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27/08/2018

La vie parfaite

roman, Italie, maternitéLa vie parfaite

Silvia AVALLONE

Liana Levi, 2018, 400 p., 22€

Traduit de l’italien par Françoise Brun

 

C'est toujours avec plaisir que j'ouvre un roman de Silvia Avallone et cette fois encore je ne suis pas déçue. Cette jeune autrice poursuit son exploration des motivations, des rêves et des difficultés de la jeunesse italienne contemporaine. Elle s'attache particulièrement aux laissés pour compte, ceux qui vivent dans des banlieues défavorisées. Dans La vie parfaite, elle traite de la maternité à travers le destin de deux femmes, Adèle et Dora.

Adèle, 18 ans vit dans la cité des Lombriconi, près de Bologne, un monde livré à la violence et au désespoir. Elle attend un enfant non désiré de Manuel qui refuse cette grossesse. Manuel, un jeune à la dérive, doué pour les études et qui a tout laissé tomber à l'adolescence pour avoir de l'argent facile et se livrer au trafic de drogue pour le compte de la Mafia. Adèle ne sait quelle décision prendre : garder son bébé et l'élever dans des conditions difficiles et précaires, ou l'abandonner et lui donner sans doute une meilleure chance ? Elle ne se sent soutenue ni dans un choix ni dans un autre. Sa mère se reconnaît trop dans cette grossesse précoce et voudrait autre chose pour sa fille, mais elle l’exprime sans bienveillance et semble étouffée par ses propres regrets. Son père, parti alors qu'elle était enfant, est en prison.

À quelques kilomètres, dans le centre de Bologne, Dora, 30 ans, professeur de littérature, est obsédée par le désir d'enfant. Après avoir tout essayé avec son mari Fabio, elle doit se rendre à l'évidence qu’elle n'aura jamais d'enfant, mais ne supporte pas que son corps lui fasse défaut. Ce désir l’a rendue aigrie, amère, jalouse des femmes pour qui la conception semble si facile. Lorsqu’ils finissent par décider d'adopter un enfant, Fabio et elle sont confrontés aux démarches administratives, en un parcours sans fin où il faut savoir être opiniâtre et garder courage.

Autour de ces deux femmes au seuil de choix cruciaux, gravitent les témoins de leur histoire. Et tous ces êtres fragiles, ces losers magnifiques, cherchent un ailleurs, un lieu sûr, où l’on pourrait entrevoir la vie parfaite.  Les destins des uns et des autres se croisent. Ainsi Zéno, amoureux d'Adèle, est un élève brillant soutenu par Dora qui le pousse dans ses études, seul issue pour lui d'échapper à la banlieue. Il va influer sans le savoir sur le choix de Dora. C'est auprès de lui également qu'Adèle trouvera écoute et réconfort.

Silvia Avallone nous place au cœur de la vie de femmes d’aujourd’hui et des choix auxquelles elles sont confrontées, de ceux qui bouleversent une vie. Elle nous donne à entendre la voix de celles qui luttent et cherchent leur place dans une société résolument conformiste et soumise au déterminisme social. Les hommes n’en sont d’ailleurs pas exempts et ceux qui tentent de s’en affranchir le payent au prix fort.

Dans ce roman il est aussi question de transmission, de ce qui fait de nous des parents, mais aussi des histoires que nous portons et qui nous relient à l’enfance. Silvia Avallone tente aussi de répondre aux questions que l’on se pose forcément lorsqu’on devient parents. Est-on amenés à reproduire les échecs ou les schémas familiaux ? Quelle est la force des liens du sang face aux liens de l’amour ? Autant de questions qui restent parfois sans réponse mais qui font avancer vers la perspective d’une vie -si ce n’est parfaite, du moins conforme à nos choix et à nos espoirs.

Annie P.

29/07/2018

La fille à histoires

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Irène FRAIN

Seuil, 2017, 250 p., 18 €

Par courts chapitres, Irène Frain livre un récit d’enfance, en lien avec sa vocation d’écrivain.

C’est tout d’abord le récit simple et touchant d’un amour fou pour une mère, hostile dès la naissance, qu’elle cherche à comprendre.

"Impossible de douter de la vocation des femmes à la maternité... La vraie femme a des enfants et les mères sont dotées d’un instinct qui leur commande de se vouer corps et âme à leur progéniture, jusqu’au sacrifice de leur vie. A moins, évidemment, d’être un monstre. Ma mère, je trouve, a beaucoup de courage. A sa sortie de l’hôpital, quand elle franchit le seuil de son enfer domestique, elle décide de tout mettre en œuvre pour aimer sa petite dernière. Jamais on ne dira d’elle qu’elle est une « mauvaise mère ». Elle oublie que l’amour ne se décrète pas. Et qu’il ne souffre pas la contrefaçon. Il y aura donc des ratés."

C’est aussi le récit d’une enfant  "vivace, pas facile à mourir". Une  résiliente, plus libre que ses sœurs peut-être, dont les résultats scolaires font la fierté de son père, qui espère la voir "monter jusqu’à prof",  et qui très tôt décide "je vais partir d’ici".

L’auteur enfin fait le lien entre cette enfance et sa vocation au rêve. Sa mère avait un don naturel pour les histoires, affutées autour des « jus entre voisines» servi dans les verres en Duralex, à même la toile cirée. "Ce qu’elle disait, c’était du roman à l’état natif... Quand je repense à ces après-midi, je me vois toujours cachée sous la table… J’ai été, je pense, la plus attentive, celle qui buvait, en même temps que ses paroles, ses silences. Quelque chose me soufflait qu’avec « eux, j’aurais accès à son secret et, du même coup, à la clé qui me ferait aimer d’elle. Il suffit que je les écrive, ces colliers de mots, pour qu’instantanément je me retrouve dans la peau de la petite fille qui écoutait, suspendue entre effroi et merveille, convaincue que sa mère, avec ses mots, détenait la clé d’un univers parallèle. Je voulais à toute force la suivre dans ce monde d’à côté, mettre mes pas dans les siens, m’engouffrer comme elle faisait dans ses couloirs étranges…"

A son tour, Irène s’empare des histoires, tissées tout d’abord autour de la boîte à boutons, puis de ses mères fantômes découpées dans des catalogues, ses histoires écrites dans le grenier, et jusqu’à ses premiers romans, qui "me font maintenant l’effet d’un collier de suppliques. Chaque fois la même, celle que ma bouche n’avait pas réussi à former quand j’étais petite : « Maman, s’il te plaît, écoute-moi, aime-moi, je le mérite, j’y ai droit. »

"Les mots de ma mère étaient puissants. Les uns m’ont émerveillée, ont réussi à réenchanter ma vie. D’autres furent meurtriers. Ils ne m’ont pas tuée –j’ai toujours préféré les premiers". Ce sont ceux, sans doute, qui l'ont poussée à l'écriture.

 

bibliographie, maternitéCe récit a fait écho en moi à celui de Cécile Latreille, L'Innommée, où sourd la douleur d'une relation manquée à la mère.

 

 

28/07/2018

Tombée des nues

Tombée des nues.gifTombée des nues

Violaine Bérot

Buchet Chastel, janvier 2018, 161 p., 13€

 

C’est par une nuit extraordinaire, une nuit de tempête un 29 février, que ce bébé a décidé de se révéler à ses parents. Personne ne l’avait vu arriver. Dédé, appelé à l’aide, trouve Marion –en sang et hagarde- dans la salle de bains, soutenue par son mari Baptiste. Ni l’un ni l’autre n’ont compris ce qui leur arrive. Mais dans ces montagnes pyrénéennes, un berger sait quoi faire lorsqu’une mise-bas se passe mal ou qu’un agneau nait dans le froid.

Roman choral qui m’a évoqué l’enfant océan, de Jean-Claude Mourlevat, pour sa façon de faire avancer peu à peu l’intrigue au travers du regard singulier et de la sensibilité de personnages différents, et de maintenir la tension malgré une apparente simplicité.  L’auteur a structuré le livre pour qu’on puisse le lire de façon linéaire, ou bien narrateur par narrateur : la sage-femme expérimentée, Dédé l’homme providence, l’ami Tony, la femme bien-pensante, la grand-mère, Baptiste le père, et enfin Marion !

En phrases pleines de retenue et en chapitres courts, l’auteur s’interroge sur le devenir de la maman en état de sidération, du bébé, et de leur relation à naître, tandis que tout le village (ou presque !) s’apprête à accueillir l’enfant avec bienveillance. Comme dans le roman de Françoise Guérin, qui évoque les zones d’ombre de la maternité, le rôle du père est magnifié, et l’entourage joue un rôle déterminant.

D’une profonde humanité... même si les chèvres ont, elles aussi, un rôle clé.

Aline

27/07/2018

Maternité

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Maternité

Françoise GUERIN

Albin Michel, mai 2018, 465 p., 22 EUR

Jusqu'à la naissance de sa fille, Clara contrôle parfaitement sa vie, et mène une carrière brillante de... contrôleur financier. Bac +8, elle pose un regard très intellectuel sur le quotidien -avec un souci permanent de cohérence et d'efficacité- tout en admirant sans bien les comprendre les qualités humaines de son conjoint, Frédéric.

Tout est bousculé et remis en cause avec la grossesse ; la maternité ravive son mal-être et les souvenirs douloureux de sa relation avec une mère névrosée. Clara essaie à toute force d'être une mère "normale", allaite par malentendu et par devoir, mais se débat avec des sentiments contradictoires.  Elle souffre de reproduire avec sa petite fille les erreurs de sa mère, mais reste impuissante à rompre avec cette trajectoire.

L'entourage de Clara fait de son mieux. Maud, sa soeur, compatit ; Zora, l'amie d'enfance, comprend ; Frédéric est un mari aimant et un excellent père, qui compense de son mieux... Clara tend à interpréter les tentatives d'aide du corps médical comme des jugements, jusqu'à la rencontre avec une psychologue, qui libère sa parole. Mais lorsque les digues cèdent, comment gérer le trop plein d'émotions ?

Sans avoir le même passif, nous avons tous une histoire familiale, influencée par notre lien à nos parents, que nous tendons à projeter sur nos enfants si nous avons choisi (?) d'en avoir.  Un jour ou l'autre, nous avons connu la frustration devant les réactions d'un bébé, voire été excédés de ne pas le comprendre. Au passage, j'ai appris qu'il existe des psychologues spécialistes du lien parent-bébé, et que le bébé comprend et exprime plus qu'on ne le croit.

J'ai été bousculée et émue par ce récit tendu, en finesse, qui évite les raccourcis et les tentations de résolution hâtive. Françoise Guérin expose une situation et propose des pistes de réflexion, tout en laissant son lecteur libre de les développer...

Aline