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05/09/2017

Plus haut que la mer

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Plus haut que la mer

Francesca MELANDRI

Gallimard, 2015

Une histoire simple et belle écrite avec beaucoup d'émotion et de tendresse.

Ce roman se passe dans les années 1970 en Italie secouée par la violence des brigades rouges. Luisa et Paolo ne se connaissent pas. Ils prennent le bateau qui les conduit sur une île au large de la côte italienne où a été installé un quartier de haute sécurité pour détenus dangereux, politiques ou de droit commun.

Luisa, agricultrice,est une femme simple, qui travaille durement à la campagne et élève seule ses cinq enfants. Son mari, un homme violent, a commis un meurtre sous le coup de la colère et a également tué un surveillant en prison.

Paolo est veuf, professeur de philosophie. Son fils a tué de sang froid plusieurs personnes pour des raisons idéologiques. Paolo a abandonné son poste d'enseignant se reprochant d'avoir peut-être, par ses idées, poussé son fils dans la voie de la violence. Un abîme s’est creusé entre eux.

Le retour de Luisa et Paolo est différé en raison d'un accident de voiture qui les empêche de prendre le bateau parti sans les attendre pour éviter une forte tempête. Ils doivent passer la nuit sur l'île, surveillés par le gardien Pierfrancesco. Celui-ci, marié, père de deux enfants s’est laissé entraîner dans une spirale de violence liée à son travail. Il s’enferme dans le mutisme, laissant sa femme désemparée.

Pas de péripéties spectaculaires mais une forme de douceur, de tendresse s’installe entre eux et va les amener, dans ce huit clos, à se libérer de qui les oppresse, à apporter un apaisement dans leurs vies abîmées. Cette nuit constitue pour eux une révélation et un nouveau départ.

Francesca Melandri parvient étonnamment dans cet univers carcéral très violent à faire émerger beaucoup de tendresse et d’amour.

Un très beau roman.

Annie (voir autre critique)

 

 

Marina Bellezza

roman étranger, Italie

Marina Bellezza

Silvia AVALLONE

Liana Levi, 2014

J’avais été enthousiasmée par le premier roman de Silvia Avallone, D’acier, qui avait remporté un vif succès. Marina Bellezza est de la même facture et se lit avec autant de plaisir.

Silvia Avallone situe son histoire dans la vallée du Piémont qu’elle connaît bien. Autrefois prospère grâce à l’industrie lainière, elle est désertée suite à la crise et à la délocalisation des entreprises. Pas d’avenir dans cette région.

Pourtant Andréa, le fils mal aimé du maire, rêve de reprendre l’élevage de vaches dans la ferme de son grand père et est sûr de pouvoir vivre grâce à la fabrication d’un fromage de qualité. Il aime passionnément Marina et voudrait l’entraîner avec lui dans cette aventure. Mais elle envisage un avenir complètement différent. Elle est belle, a une voix magnifique et veut devenir célèbre et riche quelque soit le prix à payer. Consciente de ses atouts physiques qu'elle montre effrontément, et de sa belle voix, elle se lance dans une "carrière" de chanteuse dans les fêtes de la région. Choisie pour participer à une émission de télé-réalité qui peut lui apporter la gloire, elle n’a aucun scrupule. Tous ses actes sont motivés par son ambition : gare à qui veut se mettre en travers de son chemin.

Pourtant on sent chez elle une fragilité qui affleure parfois. Chacun porte en lui une blessure. Marina a souffert et souffre encore de l’abandon de son père qui l’a laissée avec une mère alcoolique. Elle voue pourtant une admiration totale à cet homme volage qui sait jouer de sa séduction ; il se manifeste de temps en temps mais la laisse toujours déçue, en manque de son amour.

Andréa s’est toujours senti inférieur à son frère plus brillant que lui et préféré de ses parents, un frère qui a réussi et s’est expatrié aux USA. Un lien profond les unit mais leur histoire les a meurtris. Une passion dévorante les unit, une fièvre qu’ils se promettent à chaque fois d’éteindre...

Les personnages principaux croisent d’autres protagonistes : la colocataire de Marina amoureuse éperdue d’Andrea, les amis d’Andréa ou encore l’impresario de Marina qui veut en faire la nouvelle star italienne. On s’attache aux personnages avec leurs blessures, leurs contradictions, leurs tensions et leurs déchirements .

L’auteure dépeint avec beaucoup de justesse le monde de paillettes du show-biz mais aussi le basculement économique et social de la société. Elle raconte le désir de réappropriation consciente et respectueuse de la terre par de jeunes agriculteurs, un retour à la terre qui n’est pas un recul mais la volonté de développer un nouveau modèle économique basé sur des savoirs faire ancestraux qui, en Italie et ailleurs, séduit de plus en plus de jeunes.

C’est un très beau roman qu’on ne lâche pas.

Annie P.

10/07/2017

Bouillon italien (2)

roman étranger, Italie

La nature exposée

Eri DE LUCA

Gallimard (Du monde entier), 2017, 16,50€

 

Passeur-sculpteur, il narrateur habite près de la frontière, au pied des montagnes qu’il connaît par cœur, dans la dernière maison du village -ou plutôt la première en descendant des bois. Aux vacanciers, il prête ses livres, et vend ses trouvailles, cailloux ou bois flottés originaux, ou ses petites  sculptures ou gravures. Avec le boulanger et le forgeron, il a créé un « petit service d’accompagnateurs au-delà de la frontière »…

Lorsque son choix de rendre leur argent aux migrants après leur passage est rendu public par une indiscrétion, c’est lui, à son tour, qui doit se réfugier plus loin. Cherchant du travail en ville, il se voit confier un travail délicat : la restauration d’un Christ en croix, chef d’œuvre sur lequel avait été pudiquement rajouté un drapé.

Le récit, en deux parties, entrecroise deux thématiques autour du personnage de passeur/sculpteur. Il entre dans une dimension spirituelle lorsqu’il s’agit, pour le restaurateur, d’entrer en résonance avec la sculpture, et de retrouver les émotions et les intentions de l’artiste d’origine, traumatisé par son expérience sur le front de la 1ère guerre mondiale.

Aline

09/06/2017

Bouillon italien (1)

roman étranger, Italie, adolescence

 

Moi et toi

Niccolo AMMANITI

R. Laffont, 2012, 149 p. 15€

Traduit de l’italien Io e te (2010) par Myriem Bouzaher

 

Lorenzo, 14 ans, est un garçon mal intégré. Très affectueux avec ses parents, il  porte un regard froid sur la société, et se sent en constante inadéquation avec les autres. Selon le psychiatre que ses parents l’ont obligé à consulter, il souffrirait d’un « ego grandiose ».

Pour éviter les ennuis, Il essaie consciemment  de compenser par mimétisme… avec un succès très relatif. A 14 ans,  pour rassurer  ses parents, il se force à jouer dans l’équipe de foot, prétend avoir des amis, et fait même semblant d’être invité au ski une semaine à Cortina chez une copine. Il a bien préparé son coup et déposé des provisions dans la cave de l’immeuble.

Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que sa demi-sœur vienne elle aussi se réfugier dans la cave, dans un état pitoyable ! Ces deux personnages, pitoyables mais touchants, cohabitent quelques jours et réussissent malgré tout à établir une forme de relation d’entraide.

L’écriture est sobre, non dénuée d’humour grâce au regard décalé de Lorenzo, totalement froid et détaché des gens. Noire aussi, le mal de vivre de ces deux jeunes laisse peu de place à l’espoir. 

Des réflexions intéressantes sur le mimétisme, permettant la survie en milieu hostile :

Mimétisme batésien (de Henry Walter Bates, XIXes)

"une espèce inoffensive adopte l’apparence physique (motifs, couleurs, etc.) d’espèces nocives avec pour but de repousser les prédateurs qui ont appris à éviter les vraies espèces nocives. Le mime (c’est-à-dire l’espèce inoffensive) bénéficie donc de la protection contre les prédateurs sans avoir à dépenser de l’énergie pour consommer ou produire des toxines."

Ce roman a été porté à l’écran en 2013 par Bernardo Bertolucci, avec  Jacopo Olmo Antinori dans le rôle de Lorenzo, et Tea Falco dans celui d'Olivia.  Titre original : Io e te.

roman étranger, Italie, adolescence

15/06/2015

Plus haut que la mer

italie, prison

 

Plus haut que la mer

Francesca MELANDRI

Gallimard (Du monde entier), 2015, 208p, 17.90 €

 

"Si on veut garder quelqu’un vraiment à l’écart du reste du monde, il n’y a pas de mur plus haut que la mer" (p. 33). Cette île-ci n’est pas nommée. Entourée de courants dangereux, elle est aménagée en prison de haute sécurité pour les membres des brigades rouges ou les criminels dangereux.

Après un long voyage en train et bateau, les visiteurs arrivent par la navette.  Bien qu’il ne comprenne ni n’admette ses agissements, Paolo continue venir voir à son fils,  révolutionnaire fanatique impliqué dans des assassinats politiques. Rongé par la culpabilité, il porte sur lui la photo de la fille d’une victime de son fils.  Luisa, femme d’un homme violent qui a tué plusieurs fois sous l’emprise de la colère, voit la mer pour la première fois. Travailleuse et femme de devoir, elle pense qu’elle « a de la chance » parce qu’elle a cinq beaux enfants et que ses séances au parloir ne se passent pas trop mal.  

Bloqués sur l’île par une tempête, ils sont surveillés par Nitti Perfrancesco, un agent carcéral que ses années de service ont peu à peu déshumanisé.  Le temps d’une nuit et d’un repas partagé, des liens se tissent entre ces trois personnages, qui les aideront à évoluer.

Dès le commencement du roman, le lecteur perçoit un grand décalage entre la nature de l’île et son affectation :

"L’air épicé, ça non, ils ne s’y attendaient pas.  On distribua des numéros, des uniformes, des cellules. La vie quotidienne commença dans la nouvelle prison à régime spécial. Bref tout se passa plus ou moins comme ils s’y attendaient. Mais l’air parfumé, non. Même le plus clairvoyant des chefs de commando, le plus expert des condamnés à perpétuité ne l’avaient pas prévu. Tandis qu’ils débarquaient du chinook au milieu des hurlements et des coups de pieds, l’île les saisit de plein fouet par son arôme… Elle sentait le sel de mer, le figuier, l’hélicryse." (p. 17)

Il pourrait s’agir de l’île d’Asinara, au large de la Sardaigne, qui a effectivement servi de lieu de rétention pour des criminels et à des mafieux dangereux, "terroristes rouges et noirs".

Peu d’action, finalement, dans ce roman, qui s’attache avec sobriété à l’île et aux  relations entre ses différentes catégories de résidents, permanents ou de passage, et au regard des gardiens sur les différentes catégories de population carcérale.

Aline

07/11/2014

Giovanni le bienheureux

roman étranger,italieGiovanni le bienheureux

Giovanni ARPINO

Belfond, sept 2014, 273 p, 18 €

Traduit de l’italien Sei stato felice, Giovanni par Nathalie Bauer

Premier roman de l’auteur, pour la première fois édité en France, Giovanni le bienheureux évoque Gêne, ses ruelles et ses ciels, et ses classes populaires.  A 23 ans, Giovanni, surnommé « Beau Gosse », vit au jour le jour, désœuvré et insouciant. Son seul objectif est de « faire de la vie une fête » : un toit sur sa tête, quelques livres, des cigarettes, un repas et de l’alcool suffisent à son bonheur. Gai, paresseux et charmant, il ne fait aucun projet, mais trouve mille astuces pour se procurer du vin, avec ses amis de galère Mario le bourlingueur, et Mange-Trou l’avaleur de grenouilles et d’anneaux.

"J’aimais vivre ainsi, me lever après avoir dormi tout mon saoul, n’être attaché qu’au soleil ou au froid, aller au port, me promener. J’aimais m’assoir au soleil et au vent, dans les jardins du quartier avec les vieillards arthritiques, saluer les vendeuses de fèves de la piazza Vachero, m’étendre dans les collines et parler avec Mario de femmes, d’autrefois et d’après." (p. 26)

"Lorsqu’il pleuvait fort, tout le monde s’enfermait au café et bavardait encore et encore. Peu à peu tous les clients se mettaient à boire, l’heure du poisson arrivait, et Aldo distribuait des cornets faits d’un épais papier gris qui échouait par terre, sous les tables. Ceux qui avaient mangé du poisson étaient alors pris d’une soif infernale, à l’exception de Mario : lui, il avait toujours soif…. Mario aimait beaucoup la pluie : pendant la pluie, il le savait, les cafés se transforment en famille aux têtes nouvelles, têtes de parents venus de loin qui ont du mal à se reconnaître ; la méfiance s’évanouit et, à force de regarder la pluie tomber derrière les vitres, tout le monde finit par se reconnaître, voire par festoyer un peu. Les gens qui boivent pendant la pluie aiment tout le monde…" (p. 48)

Parfois un sursaut de lucidité ou la faim le poussent à chercher un petit boulot, à s’attacher à une fille, mais il redoute plus que tout la fin de cette vie de bohème.

"Voilà, il fallait que je travaille. Il fallait que je travaille et que je prenne le risque de perdre tout ce qui était encore intact et prêt en moi. J’ignorais ce qu’il y avait encore de prêt en moi, mais il y avait bien quelque chose, quelque chose de solide et de résistant. Voilà, je devais brandir ça et courir des risques. Je ne pouvais plus rester assis à un café en me croyant malin, ou du moins aussi malin que les autres. Il fallait que je m’extirpe des cafés, des lits, des copains, des femmes, des habitudes, du jardin public de la via Adua. 

M’en extirper et faire quelque chose, n’importe quoi, ce qui fait qu’un homme est un homme, pas seulement une main peignant des caisses ou clouant des caisses avec le sentiment qu’elle peut arrêter n’importe quand. Je n’avais jamais été un homme qui avance vraiment. J’avais vécu un tas de vies entamées et jetées l’une après l’autre comme de vieux mouchoirs par ennui, bêtise, irritation. Maintenant ces vies me serviraient. Ce n’avaient pas été des vies inutiles, je le savais, mais des sortes de fenêtres dans une maison, des fenêtres devant lesquelles on s’assoit pour admirer des paysages incluant des gens et des arbres. Or, une maison possède des murs, des portes, des escaliers, des toits et des endroits où l’on est protégé. Moi, je n’avais eu que des fenêtres, je n’avais pas été un bon maçon. A présent il fallait que je réagisse, que je construise les murs. Les fenêtres ne seraient pas oubliées. Au contraire. Elles étaient là pour m’aider, elles étaient les événements d’avant, et les événements ne s’effacent pas." (p. 84)

Giovanni Arpino (1927-1987) est un auteur majeur de la littérature italienne, également journaliste à la Stampa et scénariste. Deux de ses romans ont été adaptés au cinéma : Parfum de femme, et Une âme perdue.  L’ombre des collines (1962, trad française 1998) a reçu le prix Strega (prix Goncourt italien). J’ai aimé son écriture, à la fois classique (imparfait et passé simple) et très évocatrice du quotidien.

Aline

 

22/12/2013

Bouillon italien (suite)

Mario Rigoni-Stern (1921-2008)

Mario Rigoni Stern est né à Asiago, commune pauvre du Tyrol italien. Il est incorporé pendant la Seconde Guerre mondiale dans un régiment de chasseurs alpins. Fait prisonnier par les Allemands après la signature de l'armistice avec les Alliés en septembre 1943, il est transféré en Prusse orientale. Il finit par s’évader, et parvient à rejoindre Asiago en avril 1945. Employé au cadastre, il se consacre à l’écriture à partir de 1970.

Rigoni Stern et Primo Levi ont vécu des expériences qui se rejoignent, et Primo Levi le considérait comme l'un des grands écrivains italiens du 20e sièclePlus modestement, nous aussi avons beaucoup aimé ses textes, dont nous recommandons chaudement la lecture

Le sergent dans la neige (1954)

Premier livre écrit par Rigoni Stern, devenu un classique de la littérature italienne, ce roman reprend ses souvenirs de la dure retraite de Russie : la longue marche de quelques soldats italiens, dans le froid et la neige, accompagnés par la faim. Souvenirs aussi de quelques moments d'humanité et de solidarité, y compris entre ennemis.

Les saisons de Giacomo (1995)

1919-1938. Histoire des familles italiennes du plateau d'Asiago. Le travail manque, les pères partent en chercher à l'étranger, les enfants pauvres comme Giacomo fouillent les tranchées de la 1ère guerre pour récupérer les métaux des obus et gagner quelques sous. Puis c'est la montée du fascisme, la politisation et l'embrigadement des jeunes. Mario Rigoni Stern offre un témoignage poignant, tout en transmettant son émerveillement devant la campagne et la nature, dans une très belle écriture.

Les sentiers sous la neige (1998) et En attendant l'aube (1994)

Recueils de nouvelles très évocatrices, autour des thèmes récurrents chez Rigoni Stern : la guerre, la neige et le froid, le réconfort que l'on peut trouver auprès des autres, la solidarité, la montagne. La lettre à Jacopo fait exception : elle rend hommage au peintre de la Renaissance Italienne, Jacopo da Bassano, à travers l'histoire d'une de ses œuvres.


Retour sur le Don (1973) 

Trente ans après la campagne de Russie à laquelle il participa en tant que chasseur alpin italien, l'auteur revient dans les steppes russes parcourir à nouveau le tragique itinéraire où la plupart de ses camarades sont tombés. Passé et présent alternent. Mais au-delà des hostilités imposées et de l'absurdité des combats, les contacts humains, élémentaires et essentiels, demeurent. Les souffrances vécues rapprochent les deux camps autrefois opposés ; l'auteur retrouve alors les qualités de l'âme russe découvertes dans les camps de prisonniers. On retiendra la superbe histoire des trois pommes de terre bouillies, offertes par une vieille femme russe. La guerre n'a pas épargné non plus le plateau d'Asiago. De tout cela, Rigoni Stern témoigne avec un réalisme sobre. Nourri d'émotion et de poésie face à la nature, il fait sortir de l'anonymat des humbles.

 

Bouillon italien

Erri de Luca

Né Henry de Luca à Naples en 1950, il est parti jeune de chez ses parents, a milité dans l'extrême gauche, a exercé de nombreux métiers manuels tout en réservant du temps pour ses passions : l'alpinisme, la traduction de l'ancien testament  de l'hébreux à l'italien (autodidacte en hébreux et yiddish) et l'écriture. En 2002, il a reçu le prix Femina étranger pour Montedidio.

La plupart de ses romans sont largement autobiographiques, avec des thèmes récurrents : l'enfance, les premiers émois amoureux, la montagne, le militantisme de gauche des années 60-70. Ils sont traduits en français par Danièle Valin.


Les poissons ne ferment pas les yeux

Gallimard, 2013, 15.90 €

Le narrateur revient sur ses années d'enfance solitaire, avec un regard et des réflexions d'adulte. L'été de ses 10 ans, son père parti en Amérique pour chercher du travail, il passe ses vacances sur une île avec sa mère. Proche de l'adolescence, il se sent grandir, mais a l'impression que son corps ne suit pas. Il apprécie les plaisirs de la plage et de la mer, la pêche, mais reste intellectuel et différent des autres, qui le chahutent… jusqu'au moment qu'il choisit –comme pour mettre fin à son enfance-  pour se laisser tabasser par la bande… C'est aussi l'été d'une rencontre initiatique avec une fillette délurée.


Tu mío

Rivages, 1998

Egalement situé sur une île – inspirée de l'île d'Ischia, en face de Naples, où l'auteur passait ses vacances – le roman en rend toute l'ambiance. Le jeune narrateur accompagne souvent Nicola, un pêcheur qui a connu la guerre, et le fait parler.  C'est aussi le temps de l'adolescence et de l'initiation à l'amour, pas celui –pas forcément enviable- dont parlent les adultes.


Le poids du papillon

Gallimard, 2011, 9.65 €

Dans les Alpes Italiennes, chères à Erri de Luca, un chamois, mâle dominant, mène sa harde depuis des années, et sent s'approcher le moment où il ne gagnera plus les défis de mâles plus vigoureux.  Face à lui, un braconnier vieillissant, dont la dernière ambition est de tirer ce chamois légendaire. Un duel de ruse et d'escalade dans un décor de montagne presque sacralisé.


Trois chevaux

Gallimard, 2000, 14.90 €

La vie d'un homme dure autant que celle de trois chevaux.

Le narrateur, Italien émigré en Argentine par amour, retourne au pays après la mort de sa femme, victime de la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d'un homme dure autant que celle de trois chevaux. Il travaille comme jardinier et mène une vie solitaire, avec ses bouquins et quelques amis de rencontre. Il entame une nouvelle étape de sa vie lorsqu'il se lie avec une belle femme "qui va avec des hommes pour de l'argent" et entreprend de l'apprivoiser.


Le contraire de un

Gallimard, 2004, 14.75 €

Recueil de nouvelles, ou plutôt de courts récits autobiographiques, où se retrouvent la plupart des thèmes chers à l'auteur : l'Italie, les combats révolutionnaire des années 1970, la montagne, les premiers amours,… Certaines formules -très poétiques ou touchantes d'humanité- ressortent comme des pépites de ces récits, que nous avons néanmoins trouvés ennuyeux.


Rez-de-chaussée

Rivages, 1996, 8.15€

Chroniques (parues dans les journaux italiens) qui reprennent l'actualité de l'auteur, de ses petits boulots d'ouvrier aux convois humanitaires en ex-Yougoslavie.

06/10/2013

Le bruit de tes pas

roman étranger, Italie, amitié, amour, drogue"La Forteresse" est  une banlieue italienne sordide, toute d'immeubles et de béton, peuplée majoritairement de famille pauvres, de squatteurs, de chômeurs, de dealers,... Fils d'une brute alcoolique, Alfredo se réfugie dans l'appartement du dessous chaque fois que son père le bat, et grandit quasiment dans la famille de Béatrice. Tous deux sont inséparables, au point qu'on les a surnommés  les Jumeaux.

 

Leur relation, maladroite et sauvage dans l'enfance, devient exclusive et agressive à l'adolescence, lorsque leurs aspirations commencent à diverger. C'est dramatique de les voir se déchirer, malgré leur attachement, alors que le milieu dans lequel ils vivent se charge déjà de les détruire :

 

"Quand on avait entre seize et trente ans et qu'on vivait à la Forteresse, les probabilités d'être tué étaient plus élevées que la moyenne nationale. On le savait tous : on courait un risque pour le simple fait d'être nés au mauvais endroit.

Mais Alfredo et moi pensions que rien ne nous arriverait. A l'âge de dix-huit ans, nous imaginions que nous allions vivre éternellement.

Puis la Forteresse qui s'était d'abord montrée clémente décida qu'il y aurait pour nous aussi un prix à payer."

 

Un récit âpre et touchant, où l'amitié et l'amour ne suffisent pas toujours à la rédemption. L'histoire n'est pas particulièrement originale, mais les personnages lui donnent une grande force.

 

Le bruit de tes pas

Valentina D'Urbano

Editions P. Rey, sept. 3013, 237 p., 19€

Premier roman, traduit de l'italien "Il rumore dei tuoi passi" par Nathalie Bauer

 

18/02/2013

Petit art de la fuite

Petit art de la fuite, Enrico Remmert, éd. P. Rey, 2013, 235 p., 18 €

Traduit de l'italien Strade bianche par Nathalie Bauer

 

De Turin jusqu'au sud de l'Italie, un voyage entrepris entre Vittorio et Francesca, fiancés de longue date, tourne au road trip déjanté. Rejoints par leur meilleure amie Manu, ils voyagent dans La Baronne, ancienne voiture d'auto-école dans laquelle il faut garer ses jambes pour éviter le double pédalier. Le quatrième passager n'est autre que le violoncelle de Vittorio, musicien virtuose dont les angoisses existentielles ne se calment que lorsqu'il joue.

 

roman,italie,road tripPoursuivis par l'ex de Manu, le violent DJ Ivan, les trois jeunes adultes multiplient les arrêts et les contretemps. Un peu inconséquents, nos voyageurs profitent de la parenthèse du trajet pour réfléchir au sens de leur vie et de leurs choix… quand ils ne s'embarquent pas dans des entreprises loufoques. Ce récit, à la fois léger, plein de rythme et philosophique, est rafraîchissant à lire.