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04/08/2020

Requiem pour une apache

roman

Requiem pour une apache

Gilles MARCHAND

Aux Forges de Vulcain (Fiction), 2020, 407 p., 20€

 

Quand elle a poussé la porte du café, elle n’était qu’une cliente comme une autre, discrète et vite oubliée. Ce qui l’a démarquée des clients habituels, c’est son utilisation du juke-box : elle repassait toujours la même chanson, « Jolene » de Dolly Parson. Alors, elle a acquis une individualité, les résidents permanents l’ont peu à peu intégrée  à leur groupe de sans grade : anciens taulards, catcheur au cerveau défaillant, vieil ouvrier à la retraite, placeuse d’encyclopédies, architecte visionnaire ruiné, photographe d’écume... tous plus ou moins confinés dans l’hôtel devenu leur refuge. Enfin, un jour, par un minime acte de révolte, elle a refusé la place que la société lui assignait et rejoint les résidents  de la pension, où elle a semé la graine de la rébellion.

Peu à peu rappliquent tous ceux qui se sentent concernés par ce refus de la société qui les stigmatise : obèse, roux, vieux, boutonneux, , caissière, éboueur... et les tensions montent avec les autorités et les voisins ! C'est l'un des pensionnaires de l’hôtel, ex-chanteur d’un « tube » ringardisé, qui partage avec nous leur histoire.

Avec tendresse, Gilles Marchand  excelle dans les portraits de femmes et d’hommes en marge de la société. Seule touche de fantastique dans ce roman presque réaliste, il intègre à ces personnages « décalés » quelques improbables, comme Alphonse, littéralement liquéfié d’amour,  Suzanne l’odeur de la pension, ou un résistant grincheux oublié dans sa cachette sous les combles.  On retrouve la « patte » humaniste de Une bouche sans personne, sélectionné en 2017 pour notre prix M.O.T.T.S. des lecteurs. Un roman en résonance avec 2020, le raz le bol des gilets jaunes, le confinement et la découverte (éphémère ?) des invisibles !

Aline

 

12:33 Publié dans critiques de livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman

22/06/2020

Les jungles rouges du Cambodge

Les jungles rouges.jpg

 

Les Jungles rouges

Jean-Noël ORENGO

Grasset, 2019, 272 p., 19€

 

L’auteur mêle habilement histoire et fiction dans ce roman qui retrace l'histoire de l'Asie du Sud-Est et plus particulièrement du Cambodge, de la période coloniale des années 1920 à nos jours.

Le récit débute en 1924 à Phnom Penh où André et Clara Malraux sont astreints à résidence dans l’attente de  leur procès pour vol de statues. Pour se sortir de cette situation, André Malraux, jamais à court d’idées, décide de faire de son procès celui du système colonial, et de créer un journal  « L’Indochine » dénonçant les méfaits de la colonisation. Ils entraînent dans cette aventure leur boy Xu, sa femme Thuy, Paul Monin, avocat au service des révolutionnaires chinois et un journaliste vietnamien radical Hjinn. Ils dénoncent l’arrogance du colonisateur, les scandales immobiliers, les compromissions,  la corruption des colons et aussi des élites cambodgiennes et s’attirent des haines féroces. Au fil des mois, des dissensions apparaissent dans le groupe, la pression extérieure devient de plus en plus forte et c’est la faillite.

L’amitié que manifestaient les Malraux pour Xu et Thuy ne résiste pas ; ils ne tiennent pas leur promesse de les faire venir avec eux à Paris et les abandonnent à leur sort. Mis au ban de la société, Xu et Thuy survivent. Thuy meurt en donnant naissance à un fils Xa Prasith.  Son père rejoint des combattants anti-français et grâce à l’argent envoyé par Clara qui espère ainsi atténuer sa culpabilité, Xu Prasith fait ses études au lycée français d’Hanoï. Dans les années 1950, un reste de mauvaise conscience pousse le couple Malraux à l’inviter à venir terminer ses études à Paris.

Le jeune homme se lie d’amitié avec Saloth Sâr venu également étudier dans la capitale. Le futur Pol Pot se politise au contact des intellectuels français, découvre le marxisme et a le sentiment grandissant d’avoir un rôle à jouer dans l’avenir de son pays. Toujours dans l’ombre, Xa Prasith, son fervent admirateur  va l’aider à obtenir et garder le pouvoir.

On assiste à la désagrégation de la société coloniale et à la montée des idées révolutionnaires, auxquelles adhèrent de plus en plus de Cambodgiens et, en avril 1975 c’est la chute de Phnom Penh. Des centaines de personnes se réfugient à l’Ambassade de France et parmi elles Xa Prasith et sa petite fille Phalla âgée de 6 mois. Il la confie à des Français, car,  comme il l’explique à Marie et Maxime La Rochelle, un couple d’intellectuels en poste au Cambodge, il a été désavoué par Pol Pot dont il ne partage pas la violence. Rejeté par lui, il a déserté et c’est un homme en fuite qui se cache, et craint que son enfant ne connaisse un sort tragique. Il leur raconte ce qu’a été sa vie pour qu’ils puissent ensuite en faire part à sa fille. A travers son récit, il apparaît comme un héros, dévasté par la tragédie.

Phalla se construit dans l'admiration de son père, figure mythique. Adulte, elle trace sa voie dans le milieu artistique et, en  1996, aux Beaux-Arts de Paris, elle rencontre Jean Douchy avec qui elle a une courte liaison. Tous deux sont fascinés par le destin de ce père mystérieux. Quelques années plus tard, en 2016, Jean Douchy devenu marchand d'art, est contacté  par une jeune cambodgienne après avoir mis en vente des photos datant de la dictature de Pol Pot. Une révélation finale  bouleverse tout ce qu’il croyait savoir sur Xa Prasith.

Jean-Noël Orengo a écrit un livre foisonnant, dense et passionnant. Il donne beaucoup de réalisme au personnage ambigu de Xu Prasith. Sa description des milieux intellectuels parisiens qui ont fortement influencé de futurs dictateurs, est très juste. De même il montre très bien l’évolution de Pol Pot et la dérive terrible de sa vision politique qui va aboutir à l’extermination d’un peuple.

C’est un roman aux multiples intervenants, un brassage d’époques et de personnages fictifs et réels, une intrigue complexe, une fascination pour l’Asie.

"Les jungles rouges" c’est aussi ces terres "hantées habitées des pires créatures de la terre, minuscules et voraces, de félins fous et surtout d'esprits, de fantômes, une armée de l'au-delà. Des jungles rouge meurtre, comme la couleur des pistes de ce pays menant vers les populations les plus reculées, les moins visitées de la colonie".

Un long poème anticolonial et révolutionnaire "Comme vous mais pas tout à fait comme vous" imprimé en 1910 à Saïgon sous un pseudonyme et signé Khmer Daeum (Khmeer premier) accompagne le récit :

"Comme vous je suis éprise de liberté

mais pas tout à fait comme vous je m’y emploie

car m’en ayant privée c’est vous que je combats"

Annie P.

12/06/2020

Mésamour

Deux romans sur l'amour maternel qui dérape.

 

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Séverine VIDAL

Sarbacane (Exprim’), 2019, 234 p., 16€

 

Quand une mère n’aime qu’elle-même...

C’est l’histoire de Pénélope, étouffée et rabaissée à la moindre occasion par sa mère. "Irène était tout ça à la fois : une mère tirée à quatre épingles, classe et élégante, la séductrice en chef, et celle des mauvais jours, qui se laisse franchement aller, abrupte et rêche. Difficile pour une petite fille de vivre à côté d’une mère pareille, de grandir dans son ombre... C’est pourtant comme ça que le concevait Pénélope : une petite vie, recroquevillée dans l’ombre de la pieuvre. Irène passait d’une minute à l’autre du sourire à la grimace, du mot tendre à la vacherie cinglante.  Une pieuvre, à cheval sur deux pôles, voilà ce qu’était sa mère." 

Comment s’étonner alors, qu’avec toutes les manœuvres de la belle, la terrifiante Irène, elle ait pensé agir pour le bien de son bébé en l’abandonnant à la naissance ? C’est aussi l’histoire de Romane, heureuse dans sa famille d’adoption, qui ressent pourtant le manque de sa « fausse maman ». Romane qui ne sait si elle doit la rencontrer ou la rejeter...

Un roman direct, pour grands ados ou adultes, sur les relations mère-fille, parfois destructrices, parfois lumineuses.

 

roman,famille,maternitéImpasse Verlaine

Dalie FARAH

Grasset, 2019, 218 p., 18€

 

Quand une mère aime avec violence...

Ici aussi, trois générations de femmes, et beaucoup de violence, physique cette fois. Djemaa, ou Vendredi, jolie petite fille agitée, une vraie chèvre sauvage, a grandi dans un village au pied des Aurès sous les coups de sa mère qui ne comprenait pas son besoin de liberté. A son tour, Vendredi, mariée de force à un homme de vingt ans son aîné et exilée en France, développe une relation d’amour-haine avec sa fille.

Impasse Verlaine, c’est l’endroit où grandit la fille de Vendredi, entre la serpillère et la cuisine, dans une cité de Clermont-Ferrand où ses parents  Algériens ont trouvé du travail. La narratrice s'interroge sur l'origine des violences de sa mère, à qui elle sert de servante familiale et de souffre-douleur. Lieu d’instruction approuvé par Vendredi (frustrée par son illettrisme), l'école la sauve. C'est là qu'elle trouve une forme de paix et découvre la littérature. En toile de fond, l'auteur évoque sans concession un certain milieu populaire où une petite fille peut subir des violences sans que personne ne lui vienne en aide.

Prix des lycéens et apprentis 2020.

Aline

03/06/2020

Les livres aussi se déconfinent

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Profitez du service de prêts à emporter pour emprunter une "nouveauté" fraîchement arrivée en rayon. Petit aperçu des derniers romans mis à disposition.

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roman,roman étranger,nouveautésPensez à prendre rendez-vous et réserver vos livres ! Sur le site du réseau des bibliothèques, on vous explique comment faire, mais vous pouvez aussi nous appeler le matin au 04 72 31 67 66.

30/04/2020

Bouillon confiné n°2

Suite des suggestions de lecture de nos lecteurs, dans toute leur diversité. Vous pouvez partager les vôtres en les envoyant par mail à bibliotheque@soucieu-en-jarrest.fr

 

coup de coeur, romanMaïmaï

Aki SHIMAZAKI

Actes Sud, 2019, 15€

Taro est sourd-muet. Métis, il n’a pas connu son père. Sa maman lui répétait souvent cette comptine : « Qui voudrait porter le fardeau d’un autre » (Maïmaï signifie escargot). Sa mère, qui tenait une librairie philosophique, meurt très jeune. Lors de ses obsèques, de nombreux personnages surprenants sont présents.

Japonaise, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Elle a écrit un ensemble de 3x5 livres courts, qui peuvent se lire dans le désordre. Les héros de l’un deviennent personnages secondaires de l’autre. Maïmaï est le 5e tome de la série L’ombre du chardon, mais se lit indépendamment.

 

coup de coeur, romanDiên Biên Phù

Marc Alexandre OHO BAMBE

S. Wespieser, 2018, 19€

20 ans après, Alexandre revient au Vietnam chercher Maï Lan, la femme vietnamienne qu’il a laissée derrière lui. Il refait le point sur son amour pour elle, sa vie, son mariage en France et ses enfants, ainsi qu’une belle histoire d’amitié avec l’homme qui l’a sauvé.

Né à Douala (Cameroun), bercé par la poésie d’Aimé Césaire et René Char, l’auteur est à l’origine poète et slammeur, ce qui se ressent dans l’écriture ciselée du roman, entrecoupé de poèmes à l’absente.

 

coup de coeur, romanLa terre invisible

Hubert MINGARELLI

Buchet-Chastel, 2019, 15€

En 1945, un photographe de guerre anglais, hanté par ce qu’il a vu à la libération des camps de concentration, erre dans l’Allemagne d’après-guerre pour essayer de comprendre. Escorté par un jeune chauffeur, part au hasard des routes photographier les Allemands devant leur maison.

Dernier roman de l’auteur, décédé en janvier 2020. On retrouve dans ce roman l’écriture fine et mélancolique qui lui a valu le prix Médicis pour Quatre soldats.

 

coup de coeur, romanUnderground Railroad

Colson WHITEHEAD

Albin Michel, 2017, 22.90€

Etats-Unis, dans la Géorgie d’avant la sécession, épopée d’esclaves noirs. Cora pense que sa mère a réussi à s’enfuir de la plantation, car elle n’a jamais été retrouvée. A son tour, elle s’échappe, poursuivie avec acharnement par les traqueurs. L’Underground Railroad (chemin de fer souterrain)  est le réseau d’aide aux clandestins, présenté ici de façon imagée. Prix Pulitzer 2017, National Book Award 2016.

 

coup de coeur, romanTempête rouge

Tsering DONDRUP

P. Picquier, 2019, 19€

Sous forme romancée, évoque l’invasion du Tibet par la Chine, et la révolte d'une communauté de pasteurs nomades contre l'impitoyable mainmise chinoise, à la fin des années 1950. L’auteur prend pour héros un lama bon vivant mais aussi arriviste et lâche, dont les déboires et les ruses placent le rire au cœur de la tragédie. Un glossaire détaille les coutumes tibétaines.

 

coup de coeur, romanRevenir à Vienne

Ernst LOTHAR

Liana Levi (Littérature étrangère), 2019, 23€

Sa famille a émigré aux Etats-Unis en 1938 au moment de l’Anschluss. Félix von Geldern revient à Vienne en 1946 réclamer la restitution des biens familiaux. Mais la ville est en ruines, occupée par les Alliés, et le passé récent mal digéré. Il se heurte à des sympathisants nazis, découvre l’attitude des Autrichiens pendant la guerre, et retrouve la femme de sa vie... bien compromise.

 

coup de coeur, romanBibliodyssées ; 50 histoires de livres sauvés

Kamel DAOUD, Raphaël JERUSALMY, Joseph Belletante, Bernadette Moglia

Actes Sud ; Imprimerie Nationale, 2019, 29€

50 histoires d'ouvrages et de bibliothèques mis à l'index, spoliés, menacés, puis sauvés par le courage et la passion des hommes. Des livres souvent devenus talismans et compagnons d'exil.

 

coup de coeur, romanUn petit carnet rouge

Sophia LUNDBERG

Le livre de poche, 2019, 8.20€

Doris, 96 ans, vit seule dans la campagne suédoise. Le récit alterne entre ses conversations avec sa nièce, Jenny, à qui elle raconte son quotidien et ses souvenirs sur Skype.  Dans son petit carnet rouge, elle a noté les adresses de toutes les personnes rencontrées au fil de sa vie, et les barre au fur et à mesure qu’elles disparaissent. Jenny essaie de lui retrouver son amour de jeunesse.

 

coup de coeur, romanIdiss

Robert BADINTER

Fayard, 2018, 20€

Etude de la condition des émigrés russes venus à Paris en 1914. Destinée singulière de la grand-mère de l’auteur, exode depuis  la Biélorussie jusqu’à Paris, période de la Belle époque, puis occupation et déportation. Un hymne d’amour à sa grand-mère.

 

coup de coeur, romanFélix et la source invisible

Eric-Emmanuel SCHMITT

Albin Michel, 2019, 17€

Félix a douze ans, et vit à Belleville avec sa mère, Fatou, qui tient le bistrot « Au boulot », haut en couleurs. Lorsqu’elle est expropriée, elle perd sa joie et son énergie. Faute d’arriver à lui redonner le moral, Félix et son père l’emmènent en Afrique, aux sources de l’animisme. Dans la lignée de Oscar et la dame rose, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, ou L’enfant de Noé,  Eric-Emmanuel Schmitt sonde les croyances animistes.

 

coup de coeur, romanLes sept mariages d’Edgar et Ludmilla

Jean-Christophe RUFIN

Gallimard, 2019, 22€

Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l'éloignement, la séparation, le divorce... Edgar et Ludmilla... Le mariage sans fin d'un aventurier charmeur, un brin escroc, et d'une exilée un peu "perchée", devenue une sublime cantatrice acclamée sur toutes les scènes d'opéra du monde. Pour eux, c'était en somme : "ni avec toi, ni sans toi". De l’après-guerre jusqu’aux années 2000, un récit plein d’imagination et de situations extravagantes.

 

coup de coeur, romanZulu

Caryl FEREY

Gallimard, 2008, 19.50€

Chef de la police criminelle de Cape Town, Neuman doit composer avec deux fléaux d'Afrique du Sud : la violence et le sida. Le cadavre d'une jeune fille blanche est découvert dans un jardin botanique du Cap. C'est la fille d'un ancien joueur des Springboks, véritable star nationale. Alors que l'enquête piétine, le corps d'une deuxième femme portant des scarifications faisant référence à des sacrifices zoulous est retrouvé. Neuman, qui enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds... Âmes sensibles s’abstenir ! Prix Nouvel Obs du roman noir et Grand prix des lectrices de Elle 2009.

 

coup de coeur, romanLes imprudents

Olivier BERTRAND

Seuil, 2019, 19€

Le 3 mars 1944, les habitants d'un hameau perdu des gorges de l'Ardèche ont été fusillés à l'aube par des SS, pour avoir caché des maquisards. Dans ce village, il y avait quinze habitants, mais on y a retrouvé seize corps. Qui était ce seizième homme ?  Ce livre débute comme une enquête, soixante-quinze ans après les faits, pour identifier l'inconnu. Sur place, les réticences à parler sont encore fortes. Mais peu à peu, les langues se délient, des habitants exhument des boîtes en fer contenant des photos, des carnets de notes, autant de souvenirs de famille qui permettent de mieux comprendre la lourde chape de silence qui s'était posée sur ces derniers mois de l'Occupation. Ces découvertes lancent l'auteur sur les routes, à la poursuite du maquis Bir-Hakeim.

 

coup de coeur, romanUn mot sur le pare-brise

Rolland ABONNEL

Editions Beaurepaire, 2017, 17€

Du fond de son lit de malade, Evelyne écrit le testament de son existence, afin de libérer son âme d'un secret de jeunesse. Peut-être pas un coup de coeur, mais le récit est situé dans notre région.

 

28/04/2020

Bouillon confiné n°1

Petite sélection de livres coups de cœur, proposée par les lecteurs de la bibliothèque Eclats de Lire, et les participants des comités de lecture.

 

la femme révélée.jpgLa femme révélée

Gaëlle NOHANT

Grasset, 2020, 22€

Dans les années 50, Eliza laisse derrière elle sa vie à Chicago, avec un mari fortuné et un petit garçon, pour commencer une nouvelle vie à Paris. Sous l’identité de Violet Lee, elle se fait un nom comme photographe. Au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago à la recherche de son fils. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l'opposition à la guerre du Vietnam et l'assassinat de Martin Luther King…

 

Opus 77.jpgOpus 77

Alexis RAGOUGNEAU

V. Hamy, 2019, 19€

La famille Claessens est une famille de musiciens de génie, tout leur réussit. Enfin, c’est comme ça que le père aurait aimé que ça se passe. Le roman s’ouvre sur l’enterrement de ce grand chef d’orchestre. Et tandis que sa fille, la belle Ariane, joue du piano dans l’église bondée, elle nous raconte tout. Que vous soyez mélomane ou pas, vous apprécierez ce psychodrame familial qui se joue dans les plus fameuses salles de concert du monde.

 

sale gosse.jpgSale gosse

Mathieu PALAIN

L’Iconoclaste, 2019, 18€

On suit Wilfried depuis sa naissance. Abandonné par une mère trop jeune et trop perdue, il grandit dans une famille aimante de la Cité. Doué pour le foot, il a la chance d’être sélectionné pour un camp d’entraînement, mais il a trop de rage en lui, et finit par être exclu. On suit alors sa descente vers la délinquance, et les combats des services sociaux pour l’aider à s’en sortir. Roman urbain social, aux côtés de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

 

les sales gosses.jpgLes sales gosses

Charlye MENETRIER-McGRATH

Fleuve Noir, 2019, 17.90€

Jeanne, 81 ans, a été placée en maison de retraite par ses enfants. Très en colère contre eux, elle simule la démence pour faire enrager tout le monde. Elle se lie d’amitié avec une bande de joyeux lurons. Léger et plein d’espoir.

 

Les mots qu'on ne me dit pas.jpgLes mots qu’on ne me dit pas

Véronique POULAIN

Stock (La bleue), 2014, 16.50€

Ses parents, sourds-muets tous les deux,  se sont rencontrés à un bal pour sourds.  Véronique Poulain raconte son enfance dans les années 70. Des anecdotes pleines d’humour. Sa colère envers l’attitude des gens, qui ne font pas d’effort par rapport à la surdité de ses parents ou se moquent. Sa frustration aussi par rapport à ses parents parfois, alors qu’elle est si fière d’eux à d’autres moments.

 

pardon clara.jpgPardon Clara

Didier CORNAILLE

Presses de la Cité, 2016, 19€

Antoine, Parisien, en mal de vert et d'authenticité, tombe sous le charme du Morvan et du village dont est originaire son épouse. Un jour de promenade, il découvre, choqué, une étoile de David taguée sur le portail d'une maison. Il rencontre la propriétaire des lieux, une vieille dame, Clara, dont il devient le confident.

 

bondrée.jpgBondrée

Andrée A. MICHAUD

Rivages, 2016, 18.50€

Été 67, une jeune fille disparaît dans les épaisses forêts entourant Boundary Pond, un lac aux confins du Québec rebaptisé Bondrée par un trappeur enterré depuis longtemps. Elle est retrouvée morte, sa jambe déchirée par un piège rouillé. L'enquête conclut à un accident : Zaza Mulligan a été victime des profondeurs silencieuses de la forêt. Mais lorsqu'une deuxième adolescente disparaît à son tour, on comprend qu'un tueur court à travers les bois de Bondrée. Une écriture magnifique au service d'une atmosphère angoissante et de subtiles explorations psychologiques. Prix des lecteurs Quai du Polar 2017, prix SNCF du Polar.

 

profanes.jpgProfanes

Jeanne BENAMEUR

Actes Sud, 2013, 20€

Ancien chirurgien du cœur, Octave Lassalle a consacré sa vie à son métier, et se retrouve seul. Âgé, encore autonome, il anticipe, et se compose une équipe d’accompagnement. Il organise le découpage de ses jours et de ses nuits en quatre temps, confiés à quatre personnes choisies avec soin : Béatrice, Hélène, Yolande et Marc.

 

tout le bleu du ciel.jpgTout le bleu du ciel

Melissa DA COSTA

Carnets Nord, 2019, 21€

Emile, atteint à 26 ans d’Alzheimer précoce, refuse un essai clinique. Il part en voyage, recherche un accompagnateur par petites annonces, et c’est Joanne qui l’accompagne pour un périple en camping-car à travers la France. Hymne à la vie, ce récit nous fait passer du rire aux larmes. Les paysages sont très bien décrits. Premier roman, publié en ligne puis édité par Carnets Nord et le Livre de Poche.

 

la plus précieuse des marchandises.jpgLa plus précieuse des marchandises

Jean-Claude GRUMBERG

Seuil, 2019, 12€

Dans un bois habitait un couple de bûcherons pauvres et sans enfants. Chaque jour, à l’orée de la forêt, la bûcheronne voyait passer un train. Ignorant ce qu’il transportait, elle ramassait les petits papiers jetés par les fentes des wagons, mais comme elle ne savait pas lire, elle imaginait tout un monde merveilleux transporté dans ce convoi. Elle espérait qu’un jour, quelque chose d'extraordinaire lui arriverait de ce train. Aussi, lorsque qu’un homme réussit à déposer un bébé sur la neige, pensa-t-elle que les dieux l’avaient entendue… Conte émouvant et magnifique !

 

écoldar.jpgEcoldar

Christine LAPOSTOLLE

Editions Mf, 2018, 14€

Si vous ne savez pas ce qui se passe dans une école des beaux-arts, lisez ce livre. Récit entrecoupé par des extraits d’un journal d’étudiant. Christine Lapostolle a beaucoup d’empathie pour ses élèves, et tente aussi de faire le portrait d’une jeunesse.

25/04/2020

Pour trois couronnes

roman, filiation,

Pour trois couronnes

François GARDE

Gallimard, 2013, 20€ (Folio 8€)

 

Philippe Zafar, jeune Libanais parti de Californie pour échapper à son destin dans l’entreprise familiale de vente de meubles, s’est inventé un métier de "curateur aux documents privés". Il assiste les familles après un deuil, en se chargeant du tri et du rangement des papiers du défunt. C’est généralement l’affaire d’une semaine ou deux de paperasse.

Mais voilà qu’en triant les dossiers de feu Thomas Colbert, un Français installé aux Etats-Unis depuis des décennies, à la tête d’un empire maritime, il fait une découverte intrigante : parmi les factures, lettres, cartes de visite et autres documents, se trouve le récit étonnant d’un matelot en escale dans un port tropical, en janvier 1949. Rédigé de la main de Thomas Colbert, est-ce un aveu déguisé de sa part ? Un exercice littéraire sans conséquence ? La riche veuve le charge d'enquêter.

Le manuscrit cache autant qu’il révèle, et notre Zafar, entre intuition et recherche systématique, suit la trace du matelot Colbert jusqu’à Bourg-Tapage. Dans ce port imaginaire de Micronésie, les combats des insulaires pour plus d’égalité et les "Troubles" de la décolonisation sont encore tout récents, et affleurent dans chaque conversation de Zafar avec les anciens. « Dans cette ville, chacun était un survivant des Troubles et en portait le poids » (p. 156)

François Garde imagine toute une ancienne colonie et ses témoins hauts en caractère, totalement crédibles et passionnants. Parmi les insulaires, beaucoup de femmes fortes, comme Lucienne Elisabeth,  syndicaliste militante devenue déléguée à l’Assemblée. L’adage ne dit-il pas  « nos femmes sont notre trésor » ? Au reste, il faut être né d’une femme insulaire pour pouvoir prétendre être soi-même insulaire.

Très dépaysant, le roman mêle adroitement  une enquête généalogique à rebondissements, et l’histoire mystérieuse des pièces d’or évoquées dans le titre, trois couronnes d’Alexandre-Auguste disparues et réapparues à plusieurs reprises, qui ont un rôle symbolique important de "fortune" dans tous les sens du terme. Les motivations des protagonistes ne sont jamais tout à fait claires, entre quête de la vérité, volonté de bien faire et intérêts personnels. L’histoire est révisée en fonction des points de vue, et de l’avancée de l’enquête. Au reste, dès son arrivée au port, Zafar reçoit une mise en garde du vieux professeur et historien local : « Toujours se méfier des contrats conclus à Bourg-Tapage ! ».

Un autre aspect intéressant du récit est la mise en abîme entre l’enquête en paternité et l’histoire personnelle de Zafar, son rapport à son père décédé lorsqu’il était adolescent, et au Liban, son pays d’origine.

François Garde, ancien haut fonctionnaire en Nouvelle Calédonie et dans les Terres Australes et Antarctiques, a reçu de nombreux prix pour son premier roman Ce qu’il advint du sauvage blanc, chroniqué ici. Il est également l’auteur du splendide Marcher à Kerguelen.

Aline

19/04/2020

Âme brisée

roman, Japon, musique, mémoire

 

Âme brisée

Akira MIZUBAYASHI

Gallimard, 2019, 237 p., 19€

 

Âme : petite pièce de bois interposée, dans le corps de l’instrument à cordes, entre la table et le fond, les maintenant à bonne distance et assurant la qualité, la propagation comme l’uniformité des vibrations.

La scène fondatrice du roman se passe à Tokyo, en 1938, dans le contexte historique de la guerre de 15 ans au Japon, barbarie militaire qui a engendré plus de 20 millions de morts dans cette région du monde. Rei, garçon de 11 ans, lit tranquillement les exploits de son héros Coper, pendant que son père Yu Mizuzawa, 1er violoniste, répète un quatuor à cordes de Schubert avec des amis Chinois - en idéaliste qu'il est, imperméable à l’étroite vision nationaliste opposant le Japon à la Chine depuis 1931.

"Je crois que ça a du sens… qu’aujourd’hui, en 1938, dans un coin de Tokyo, un quatuor sino-japonais joue Rosamunde de Schubert…, alors que le pays entier tombé dans ses obsessions bellicistes semble être dévoré par le cancer nationaliste divisant les individus entre un nous et un eux…"

Un caporal zélé soupçonnant une réunion clandestine réduit en miettes l’instrument  de Yu de ses lourdes bottes, et emmène le musicien au QG sous l’accusation d’être un « hikokumin » ou mauvais sujet japonais. Arrivé trop tard, le lieutenant Kurokami, mélomane éclairé, échoue à protéger Yu, mais cache la présence du fils effrayé et lui rend le violon brisé. De Tokyo à Mirecourt, dans les Vosges, le roman suit le destin de cet enfant, le processus par lequel il devient un luthier de grand renom, ainsi que le destin du violon détruit par le militaire.

La musique est partout présente dans le roman, et l’amour de la musique classique transparait dans tout le récit, mais elle n’en est pas le sujet à proprement parler. C'est plutôt un roman sur l’amour, qui lie l’enfant à son père par-delà la mort, et sur la mémoire, qui a figé le destin des personnages. Le romancier, dans une interview, souligne la dédicace de son livre à "tous les fantômes du monde". Dans ce roman, le père est le fantôme précis, mais l’auteur considère toutes les victimes d’Hiroshima, celles du bombardement massif de Tokyo le 10 mars 1945, et plus largement toutes les victimes du monde n’ayant pas pu aller au bout de leur mort.

Akira Mizubayashi est un écrivain japonais d'expression japonaise et française. Né en 1951 à Sakata. Il commence ses études à l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo, puis étudie à Montpellier, et à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Il enseigne le français à l'université de Tokyo. Depuis 2011, il a choisi d’écrire directement en français (Cf. Une langue venue d’ailleurs, sur son rapport à la langue française) – entre autres dérangé par la façon dont la société japonaise hiérarchisée est inscrite dans la langue. Cela lui donne un style légèrement distancié.

Aline

Ce roman est disponible à la bibliothèque, de même que les CD de sa bande sonore :

13e quatuor en la mineur, opus 29, de Schubert, dit "Rosamunde" ; Partita n°3 en mi majeur de Bach, dite "Gavotte en rondeau" ; Quatuor à cordes en ré majeur, opus 18-3 de Beethoven, interprété par le quatuor Alban Berg ; Sonates et partitas pour violon seul, de Bach ; Concerto pour violon de Berg "à la mémoire d’un ange".

 

L'avis de Vivement Dimanche : "Pénétrer dans l'atelier du luthier Jacques/Rei, c'est entrer dans un univers feutré fait de musique, de gestes précis et d'humilité. Voici un très beau roman à l'âme japonaise qui nous parle d'un enfant et d'un violon qui le guidera toute sa vie."

15/03/2020

Sélection du prix M.O.T.T.S. 2020

Il est encore temps de participer au dixième prix M.O.T.T.S. des lecteurs

en lisant notre sélection de 5 romans et/ou 6 bandes dessinées, d'ici le 12 juin 2020...

Vote prix M.O.T.T.S. 2020.png

 

06/03/2020

L'albatros

paroles et musique, autobiographie, roman

 

L’Albatros

Nicolas HOUGUET

Stock (Littérature générale), 2019, 224 p., 17.50€

 

Mardi 20 octobre 2015, la foule se presse pour le concert de Patti Smith à l’Olympia. Nicolas Houguet, maladroit, empêché, est "absurdement placé, comme toujours, au-dessus de la table de mixage".  Pourtant, dès l’entrée en scène de Patti, soixante-huit ans, la puissance des sorcières, le regard sauvage, la magie opère.

"La dame s’avance. Altière. Et paradoxalement très simple. En costume sombre que ne vient rehausser qu’une chemise claire sous le gilet et la veste. La chevelure blanche…   Les mains de Patti Smith qui s’élèvent, s’écartent au-dessus d’elle comme des bannières longilignes et diaphanes…  D’une humanité et d’un charisme de chaque geste, alternant les sourires et l’emphase. Jusque dans son maintien."

Au fil du concert, et de l’intégralité du premier album Horses, chaque chanson évoque des souvenirs d’enfance, le soutien familial inconditionnel, des émotions, des réflexions sur la façon dont l’auteur ressent son handicap, et ses relations à l’art et au monde. Chez Patti Smith, Nicolas retrouve toutes ses références poétiques et artistiques, de Rimbaud à Baudelaire et Jim Morisson. L’art qui permet d’échapper à son enveloppe corporelle, la folie cathartique du concert. "Les albatros rentrés maladroits dans cette salle ce soir-là ont pu grâce à Patti Smith regagner le sublime."

Beau témoignage, un peu exalté, c’est un livre à déguster, à poser, à reprendre, en s’arrêtant sur les phrases « justes » qui résonnent en soi. (Chez moi, il a fini en forêt de marque-pages). Toute une vie dans un concert de Patti Smith.

Aline

"On est du souffle divin.

Et tout ça danse en mouvements désarticulés. Comme des émotions qui s’incarnent dans des gestes maladroits.

Si j’ai appris à aimer mon corps, et mon handicap, c’est qu’il en est l’illustration parfaite. Qu’il ne cache rien de mes émotions. Qu’il les dévoile comme des secrets qui se trahissent dans des contractions. C’est très beau quand votre corps exagère votre vérité. Il vous pousse à l’épouser comme une harmonie. Il vous envoie des messages. J’ai mis beaucoup de temps à apprécier cette mélodie curieuse, à y entendre un accord étrange, mélancolique et dissonant. Mais pas dénué de grâce. Je suis en la mineur. Un morceau d’Arvo Pärt."  (p. 116)

La bande son : Jim Morisson

Patti Smith (Horses),

Arvo Pärt et ses très beaux morceaux minimalistes pour piano et violoncelle (Für Alina, Spiegel im Spiegel, Tabula Rasa...)