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08/11/2018

Fracking

roman, états-unis, pétrole

 

Fracking

François ROUX

Albin Michel, 2018, 19.50€

 

Entre le titre et la couverture, le sujet est clairement annoncé. Du reste, le récit est très proche du documentaire puisque l’auteur, installé aux Etats-Unis peu avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, se pose en observateur. Ses descriptions et son sens de la formule, parfois, touchent à la citation. Lors d’une réunion politique de Républicains : "Tous les hommes dans cette assemblée tenaient la Constitution pour sacrée, et plus précisément son deuxième amendement. Dans ce pays de chasseurs et de ranchers, tous les hommes présents – et une grande majorité de femmes- avaient appris à marcher en s’appuyant sur un fusil. Leur troisième jambe, disait-on couramment!" Ou, en lien avec Ruth, bigote rigide : "Ici, vous étiez croyant ou vous n'étiez pas grand chose".

A quelques mois des élections présidentielles, toutes les tendances se croisent à Middletown, petite ville imaginaire du Dakota du Nord. L’auteur suit plusieurs personnages, mettant en avant de multiples fractures : fractures entre les personnes d’orientations politiques différentes ; fractures entre des familles qui jusqu’ici vivaient dans une tradition d’hospitalité et d’entraide pour surmonter des conditions de vie rudes. Enfin, l’élément déclencheur, l’utilisation de la « fracturation hydraulique », technique mise au point depuis quelques années pour extraire les hydrocarbures de schiste en injectant dans la roche des tonnes d’eau, de sable et d’adjuvants chimiques.

"Les ressources en hydrocarbures du sous-sol schisteux, jusqu’alors inexploitables en raison d’impossibilités techniques de forage, l’étaient soudain devenues grâce à la mise au point de la fracturation hydraulique, dont le recours massif avait débuté il y a tout juste quatre ans et qui laissait la porte ouverte à toutes sortes de spéculations et de convoitises. Avec le fracking, le rêve d’indépendance énergétique de l’Amérique allait enfin se réaliser…"

Dans ce pays jusqu’ici consacré à l’élevage, c’est une révolution qui oppose :

- ceux qui en profitent, en premier lieu les compagnies pétrolières, mais aussi ceux à qui elles offrent un travail bien rémunéré, comme Joe Jenson -devenu chef de chantier ;

- ceux qui se résignent, comme les voisins –qui ont déménagé et vendu le sous-sol ;

- ceux qui se battent, comme les activistes écologistes ou les Amérindiens, opposés au "Black Snake" le pipeline prévu sur les réserves ;

- et enfin, ceux qui en meurent, comme  la famille Wilson, dont le bétail dépérit, ou meurt renversé par les chauffards des poids lourds. "Ce que Karen exécrait…, c’était ce foutu pétrole, ces pompes à balancier qui, inlassablement, bousillaient les entrailles de la terre depuis dix ans, depuis que la région était devenue ce que les journaux avaient appelé « le nouvel eldorado de l’or noir ». Dispersés jusqu’à deux kilomètres à la ronde, certains à moins de 200 mètres de leur habitation, il y avait très exactement 23 puits dans leur voisinage immédiat… De près, le bruit était intolérable, et avec la distance, il devenait obsédant". Sans parler de l’intoxication des fermiers, et de l’eau glauque couleur de terre et inflammable qui sort du robinet !

Le côté « reportage » et l’écriture assez factuelle du roman sont compensés par les récits plus personnels des protagonistes. J’ai juste été un peu frustrée par la fin, qui peut-être appelle une suite.

Aline

04/11/2018

Tu dormiras quand tu seras mort

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François MURATET

J. Losfeld, 2018, 18.50€

André Leguidel n’a ni passé, ni passif avec l’Algérie. Quand il y est envoyé en 1960, il n’y voit que l’occasion de faire carrière comme officier de renseignement, laissant derrière lui des débuts assez ternes comme traducteur en Allemagne. C’est avec un regard neutre et une oreille attentive qu’il débarque à Alger, puis à Marnia, au sud d’Oran, dans les montagnes proches du Sahara.

Sa mission ? Infiltrer en tant qu’opérateur radio la section de commando de chasse du sergent-chef Mohamed Guellab, afin de vérifier si celui-ci est à l’origine de la mort du lieutenant Maillard. Suspect de par son origine musulmane, Guellab est-il le combattant brillant et énergique admiré par ses hommes, ou bien en traitre en puissance, susceptible de passer à l’ennemi avec armes et hommes ?

Cependant l’enquête de Leguidel s’efface devant les impératifs d’une traque engagée par l'armée française d'un détachement du FLN à travers le djebel. L’important, au jour le jour, est de rester vigilant et de couvrir les arrières du groupe. D’où l’injonction « Tu dormiras quand tu seras mort ! »

Outre les descriptions prenantes du quotidien des combattants d'Algérie, c’est la position neutre du narrateur qui fait l’intérêt de ce livre. Pendant entre les engagements, et pendant les missions « de pacification » du commando, Leguidel écoute les hommes échanger sur l’avenir de l’Algérie. Arabes, pieds noirs, français, supplétifs, appelés ou engagés, chaque personnage est unique, avec son avis sur la question – et sur l’interprétation de la phrase de De Gaulle « La France restera en Algérie ». Quant aux populations, comme dans le très remarquable « l’art de perdre » d’Alice Zeniter, on comprend bien que leur choix est limité, pris en tenailles entre forces françaises et rebelles. Aucun jugement n'est porté, mais peu à peu émerge l’impossibilité d’une solution militaire.

Partiellement inspiré par son beau père harki, l'auteur, professeur d'histoire géographie, a mûri ce récit pendant une quinzaine d'années. Malgré son côté "histoire de bidasse" qui m'aurait rebutée a priori, j'ai été passionnée. Le temps a passé depuis la guerre d'Algérie, pour autant, j'ai vu passer encore assez peu de bons livres sur la question. A mon sens, celui-ci en est un. Entretien avec François Muratet:


Aline

01/11/2018

Là où les chiens aboient par la queue

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Estelle-Sarah BULLE

L. Levi, 2018, 19€

L’un après l’autre, ils ont quitté Morne-Galant et leur père, Hilaire « Gros-Vaisseau », paysan à l’ancienne, avec ses 5 ou 6 vaches et ses quelques arpents de canne à sucre. Chacun à son tour ils se sont sentis étouffer  dans ce trou perdu de la Grande Île. La première à partir a été Antoine, l’aînée, belle comme un soleil, mais fière et indépendante. Femme à poigne, elle trace son chemin de commerçante –sans jamais se soumettre à un homme. Lucinde, la seconde, a utilisé ses talents de couturière pour gagner sa vie à Pointe-à-Pitre. Enfin Petit Frère les a rejointes à la ville pour étudier.

En même temps que la chronique de la famille Ezechiel, racontée par la fratrie à leur nièce Eulalie, c’est l’évolution de toute la Guadeloupe entre les années 1940 et 1960 qui est évoquée en toile de fond : d’une terre agricole dédiée aux cultures vivrières et à la canne à sucre, on la voit changer vers une bétonisation et une urbanisation effrénées. De même, les personnages, d’abord ruraux, puis urbains, participent enfin à l’exode massif des Antillais dans les années 1960 vers la métropole. [Le Bumidom -Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer-, fondé en 1963 et chargé d'accompagner l'émigration des habitants des départements d'outre-mer vers la France métropolitaine a attiré nombre de jeunes et de travailleurs à Paris.]

S’inspirant de son histoire familiale, l’auteur a volontairement donné la parole tour à tour à ses trois narrateurs pour offrir un point de vue varié. Estelle-Sarah Bulle est née en 1974 à Créteil, d’un père guadeloupéen et d’une mère franco-belge, et vit dans la région parisienne. Là où les chiens aboient par la queue, son premier roman, a déjà obtenu le prix Stanislas 2018. Elle en parle ici.

Une lecture fluide et agréable, enrichissante. Auteur à suivre ! Aline

08/10/2018

Bouillon de rentrée littéraire... mais pas que !

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Paul AUSTER

Actes Sud, 2018

Selon la légende familiale, le grand-père Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec 100 roubles cousus dans la doublure de sa veste, eut moultes aventures avant d’arriver enfin aux Etats Unis, où il fut rebaptisé Ferguson à Ellis Island. A partir de là, l’auteur invente 4 trajectoires pour le même personnage… dont le destin change en fonction de son environnement et de l’influence des évènements. Au travers de ces 4 variations biographiques, l’auteur retrace l’histoire des Etats-Unis.  Ambitieux et intéressant.

 

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Yasmina KHADRA

Julliard, 2018

Récit d’un jeune de Molenbeek radicalisé, venu à Paris en 2015 pour semer la terreur. Yasmina Khadra propose une approche psychologique du sujet en se mettant dans la tête d’un kamikaze. Ses rapports aux autres, à la mère de cet ami… Dérangeant et captivant, du grand Khadra !

 

roman,roman étranger,roman adoUn monde à portée de main

Maylis de KERANGAL

Verticales, 2018

Une jeune fille, indécise sur son avenir après le bac, s’inscrit dans une école de copiste. S’ensuivent ses années d’école, puis ses travaux à Rome à Cinecita, dans la grotte de Lascaux,… Maylis de Kerangal nous offre une plongée détaillée dans la peinture et le métier de peintre en décors. A son habitude, son roman est extrêmement documenté et précis. Vous ne regarderez plus les fresques de la même façon !

 

roman,roman étranger,roman adoMille petits riens

Jody PICOULT

Traduit de l’américain « Small Great Things » par Marie Chabin

Actes Sud, 2018

Plaçant son récit dans les Etats Unis d’aujourd’hui, l’auteur raconte la communauté blanche bien-pensante, et les pensées de ceux qui ne se croient pas racistes – pas si claires vis-à-vis des noirs. Alternant entre trois personnages, le roman en suit l’évolution : une sage-femme noire professionnelle et appréciée ; un suprématiste blanc qui refuse qu’une soignante noire s’occupe de son bébé ; une avocate blanche. Facile à lire.

 

roman,roman étranger,roman adoChanger l’eau des fleurs

Valérie PERRIN

Albin Michel, 2018

Violette Toussaint vient de l’assistance publique. Elle a été garde-barrière, puis gardienne de cimetière, chargée de l’entretien des tombes et de l’accueil des familles. Une leçon de courage et de résilience, avec des personnages tout simples mais très bien racontés. (Par l’auteur de Les oubliés du dimanche, qui se passait en maison de retraite).

 

roman,roman étranger,roman adoLes meilleurs amis du monde

Gilly MacMILLAN

Les Escales, 2018

Noah et Abdi sont amis depuis l’enfance, bien qu’issus de milieux différents : Noah vient d’une bonne famille BCBG anglaise, tandis qu’Abdi est réfugié Somalien. Lorsque le corps de Noah est repêché dans un canal de Bristol, Abdi est soupçonné, mais il ne peut (ou ne veut) rien dire. On voit progresser deux familles qui n’ont rien en commun dans leur recherche de vérité. Très bien écrit.

 

roman,roman étranger,roman adoLe magasin jaune

Marc TREVIDIC

J.C. Lattes, 2018

En 1929, un jeune couple ouvre une boutique de jouets dans le quartier de Pigalle. Repeint d’un jaune éclatant, le magasin est rayonnant, et propose de beaux jouets du Jura. La petite fille du couple devient la mascotte du quartier. Vie du quartier avec ses hauts et ses bas jusqu’après la guerre.

 

roman,roman étranger,roman adoLe peintre d'aquarelles

Michel TREMBLAY

Actes Sud, 2018

Marcel a passé plus de 50 ans dans un hôpital psychiatrique au fond des Laurentides. Depuis des années, il peint à l'aquarelle, sur les conseils de son médecin : les montagnes menaçantes qui l'entourent, mais aussi la mer, qu'il n'a jamais vue. Le roman est son passage à l'écriture, dans un essai de journal intime. Il y écrit de très belles pages sur la peinture, de la préparation du papier à la réalisation de ses aquarelles, et s'essaie à comprendre sa vie. Enfant épileptique, sujet à des crises de schizophrénie, il avait été enfermé après avoir mis le feu aux cheveux de sa mère... Avec la douceur des teintes d'aquarelle, le récit émouvant d'une vie confisquée par les médicaments, consacrée à la peinture. (Se lit seul, mais peut aussi être intégré à la saga des Desrosiers).

 

roman,roman étranger,roman adoLe pays des contes

Chris COLFER

M. Lafon, 2016 à 2018

Alexe et Connor sont des jumeaux très différents. Alexe aime les livres, tandis que Connor –peu scolaire- a beaucoup d’amis.  Depuis le décès de leur père, il y a un an, leur mère travaille dur. Leur grand-mère est conteuse dans les hôpitaux. Un jour, les jumeaux se retrouvent projetés dans le livre des contes, où les histoires sont en fait bien différentes des versions que nous connaissons. Enfermés de l’autre côté, il leur faut réunir 8 objets magiques éparpillés dans les villes des différents personnages.  Aventure, humour et émotion sont au rendez-vous dans cette série pour ados. (Série en cours, mais chaque tome est clos.)

 

roman,roman étranger,roman adoFrappe-toi le cœur

Amélie NOTHOMB

Albin Michel, 2017

Alfred de Musset : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie ». Une jolie fille qui a tout pour elle épouse un pharmacien, puis vit mal la perte de sa jeunesse lorsqu’elle devient mère. La narratrice, sa fille, est détestée par sa mère narcissique et jalouse. Le récit s’attache à l’évolution des trois enfants, conditionnée par leur relation à la mère, que ce soit l’excès ou le manque d’amour. Relations humaines, rivalités, manipulations… et retournement en fin de roman. Un bon Nothomb.

 

roman,roman étranger,roman adoBakhita

Véronique OLMI

Albin Michel, 2017

Fin du 19e siècle. Une fillette soudanaise, raflée par des esclavagistes, va vivre un destin incroyable –avec des moments très durs. Ses pérégrinations l’emmèneront jusqu’en Italie. Après la perte de sa langue maternelle, et la perte de son identité, la religion l’aidera à se réaliser. Le style colle très bien à l’histoire et aux émotions, par son choix de mots et de phrasé. Très beau récit émouvant, inspiré de la vie de Joséphine Bakhita, canonisée par Jean-Paul II en 2000.

 

roman,roman étranger,roman adoCelui qui va vers elle ne revient pas

Shulem DEEN

Globe, 2017

Essai, ou roman autobiographique. L’auteur vient d’un Shetl, communauté juive hassidique traditionnelle près de Brooklyn. Tenté par la radio, internet et une émancipation vis-à-vis du groupe, le narrateur raconte aussi comment ceux qui sortent de ces communautés soudées en sont bannis et se retrouvent déconnectés, esseulés.

 

roman,roman étranger,roman adoUn jour, tu raconteras cette histoire

Joyce MAYNARD

P. Rey, 2017

Joyce Maynard retrace ses années de bonheur avec son mari Jim, rencontré à 55 ans, leur complicité, et leur douloureux chemin ensemble lorsque Jim est atteint d’un cancer du pancréas.

 

roman,roman étranger,roman adoL’homme de ma vie

Yann QUEFFELEC

Guérin, 2017

L’auteur parle de sa relation difficile à son père, l’écrivain Henri Quéffelec, dont il a toujours essayé de capter l’attention et l’amour. Sensible et sympathique.

 

roman,roman étranger,roman adoGuide des égarés

Jean d’ORMESSON

Gallimard, 2016

Le regard de l’écrivain sur l’humanité. Belle écriture et philosophie sans en avoir l’air.

 

 

 

25/09/2018

Marcher droit, tourner en rond

Marcher droit.gifMarcher droit, tourner en rond

Emmanuel VENET
Verdier, 2016

En parcourant ce roman à une voix, fort bien écrit, on se surprend vite à envier le héros. Qu’il soit atteint du syndrome d’Asperger est juste anecdotique C’est surtout le prétexte d’un roman sans concession, à la manière du Candide de Voltaire, le narrateur tend un  miroir très lucide sur nos modes de vie contemporains. Quel privilège de penser sans entrave et d’évacuer toute culpabilité dans ses analyses. Seul bémol, la tristesse ambiante : notre autiste se pose en légiste et déroule une vie humaine, sa légèreté puis l’âge venant les compromis et la dégradation physique qui nous fait oublier jusqu’à nos exigences. Au-delà du ton léger pour décrire les funérailles de la grand-mère Marguerite et l’inénarrable tante Solange, ce n’est pas vraiment gai. Mais jubilatoire, incisif et vrai… Oui !

Sylvie

13/09/2018

Légende d'un dormeur éveillé

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Légende d'un dormeur éveillé

Gaëlle NOHANT

éd. H. d'Ormesson, 2018, 23€

A Robert Desnos, on associe souvent un poème enfantin : « Une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête... ». Dommage de s’arrêter là. Qui soupçonnerait que Desnos a composé ce poème pour distraire un petit garçon juif  terré afin d'échapper à la Gestapo ?

Mais revenons aux années 30,  Desnos file sa jeunesse,  imprudent et  fêtard,  se livrant à des expériences d'hypnose avec Breton ; maladroit souvent, touchant d’être "celui qui aime trop".   Ces pages nous laissent découvrir un homme  empêtré dans sa sensibilité, infiniment  sincère dans ses engagements.  Vous croiserez ses amis : Prévert, Artaud , Argon, Eluard et le pétulant Jean Louis Barrault. La grande histoire croise la petite, les bruits de bottes se rapprochent. Desnos était une belle personne, un homme droit, viscéralement humaniste, veilleur prémonitoire, il  s'est engagé.

Figé trop tôt dans une éternelle jeunesse, le poète retrouve  grâce à ce roman sa stature et  son courage, magnifique…  On regrettera parfois le choix des extraits poétiques mais l'exercice était périlleux. A découvrir sans  réserve, une très belle lecture.

Sylvie B.

28/07/2018

Tombée des nues

Tombée des nues.gifTombée des nues

Violaine Bérot

Buchet Chastel, janvier 2018, 161 p., 13€

 

C’est par une nuit extraordinaire, une nuit de tempête un 29 février, que ce bébé a décidé de se révéler à ses parents. Personne ne l’avait vu arriver. Dédé, appelé à l’aide, trouve Marion –en sang et hagarde- dans la salle de bains, soutenue par son mari Baptiste. Ni l’un ni l’autre n’ont compris ce qui leur arrive. Mais dans ces montagnes pyrénéennes, un berger sait quoi faire lorsqu’une mise-bas se passe mal ou qu’un agneau nait dans le froid.

Roman choral qui m’a évoqué l’enfant océan, de Jean-Claude Mourlevat, pour sa façon de faire avancer peu à peu l’intrigue au travers du regard singulier et de la sensibilité de personnages différents, et de maintenir la tension malgré une apparente simplicité.  L’auteur a structuré le livre pour qu’on puisse le lire de façon linéaire, ou bien narrateur par narrateur : la sage-femme expérimentée, Dédé l’homme providence, l’ami Tony, la femme bien-pensante, la grand-mère, Baptiste le père, et enfin Marion !

En phrases pleines de retenue et en chapitres courts, l’auteur s’interroge sur le devenir de la maman en état de sidération, du bébé, et de leur relation à naître, tandis que tout le village (ou presque !) s’apprête à accueillir l’enfant avec bienveillance. Comme dans le roman de Françoise Guérin, qui évoque les zones d’ombre de la maternité, le rôle du père est magnifié, et l’entourage joue un rôle déterminant.

D’une profonde humanité... même si les chèvres ont, elles aussi, un rôle clé.

Aline

27/07/2018

Maternité

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Maternité

Françoise GUERIN

Albin Michel, mai 2018, 465 p., 22 EUR

Jusqu'à la naissance de sa fille, Clara contrôle parfaitement sa vie, et mène une carrière brillante de... contrôleur financier. Bac +8, elle pose un regard très intellectuel sur le quotidien -avec un souci permanent de cohérence et d'efficacité- tout en admirant sans bien les comprendre les qualités humaines de son conjoint, Frédéric.

Tout est bousculé et remis en cause avec la grossesse ; la maternité ravive son mal-être et les souvenirs douloureux de sa relation avec une mère névrosée. Clara essaie à toute force d'être une mère "normale", allaite par malentendu et par devoir, mais se débat avec des sentiments contradictoires.  Elle souffre de reproduire avec sa petite fille les erreurs de sa mère, mais reste impuissante à rompre avec cette trajectoire.

L'entourage de Clara fait de son mieux. Maud, sa soeur, compatit ; Zora, l'amie d'enfance, comprend ; Frédéric est un mari aimant et un excellent père, qui compense de son mieux... Clara tend à interpréter les tentatives d'aide du corps médical comme des jugements, jusqu'à la rencontre avec une psychologue, qui libère sa parole. Mais lorsque les digues cèdent, comment gérer le trop plein d'émotions ?

Sans avoir le même passif, nous avons tous une histoire familiale, influencée par notre lien à nos parents, que nous tendons à projeter sur nos enfants si nous avons choisi (?) d'en avoir.  Un jour ou l'autre, nous avons connu la frustration devant les réactions d'un bébé, voire été excédés de ne pas le comprendre. Au passage, j'ai appris qu'il existe des psychologues spécialistes du lien parent-bébé, et que le bébé comprend et exprime plus qu'on ne le croit.

J'ai été bousculée et émue par ce récit tendu, en finesse, qui évite les raccourcis et les tentations de résolution hâtive. Françoise Guérin expose une situation et propose des pistes de réflexion, tout en laissant son lecteur libre de les développer...

Aline

20/03/2018

Bouillon Feel Good

Les "Feel Good Books", ou "livres qui font du bien" sont à la mode, mais que recouvre cette appellation ? Les livres qui procurent à leurs lecteurs un sentiment de bien-être. Pas facile d’insister sur les côtés positifs de la vie sans donner dans la bluette sentimentale ou le superficiel. A rebours des nombreux livres « kleenex » publiés (sitôt lus, sitôt oubliés, voire jetés), chacun d’entre nous a cherché un livre qui lui donne le sourire… tout en présentant un réel intérêt.

Après les très médiatisés Anna Gavalda (Ensemble c’est tout), Laurent Gounelle (L’homme qui voulait être heureux), Grégoire Delacourt (La liste de mes envies), Gilles Legardinier (Complètement cramé)… voici notre sélection, évidemment subjective et personnelle.

 

comité de lecture,romanMonsieur Origami

Jean-Marc  CECI

Gallimard (Blanche), 2016, 15 €

Court roman zen. A 20 ans, Kuroshiku quitte son village à la poursuite d’une femme aperçue, dont il suit un fantasme jusqu’en Toscane. Héritier de la tradition familiale du papier washi, il a emporté avec lui un plant de mûrier, qu’il implante sur une colline de Toscane. Seul, il médite, fabrique son papier et en utilise les plus belles feuilles pour plier et déplier inlassablement son origami. Après des décennies, l’arrivée inattendue d’un jeune horloger le pousse à l’échange. Dans ce roman apaisant et philosophique, écrit en courts chapitres au présent, le temps semble aboli.

 

comité de lecture,romanLes filles bien ne vont pas au pôle sud

Liv ARNESEN

Interfolio (Lire et voyager), 2017, 22 €

Après avoir lu les récits d’explorations polaires (Amundsen), Liv Arnesen et ses amies partent en expédition au Groenland. Sportive de haut niveau, ayant besoin de relever des défis, cette Norvégienne décrit ses préparatifs minutieux, entraînement, recherche de sponsors,… pour une expédition transantarctique. C’est en 1994 qu’elle devient la première femme à atteindre le Pôle Sud sans asistance. Une histoire vraie dynamisante !

 

comité de lecture,romanMa reine

Baptiste ANDREA

L’Iconoclaste, 2017, 17 €

Shell, un garçon un peu simple, vit avec ses parents qui tiennent une station-service. Son plaisir : être pompiste. Pour « devenir un homme », il décide de partir seul sur le haut-plateau. Sa rencontre avec une fille fantasque, à l’imagination merveilleuse, donne lieu à une amitié hors norme. Tout l’été, Shell est heureux dans la nature, avec les visites de sa « reine ». Construit autour de personnages cabossés, ce roman plein de tendresse a obtenu le prix 2017 du premier roman.

 

comité de lecture,romanTa deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

Raphaëlle GIORDANO

Eyrolles, 2015, 14.90 €

« Je rêve que chacun puisse prendre la mesure de ses talents et la responsabilité de son bonheur. Car il n’est rien de plus important que de vivre une vie à la hauteur de ses rêves d’enfants.» Un « routinologue » rencontré par hasard encourage une jeune femme à reprendre sa vie en main… Un roman facile, parmi les plus demandés en bibliothèque cette année.

 

comité de lecture,romanLa librairie de la place aux herbes

Eric de KERMEL

Eyrolles, 2017, 14.90 €

Nathalie et son mari quittent Paris pour s’installer à Uzès. Nathalie ouvre une librairie sur la fameuse place aux herbes, et la gère avec passion, n’hésitant pas à s’immiscer dans la vie de ses clients. Chaque chapitre est un parcours de vie d’un client, à partir de son rapport au livre. La librairie vue comme un confessionnal, et le livre comme une thérapie. Sans être un chef d’œuvre, ce premier roman -partiellement autobiographique- se lit avec plaisir, et offre surtout de très beaux passages sur la lecture.

 

comité de lecture,romanLa vie princière

Marc PAUTREL

Gallimard (L’infini), 2018, 10.50 €

Le narrateur évoque la rencontre avec la femme aimée. Ensemble, ils parlent, se promènent, s’inventent. Description de l’état amoureux et déclaration d’amour à l’amour.

 

comité de lecture,romanNature morte aux miettes de pain

Anna QUINDLEN

Belfond, 2016, 20.50 €

Une artiste has-been et ruinée doit quitter son appartement de Manhattan pour s’installer dans un vieux cottage à la campagne. Pour rénover sa maison, elle emploie un jeune charpentier, qui lui fait partager sa passion de l’ornithologie, et l’ouvre à de nouveaux horizons.  

 

comité de lecture,romanLe livre que je ne voulais pas écrire

Erwan LARHER

Quidam, 2017, 20 €

L’auteur, blessé lors de l’attentat du Bataclan, écrit son histoire, et y insère des textes de ses amis. De l’humour (éloge de la biscotte) dans ce récit sans pathos et sans haine, qui appelle à un sentiment de fraternité humaine. Michèle a beaucoup aimé… tandis que Nicole s’est ennuyée (témoignages redondants).

 

comité de lecture,romanLe plus beau reste à venir

Hélène CLEMENT

Albin Michel, 2017, 20 €

Le narrateur, Raphaël, alterne entre deux époques : ses années de lycée, dans la fin des années 1990, avec un père professeur d’histoire extrêmement dévoué envers ses élèves en difficulté. Dans les années 2010, à la mort de son père, il reprend contact avec les élèves de celui-ci. Sur une bande son des années Goldman « Il changeait la vie… » l’auteur évoque le passage à la vie d’adulte, et la façon dont les ados exploitent leurs faiblesses pour en faire quelque chose de positif.

 

comité de lecture,romanL’échappée belle

Anna GAVALDA

Le Dilettante, 2009, 10 €

Afin d’échapper à un mariage corseté et à une belle sœur étriquée, quatre jeunes adultes se retrouvent entre frères et sœurs, pour une parenthèse dans leur vie ordinaire. Court roman plein d’humour et d’humanité.

 

comité de lecture,romanLa bibliothèque des coeurs cabossés

Katarina BIVALD

Denoël, 2016, 21.90 €

Traduit du suédois Läsarna i Broken Wheel rekommender par Carine Bruy

Sara Lindquist, libraire, échange des lettres avec Amy, lectrice de l’Iowa (lettres intégrées au texte). Lorsque sa boutique ferme, elle rend visite à son amie aux Etats-Unis… mais arrive le jour de sa mort. Les gens du village la prennent en charge. En échange, elle aménage avec les livres d'Amy une librairie... qui ressemble furieusement à une bibliothèque, et tente de trouver pour chacun le livre qui lui convient et lui fera du bien. Beaucoup de réflexions sur ce qu’apportent les livres... tout en se moquant gentiment des excès auxquels Sara est poussée par sa passion de la lecture. Une bibliothèque... ou comment insuffler une âme et revivifier une commune qui dépérit.

 

Voir aussi les critiques des livres suivants, en ligne sur ce blog :

comité de lecture,romanAilleurs

Dario FRANCESCINI

L'Arpenteur, 2017, 19 €

 

comité de lecture,romanLes délices de Tokyo

Durian SUKEGAWA

A vue d'Oeil, 2016, 18 €

 

 comité de lecture,romanMa vie de pingouin

Kararina Mazetti

Gaïa, 2015, 21 €

Déjà critiqué ici.

 

01/02/2018

Prix M.O.T.S.

Après plusieurs mois de lectures intensives et de débats au sein du comité de sélection composé de bibliothécaires professionnelles et de bénévoles dévoreuses de livres,  la sélection 2018 du prix des lecteurs M.O.T.S.  des  4 Villages (Messimy, Orliénas, Thurins et Soucieu) a été révélée le samedi 27 janvier à la médiathèque de Thurins devant une assistance très attentive à la présentation des divers titres.

prix des lecteurs

Comme tous les ans, ce sont  5 romans et 6 BD qui sont proposés à la lecture jusque fin juin à tous les usagers désireux de s’impliquer dans le vote. Personne n’est obligé de tout lire puisqu'un système de notation des ouvrages est pratiqué : une moyenne des points est en effet réalisée à terme pour déterminer les lauréats.

 

Cette année, le comité de sélection a choisi de mettre à l'honneur des premiers romans, et des premières bandes Dessinées "ou presque" (premières collaborations ou réalisations de début de carrière).

 

Ont donc été retenus, pour les romans :

Fils du feu de Guy Boley chez Grasset
Les fils conducteurs de Guillaume Poix chez Verticales
Une histoire des abeilles de Maja Lunde, Presses de la Cité
Onze ans
de Jean-Baptiste Aubert chez Christophe Lucquin éditeur
La Petite fille et le monde secret
de Maren Uthaug chez Actes Sud

 

Pour les B.D. :

L' Aimant de Lucas Harari chez Sarbacane
L'Appel
de Laurent Galandon et Dominique Mermoux chez Glénat
Ces jours qui disparaissen​t
de Timothé Le Boucher chez Glénat
La Différence invisible 
de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline chez Delcourt
La France sur le pouce
d'Olivier Courtois chez Dargaud
La Saga de Grimr
de Jérémie Moreau chez Delcourt

 

Durant les cinq mois de ce marathon lecture, nous prendrons deux pauses en compagnie d'auteurs de la sélection :

Le vendredi 9 mars à 18h30, rencontre avec Olivier Courtois à la Bibliothèque de Soucieu
Le samedi 5 mai à 14h30, rencontre avec Jean-Baptiste Aubert à la Médiathèque de Messimy

 

C'est le vendredi 6 juillet à 18h30 qu'aura lieu la proclamation des résultats à la Médiathèque d'Orliénas.

D'ici là, pour agrémenter les pauses dans la découverte de toutes ces merveilles, on pourra profiter d'une playlist musicale sur le thème des débuts, premières fois et commencements constituée par la médiathèque de Messimy !