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24/10/2016

Heaven

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Mieko KAWAKAMI

Actes Sud, 2016, 256 p., 21€

Traduit du japonais par Patrick Honnoré

 

Entre deux adolescents japonais, confrontés chacun de leur côté à de féroces brimades au collège, se développe une fragile amitié. Pendant un temps, Kojima, sale et négligée, dite « la poubelle » et le narrateur, affligé d’un fort strabisme, dit « Le bigleux » ou « Paris-Londres », semblent se comprendre. Leur échange discret de petits mots ou leurs rencontres discrètes sont autant de respirations.

Bien loin de nos références occidentales, l’auteur confronte plusieurs points de vue autour de ces exactions : celui d’un harceleur, et celui des deux victimes, qui vivent le harcèlement de façon entièrement différente. Tandis que Kojima intellectualise la souffrance et la revendique comme une marque de spécificité choisie, le narrateur souhaite juste qu’elle cesse.

Momose, persécuteur sans états d’âme, réfute la notion de bien ou de mal : « On ne le fait pas parce qu’on a le droit. On le fait parce qu’on a envie de le faire…. Ça pourrait être n’importe qui. Par hasard tu es là, par hasard tu te sens l’envie… »

Le harcèlement scolaire, sous un angle japonais terriblement noir. Les personnages offrent peu de prise à l’espoir. Heaven (ou paradis) est le titre d’un tableau évoqué par Kojima, que le narrateur tente vainement d’atteindre…

D'une belle qualité d'écriture, mais glaçant.

Aline

29/06/2016

Le convoi de l'eau

Japon, roman étrangerLe convoi de l’eau

Akira Yoshimura

Actes Sud (lettres japonaises), 2009, 173p, 16,30 €

Traduit du japonais Mitzu no soretsu (1967) par Yutaka Makino

Un convoi d’ouvriers s’enfonce à pied dans la forêt, pour parvenir au cœur des montagnes, dans une vallée reculée où est prévue la construction d’un barrage hydroélectrique. Les ouvriers et leurs contremaitres campent aux abords d’un hameau ancestral  qui sera nécessairement englouti lors de la construction. Pour la plupart aveugles à la splendeur de la nature qui les entoure et hermétiques aux préoccupations des villageois, ils ne comprennent pas le monde qu’ils sont en train de détruire.

Le narrateur, un homme étrange, a signé ce dur contrat non pas pour le salaire alléchant, mais à la recherche d’une certaine sérénité,  poursuivi qu’il est par ses souvenirs de violence. Il semble le seul à s’émerveiller de la nature qui les  entoure, et à observer la vie patiente et obstinée de la communauté vouée à l’exil. La scène où les villageois réinstallent patiemment la couverture végétale sur leurs toitures après chaque ébranlement de dynamite est particulièrement marquante.

Ce court roman, étrange et envoûtant, exalte la nature encore sauvage, forêts, montagnes, sources d’eau chaude… et la résilience des paysans vivant en symbiose avec elle… (par opposition à la brutalité des citadins et profiteurs de tous poils, même si ce n’est pas nécessairement le propos de l’auteur.)

Aline

06/06/2016

La légende de Momotaro

conte,japon

La légende de Momotaro
Adapté par Margot REMY-VERDIER et illustré par Paul ECHEGOYEN
Marmaille & compagnie, 2016, 15 €

Dans une rivière de la région d’Okayama, une vieille femme lavait son linge lorsqu’une pêche énorme vint s’échouer entre ses mains. Au moment de la partager avec son mari, la pêche s’ouvrit, révélant à la place du noyau un minuscule garçon…
Cet enfant miraculeux grandit vite, doté d’une générosité hors du commun et d’une force extraordinaire, mise au service des autres. Sa réputation vint aux oreilles du seigneur, qui le chargea d’aller libérer l’île aux démons. Au cours de son voyage, il partagea ses gâteaux de riz avec un chien, puis un singe et un faisan qui devinrent ses amis et  l’aidèrent dans sa quête.

Momotaro sur l'île aux démons
Momotaro sur l'île aux démons © Paul Echegoyen

Momotaro est l’un des contes populaires les plus racontés au Japon. Cette adaptation sort du lot, par son français musical, mais surtout grâce à ses grandes illustrations pleine page, très abouties : baignés de culture japonaise, mais dans un style plutôt art déco,  les paysages sont splendides ! Leurs couleurs et leurs détails, qu’ils soient rivière, prairie, forêt, falaises ou île aux démons créent à chaque fois une ambiance, sur laquelle tranchent les personnages stylisés.

De plus, 3 pages « coulisses de l'album » permettent d’observer la technique de l'illustrateur, la composition des pages, la mise en couleurs etc.

Facile d’accès pour les petits, avec des personnages qui leur plaisent et des rebondissements, cet album-conte séduit aussi les adultes. Faites-vous plaisir !

Aline

20/05/2016

Club spécial manga

Mercredi 18 mai le club ado B.A.G (Bibliothèque Ado Gâteau) s'est transformé en club spécial pour lecteurs de manga à l'occasion de notre exposition sur le Japon.

Dans un premier temps, nous avons discuté et échangé sur nos mangas préférés. Chacun a présenté sa série :

- Black Butler/ Yana Toboso : histoire d'un majordome un peu particulier qui aurait pactisé avec le diable...

- Le maître des livres/ Umiharu Shinohara : bibliothécaire jeunesse peu sympathique qui aide à résoudre les problèmes de ses lecteurs par la lecture.

- GTO/ Tôru Fujisawa : professeur face à des classes pas toujours très faciles à gérer.

- Kuroko's basket/Tadatoshi Fujimaki: duel au sommet entre les deux plus grandes équipes de basket du lycée.

- One piece/ Eiichiro Oda: un petit garçon rêve de devenir pirate. Devenu homme caoutchouc, il embarque avec son équipage à la recherche du trésor.

- Bamboo blade/ Masahiro Totsuka : un professeur de Kendo doit recruter 4 jeunes filles dans son équipe s'il veut pouvoir se nourrir correctement à nouveau.

- Ratman/Sekihiko Inui : Shuto n'a qu'un rêve, devenir un super héros.

- Hikaru no go/ Yumi Otta : manga sur le jeu du go très populaire au Japon. Un esprit prend possession d'un joueur de go...

Yana Toboso - Black Butler Tome 1 : .Umiharu Shinohara - Le Maître des livres Tome 1 : .Tôru Fujisawa - GTO Paradise Lost Tome 1 : .Tadatoshi Fujimaki - Kuroko's Basket Tome 1 : .Eiichirô Oda - One piece tome 1.Masahiro Totsuka et Aguri Igarashi - Bamboo blade Tome 1 : .Yumi Hotta et Takeshi Obata - Hikaru no Go Tome 1 : .

Et encore bien d'autres ... disponibles à la bibliothèque !

Nous sommes ensuite passés à la réalisation et création de personnages de manga. Grâce à des gabarits (ou sans), chacun a pu donner libre cours à son imagination. Les dessins ont été suspendus en guirlande au côté des nombreux objets de l'exposition sur le Japon.

 atelier manga 5.jpg

Et en guise de conclusion, le goûter ! Une seule condition pour avoir sa part de gâteau, répondre à la question : si j'étais un personnage de manga je serais...

Un grand merci aux membres du club ado pour leur participation et leur aide à l'organisation.

Céline

19/05/2016

Atelier papier japonais et furoshiki

japon,atelier créatifLe furoshiki désigne à la fois un carré de tissu japonais et son utilisation : la technique du pliage et du nouage, qui permet le transport de vêtements, du bento (boîte-repas) ou d'objets divers, ainsi que l'emballage des cadeaux.
C'est un emballage esthétique, réutilisable, qui correspond au souci actuel de développement durable, et de remplacement des emballages plastique ou papier...

Samedi, nous avons essayé plusieurs modèles de furoshiki, en nous inspirant des livres : Le furoshiki un jeu d'enfants, d'Aurélie Le Marec, et Furoshiki : emballer avec du tissu, de Jennifer Playford. Et ça marche ! C'est joli et facile à réaliser.

japon,atelier créatif japon,atelier créatif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le furoshiki, en bref

A partir du 8e siècle, les objets de valeur (vêtements) étaient emballés dans un carré de tissu appelé tsutsumi (emballage).  A l’époque Muromachi (1336-1573) le shogun Ashikaga Yoshimitsu fait construire un grand bain dans sa résidence à Kyôto et y invite de nombreux seigneurs qui utilisent ce tissu au blason de leur famille pour éviter de mélanger les kimonos et autres effets personnels. Avec l’essor des bains publics, le tissu carré est baptisé furoshiki « étaler au bain ».

Avec l’introduction du coton au Japon, au 19e siècle, le furoshiki peut être produit à plus grande échelle. Les voyageurs japonais l'utilisent pour transporter leurs affaires personnelles et se déplacer lors des pèlerinages ou fuir en temps de guerre. A Edo (aujourd’hui Tôkyô), les incendies étant fréquents, les furoshiki étaient toujours prêts.

Les marchands utilisent aussi cette technique pour transporter les marchandises et les mettre en valeur auprès de leur clientèle. Ils s’en servent aussi comme support publicitaire, et contribuent ainsi beaucoup à sa diffusion.

Le furoshiki est aussi l’art d’emballer les cadeaux. L’emballage fait ainsi partie intégrante du cadeau. Au Japon, on fait  attention aussi bien au contenu qu’au contenant, qui témoigne de l'intention. On prend grand soin de l’emballage qui, selon l'occasion, la saison ou la personne à qui on l'offre, change de matière, motifs ou couleurs.

Washi, Chiyogami, etc

Plein d'infos sur le washi et les différentes sortes de papiers japonais sur le blog Chiyogami Touch, rédigé par Emilie, qui habite au Japon. Vous y trouverez aussi des idées d'ateliers créatifs.

 

12/05/2016

Expo Japon

Expo Japon en mai-juin 2016

Poteries Raku, photos, objets japonais,

livres pratiques, contes, mangas...

 

Ateliers Japonais

 japon

Samedi 14 mai, 10h-12h

Furoshiki et papier Washi

 

japon

 

Mercredi 18 mai à partir de 15h

Club « spécial manga »

 

Japon

 

Samedi 28 mai, 10h–12h

Origami et Tangrami

  

Tout public dès 8 ans, gratuit, sans inscription

10/04/2016

Heure du conte

Heure du conte

Mercredi 13 avril à 15h

Contes du Japon.jpg

 

 

Animation pour les enfants de 5 à 11 ans

avec l’association Romarine.

à 16h, un goûter sera offert par les bénévoles de l'association Bibliothèque Jarézienne.

Réservation suggérée

18:47 Publié dans Animation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : heure du conte, japon

07/09/2015

Le peintre d'éventails

Peintre d'éventails.gif

 

Le peintre d’éventails

Hubert HADDAD

Zulma, 2013, 17 €

 

Hi-Han retrouve son vieux maître Matabei Reien à l’aube de sa mort, et recueille ses souvenirs, ainsi qu'une précieuse malle à mettre à l'abri.

C'est au fin fond de la contrée d'Atôra, au nord-est de l'île de Honshu, que Matabei, peintre traumatisé par un accident dont il s’était senti responsable, s’était retiré dans la pension de famille de Dame Hison. Spectateur de la vie de cette l’auberge, impliqué parfois dans ses passions,  il trouvait l’apaisement dans son magnifique jardin, "comme un visage tourné vers le ciel". Osaki, le vieux jardinier, l’avait choisi pour lui succéder, et l’avait peu à peu initié au jardin zen et à la peinture d’éventails. A son tour, il avait tenté de transmettre ce savoir à Hi-Han, jusqu’à ce que celui-ci s’éloigne.

"Peindre un éventail, n’était-ce pas ramener sagement l’art à du vent ?" (p.45)

Lorsque toute la région  a été brutalement détruite par le tsunami, la pension couverte de boue et ses habitants morts ou disparus, seul Matabei en excursion sur la montagne des bambous au moment de la catastrophe, s’en est tiré, et refuse d’être évacué. Il a refusé de s’éloigner de l’épicentre de sa vie, la région de Fukushima, pour tenter de sauvegarder ce qui pouvait l’être de l’œuvre du peintre d’éventails. Ses derniers mois ont été tendus par la nécessité de restaurer l’esprit du jardin dans la peinture d’éventails qui le représentait sous tous les angles.

Ce roman d’initiation, très contemplatif et parsemé de haïkus qui font écho à l’œuvre du merveilleux peintre et jardinier, laisse un sentiment puissant de nostalgie devant tant de beauté éphémère, et fait toucher du doigt tout ce que le tsunami a emporté d’intangible avec lui.

Ecrivain d'origine tunisienne de langue française, Hubert Haddad a su rendre admirablement une ambiance japonaise, d'une écriture sobre, évoquant ou suggérant plus qu'elle ne décrit. Entrevue sur France Culture.

Aline

Relire p. 78 le rapport entre éventails et jardin.

10:21 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : japon, zen, tsunami, roman

23/09/2013

Les évaporés

"Ce que nous appelons ici johatsu remonte à l'époque Edo. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d'honneur allaient se purifier aux sources du Mont Fuji. Il y a là des sources d'eau chaude et des établissements de bains, ce sont des villes d'hôtels. Ils prenaient une auberge, ils entraient dans les bains de vapeur et ils disparaissaient. C'est pour cela qu'on les appelle les évaporés. Peut-être certains se suicidaient en prenant le chemin de la forêt. Mais d'autres réapparaissaient, quelques années plus tard, ailleurs."

 

Au Japon, lorsqu'une personne disparaît, on dit simplement qu'elle est johatsu, qu'elle s'est évaporée. Pour Kazehiro, "ce n'était pas une solution, mais c'était une issue", qu'il a saisie de son mieux, disparaissant de chez lui au petit matin, laissant sa famille face à la honte et à la tristesse. Sa fille, Yukiko, rentre d'urgence de San Francisco pour enquêter avec Richard, un ex-petit-ami détective. Mais disparaître n'est pas un délit, et n'entraîne aucune enquête de police.

Richard, plus poète et rêveur qu'enquêteur, et de surcroit incapable d'aligner deux mots de japonais, progresse peu dans ses recherches, mais il s'imprègne de culture japonaise, et avec lui, le lecteur. Yukiko, de son côté, renoue avec ses amis et le côté japonais de sa personnalité.

 

Chacun des personnages est à son tour narrateur : Kazehiro, sa femme, Yukiko, Richard, et Akainu, un jeune garçon à la rue depuis le tsunami. L'histoire est située peu après le désastre du tsunami et de Fukushima. Notre évaporé vit un moment à Tokyo, dans le quartier des travailleurs pauvres et des marchands de travail.

 

"Le tsunami avait brutalement jeté des milliers de personnes sur les routes. La reconstruction durerait des années. La zone d'exclusion demeurait inhabitable. Malgré les aides d'urgence, les dédommagements ne viendraient qu'au terme de procès qui prendraient au moins dix ans, dans lesquels l'Etat, la compagnie électrique et les assurances se rejetteraient la responsabilité de la catastrophe, regrettant de ne pas pouvoir l'attribuer à quelque dieu caché, au destin,… Ceux qui avaient des dettes ou qui avaient sombré avec le traumatisme avaient rejoint Tokyo dans l'espoir de refaire leur vie. Certains, pour des raisons qui leur appartenaient, avaient choisi de disparaître. Beaucoup avaient erré, ballotés comme des débris de vaisseaux fantômes dans la campagne submergée, toutes amarres rompues, familles disloquées, parents perdus, maisons effondrées, anéanties, éparpillées sur la plaine en compagnie de carcasses de voitures et de bateaux, de routes arrachés, de rochers, de chiens redevenus sauvages… Et tous ces gens qui erraient étaient comme à la dérive au milieu des restes de leur monde. La mer s'était retirée, mais il n'y avait plus de port où rentrer…

Pour  exactement les mêmes raisons, c'étaient eux qu'on envoyait à présent dans le Nord qu'ils avaient fui déblayer les routes, débarrasser les gravats, nettoyer les égouts inondés de Fukushima ou travailler à la maçonnerie de la centrale nucléaire pour une de ces entreprises de sous-traitance dont personne ne voulait rien savoir. C'était du boulot pour une semaine ou deux, parfois un mois, selon les risques. Ceux qui travaillaient dans le périmètre d'exclusion de la centrale, on leur donnerait des combinaisons sur place, pas de badge dosimètre pour mesurer les radiations, pas de suivi médical. Ces hommes étaient sortis des statistiques qui permettent aux gens normaux de se sentir en sécurité…

La misère est une énergie renouvelable."

 

J'ai relu certains extraits plusieurs fois pour le plaisir, et pourrais noter des dizaines de citations, tantôt très poétiques, tantôt représentatives d'une ambiance, d'un aspect du Japon… Et pourtant, chaque fois que je posais ce livre, je devais me forcer pour le reprendre. Pourquoi ? Est-il vraiment pensé comme un roman, ou comme une juxtaposition de scènes ? Se ressent-il de ses nombreux narrateurs, pas tous aussi crédibles (le regard posé sur les marchands de travail n'est pas très vraisemblable provenant d'un garçon de14 ans) ? Par moment, l'accumulation d'images un peu "clichés" semble provenir en droite ligne de l'imaginaire occidental du Japon, d'autres fois les scènes relèvent presque du documentaire. L'écrivain français peut-il représenter le ressenti des Japonais ? Au fait, l'auteur a-t-il passé du temps au Japon ?...

 

roman,japonLes évaporés

Thomas B. Reverdy

Flammarion, août 2013, 302 p., 19€

11/02/2013

Haruki Murakami

Kafka sur le rivageroman,japon

Belfond 2006, 23 €

 

Récit initiatique dans le Japon actuel.

Kafka Tamura fugue le jour de ses 15 ans. Il fuit sa maison de Tokyo et son père, sculpteur célèbre, "avant d'être trop abîmé". Instinctivement il se dirige vers l'île de Shikoku, où le climat est plus doux. Là, il trouve refuge auprès de plusieurs personnes, et en particulier dans une bibliothèque privée calme et spacieuse, où le personnel, extra-ordinaire, l'aide à progresser vers sa vérité.

De son côté, Nakata, vieil homme simple d'esprit, mais qui parle aux chats, vit des évènements extraordinaires. Lui aussi doit prendre la route, poussé par une sorte d'appel impérieux.

Ces deux personnages semblent évoluer hors du temps, aidés lorsqu'il en est besoin par les gens qu'ils rencontrent. Dans une inquiétante étrangeté, leur destin semble converger inexorablement, accompagné de phénomènes météorologiques étranges : pluie de sardines, de sangsues, tonnerre…

 

Un roman énigmatique et onirique, avec une part d'inexplicable… certaines actions sont dictées par l'inconscient, d'autres passent par le canal des rêves, des personnes ou des fantômes passent la frontière de la mort…

Malgré la part inexplicable, ou inexpliquée du roman, je l'ai trouvé envoutant et splendide !

 

 

Au Sud de la Frontière, à l'Ouest du Soleilroman,japon

Belfond, 2002, 18.30 €

 

Roman intime dont le héros est en quête d'un inaccessible amour absolu.

Au seuil de l'adolescence, Hajime a connu une amitié/amour intense avec la douce Shimamoto-San, la seule personne avec qui il ait jamais pu parler à nu, jusqu'à ce que la vie les sépare. Toute sa vie, il a recherché le sentiment de plénitude, de complétude qu'il ressentait auprès d'elle.

Aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, Hajime est devenu un homme riche et s’est construit une vie agréable entre sa famille et un métier de gérant de bars de jazz qui lui plaît. Des femmes l'ont aimé, sa femme l'aime, mais il donne assez peu de lui. Il a toujours la sensation d'être le spectateur de sa vie, l'insatisfaction semble être l'essence même de son être.

Jusqu'à ce que Shimamoto-San réapparaisse dans sa vie, et le fasse souffrir.

Toujours aussi amoureuse, elle se montre mystérieuse et inaccessible. On ne sait jusqu'au bout presque rien de la vie de Shimamoto-San, et le lecteur est presque aussi frustré que Hajime. La fin du roman est ouverte, et le lecteur a toute latitude d'imaginer quelle évolution va suivre la relation de Hajime avec sa femme.

 

Il y a des choses dans la vie qu'on peut changer et d'autres non. Le temps par exemple est irrattrapable. Il est impossible de revenir sur le passé. […]Avec le temps, les choses se figent, comme du plâtre dans un seau, et on ne peut plus revenir en arrière. Le "toi" que tu es maintenant est solidifié comme du ciment et tu ne peux pas être autre que ce que tu es aujourd'hui… (p. 17)

 

Le titre est une référence

-       aux rêves et fantasmes sur ce qui pourrait exister de l'autre côté de la frontière

-       à l'hystérie sibérienne (expliquée page 187)

 

La musique (jazz) est très présente, avec le titre "star-crossed lovers", musique de Roméo et Juliette composée par Duke Ellington et Strayhorn pour le festival Shakespeare (Ontario).

 

J'ai trouvé ce roman assez universel, les aspects typiquement japonnais m'ont paru peu développés, si ce n'est que les personnages font preuve d'une extrême civilité et s'excusent beaucoup. En toile de fond, également, Tokyo, sa croissance effrénée, et la spéculation qui l'accompagne, à laquelle le héros refuse de céder.

Aline