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14/10/2021

Journal d'un jeune naturaliste

oiseau, nature, biographie, autisme

 

Journal d’un jeune naturaliste

Dara McANULTY

Gaïa, 2021, 240 p., 22€

Traduit de l’anglais par Laurence Kiefe 

A l’âge de 14 ans Dara McAnulty, jeune Irlandais (Ulster) autiste apprend la décision de ses parents de déménager et de s’installer à l’autre bout du pays. Il est bouleversé par la perspective de devoir quitter les forêts et paysages qu'il affectionne tant. Le changement l’effraie terriblement et l'écriture s'impose à lui comme une nécessité, un moyen de se libérer de sa peur et d'exprimer ses sentiments, ses passions et ses frustrations.

Il nous fait partager, au fil d'une année, son émerveillement au contact de la vie sauvage et son désarroi face à l'inconséquence et l'indifférence humaines. Mêlant observations scientifiques, poésie et mythologie irlandaises, son récit nous offre la perspective unique d'un jeune autiste sur le monde vivant et nous invite à observer et protéger les merveilles trop souvent ignorées qui nous entourent.

Il a une très grande connaissance de la flore et de la faune locales et plus particulièrement des oiseaux qu’il sait parfaitement identifier et dont l’observation quotidienne est pour lui un besoin vital ; ils lui apportent du bonheur et participent à son équilibre.

Après le repas, des chants jaillissent de tous les coins du ciel et nous nous immobilisons pour écouter le crépuscule. En isolant ces mélodies chacune à leur tour, je me sens soudain enraciné. Les spirales des alouettes. Les harmonies des merles. Le bouillonnement des pipits farlouses. Le battement des ailes des bécassines. Et toujours les cris des oiseaux de mer. Nous sommes dans un autre univers. Pas de voitures. Pas de gens. Rien que la nature dans toute sa splendeur.

Ce journal n’est pas ordinaire, il est celui d’un jeune autiste qui nous fait ressentir d’une façon poignante son extrême sensibilité, sa souffrance due à son handicap dont il a parfaitement conscience, ses difficultés de communiquer, la douleur ressentie à l’école face à la méchanceté, le harcèlement, la brutalité de la plupart des autres élèves. 

A travers son récit il révèle à quel point la nature est un ancrage pour lui et à quel point elle devrait l’être pour chacun de nous. Il démontre avec intelligence comment progressivement nous nous sommes désolidarisés de l’environnement dans lequel nous évoluons. Une déconnexion qui a des impacts dramatiques sur la nature et sur notre mode de vie.  

Il s’exprime avec sincérité et naturel dans une écriture fluide et poétique qui rendent son récit très attachant.

Dans un monde aussi rapide, aussi compétitif, il est indispensable de se sentir enraciné. Il est indispensable de sentir la terre et d’entendre les oiseaux chanter. Il est indispensable d’utiliser nos sens pour participer au monde. Peut-être, à force de nous taper la tête contre un mur de briques, celui-ci finira-t-il par s’écrouler. Et peut-être pourrons nous utiliser ces décombres pour reconstruire quelque chose de mieux, de plus beau, en lâchant la bride à notre propre nature. Vous imaginez ça ?

Annie

29/11/2020

Souvenirs doux amers du Vietnâm

sous le ciel qui brûle.jpg

 

Sous le ciel qui brûle

Hoai Huong Nguyen

V. Hamy, 2017, 18€

 

A 40 ans, Tuân vit en ermite dans l’Oise. Lors d’une promenade dans la forêt de Chantilly, à la recherche des premières jonquilles du printemps, il laisse affluer ses souvenirs d’enfance en Anman. Les paysages de campagne vietnamiens et français semblent dialoguer dans une douceur mélancolique.

« Son grand-père avait construit sa maison dans le hameau de Shui (non loin de Huê), sur un large terrain au bord d’une rizière. Lorsque ses enfants étaient devenus grands, ils y avaient bâti leur maison à côté de la sienne, de sorte que cette entreprise finit par donner un lot de paillotes hétéroclites au milieu d’un jardin verdoyant. Il y poussait toutes sortes de plantes ; lorsque Tuân était petit et qu’il s'y promenait, les belles-de-nuit, les roses et les pivoines formaient à ses yeux une forêt colorée. Le grand-père avait aménagé un verger où l’on trouvait de nombreux arbres fruitiers. Un plaqueminier centenaire y tenait une place singulière. Haut de vingt mètres, il avait un énorme tronc entrelacé d’orchidées blanches ; à l’automne, son feuillage devenait écarlate et se chargeait de fruits sucrés. Dans le pays, on le disait habité par les esprits errants. Chaque nuit, il semblait s’animer, ses branches craquaient et murmuraient sous le vent… »

Elevé par son grand-père et par sa tante Anh à la mort de ses parents, Tuân a vu partir tous ceux qu’il aimait. Avec la progression du Viet-Minh, les séparations et les exactions se sont multipliées, jusqu’à pousser Tuân à l’exil.

Tombé amoureux du français à l’école primaire, pour ses comptines et ses sonorités, il a lu avec délices les volumes de la Comtesse de Ségur, qui lui semblaient d’un grand exotisme, et partagé ses lectures avec sa jeune cousine. Adolescent, ce sont les écrits de Gérard de Nerval qui l’ont passionné et lui ont donné le goût de la campagne française et de la poésie. C’est aussi cette langue adorée qui sera son refuge et son inspiration.

Ce texte baigné de poésie navigue avec douceur entre la nostalgie de l’enfance et la mélancolie du présent. Les moments difficiles sont atténués par l’évocation puissante des paysages et des personnes aimés.

Aline

07/09/2020

L'arbre monde

roman étranger, arbre, nature

 

L’arbre-monde

Richard POWERS

Le Cherche Midi, 2018, 550 p., 22€

Traduit de l’anglais par Serge Chauvin

 

La communication des arbres, la place de l’homme dans la nature et nos liens avec elle sont les thèmes centraux du nouveau roman de Richard Powers. Ces sujets, très en vogue actuellement, sont ici traités magistralement. Jusqu’à l’âge de 55 ans, l’auteur ne s’intéressait pas du tout aux arbres.

La découverte près de San Francisco de la forêt de séquoias géants, des arbres de 10 m de diamètre, 100 m de hauteur et plus de 1500 ans, a provoqué chez lui une fascination et une évidence : les arbres ne sont ni des objets ni un matériau à exploiter mais des êtres vivants. Ils sont partie prenante de l’histoire de l’humanité et participent à l’équilibre du monde. A l’arrivée des Européens, 4 grandes forêts primaires s’étendaient sur le territoire nord-américain. 98 % ont disparu ; il en reste 2 % qu’une poignée d’hommes veut sauver.

Richard Powers aborde ce sujet d’une façon originale et passionnante à travers le destin de 9 personnages, des ébréchés de la vie, qui ont chacun une essence d'arbre particulier dans leur histoire spécifique ou pour les représenter. Le roman comporte plusieurs parties, racines, tronc, cime, graines. La première, très dense, se dissémine en neuf longues nouvelles dont chacune aurait pu aboutir à un roman en soi, vertigineux de détails et de conséquences.

Nicholas, artiste dépressif dont la famille, avant de disparaître brutalement, avait réussi à maintenir en vie l’un des derniers châtaigniers d’Amérique, espèce éradiquée au début du 20e siècle suite à une épidémie cryptogamique.

Mimi Ma, dépositaire d’objets précieux amenés par son père, alors étudiant, venu aux États-Unis pour fuir la révolution chinoise. Jeune époux, pour honorer ses parents restés en Chine il plante un mûrier, l’arbre à soie qui a bâti la fortune de sa famille.

Adam dont le père plante un arbre à chaque naissance d’enfant. Pour la sienne, il a choisi un érable. Enfant, il est passionné par les mondes qui l’entourent, les insectes, les pierres, les minéraux, tous à l’exception des êtres humains.

Ray et Dorothy un couple atypique ; malgré un attachement viscéral de Dorothy à la liberté et un refus de tout ce qui s’apparente à la propriété, elle accepte d’épouser Ray. Celui-ci pense solidifier leur union par un acte symbolique : chaque année pour leur anniversaire de mariage, planter un végétal dans leur jardin.

Douglas est un marginal. Engagé dans la guerre au Vietnam, son avion a été touché par un obus ; les branches d’un banian ont amorti sa chute et l’ont sauvé. Il va de petit boulot en petit boulot et finit par planter des semis de sapins par milliers destinés à produire, en quelques années, du bois bon marché.

Neelay, fils d’immigrants indiens devenu paraplégique suite à sa chute d’un arbre, devient un génie des jeux vidéo et l’auteur d’un jeu au succès mondial, inspiré par le débordement du vivant. Il plonge les joueurs au milieu d’un monde animiste, vivant, grouillant, en devenir. A eux d’en décider l’avenir.

Olivia, étudiante, change radicalement de vie après avoir frôlé la mort et pense communiquer directement avec la nature.

Patricia, mal-entendante garde-forestière, est l’auteure d’une thèse révolutionnaire sur la manière dont les végétaux communiquent. Professeur de botanique à l’université, elle explique à ses étudiants que, s’il fallait concentrer la création du monde en une heure, la naissance des sols, des montagnes, des fleuves et des végétaux occuperait une quarantaine de minutes, tandis que l’humanité, elle, n’apparaîtrait que dans les trente dernières secondes. Et le temps de quelques battements de cœur pour détruire, asservir et programmer aveuglément sa propre disparition.

Tous vont, pour une raison ou une autre, converger vers la Californie et s’y rencontrer pour protéger un immense séquoia menacé de destruction, avant de se redéployer à nouveau aux quatre coins du pays, partageant désormais pour le meilleur ou pour le pire une histoire commune. Ils se retrouvent, avec quelques autres, autour d’actions qui les opposent aux puissantes entreprises d’exploitation forestière qui ont transformé la sylviculture en exploitation intensive. Mais que peuvent quelques dizaines d’activistes, certes déterminés, mais démunis face à des dirigeants sans état d’âme et pour qui seul le profit compte ? La répression extrêmement violente bouleverse leur vie.

L’Arbre-monde se découvre comme une forêt. Chênes, séquoias, châtaigniers, érables, aubépines, pins, plaqueminiers, trembles, noyers, bouleaux, acajous… à chaque espèce sa personnalité. Des siècles d’existence pour certaines. Et au  fil de la lecture s’impose, dans un enchevêtrement de lyrisme et de poésie, la vision d’une infinie complexité. Le fouillis, le taillis, le sous-bois, l’humus. L’aérien et le sous-sol. Les réseaux, les échanges d’un bosquet à l’autre, un monde foisonnant où il reste beaucoup à découvrir. 

Richard Powers explore ici le drame écologique et notre lente noyade dans le cyber-world, et nous rappelle que, sans la nature, notre culture n'est que ruine de l'âme. Il  nous enseigne en même temps une leçon qui tient autant de la science que de la philosophie : comment la nature pense, se parle à elle-même et s’organise sans avoir recours à la raison, comment les forêts s’organisent par le biais de vastes réseaux de communication, comment les arbres "imaginent" leur propre destin quand ils font s’étendre leurs branches vers le ciel et leurs racines dans le sol.

Ce roman foisonnant très dense n’est pas toujours d’une lecture facile mais il est riche de connaissances et passionnant. Il ouvre au lecteur une porte sur de multiples interrogations : qui sommes-nous ? Sur quoi fondons-nous nos vies ? Quelle est la place du respect dû à tous les êtres vivants ? Notre économie de croissance et de surproduction a-t-elle seulement un sens, un avenir ? A travers cette approche des grands mythes des arbres fondateurs, ce sont nos fondements de vie qui sont mis en question. Richard Powers a réalisé un énorme travail documentaire et nous offre un roman très abouti et percutant, débordant d’humanité et de générosité, un texte à la gloire du vivant.

Annie P.

28/05/2020

Le "nature writing" avec les éditions Gallmeister

Le Nature Writing, "écrits sur la nature" est un genre littéraire né aux États-Unis, qui remonte à Henry D. Thoreau. Les éditions Gallmeister sont spécialisées dans ce genre, qui mêle récit et observation de la nature. Les auteurs américains décrivent et interrogent les beautés et les contradictions de leur immense territoire et de ses habitants. Détectives privés de la côte Ouest ou guides de pêches de la côte Est, traders new-yorkais ou cow-boys mélancoliques sont autant de représentations d’une Amérique plurielle. Voici une sélection de titres que nous avons apprécié ces dernières années. Vous pouvez les emprunter à la bibliothèque de Soucieu. (Ou pour certains les télécharger sur le site de la Médiathèque du Rhône)

 

amérique,roman étranger,natureVis-à-vis

Peter SWANSON

Gallmeister (Americana), 2020, 392 p., 23.80€

Illustratrice de talent bipolaire, Hen emménage avec son mari Lloyd dans une petite ville proche de Boston. A l'occasion d'un dîner chez les nouveaux voisins, Hen remarque dans le bureau de Matthew un objet lié à un meurtre non résolu qui l'avait obsédée dans sa jeunesse. Persuadée que Matthew est le coupable, elle cherche à trouver des preuves, mais comprend très vite que le tueur sait qu'elle sait... À moins que tout cela ne soit le symptôme d'un nouvel épisode psychotique... ou une trouble coïncidence ? Ce thriller psychologique dévoile peu à peu  manipulations, obsessions, et relations dérangeantes entre les personnages.

 

amérique, roman étranger, natureLa vie en chantier

Pete FROMM

Gallmeister (Americana), 2019, 380 p., 23.60€

Marnie et Taz sont jeunes, joyeux et vibrants d'un amour passionné et fusionnel. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, ils commencent à retaper avec ardeur leur petite maison de Missoula, dans le Montana. Hélas, Marnie meurt à la naissance du bébé, laissant Taz seul face à un deuil insupportable, avec sa fille sur les bras. Il plonge alors tête la première dans le monde de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendues. Un roman touchant rempli d’espoir et de tendresse !

 

amérique, roman étranger, natureMy absolute Darling

Gabriel TALLENT

Gallmeister (Americana), 2018, 464 p., 24.40€

À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Livre phénomène de l’année 2017 aux États-Unis, ce roman inoubliable sur le combat d’une jeune fille pour son salut marque la naissance d’un nouvel auteur au talent prodigieux.

 

amérique, roman étranger, natureDans la forêt

Jean HEGLAND

Gallmeister (Nature writing), 2017, 304 p., 23.50€

Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans un certain isolement, leur maison familiale étant nichée à l’écart des villes, au cœur de la forêt. Quand le monde moderne s’effondre, que leurs parents disparaissent, que ni les véhicules ni les informations ne circulent plus, elles demeurent vraiment seules. Il leur reste leur passion pour la danse et la lecture, mais il va leur falloir apprendre à devenir autonomes, à survivre, et à faire confiance à la forêt qui les entoure.

Roman sensuel et puissant, où les deux jeunes femmes entraînent avec elles le lecteur vers une vie nouvelle. Lire également la très belle adaptation en bande dessinée par Lomig, chez Sarbacane.

 

amérique,roman étranger,natureUne affaire d’hommes

Todd ROBINSON

Gallmeister (Néo noir), 2017, 368 p., 22 €

Bon polar à l’américaine, avec un détective privé qui boit, cogne et reçoit des beignes, un gros dur un peu sentimental, avec son code de l’honneur et ses vulnérabilités. Une fois passées les premières pages, qui désarçonnent par leur rapide entrée en matière dans le monde de la nuit, on apprécie l’ambiance de ce polar où les apparences sont parfois bien trompeuses…

 

amérique,roman étranger,natureAquarium

David VANN

Gallmeister (Nature writing), 2016, 270 p., 23€

Caitlin, douze ans, vit seule avec sa mère, trimardeuse sur le port de Seattle. La vie n’a pas été facile pour cette femme désabusée. Elles n’ont aucune famille, et sont tout l’une pour l’autre, même si un sympathique Steve commence à faire son apparition de temps en temps. Le soir après l’école, en attendant que sa mère rentre, Caitlin court à l’aquarium et se plonge dans la contemplation des animaux marins. Régulièrement, elle rencontre un vieil homme qui semble comprendre et partager sa passion pour les poissons. Elle se réjouit de ce début d’amitié, jusqu’à ce qu’elle en parle à sa mère, déclenchant une violence proportionnelle à la colère jusqu’ici contenue par sa mère.

La prose cristalline de David Vann nous apprend comment le désir d’amour et l’audace de la jeunesse peuvent guérir les blessures du passé. Aquarium est un pur moment de grâce offert par l’un des plus grands écrivains américains actuels.

 

amérique,roman étranger,natureRetour à Oakpine

Ron CARLSON

Gallmeister (Nature Writing), 2016, 23.10 €, 281 p.

Amis au lycée, à l’époque rapprochés par leur groupe de musique « Life on Earth », ils se sont peu vus pendant leur vie d’adultes. Certains ont passé toute leur vie à Oakpine, d’autres y reviennent, ramenés à la petite ville par les circonstances. Les souvenirs marquants renaissent, frais comme si la dernière année de lycée datait d’hier. C’est un temps de bilan pour les cinquantenaires mesurant le chemin parcouru ou le temps gâché. C’est aussi l’heure des derniers tournants, le moment de se sentir pleinement vivants, tandis que la génération suivante –la jeunesse dorée- est à son tour confrontée à ses premiers choix d’adultes.

L’auteur du Signal nous offre ici un roman empreint de tendresse et de nostalgie, que le lecteur aimerait faire durer pour profiter un peu plus longtemps de ces hommes forts au cœur tendre, de leur amitié, du bonheur du travail bien fait, des repas partagés, de l’ivresse de la course à pied, et du pouvoir de l’écriture.

 

amérique,roman étranger,natureLes arpenteurs

Kim ZUPAN

Gallmeister (Nature Writing), 2015, 271 p., 23.50€

Ce roman est avant tout le récit d’une relation complexe entre deux hommes aux antipodes l’un de l’autre, un assassin et son geôlier : John Gload, vieux criminel récidiviste, s’est enfin fait pincer et attend son procès dans la prison du Montana.
De l’autre côté des barreaux, un jeune adjoint au shérif est astreint à passer des nuits de surveillance dans la prison. Contrairement à certains collègues, Millimaki essaie d’exercer son métier avec humanité, mais il souffre de sentir sa vie et son mariage, lui échapper.  

D’une beauté puissante, les Arpenteurs explore la frontière floue entre le bien et le mal. Pour l'auteur, qui oppose le huis-clos de la prison aux immenses espaces nord-américains, le Montana sauvage est une présence constante dans le récit, émaillé de descriptions de la nature.

 

amérique,roman étranger,natureDes hommes en devenir

Bruce MACHART

Gallmeister (Nature Writing), 2014, 193 p., 22 €

Recueil de nouvelles, assez noires au premier abord. Chacune de ces histoires, nous fait partager les fêlures d'hommes ordinaires dans des paysages typiquement américains, le plus souvent texans. Des histoires de chiens écrasés, d’accidents, d’enfants morts ou de parents disparus, ou tout simplement de garçons ou d’hommes ordinaires faisant de leur mieux dans des circonstances difficiles. Une écriture très maîtrisée.

 

amérique,roman étranger,natureLes douze tribus d’Hattie

Ayana MATHIS

Gallmeister (Americane), 2013, 313 p., 23.40€

Philadelphie, 1923. Hattie arrive de Géorgie pour fuir le Sud rural et la ségrégation. Aspirant à une vie nouvelle, forte de l'énergie de ses seize ans, elle épouse August. Au fil des années, cinq fils, six filles et une petite-fille naîtront de ce mariage. Douze enfants qui égrèneront, au fil de l'histoire américaine du XXe siècle, leur parcours marqué par le fort tempérament de leur mère, sa combativité et ses failles secrètes. Telles les pièces d'un puzzle, les douze tribus d'Hattie dessinent en creux le portrait d'une mère insaisissable et la condition noire aux Etats-Unis.

 

amérique,roman étranger,natureDésolations

David VANN

Gallmeister (Nature writing), 2011, 296 p., 23.40€

Les enfants ont grandi, le couple bat de l'aile, le mari décide de s'installer sur une île isolée avec sa femme, pas très enthousiaste. Plus la cabane se construit, plus la tension monte... Réflexion sur le couple et le temps qui passe, ce livre enchante aussi par de très belles pages sur l'Alaska. Il est tout aussi fort que Sukkwan Island, même si l'on ne retrouve pas l'aspect de huis-clos morbide du magistral premier roman de David Vann.

 

amérique,roman étranger,natureLittle Bird

Craig JOHNSON

Gallmeister (Noire), 2009, 408 p., 24.30€

Walt Longmire, shérif dans le Wyoming, gère la police du comté avec un mélange d'efficacité et de bonhommie. En fin de carrière, légèrement dépressif depuis la mort de sa femme, il doit enquêter sur le meurtre de Cody Pritchard, un jeune Blanc condamné à une peine légère deux ans auparavant pour le viol collectif d'une jeune Indienne. La clémence du verdict avait attisé les tensions entre les communautés. Inévitablement, les soupçons de Walt Longmire se tournent vers la communauté indienne, et en particulier son meilleur ami, Henry Standing Bear, l'oncle de la victime. Un très bon polar sur fond de tradition indienne et de nature vertigineuse. Walt, tolérant et compréhensif, trait d'union entre les communautés, est un personnage attachant, que l’on retrouve avec plaisir dans d’autres tomes.

 

25/08/2019

Rentrée littéraire septembre 2019 (suite)

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Lanny

Max PORTER

Seuil, 2019, 240 p., 20€

Traduit de l’anglais par Charles Recoursé

 

Lanny, c’est un petit garçon ingénu, chéri par sa maman, mais dont l’imagination débordante n’est pas toujours bien comprise par son papa, plus terre à terre. C’est aussi un enfant qui "sent fort le pin", passe ses journées à chantonner en profitant de chaque parcelle de nature et à disparaître dans les bois autour du village.

Dans ce roman à la forme originale, le récit est choral, alternant la narration entre tous ceux qui gravitent autour de Lanny, permettant de rester au plus près de chaque personnage et de ses pensées, parfois inavouées. Jolie, sa maman à l’amour inconditionnel ; Robert, son papa prosaïque ; Peter, l’artiste qui l’aide à transposer son imaginaire ; la vieille Peggy gardienne des légendes locales… ainsi que de nombreuses autres voix plus fugitives de villageois.

Mais celui qui commence le récit et le ponctue, omniprésent quoique invisible pour les humains normaux, c’est le Père Lathrée Morte, créature protéiforme plus ou moins végétale, qui guette et se régale des sons du village, des voix humaines, dont il capte –et retranscrit-  les bribes en vrac, véritable échantillonnage de l’âme humaine.

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Le récit, comme un conte folklorique qui se déroulerait près de chez nous, fait monter la tension, et osciller le lecteur entre l’émerveillement et l’inquiétude liée à des peurs enfouies.

L’appellation étrange du Père Lathrée Morte, est directement traduite de l’anglais Papa Toothwort ou « Dead man’s fingers ». Il s’agit de la Lathrée Clandestine, parasite qui plante ses suçoirs dans les racines des arbres et arbustes, mais dont les besoins modestes ne semblent pas affaiblir ses hôtes.

Le premier roman de Max Porter, La douleur porte un costume de plumes, propose également un récit  atypique, où tristesse et inquiétude sont contrebalancées par la magie.

Aline

07/10/2018

Quand la nature reprend ses droits !

roman étranger, roman d'anticipationLe mystère Croatoan

José-Carlos SOMOZA

Traduit de l’espagnol Croatoan par Marianne Millon

Actes Sud, 2018, 410 p., 23€

Plusieurs personnes reçoivent au même moment un mail incompréhensible d’avertissement de la part de Mandel, éthologue renommé… Ce spécialiste du comportement animal, ou plutôt des relations entre eux, est pourtant mort il y a deux ans ! Services secrets et mercenaires impitoyables sont aux trousses des destinataires du message.

Cette fiction commence comme un thriller haletant, puis vire à la fable écologique oppressante ou au roman d’anticipation sombre : après divers signaux alarmants tout autour du monde, on assiste peu à peu à un dérèglement effrayant du règne animal, vers  un nouvel ordre naturel dérangeant. C'est une vision apocalyptique, cependant la note est assez forcée pour que le lecteur puisse garder un peu de distance.

 

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 The End

ZEP

Rue de Sèvres, 2018, 189€

Théodore débarque en Suède pour un stage auprès d'une équipe de biologistes, regroupés autour d'un savant renommé. Sur fond de musique des Doors, ils étudient  la communication entre les plantes. Toute la mémoire du vivant serait contenue dans l'ADN des arbres. Là aussi, plusieurs signaux alarmants apparaissent : mort mystérieuse de promeneurs en forêt espagnole, comportement inhabituel des animaux sauvages, et apparition de champignons toxiques...

Vite lu, mais pas vite oubliée, cette BD donne matière à réflexion !

Aline

31/07/2016

Les étoiles s'éteignent à l'aube

roman étranger, Canada, indien, natureLes étoiles s’éteignent à l’aube

Richard WAGAMESE

Editions  Zoé (Ecrits d’ailleurs), 2016, 284 p., 20 €

Traduit de l’anglais Medicine Walk par Christine Raguet

Richard Wagamese, né en 1955, appartient à la nation amérindienne Ojibwé, originaire du nord-ouest de l’Ontario, et vit à Kamloops, en Colombie Britannique. Il a exercé comme journaliste et producteur pour la radio et la télévision, et est l’auteur de 13 livres publiés en anglais au Canada. Depuis 1991, il est régulièrement récompensé pour ses travaux journalistiques et littéraires. Les Etoiles s'éteignent à l'aube  est son premier roman traduit en français.

"Si tu apprends à devenir un homme bon, tu seras aussi un bon injun".

Elevé dans une ferme isolée par « le vieil homme », Franklin Starlight est un garçon calme et solitaire, appréciant le travail bien fait et la rigueur du mot juste. Rien de superflu chez ce jeune homme en accord avec  la nature sauvage qui l’environne, capable de chasser l’orignal ou de garder son calme face à un grizzly.

Réclamé par son père biologique, Eldon, il l’accompagne pour un dernier voyage dans l'arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique. En quête d’une forme de relation père/fils, Eldon tente d'expliquer sa vie, celle d’un métis indien sans racines,  et de faire comprendre à son fils pourquoi il n’a pas réussi à être un « vrai » père pour lui. Pendant ce temps, c’est le fils qui endosse le rôle du protecteur et de l’initiateur.

Dans ce roman court, à l’écriture forte et précise, l’auteur explore la relation père/fils, mais aussi la transmission (ou non) d’une culture indienne et d’un rapport privilégié à la nature.

Aline