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09/05/2018

Rencontre avec Jean-Baptiste Aubert

Dans le cadre de l'édition 2018 du prix des lecteurs M.O.T.S. des quatre villages, nous - médiathèques de Messimy, Orliénas,Thurins et Soucieu-en-Jarrest - avons accueilli le samedi 5 mai Jean-Baptiste Aubert, auteur du roman 11 ans, en sélection dans la catégorie romans.

rencontre d'auteur,premier roman

La rencontre, animée par Cicé de la Librairie Ouvrir L'oeil, a été menée avec passion et enthousiasme. Nous remercions chaleureusement Jean-Baptiste pour sa disponibilité, son grand sens de l'écoute et pour son texte qui a généré des discussions et débats passionnés durant ce temps de partage avec un public venu des quatre communes participant au prix.

Un grand merci également à Christophe Lucquin éditeur pour la mise à disposition d'exemplaires de presse, ainsi que pour ses choix éditoriaux de belle qualité. Nous avions hésité également à sélectionner pour le prix M.O.T.S. le témoignage L'homme de miel, d'Olivier Martinelli.

15/04/2018

La louve

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La Louve

Paul-Henry BIZON

Gallimard (Blanche), 2017, 256 p., 20€

Dans ce premier roman, Paul-Henry Bizon aborde un sujet d’une actualité brûlante : le monde agricole et ses violentes mutations.

A la suite d’un drame familial, Camille retrouve goût à la vie grâce à l’amour de sa femme Victoire et à la rencontre d’Anne-Marie, une pionnière qui l’initie à la permaculture. Il rompt les liens avec sa famille et notamment avec son frère Romain à qui il reproche de pratiquer une agriculture basée sur le productivisme, et destructrice de la terre.

Cet idéaliste rêve de changer le monde ; il crée La Louve un groupement de producteurs passionnés et convaincus du bien-fondé de leur démarche mais fragile. Il est impératif pour eux de se développer pour être viable. Pour cela il faut investir et les banques refusent de prêter…

C’est alors qu’arrive Raoul Sarkis, un escroc qui a vu tout le potentiel qu’il pourrait tirer de ce renouveau dans l’agriculture et du goût des consommateurs pour cette nouvelle tendance bio. Bluffeur au verbe facile, sûr de lui, menteur sans scrupule, il réussit à convaincre financiers et investisseurs de lui prêter de l’argent pour monter un projet gigantesque à deux pas du Louvre, une sorte de cité du bien manger, mêlant restaurants (bio), commerces, culture et art pour attirer une clientèle désireuse d’être toujours au top de la mode. Cet imposteur est prêt à toutes les arnaques pour s’enrichir aux dépens de gens trop crédules.

Camille fonce tête baissée dans cet Eldorado malgré les conseils de prudence de Victoire et d’Anne-Marie. L’auteur nous plonge alors dans les méandres des combinaisons financières frauduleuses (il a été lui-même associé à un projet similaire, celui de la Jeune Rue et a été victime, avec d’autres, de Cédric Naudon initiateur de ce concept), ainsi que dans le monde de l’argent facile, de la drogue et du sexe.

L'intrigue sert de prétexte pour illustrer les forces qui s'agitent autour de l'agriculture biologique et de la quête de bons produits. Paul-Henry Bizon s'y révèle un bon connaisseur du monde agricole et un fin observateur des mœurs parisiennes.

Ce récit est aussi celui d’un amour plus fort que tout, celui de Victoire pour Camille. Un amour qui sauve de tout.

Un bon roman qui se lit d’une traite.

Annie

09/02/2018

Bagdad, la grande évasion

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Saad Z. Hossain

Agullo (Agullo Fiction), avril 2017, 373 p., 22 €

En anglais (Bengladesh) Escape from Bagdad

Traduit par Jean-François Le Ruyet

 

Ce roman a été pour moi une surprise totale, de bout en bout, tant il se permet de mélanger les genres. Roman de société ? noir ? ésotérique ? d’aventures ?

Certes, le point de départ est daté et localisé : 2004, Bagdad ravagée par la guerre.

Les personnages principaux sont posés à la va-vite : deux trafiquants « parasites du marché », Dagr l’ancien prof de maths/économie et Kinza, revenu de tout. Et très vite s’agite autour d’eux toute une galerie d’individus de tous bords : Hamid, ancien tortionnaire du Baas et Mozart de l’interrogatoire ; Hoffman, Américain givré et corrompu, l’imam intégriste  Hassan Salemi, la belle et impitoyable Sabeen, le Lion d’Akbad, tueur en série à la force surhumaine… et jusqu’à quelques personnages inspirés de la mythologie orientale !

Après ça… mélangez le tout dans un scénario violent et déjanté à la Tarantino (action), les Frères Coen (étude de mœurs) et Emir Kusturica (complètement barré). Dans cette ville ravagée par les guerres intestines, aucune des factions en présence n’est honorable, et même les Américains –plus qu’assurer le calme- semblent entretenir la corruption dans un pays auquel ils ne comprennent rien.

Malgré sa noirceur, c’est un roman drôle et décapant, souvent absurde et absolument haletant. Attention, « arme de dérision massive » !

Après sa lecture, j'étais intriguée par sa maison d'édition.

Agullo est une jeune maison d’édition (2016) basée en Gironde, dont voici le  postulat de départ : "Nos livres s'inscrivent dans un monde où la curiosité et l'appétence de l'autre sont les meilleurs remèdes contre la peur et l'ignorance; où un grain de fantaisie, un point de vue décalé et une dose d'humour sont les ingrédients nécessaires à une bonne lecture." Et bien voilà, c'est posé !

Quant à l'auteur, journaliste et romancier, Saad Z. Hossain, né en 1979, vit à Dhaka, au Bangladesh. Il écrit régulièrement pour les trois principaux journaux anglophones du pays : The Daily Star, New Age et le Dhaka Tribune. Bagdad, la grande évasion ! est son premier roman. Il a été élu livre de l'année par le Financial Times.

Aline

27/01/2018

Gabacho

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Aura Xilonen

Traduit du mexicain Campeon Gabacho  par Julia Chardavoine

Liana Levi,  janvier 2017, 363 p., 22 €

 

Liborio n’a rien à perdre, puisqu’il n’a jamais rien eu. Jeune Mexicain, il a traversé le Rio Grande au péril de sa vie, s’est échappé d’un esclavage moderne dans les champs de coton, et a trouvé provisoirement  asile dans une librairie. Certes, son patron l’agonit d’insultes fleuries à longueur de temps, mais il l’encourage aussi à lire tout ce qui lui tombe sous la main, et à se forger ainsi une culture toute personnelle.

Le roman s’ouvre sur une scène de rue : Liborio fonce à la défense d’une jolie « gisquette » qui le fait rêver depuis longtemps, lorsqu’elle se fait importuner par un petit caïd local, un « fils de pute qui lui a palpé le cul avec ses doigts mycosiques ». Réaction dangereuse lorsque l’on est un clandestin, seul, et pas bien grand. Liborio s’en sort par miracle grâce à un crochet du droit foudroyant, qui va changer sa vie : la bagarre a été filmée, et fait le tour des réseaux sociaux, déchaînant haines, spéculation ou soutiens…

Entrecoupé de flashbacks sur l’itinéraire du jeune Mexicain, le récit est mené tambour battant, dans un langage fleuri. Les dialogues ébouriffants,  puisent –à bon escient- dans les registres les plus littéraires ou les plus crus, parsemés de spanglish, métaphores  et néologismes. Ce style unique fait une bonne partie du charme du roman, ainsi que le personnage de Liborio, dur au cœur tendre, qui ne doit sa survie à sa volonté farouche, à ses poings et à son jeu de jambes.

Brillant roman d'apprentissage -et premier roman- écrit à 19 ans par Aura Xilonen (née au Mexique en 1995) qui poursuit actuellement des études universitaires de cinéma. Julia Chardavoine, dont c’était le premier roman traduit du mexicain au français, a réalisé un remarquable travail de traduction…et de création ! Elle en parle ici.

Aline

16/12/2017

Le sympathisant

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Viet Thanh Nguyen

Belfond, 2017, 23.50 €

Traduit par Clément Baude

 

1975, Saigon est en pleine déroute, un général de l'armée du Sud Vietnam et son ordonnance dressent la liste des rares privilégiés qui pourront bénéficier d’une place dans un des derniers avions à décoller encore de la ville, tandis que la panique gagne la ville. Ce que le général ignore, c'est que son aide de camp est un espion Viet Cong. Empreint de culture américaine, en bon infiltré, il voit les bons côtés du monde occidental tout en conservant sa loyauté aux communistes.

« Je suis un homme à l’esprit double. Simplement je suis capable de voir n’importe quel problème des deux côtés. Quand je constate à quel point je suis incapable de regarder le monde autrement, je me demande s’il faut parler d’un talent. Après tout, un talent est une chose que vous exploitez, et non une chose qui vous exploite. »

Au prix de décisions dramatiques, qu’il sait parfois injustes, il parvient à rester dans l’ombre aux côtés des dirigeants Vietnamiens exilés en Californie, et à transmettre des informations sur leurs chimériques combats dans ses lettres codées aux camarades communistes restés au Vietnam. Il  y sacrifie toute vie personnelle, et même son intégrité. Finalement la seule loyauté qu’il conserve jusqu’au bout est celle qu’il ressent pour ses deux amis d’enfance, ses frères de sang Bon et Man.

« Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double. »  Ainsi commence la longue confession de cet homme, dont l’identité a été double dès le plus jeune âge : bâtard eurasien caché d’un prêtre catholique, ayant grandi à Saigon mais fait ses études aux Etats-Unis, agent double communiste infiltré dans l’armée du Sud-Vietnam.  Piètre assassin, ni volontairement tortionnaire, ni innocent, taxé par les communistes « d’américanisme réactionnaire », il subit à son tour la torture de la rééducation et tente par sa confession de prouver sa loyauté à la cause communiste.

Au passage, l’auteur en profite pour introduire une satire de l’hypocrisie des politiciens américains, et de la mise en scène de l’histoire par la machine de propagande Hollywoodienne.

« Les Français me faisaient pitié, avec leur naïveté à penser qu’il fallait visiter un pays pour l’exploiter. Hollywood était beaucoup plus efficace : il imaginait les pays qu’il voulait exploiter… Cette guerre était la première dont l’histoire serait racontée par les vaincus et non par les vainqueurs, grâce à la machine de propagande la plus efficace jamais créée… »

Mais où se situe la vérité ? où sont les innocents ? « Que font ceux qui luttent contre le pouvoir une fois qu’il ont pris le pouvoir ? Que fait le révolutionnaire une fois que la révolution a triomphé ? Pourquoi ceux qui réclament l’indépendance et la liberté prennent-ils l’indépendance et la liberté des autres ?... Quant à nous, quel temps il nous aura fallu contempler le rien jusqu’à voir quelque chose ! »

Lire sur le site de l'éditeur le dossier édifiant "Viet Thanh Nguyen transcende l'histoire. Aline

Le sympathisant, prix du meilleur Livre étranger

Le 7 novembre 2017, l’écrivain Viet Thanh Nguyen a reçu le prix du Meilleur Livre étranger  2017 pour son roman Le Sympathisant, après le prix Pulitzer et le prix Edgar 2016. Voici un extrait du discours qu’il a prononcé lors de sa remise du prix (traduction : Clément Baude).

« Il y a vingt ans de cela, j’ai commencé à écrire un recueil de nouvelles. Si j’avais su qu’il me faudrait dix-sept ans pour en venir à bout, et trois de plus pour le publier, je ne l’aurais peut-être jamais commencé. Dans ma naïveté, je me disais que je terminerais ces nouvelles d’ici deux ans, qu’ensuite elles seraient achetées et publiées, que je gagnerais des prix et que je deviendrais célèbre. Je savais vaguement, mais sans tout à fait comprendre, combien l’écriture exigerait de moi, à quel point elle me détruirait, à ma grande tristesse mais, au bout du compte, à mon plus grand profit d’écrivain.

J’ai appris ce qu’était la tristesse en travaillant à ce satané recueil de nouvelles. Je ne savais pas ce que je faisais. Je ne savais pas, alors que je pâlissais doucement devant mon écran d’ordinateur et mon mur blanc, que j’étais en train de devenir un écrivain. C’était en partie une affaire de technique à maîtriser, mais c’était tout autant une affaire d’âme et une habitude de l’esprit. C’était accepter de m’asseoir sur cette chaise pendant des milliers d’heures, recevoir quelques maigres louanges de temps en temps, endurer la tristesse d’écrire en restant convaincu que malgré tout, malgré mon ignorance, quelque chose d’important se produisait…

Si je parle de mon ignorance et de ma naïveté, de mes combats et de mes doutes, c’est que la plupart des lecteurs ne connaissent que le résultat final des efforts d’un écrivain. Ce résultat final, le livre, semble déborder d’assurance et de connaissance. L’assurance et la connaissance, la « mesure » de l’évaluation et de la progression qui saturent notre vie dans les universités, les entreprises et les bureaucraties, tout cela éclipse les procédés mystérieux, intuitifs et lents – parfois très lents – par lesquels l’art, souvent, opère. L’essentiel de ce qui est crucial dans l’art, ou dans tout travail qui nous importe, quel que soit le domaine, ne peut être ni quantifié ni accéléré.

Le plus précieux, dans ces mondes des arts et des humanités qui sont les miens, est qu’ils laissent justement la place à ce type de réflexion lente et peut-être inutile..."

Lire la suite sur le site des éditions Belfond

04/08/2017

Belle tresse : belle histoire à découvrir

premier roman

 

La tresse

Laetitia COLOMBANI

Grasset, 2017, 18€

 

Le prologue décrit minutieusement la réalisation d'une tresse. Laquelle réunit ensuite trois destins de femmes, qu'au demeurant tout sépare, tant la géographie (trois continents), que les conditions d'existence.

Mais ces trois femmes partagent la même détermination : échapper au déterminisme social et sexiste qui règne tant sur le village hindou que dans une petite entreprise italienne ou dans un grand cabinet d'avocats canadien. Et contre toute attente, ce n'est pas la superwoman occidentale qui se libèrera le plus facilement : son joug, plus insidieux, apparaît aussi plus cruel. Ses comparses, elles, n'ont plus rien à perdre!

Le lecteur appréciera au passage la réflexion croisée sur l'extrême pauvreté et l'issue spirituelle possible sous d'autres latitudes. Pour ma part j'ai retenu la solidarité, la transmission : allez, je ne vous en dis pas plus... C'est une belle tresse, soyeuse et bien écrite... Oh pardon, une belle histoire! Métaphorique, percutante que j'ai lue d'une traite, avec plaisir.

Sylvie

11/05/2016

Charlie le simple

premier roman,irlandeCharlie le simple

Ciaran COLLINS

Ed. J. Losfeld (littérature étrangère), 2015, 418 p., 26.50 €

Traduit de l’Irlandais The Gamal par Marie-Hélène Dumas

Aujourd’hui, an dubh est là… (le noir, la déprime).  Charlie écrit laborieusement les 1000 mots par jour que son psy, le Dr Quinn, lui a prescrits comme thérapie. Il tourne autour du pot et évite de penser à ce qui l’obsède : la tragédie vécue par ses seuls amis, James et Sinéad.

Charlie est un gamal, un simplet, mais par là-même un observateur privilégié : « En Irlande, si vous faites le débile, les gens vous disent d’arrêter de jouer au gamal. Mais personne pensait que je jouais. En tout cas quand les gens croient que vous êtes un peu simple vous pouvez les fixer. En général ils s’en fichent parce qu’ils croient que vous n’êtes pas normal ».

A Ballyronan, Irlande, le ressentiment contre les anglais n’a pas totalement disparu. Les parents de James, anglais, restaurent les ruines du Kent Castle, et l’envoient à l’école des Irlandais catholiques, où il se fait une place grâce à ses multiples talents : il est doué en particulier pour le football gaélique (aune de la virilité pour les jeunes gens). Sinead, issue d’un milieu défavorisé d’alcooliques, est pourtant une jeune fille rayonnante, possédant une présence et une voix extraordinaires.

C’est la musique qui réunit ces trois amis : ils l’écoutent ensemble, composent, chantent… « Des fois, peut-être juste un couplet. Peut-être même une chanson entière. Mais le plus souvent juste quelques secondes dans une chanson, le son qu’ils avaient. Celui de la voix de Sinéad. Avec James au piano. Des fois le son qu’ils avaient était quelque chose qui s’élevait. La très très très rare beauté, que c’était. Sous forme de son… Je crois que tous ceux qui auraient entendu la voix de Sinéad auraient voulu en entendre plus… Sinéad était plus-que. De la même façon que les gens me trouvent moins-que. Y avait cette chanson qu’ils chantaient pas mais qu’ils disaient. Ils disaient juste les paroles et James qui jouait au piano un air lent, doux et étrange. C’était Sinéad qui avait trouvé la mélodie. Simple et magique vu que cette mélodie elle jouait des tours à votre cœur…»

Charlie le narrateur ne cherche pas à plaire, mais à établir la vérité. Le lecteur est prévenu dès le départ que les choses tournent mal, sans savoir quoi : « Mais James avait un point faible… il pensait que personne pouvait constituer une menace pour lui vous voyez. Ne pas avoir peur est dangereux. La peur est ce qui nous protège, non ? ». Le récit, un peu (trop) long, progresse lentement dans l’histoire, au gré de multiples détours imposés par la répugnance de Charlie à revivre son traumatisme. Certains passages très intéressants  plongent dans une ambiance irlandaise rurale typique.

« Il faut que je vous explique ce que sont nos camps d’été irlandais. L’irlandais est une langue. Ouais, on avait notre langue à nous jusqu’à ce que les Anglais arrivent et nous fichent notre pâtée et nous empêchent de la parler. Donc en tout cas huit cents ans plus tard on a fini par battre ces connards et maintenant l’Irlande fia tplus partie de la Grande-Bretagne. Nous voilà donc avec notre pays à nous, sauf que la moitié des Irlandais ont oublié leur langue. Ceux qui nous dirigeaient à ce moment-là ont essayé de trouver commend au nom du ciel nous la faire parler. Ils se sont aperçus qu’il restait dans le trou du cul du monde sur la côte ouest et les petites îles d’en face des gens qui utilisaient encore tous les jours l’irlandais. Vu qu’y avait pas de bonne terre arable à voler, rien que des cailloux, les Anglais ne s’étaient pas intéressés à ces endroits. Alors pendant huit cents ans ces gens avaient échappé à une sacrée bonne trempe et à l’obligation de parler anglais. Quand l’Irlande est redevenue libre, ces coins-là et eux seuls étaient pleins de gens qui parlaient irlandais et de musique diddly-idle-dee et de danses traditionnelles et d’étranges chants anciens appelés sean-nos. Bon. D’accord. Donc le gouvernement a organisé des camps d’été dans ces endroits et il a payé et les jeunes de tout le pays passaient quelques semaines hébergés par des familles de là-bas ou dormant dans les dortoirs des camps et allant tous en classe apprendre l’irlandais… »

Maryvonne et Aline ont beaucoup aimé ce premier roman, sans toutefois être certaines qu’il plaise à la majorité des lecteurs, car le style du "gamal" est assez particulier... Donnez-nous votre avis !

02/05/2016

Brillante... ou pas ?

harcèlement, premier roman

 

Brillante

Stéphanie DUPAYS

Mercure de France, 2015

Claire, la trentaine conquérante, construit son couple avec Antonin (fils de bonne famille) et sa carrière avec brio. Sous stress permanent, elle se montre efficace et brillante dans un poste à responsabilités, au sein d'un groupe agroalimentaire. Mais plus on monte... plus douloureuse est la chute ! Il peut suffire qu'une supérieure hiérarchique se sente menacée pour qu'un stress stimulant bascule dans le harcèlement insupportable.

Ce premier roman, au sujet prometteur, se révèle un peu décevant faute de finesse et de profondeur. Cette démonstration, quoique pertinente,  brille -comme son titre, et comme ses protagonistes- surtout en surface ! Espérons que l'auteur récidivera, avec des personnages plus fouillés.

Aline

27/04/2016

La cache

premier roman

La cache

Christophe BOLTANSKI

Stock (La Bleue), 2015, 20 €

Prix Femina 2015 et Prix des Prix littéraires

Quelle surprise à la lecture ! Le lecteur se retrouve sur un plateau de Cluedo, promené de pièce en pièce par  Boltanski pour reconstituer son histoire familiale : chaque chapitre porte le nom d’une pièce de la maison de ses grands-parents, depuis la voiture –extension du cocon protecteur- jusqu’au cœur de la maison, la chambre des grands-parents.

La famille vit en vase clos, autour de la grand-mère, fière et névrosée. Boitant des suites d’une polio, elle garde ses enfants et petits-enfants à proximité, ils sont ses soutiens, ses cannes. Tous dorment ensemble dans la grande chambre, casemate protégée par les verrous tirés !

p. 282 « Après nos jours, elle contrôlait nos nuits ».

Une vie en vase clos dont seul un des trois fils s’est échappé :

p. 295 « Le départ de son fils du cocon qu’elle a créé, échec incompréhensible vécu comme une trahison »… néanmoins compensée par l’empressement de Christophe, le petit-fils, à rejoindre le nid familial.

Par petites touches, le lecteur comprend que les névroses des grands-parents s’expliquent par les années de clandestinité vécues pendant l’occupation. Années où le grand-père, absent pour la milice, a vécu reclus dans son petit bureau aveugle, toujours prêt à plonger dans "la cache".

« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

L’écriture de Boltanski est extraordinaire. Maîtrisée, évocatrice, c’est un pur délice. En revanche, plusieurs lecteurs n’ont pas apprécié ce livre faute de récit : plus qu’un roman, c’est une collection organisée de souvenirs. S’il étonne par sa structure, et satisfait pleinement par sa qualité d’écriture, il laisse sur sa faim en ce qui concerne « l’histoire ».

Coup de cœur pour les uns, ennui féroce pours les autres ! Personnellement j’ai beaucoup aimé ce livre, j’aurais aimé pouvoir évoquer avec autant de finesse mon rapport à mes grands-parents, à travers le lieu où je les ai côtoyés, et savoir dire, comme l'auteur :

p. 274 « Je n’ai jamais été aussi heureux que dans cette maison ».

Aline