Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/09/2019

Des hommes couleur de ciel

roman, terrorisme, intégration

Des hommes couleur de ciel

Anaïs LLOBET

Ed. de l’Observatoire, 2019, 209 p, 17€

Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs 2019

 

Une bombe vient d’exploser dans la cantine d’un lycée de La Haye, faisant de nombreuses victimes. La police affirme que le terroriste est un lycéen tchétchène.

Adam, au café avec un ami au moment où la nouvelle est diffusée, voit débarquer la police. Ils crient "son autre nom, Oumar", le menottent et l’arrêtent. En cellule, il retrouve son cousin, Makhmoud, arrêté lui aussi, mais son jeune frère Kirem a disparu.

Alissa Zoubaïeva, professeur de langue que ses amis croient Russe, impuissante, s’inquiète pour ses élèves, et espère que le poseur de bombe n’est pas l’un des siens. Elle prie pour n’avoir jamais croisé son regard dans les couloirs, ou pire, dans sa classe.

Les points de vue alternent entre plusieurs personnages. L’auteur recompose la trajectoire et les efforts d’intégration de quelques Tchétchènes, dont l’assimilation vole soudain en éclats. Oumar, "homme couleur de ciel", qui s'est construit une double identité pour protéger son secret, est particulièrement vulnérable aux pressions des musulmans intégristes.

Anaïs Llobet met en lumière l’impératif d’intégration des immigrés, et les conflits d’identité ou de loyauté qui en résultent. Un livre nécessaire, qui sonne juste, et nous questionne aussi sur la profondeur de notre accueil des étrangers. Combien de temps faut-il avant que les soupçons ne cessent de se porter sur eux ?

Anaïs Llobet est journaliste. En poste à Moscou pendant cinq ans, elle a suivi l'actualité russe et effectué plusieurs séjours en Tchétchénie. 

15/09/2019

Matador Yankee

matador yankee.jpg

Matador Yankee

Jean-Baptiste MAUDET

Le Passage, 2019, 192 p., 18€

Lauréat 2019 du prix Orange du livre

 

Tijuana, ville frontière, ses quartiers sordides et ses arènes. John Harper, fils métis d’une Mexicaine et d’un Yankee, s’imagine fils de Robert Redford et mène sa vie comme un héros de western. Torero passionné, vif, agile, connaissant bien les ruminants, il n’a malgré toutes ses qualités jamais réussi à faire décoller sa carrière. La faute à ses yeux bleus et sa blondeur, comme le prétend son imprésario ? "Entre deux contrats, son cerveau s’échappe trop loin"  et il se retrouve régulièrement acculé par des dettes de jeu.

Cette fois-ci, il accepte un contrat de matador sur les hauteurs de la Sierra Madre, "chez les fous", pour rembourser la terrible Roberta. Combattre des "taureaux trafiqués sortis des enfers" ne l'effraie pas... mais le véritable danger ne se situe pas forcément dans l’arène !

Roadtrip américano/mexicain, un peu désabusé, aux personnages pittoresques et attachants. Bien que n’éprouvant aucun intérêt pour la corrida, j’ai été emportée par l’écriture précise et enlevée de l’auteur, aussi poétique qu'un Daudet dans ses descriptions des troupeaux. Très belle lecture, inattendue !

roman,road trip,corrida

Aline

04/09/2019

Rentrée littéraire septembre 2019 (encore)

roman, rentrée littéraire, famille

 

Les fillettes

Clarisse GOROKHOFF

Editions des Equateurs, 2019, 18€

 

Portrait de l’amour inconditionnel reliant trois filles et leur mère,  malgré ses fêlures et ses défaillances. Rebecca parfois est une maman extraordinaire, belle, fantaisiste, et décalée, capable de transformer une journée en fête. Mais d’autres fois, elle est incapable de se lever le matin pour s'occuper de ses filles, et ne fait que repousser le moment où elle cédera à la tentation de la chimie pour combler sa "peur permanente et infondée".

Ce roman, condensé en une journée représentative, fait se succéder les voix des cinq membres de la famille. Mari et père aimant, Anton le conjoint reste un peu périphérique, tandis que la mère étale son mal-être et que chaque fillette -par les petits riens de son existence- exprime ses attentes, ses espérances… et son inquiétude latente.  "Mais trois fillettes peuvent-elles sauver une femme ? Avec des cris, des rires, des larmes, peut-on pulvériser les démons d’une mère ?"

J’ai aimé les caractères et les voix prêtés aux enfants. La petite Ninon, 13 mois, toute en séduction  "comme tous les bébés, fait depuis sa naissance des efforts colossaux pour qu’on s’intéresse à elle, qu’on pense à la maintenir en vie, qu’on n’oublie pas de la nourrir, de la changer, de la bercer… Entre zéro et trois ans, l’enjeu est vital, il faut séduire les grands, à commencer par ses parents, pour ne pas mourir." Laurette, la rêveuse, l’imaginative, énurétique depuis quelques temps, se demande "pourquoi tout est si moche à l’école ?... Elle sait que la laideur rend triste : la tristesse peut tuer. C’est sa maman qui l’a dit…" Et enfin Justine, au CP, qui fait souvent les courses à la place de sa mère et va lui acheter ses cigarettes, "sa béquille, son phare, son rempart".

Très beau prologue aussi : « L’enfance est une atmosphère. Décor impalpable et mouvant, mélange d’odeurs et de lumières. Les silhouettes qui l’habitent sont fuyantes, et finisse par s’envoler. Sa mélodie est apaisante, la seconde d’après elle se met à grincer. Agonie à l’envers, épopée ordinaire, c’est le début de tout ; une fin en soi. L’enfance est irréparable. Voilà pourquoi, à peine advenue, nous la poussons gentiment dans les abîmes de l’oubli. Mais elle nous court après –petit chien fébrile- et nous poursuit jusqu’à la tombe. Comment peut-on en garder si peu de souvenirs quand elle s’acharne à laisser tant de traces ? »

J'ai été un peu frustrée par une sensation de "déjà lu", après le roman de Delphine de Vigan Rien ne s’oppose à la nuit.  Pour autant j’en ai apprécié la justesse. L’auteur, née en 1989, se consacre à la philosophie et à l’écriture. Dans une interview accordée à LoupBouquin, elle évoque les personnages féminins de ses deux livres précédents, Ophélie (De la bombe) et Ava (Casse-gueule)  présentent de nombreux points communs avec Rebecca, dont « leur perplexité existentielle, leur refus des conventions sociales, leur désir absolu de liberté et leur quête de sentiments authentiques et intenses. »

Aline

31/08/2019

rentrée littéraire septembre 2019 : un peu de fraîcheur !

rentrée littéraire, roman, inuit, roman d'apprentissage

 

De pierre et d’os

Bérengère COURNUT

Le Tripode, 2019, 19€, 220 p.

 

 

Belle découverte rafraîchissante à la librairie Lulu !

Une nuit, une fracture de la banquise sépare Uqsuralik de sa famille. L’adolescente inuit se retrouve livrée à elle-même dans l’immensité polaire, avec quelques chiens quasi sauvages, une peau d’ours et un harpon. C’est l’histoire de sa survie, de son apprentissage et de son intégration à d’autres groupes de chasseurs/pêcheurs nomades de l’arctique. Ce roman ethnographique, passionnant à lire, donne accès au mode de vie traditionnel et au monde spirituel des Inuits. Il est complété par quelques photos en noir et blanc datant du début du XXe siècle.

Note liminaire du roman : "Les Inuit sont un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l'Arctique depuis un millier d'années. Jusqu'à très récemment, ils n'avaient d'autres ressources à leur survie que les animaux qu'ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d'animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L'eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu'accompagne parfois le battement des tambours chamaniques."

rentrée littéraire, roman, inuit, roman d'apprentissageAline

18/08/2019

Rentrée littéraire septembre 2019

Grâce aux Lulus, les bibliothécaires ont un peu d'avance sur la rentrée littéraire...

Boy Diola.jpg

 

Boy Diola

Yancouba Diémé

Flammarion, 2019, 192 p., 17€

 

Témoin de l’émotion de son père devant le JT montrant l’arrivée d’un bateau de migrants sur la côte Corse, l’auteur réalise que celui-ci a vécu un parcours d'émigré. Dès lors, il revient sur la vie de ce père, « Aperow » en diola, par le biais d’anecdotes collectées à plusieurs époques marquantes de sa vie.

C’est lors d’un voyage à Kagnarou, en Casamance, que l’auteur fait connaissance avec sa famille paternelle, et réalise l’ampleur des changements vécus par son père avant même de quitter le Sénégal.

 "Du temps de l’avant avant, les Diolas étaient Asoninkés… L’islam n’est jamais parvenu à rentrer entièrement dans le corps d’Apéraw. Il y est entré, et en est sorti plusieurs fois. Musulman en surface, mais Asoninké en profondeur". "Je ne connais pas son âge. Aperaw a l’air d’avoir 400 ans. Comment peut-il avoir vécu à la fois l’époque où l’on faisait griller de la viande de cochon et celle de l’école coranique ? L’époque des accouchements dans la forêt et celle des premiers dispensaires ?"

Après son passage par Dakar, la Côte d’Ivoire, le Libéria, l’ancien paysan -puis menuisier- s’installe en France, et travaille comme ouvrier chez Citroên. "Les parcours se ressemblent à la Cité. Familles nombreuses, lits superposés, grosse ambiance, père ouvrier, deux épouses et mères femmes de ménage".

La narration un peu décousue, toujours au présent, alterne -sans autre logique que celle des souvenirs- les faits anciens ou récents, au risque d’égarer  un peu le lecteur. Pourtant, on se laisse happer par  l’écriture vivante et évocatrice, parsemée de citations d’Aperow. On sent beaucoup d’amour et de fierté pour ce père, travailleur et courageux, portant cravate « parce que j’ai le droit ».

Aline

14/07/2019

Né d'aucune femme

Né d'aucune femme.jpgNé d’aucune femme

Franck BOUYSSE

La Manufacture de livres, 2019, 33 p., 20.90€

 

Au crépuscule de sa vie de prêtre, Gabriel se souvient d’un épisode qui a marqué sa vie. Une confession inhabituelle l’a conduit à récupérer de façon peu orthodoxe deux cahiers, mémoires écrits patiemment par Rose, enfermée depuis des années dans un asile psychiatrique.

C’est d’abord un infâme marché qui se révèle à nous : la vente par un père miséreux de sa fille de 14 ans à un hobereau menaçant, sûr de sa force et sans scrupules. Esclave plus que servante, Rose ne fait pas le poids face à la violence du maître de forge, et à l’esprit retors de la « reine mère » impitoyable.

Une femme, à l’isolement, qui déroule le fil de sa vie, on a déjà lu ça ? Peut-être, mais Franck Bouysse fait de cette vie brisée un récit intense, à la construction intelligente et au dénouement inattendu. Il s’applique également à endosser le point de vue des personnages secondaires, dont les faiblesses et les lâchetés permettent au maître de forge de s’imposer. Malgré des épisodes très durs, ce roman dégage une force de vie, par ses personnages qui tirent de petits riens la force de résister : le souvenir d’un moment de pureté, le bonheur d’un instant volé, la puissance des mots glanés dans de vieux journaux…

Notons au passage la couverture, très réussie, dont on ne saisit la profondeur qu'après avoir refermé le livre.

Aline

p. 268. "Les mots, j’ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je comprends pas toujours et que j’aime quand même, juste parce qu’ils sonnent bien. Ils me semblent plus légers à porter que ceux qui disent. [...] Ils sont de la nourriture pour ce qui s’envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C’est peut-être ce qu’on appelle une âme. Ces mots, je voudrais les emmener jusqu’au bout, gravés dans les feuilles de mon cahier, bien mieux que des initiales sur un rocher. J’ai la mémoire de ces mots qui fabriquent un monde rien qu’à moi, et qui d’habitude suffisent à me transporter loin d’ici."

12:35 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

07/07/2019

Bouillon Africain

Lectures variées, autour d'auteurs de différents pays d'Afrique noire.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalEt le ciel a oublié de pleuvoir

Mbarek BEYROUK

Musée Dapper (Littérature), 2006, 124 p., 10€

Aux confins du Sahara, trois personnes racontent tour à tour la tragédie dont elles sont les acteurs. Mahmoud, ancien esclave échappé, qui a gravi les marches de l’Etat ; Béchir, chef de village aux traditions ancestrales, qui refuse l’évolution de la société ; Lolla, femme libre qui refuse un mariage de force avec Béchir et quitte le village le soir de ses noces.

Une écriture poétique et imagée, pour dresser le constat d’une société mauritanienne entre tradition et modernité.

Mauritanien, Mbarek Ould Beyrouk est né en 1957. Après des études de droit, il se lance dans la presse, et fonde en 1988 le premier périodique indépendant de son pays. Et le ciel a oublié de pleuvoir est son premier roman.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalAux Etats-Unis d’Afrique

Abdourahmane WABERI

J.C. Lattes, 2006, 233 p., 15.20€

La Fédération des Etats-Unis d'Afrique prospère, autour de la riche capitale d’Asmara, en Erythrée,  indifférente au sort des millions de réfugiés caucasiens qui se pressent à ses frontières.  Maya, arrachée il y a longtemps à la misère de sa Normandie natale, repart pourtant vers l’Europe à la recherche de ses origines.

Fiction parfois difficile à suivre, renversant la situation actuelle entre Nord et Sud, ce pamphlet a le mérite de nous placer face à nos préjugés.

Né en 1965 à Djibouti, Abdourahman A. Waberi est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles et romans dont Le Pays sans ombre, Cahier nomade et Balbala, salués par la critique, récompensés par de nombreux prix et traduits en une huitaine de langues.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalUn si beau diplôme

Scholastique MUKASONGA

Gallimard (Blanche), 185 p., 18€

Parcours autobiographique d’une femme née au Rwanda dans une famille de bergers pauvres. Encouragée par son père à suivre une éducation poussée, elle a poursuivi sa scolarité, interne dans des institutions religieuses,  puis en exil, afin d’obtenir un diplôme, supposé sésame pour une vie meilleure. Une grande partie de sa famille a été assassinée pendant les massacres entre Hutus et Tutsis. Elle est confrontée à plusieurs pays étrangers, dont la France, différente de l’image qu’elle s’en faisait.

Elle vit actuellement en Normandie avec son mari, français. Son roman Notre-Dame du Nil a obtenu le prix Renaudot en 2012.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalCelles qui attendent

Fatou DIOME

Flammarion, 2010, 329 p., 20.30€

Deux mères Sénégalaises, Arame et Bougna, encouragent leurs fils à partir pour l’Espagne à bord d’une pirogue pour échapper à la misère. Récit fait du point de vue de celles qui attendent des nouvelles : les mères, et les jeunes épouses des deux émigrés.

Beau roman, facile à lire et instructif.

Née au Sénégal, Fatou Diome est arrivée en France en 1994 et vit à Strasbourg. Elle est l'auteur d'un recueil de nouvelles et de plusieurs romans, dont Le Ventre de l'Atlantique (2003), qui s’intéresse au même sujet, mais du point de vue d’une jeune Sénégalaise installée en France, qui tente de faire comprendre à ses frères la réalité de l’immigration.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalAvenue YAKUBU

Jowhor Ile

Christian Bourgois (Littérature étrangère), 2017, 304 p., 20€

Nigeria. A Port Harcourt en 1995, le destin d’une famille bascule lorsque Paul, le fils aîné, ne rentre pas chez lui un jour de manifestation. L’écriture présente des longueurs, alternant  entre ce qui s’est passé avant la disparition, la vie des parents (qui ont connu la guerre du Biafra), et ce qui lui succède. 

Jowhor Ile est né en 1980 à Obagi et a grandi à Port Harcourt au Nigeria. Encouragé par la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, il publie ses nouvelles dans les magazines littéraires à Londres, puis enseigne aux Etats-Unis. Avenue yakubu est son premier roman.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalCitoyen de seconde zone

Buchi EMECHETA

Gaïa, 1994

Parcours du Nigeria à l’Angleterre. Dans les années 1940, quand le Nigeria était une colonie anglaise, les immigrés nigérians étaient issus de couches sociales favorisées, venus étudier en Angleterre. La génération suivante d’immigrés est moins favorisée. Le roman, largement autobiographique, s’attache à la vie d’Adah, fille de paysans qui réussit à émigrer à Londres. A double titre « citoyenne de seconde zone » en tant que femme et en tant qu’étrangère, elle fait preuve d’une grande ténacité pour obtenir son autonomie et élever ses cinq enfants. Un roman qui honore la résistance des femmes.

Née au Nigéria, Florence Onyebuchi Emecheta, dite Buchi Emecheta (1944-2017) a émigré en Angleterre en 1962. Elle a été successivement bibliothécaire, travailleuse sociale, chroniqueuse et professeur dans plusieurs universités aux Etats-Unis, au Nigéria et en Angleterre.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalUne Maternité rouge

LAX

Futuropolis, 2019, 144 p., 22€

Du Mali au Louvre, cette superbe bande dessinée suit la destinée d’une statue de maternité Dogon. En 1960, aux temps du Soudan Français, la statuette avait été cachée par un enfant pour la soustraire aux rafles des colonisateurs. En 2015, elle est redécouverte par un jeune chasseur de miel Malien, Alou, qui sera chargé de la protéger et de l’apporter au musée du Louvre, pour la mettre à l’abri des djihadistes. Commence alors pour Alou un dangereux périple parmi les migrants africains. En parallèle, on suit  le quotidien d’un professeur du musée du Louvre, passionné d’art africain.

Liens entre les pays par l’art et la culture.

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalLes cigognes sont immortelles

Alain MABANKOU

Seuil (Fiction & Cie), 2018, 292 p., 19.50€

Roman autobiographique. Le jeune Michel, 14 ans, vit à Pointe Noire avec Maman Pauline et Papa Roger. Avec une écriture orale qui tient à l’enfance, l’auteur décrit les petits plaisirs et tracas de l’enfance, jusqu’au moment de l’assassinat du Président Ngouabi à Brazzaville, qui entraîne couvre-feu et arrestations, et exacerbe les oppositions entre ethnies… Lorsque l’un des frères de maman Pauline, accusé de trahison, est tué, elle veut se venger sur le chef de la Révolution du Nord. L’influence soviétique est omniprésente (le titre du roman provient d’une chanson révolutionnaire russe), et on ressent également l’ingérence de la France dans le pays. Plus largement, l’auteur évoque beaucoup des caractéristiques qui empêchent les pays d’Afrique d’avancer.

Auteur congolais, né à Pointe-Noire en 1966, Alain Mabanckou est l'auteur de plusieurs romans, dont Mémoire de porc-épic (Seuil, 2006), pour lequel il a reçu le prix Renaudot ainsi que Petit piment, Lumières de Pointe Noire, Black bazar,… Il vit à cheval entre les Etats-Unis (où il enseigne la littérature francophone) et la France.

 

Ainsi que trois romans, dont vous trouverez les critiques plus détaillées sur ce blog :

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalAmericanah

Chimamanda Ngozie ADICHIE

Gallimard, 2014, 24.50€

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalLa saison des fleurs de flamme

Abubakar Adam IBRAHIM

L'Observatoire, 2018, 422 p., 22€

 

roman, bande dessinée, Afrique, Nigéria, Congo, Mali, Mauritanie, Djibouti, SénégalLagos Lady

Leye Adenle

Métailié, 2016, 20€

31/05/2019

Paris-Venise

Paris-Venise.jpgParis-Venise

Florent OISEAU

Ed. Allary, 2018, 238 p., 17.90€

Roman est un trentenaire qui vit au jour le jour, passe d’un job à l’autre ; pas de femme, pas d’enfant, des soucis avec sa banquière. C'est un garçon simple et honnête, pas le physique d’un coach sportif mais plutôt d’un animateur de camp de vacances. Il habite en immeuble, fréquente le couple de gardiens, très banchés Johnny Hallyday et kir, des gens sincères et disponibles.

En décrochant un emploi de couchettiste sur le Paris-Venise, il va découvrir l’amitié entre collègues, l’argent facile, le trafic de clandestin, et surtout une histoire d’amour qui ne finira pas comme on le pense, et une autre qui ne commencera pas comme on le pense non plus !

L’histoire de la vie de ce trentenaire, monsieur tout le monde, peut sembler simple et sans intérêt ; c’est tout le contraire, elle est stimulante, fraîche et surtout pleine d’humour. Un bon moment de lecture en une seule traite !

Coup de coeur fraîcheur-humour de Pascale

16:28 Publié dans coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

04/02/2019

Nuit sur la neige

roman, récit d'initiation, skiNuit sur la neige

Laurence Cossé

Gallimard (Blanche), 2018, 141 p., 13.50€

Laurence Cossé (1950,--), a travaillé comme journaliste, critique littéraire, et pour la radio France Culture. Elle a publié une douzaine de romans, des pièces pour le théâtre et la radio, et un recueil de nouvelles. Chevalier de l’ordre des arts et des lettres, elle a obtenu en 2015 le Grand Prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.

Septembre 1935. Robin entre en classe préparatoire dans un lycée d’excellence tenu par les Jésuites. Comme de nombreux jeunes de sa génération, il a grandi à l’ombre de la Grande Guerre, auprès d’une mère veuve de guerre, éplorée et protectrice. Au cours d’une intense première année d'études, il découvre les affres de l'amitié et du premier amour.

Entre ce garçon peu sûr de lui et son condisciple Conrad, beau, riche et charismatique, se noue une amitié dissymétrique autour du sport. Au printemps 1936, tandis que la tension politique monte en Europe, les garçons partent skier dans un ancien village de Haute Tarentaise du nom de Val-d'Isère, que quelques visionnaires ont l’intention de transformer en station de ski alpin. Les six jours qu'ils y passent marquent Robin à vie.

L’auteur a articulé son roman autour d’une scène mémorable, dont elle portait l’empreinte depuis l’enfance, point d’orgue du livre et moment où le narrateur passe brutalement dans l’âge adulte. L’écriture est plutôt classique, ciselée et précise, pour un récit initiatique bref et intense. Laurence Cossé  prend le temps de détailler l’ambiance particulière des prépas à cette époque, la vie rurale frugale dans le pauvre village de Val d’Isère, les paysages des Alpes et les débuts du ski alpin. En revanche, quoiqu’en dise la quatrième de couverture, l’auteur évoque peu la montée du nazisme, si ce n’est par une certaine inquiétude ambiante.

J’ai seulement regretté l’ajout du dernier chapitre… dix ans après. Mal amené, il n’apporte selon moi  rien au récit.

Aline

 « Quelle étrange substance, la mémoire, fluide et fuyante à la manière du mercure, avec des éléments plus solides que le silex. La précision de certains souvenirs… Il y a des phrases entières que j’entends comme si c’était hier qu’elles m’avaient cloué sur place. Je suis sûr d’elles au mot près. Des expressions sur un visage, glaçantes, des gestes. Et il y a d’énormes trous, des cratères où ont disparu des mois entiers avec les lieux qui leur servaient de cadre, des quantités de gens – sans doute les moments heureux et les personnes inoffensives ; car les plages paisibles s’enfoncent dans l’oubli quand les heures atroces ne perdent rien de leur tranchant, quel que soit le nombre des décennies qui nous en séparent, ou sont supposées nous en séparer. Et dans les heures atroces, je compte pour ma part les quelques instants de joie folle dont j’ai eu conscience en les vivant qu’ils étaient fulgurants et qu’ils allaient s’éteindre aussi brutalement qu’ils m’avaient ébloui. »

07/01/2019

Terres fauves

roman, Alaska, états-unis, thrillerTerres fauves

Patrice GAIN

Le mot et le reste, 2018, 19€

 

A la base, David McCae déteste la violence et la solitude. Cet écrivain aime se perdre dans l’activité et la foule de New York. Aussi est-ce à contrecœur qu’il traîne son costume de citadin et ses chaussures en daim jusqu’au fin fond de l’Alaska, pour obéir à son commanditaire qui exige de clore sa biographie sur une interview de Dick Carlson : héros viril des Etats-Unis, vainqueur du 1er sommet de 8000 m conquis par des Américains, Dick Carlson mérite en effet un chapitre dans les mémoires du gouverneur Kearny, qui brigue une réélection.

« Je me demandais ce qui pouvait bien pousser un homme à s’isoler dans cette contrée inhospitalière. A se mettre constamment en danger dans un espace barbare où les plus gros mangent les plus petits sans que ces derniers ne soupçonnent que c’est là leur destin.... Le genre d'endroit où le voisin le plus proche est le Bon Dieu."

Le héros de l'Amérique se révèle plutôt un personnage déplaisant, mégalomaniaque, et David se retrouve bien mal à l’aise en immersion dans une nature hostile en compagnie de son groupe de chasseurs de grizzlys. Incapable d’utiliser une arme, totalement inadapté à cet environnement, il puise dans ses réserves de volonté et d’ingéniosité, et tente de déjouer les pièges pied à pied. Le récit est haletant, dans une spirale descendante où il se retrouve poursuivi par un destin plus fort que lui.

« En arrivant en Alaska j’étais tombé dans un muskeg [marécage] qui m’avalait lentement. Je sentais une force de succion me tirer vers le fond. Me débattre ne changerait rien, sinon accélérer le moment où ma tête disparaitrait… »

La psychologie du personnage est plus fine qu’il n’y parait. Face aux prédateurs, sa naïveté le dessert ; en revanche, elle l’aide à se rapprocher des autres avec empathie. Dans les pires moments, il revient à l’essentiel : sa mère, sa sœur, et le souvenir de son père, GI mort en Afghanistan, qui  le soutient.

Evocation puissante de l’Amérique de Trump, où il vaut mieux être du bon côté du fusil et savoir tirer !

Aline