S.Wespieser, 2012)

Nouvelles synthétiques et très bien écrites, avec beaucoup de sensations et peu de paroles, évoquant des relations difficiles entre les personnages.

 

Frank McCOURT (1930-2009)

Les cendres d'Angela (Belfond, 1997)

Récit autobiographique d'une jeunesse irlandaise, entre 1929 et la fin de la première guerre mondiale. La famille vit dans une maison sordide, inondée à chaque fois qu'il pleut. La faim et la misère sont aggravées par l'alcoolisme du père. (Quand il rentre, à n'importe quelle heure de la nuit, il fait lever les enfants pour des chants militaires au garde-à-vous !). La soupe populaire de l'église remplit parfois les estomacs mais embrigade les esprits… Un récit très noir, allégé par le ton ironique de l'auteur. La suite de son autobiographie est narrée dans C'est comment, l'Amérique ? (2000) et Teacher man, un jeune prof à New-York (2006).

 

John McGAHERN (1934-2006)

Créatures de la terre et autres nouvelles (Albin Michel, 1996)

Trois nouvelles pessimistes, à l'ambiance irlandaise.

 

Nuala O'FAOLAIN (1940-2008)

Best love, Rosie (S.Wespieser, 2008)

Après avoir vécu et travaillé dans le monde entier, Rosie décide de rentrer à Dublin pour s'occuper de Min, la vieille tante qui l'a élevée. Très beau livre sur l'âge, la solitude, l'exil, le sentiment maternel.

 

Seamus DEANE (1940-   )

A lire la nuit (Actes Sud, 1997)

Le récit, proche du journal, court de 1947 à 1970. Le jeune narrateur veut connaître l'histoire de sa famille et comprendre les non-dits (liés au  "problème irlandais" et à l'IRA) qui pèsent sur elle.

 

Sebastian BARRY (1955-   )

Le testament caché (J. Losfeld, 2009)

Roseanne est une femme âgée qui a passé plus de la moitié de sa vie dans un hôpital psychiatrique. Son thérapeute  doit déterminer si elle est apte à réintégrer la société. Il remonte l'histoire et son journal intime pour comprendre pourquoi elle ne parle plus.

Lire aussi Du côté de Canaan que Marie-Claire a beaucoup aimé.

 

Roddy DOYLE (1958-   )

Paula Spencer (R. Laffont, 2012)

Suite de La femme qui se cognait dans les portes (1997) où Paula Spencer se bat pour retrouver sa dignité après un mariage violent. On retrouve l'héroïne à Dublin, après le boom économique des années 2000. Paula a cessé de boire, et s'accroche pour ne pas recommencer. Femme de ménage, elle travaille dur pour sortir de la misère et reconquérir ses quatre enfants.

 

Joseph O'CONNOR (1963-   )

L'étoile des mers (Phébus, 2003)

1948. La Grande Famine s'achève dans l'horreur, et la seule issue pour beaucoup est de fuir la misère en embarquant pour le Nouveau Monde. Quelques privilégiés se partagent les cabines de l'Etoile des mers, tandis que la multitude des pauvres est entassée dans l'entrepont, où la faim et le typhus ne tardent pas à sévir. Parallèlement au récit du voyage, l'auteur déroule les souvenirs des voyageurs, chaque personnage s'étoffant au fil du roman.

 

Inishowen (Phébus, 2001)

Un article de journal ancien fait état de la découverte d'un bébé en pleine campagne. Hélène a été adoptée par une famille américaine. On la retrouve, adulte, mariée à un chirurgien plasticien, avec deux enfants. Elle retourne régulièrement en Irlande, mais cette année, à 45 ans, atteinte d'un cancer grave, elle recherche activement ses racines. Histoire d'un amour impossible, située tout au nord de l'Irlande, à la frontière avec l'Ulster, entre Noël et le jour de l'An.

 

Colum McCANN (1965-   )

Le chant du coyote (Belfond, 1998)

Après des années à parcourir le monde, Conor rentre en Irlande où il retrouve son père, alcoolique violent et acariâtre, passionné de pêche à la mouche. A partir de photographies, Conor  retrace le passé très riche de grand reporter de son père.

 

Ailleurs en ce pays (Belfond, 2001)

Trois nouvelles très fortes, surtout "Une grève de la faim" qui fait référence à Bobby Sands et aux prisonniers de l'IRA qui ont fait la grève de la faim en 1981 pour être traités en prisonniers politiques et non en droit-commun. Thatcher n'a pas cédé, et 10 jeunes hommes sont morts, les uns après les autres.

 

Claire KEEGAN (1968-   )

Les trois lumières (S.Wespieser, 2011)

La narratrice, une enfant de 8 ans, est placée à la campagne dans la famille de sa mère pour un été. Bien traitée, elle est un peu l'enfant de remplacement d'un garçon décédé. A la fin de ce séjour, le retour dans sa famille trop nombreuse est difficile pour elle.

 

Lire aussi les romans de Sorj CHALANDON, français, mais ancien reporter en Irlande du Nord, qui a notamment écrit deux romans très prenants en lien avec l'Irlande et l'IRA : Mon traître (Grasset 2008) et Retour à Killybegs (Grasset, 2011, prix de l'Académie Française).