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20/01/2020

Bouillon Coréen

Livres d'auteurs Coréens, présentés le 9 janvier 2020 à la bibliothèque Latulu, de Chassagny.

 

roman étranger,coréeLe vieux jardin

HWANG Sok-Yong (Corée du Sud)

Zulma, 2010, 565 p., 23.90€

Roman partiellement autobiographique, situé entre 1980 et 2000, en Corée du Sud. Libéré de prison en 2000, l’opposant politique O Hyônu apprend que Han Yunhi, la femme qu’il a aimée, est morte. Elle lui a laissé ses cahiers, ses lettres et des dessins. Désemparé, perdu dans une Corée qui a beaucoup changé, O Hyônu évoque ses années de lutte clandestine contre le gouvernement militaire,  les événements de 1980, révoltes contre les cadences imposées pour rattraper la Corée du Nord. En se plongeant dans le journal de Han Yunhi, il revit aussi son parcours de femme, artiste et engagée.

 

roman étranger,coréePrincesse Bari

HWANG Sok-Yong

Picquier, 2013, 19€

Itinéraire d’une jeune Nord-Coréenne. Fille non désirée, Bari est abandonnée à la naissance dans un buisson, mais sauvée par un chien qui la ramène dans sa niche. Elevée par sa grand-mère, elle restera toujours proche de son esprit et de celui de son chien, qui la soutiennent lors de sa difficile émigration verse l’Angleterre. Critique sur le blog.

 

roman étranger,coréeLa route de Sampo

HWANG Sok-Yong (Corée du Sud)

Zulma, 2002, 141 p., 10.50€

4 nouvelles, rédigées par l’auteur entre 1972 et 1975. Les nouvelles sont une lecture familière pour les Coréens. (Les auteurs n’ont pas de subsides pour se lancer dans l’écriture de romans).

La route de Sampo : urbanisation des villages. / Ssireum : vie d’un amateur de lutte coréenne, avec son lot de galères. / Un homme se souvient de son enfance, très surveillée, avec une nounou qui lui laissait plus de liberté. / Œil de biche : malaise de soldats Coréens volontaires qui s’étaient engagés côté US pendant la guerre du Vietnam.

 

roman étranger,coréeL’étrangère : récit

KANG Eun-Ja

Seuil, 2013, 278 p., 19€

Autobiographie qui se lit comme un roman.  Jeunesse de l’auteur, peu après la guerre de Corée, dans un pays pauvre mais digne. Une grande solidarité règne entre les enfants. L’auteur, passionnée de français, travaille avec constance pour réaliser son rêve, et partir étudier en France. Le récit s’achève en 2002 avec sa soutenance de thèse. Critique sur le blog.

 

roman étranger,coréeDes amis

BAEK Nam-Ryong (RDC)

Actes Sud, 2011, 244 p., 22.20€

Dans un régime socialiste à la sauce Confucéenne, les lettres sont utiles si elles servent à éduquer le peuple. Il y a donc beaucoup de propagande, mais dans ce roman, l’auteur se penche plutôt sur la vie quotidienne. Avec l’aval de sa hiérarchie, l’auteur dénonce des abus et de la corruption autour d’une histoire de procès en divorce - acte social et sociétal. Nous suivons le personnage du juge, important, qui souffre de la dévotion de sa femme à son travail de chercheuse biologiste. Elle tente d’adapter des nouvelles variétés dans une région inadaptée à la culture. Moralité : chacun doit se dépasser lui-même, pour le bien commun.

 

roman étranger,coréeLe rire de 17 personnes

Collectif (RDC)

Actes Sud, 2016, 374 p., 22€

Chaque nouvelle propose une leçon politique positive. Très bien écrites, ce sont des histoires décalées par rapport à notre monde occidental. Une vie : un doyen de Faculté aux prises avec sa conscience hésite à favoriser le fils du médecin qui lui a sauvé la vie au détriment d’un étudiant plus méritant / Une deuxième rencontre : un journaliste américain visite la Corée du Nord dans l’idée de démontrer que rien ne va dans le pays, mais à chaque fois il est déçu de constater que les gens sont contents de leur sort /  Le rire de 17 personnes : une jeune fille refuse que son père remplace un musicien absent lors d’une fête traditionnelle, car il est venu pour passer du temps en famille /…

 

roman étranger,coréeJ’entends ta voix

KIM Young-Ha (Corée du Sud)

Picquier, 2015, 320 p., 19.50€

Plusieurs narrateurs. Jeï, gamin né dans les toilettes d’une gare routière, passe entre les mains d’une femme alcoolique, puis en foyer. Il partage ensuite la vie sordide et violente des jeunes des rues de Séoul, où règnent la domination des hommes sur les femmes, la prostitution, l’exploitation des faibles.  Dans la deuxième moitié du livre, plus intéressante,  Jeï rejoint un groupe de motards, dont il devient plus ou moins le leader charismatique. Ils organisent des courses de moto épiques la nuit dans la ville. Les relations avec la population et la police sont évoquées,

 

roman étranger,coréeLeçons de grec

HAN Kang (Corée du Sud)

Ed. du Serpent à plumes, 2017, 184 p., 18€

Au cœur du roman, un homme et une femme. Elle s’est renfermée au point d’avoir perdu la voix, et suit des cours de grec ancien, dans l’espoir de s’en sortir en apprenant une langue étrangère. Il est professeur –de grec ancien, qu’il a appris en Allemagne- et perd progressivement la vue. Chacun évolue dans sa bulle, dans un récit introspectif, jusqu’à ce que les deux personnages se rapprochent. Récit d’atmosphère, livré par touches impressionnistes. Prix Médicis étranger. Présentation par l’auteur ici.

 

roman étranger,coréeLe jardin

PYUN Hye-Young (Corée du Sud)

Rivages Noir, 2019, 300 p., 19€

Traduit du coréen par Yeong-Hee LIM

Oghi, paralysé après un accident de voiture ayant causé la mort de sa femme, finit par rentrer chez lui, dépendant de sa belle-mère. D’abord aux petits soins, celle-ci adopte un comportement de plus en plus étrange et inquiétant et l’isole peu à peu. Afin de « terminer ce que sa fille avait commencé », elle creuse un immense trou dans le jardin entretenu autrefois par sa fille.

Roman noir et inéluctable, on comprend assez vite quelle direction prend le récit, qui se déroule de façon habile, mais sans surprise.

 

roman étranger, CoréeLa vie rêvée des plantes

Seung-U LEE

Zulma, 2006, 18.80€

Traduit du Coréen par Jean-Noël JUTTET

Coup de coeur d'Aline. Critique sur le blog

 

Bouillon Coréen La langue et le couteau

Corée, roman étranger

 

La langue et le couteau

Jeong-Hyun KWON

Picquier, 2019, 20€

Traduit du Coréen par Yeong-Hee LIM

 

Situé en 1945 à Changchung (Xinjing), capitale de l’Etat fantoche du Mandchoukouo, le récit se concentre non pas sur la guerre avec les Russes dont l’offensive par le nord se rapproche, mais sur un affrontement sur le terrain de la cuisine, au mess des officiers Japonais.

L’histoire est assez brouillonne, complexe à suivre –d’une part parce que les références historiques nous manquent – d’autre part parce que le récit est raconté à la première personne en alternant les narrateurs au cours des chapitres. Malgré leurs origines très différentes, le lecteur met longtemps à les distinguer :

- Yamada Otozô, commandant en chef de l'armée d'occupation japonaise en Mandchourie, suppose avoir été posté là pour sa relative modération, qui évite aux Japonais de se jeter dans la bataille de façon irréfléchie. Esthète et fin gourmet, il passe du temps à contempler le visage du Boudha du temple de Jigesu, qui lui rappelle sa mère disparue, et répond aux questions stratégiques pressantes de ses officiers par des considérations gastronomiques ;

- Chen, révolutionnaire Chinois, excellent cuisinier, rêve d’empoisonner tout le mess des officiers Japonais. Il emporte partout avec lui son billot, légende familiale autant qu’outil de cuisine, et consacre toute son énergie et son génie à la cuisine ;

- Kilsun, très belle jeune femme Coréenne (pas du tout nostalgique de son Chongjin natal, glacial), a été victime d’enlèvement par les soldats japonais pour servir de "femme de réconfort" sur le Front. S’étant échappée grâce à Chen, elle est devenue sa compagne dévouée. Son frère fait partie des idéalistes révolutionnaires.

Dans une ambiance de fin d’époque, l’auteur entremêle l'agitation de l'Etat Major Japonais,  l'affrontement de Chen et d'Otozô autour de l'honneur et du goût, et les souvenirs de ces trois personnages. C’est une bonne introduction à un pan tourmenté de l’histoire de cette région d’Asie, entre Chine et Corée, sous domination japonaise.

Aline

 

12/01/2020

L'homme qui savait la langue des serpents

roman étranger, Estonie, fantasy

L'homme qui savait la langue des serpents

Andrus Kivirähk

Le Tripode (Météores), 2013, 13.90€

Traduit de l’Estonien  Mees, kes teadis ussisõnu  par Jean-Pierre MINAUDIER

Dans une époque médiévale estonienne fantasmée, le roman retrace la vie de Leemet, dernier homme des forêts, qui  vit en accord avec son environnement, se lie avec le peuple des serpents et commande aux animaux intelligents par ses sifflements. Il rêve de voir un jour voler la grande salamandre, l’animal protecteur du peuple de la forêt, mais voit le monde sauvage idyllique (ou pas) de ses ancêtres disparaître et la modernité apportée par les envahisseurs germaniques l'emporter. Les uns après les autres, ses voisins quittent la forêt pour aller s'installer au village, où ils pratiquent des activités étranges et inutiles telles que l'agriculture, se nourrissent d’infâme pain et se convertissent au christianisme au point de vouloir oublier leurs origines.

L’imaginaire d’Andrus Kivirähk, empreint de réalisme magique et d’un souffle qui n’est pas sans rappeler les sagas scandinaves, convoque autour de Leemet tout un monde de personnages hauts en couleurs. Ints, son « frère » vipère royale, son oncle Vootele, lucide sur l’état du monde qui malgré tout lui enseigne la langue ancienne des serpents, sa soeur Salme amoureuse d'un ours séducteur, sa mère constamment à rôtir chevreuils ou élans, son grand-père qui guerroya sauvagement contre l’envahisseur allemand, Hiee fillette fort occupée à traire les loups dans leur étable… Sans parler de fanatiques de tout bord, d'une paysanne qui rêve d’apprivoiser un loup-garou, d'un ancien chasseur de vents, des deux derniers australopithèques éleveurs de poux géants,…

Ce récit plein d'imagination, très attachant, se veut aussi plaidoirie pour la tolérance. Avec ironie, l’auteur se moque aussi bien des traditionalistes qui s’accrochent à leur fantasme de vie à l’ancienne que des paysans qui révèrent avec une naïveté sans limites les chevaliers teutons, porteurs d'une « modernité » qui nous fait sourire. Cela donne un mélange étonnant et très original de fantaisie, de roman historique et de regard critique sur la société humaine, son rapport au temps et à l'évolution.

L'Homme qui savait la langue des serpents a reçu le Grand Prix étranger de l'Imaginaire en 2014.

Aline

18/10/2019

Vinegar girl

roman étranger, amour, romance

Vinegar girl

Anne TYLER

Phébus, 2018, 223 p., 19€

Savant complètement dédié à ses recherches, le professeur Battista laisse sa fille aînée Kate gérer sa maison et l'éducation de sa petite soeur Bunny. De caractère bien affirmé, autonome, Kate ne trouve rien à redire à cet arrangement. Tout va bien jusqu'au jour où Piotr, l'assistant de recherches du Professeur -en fin de visa- est menacé d'expulsion. Battista essaie alors de persuader Kate de contracter un mariage blanc avec lui... Vu le caractère de Kate, l'affaire s'annonce mal engagée !!!

Romance rigolote et pas tarte.

Aline

10/10/2019

Ce qu'elles disent

roman étranger,condition féminine

Ce qu’elles disent

Miriam TOEWS

Buchet-Chastel, 2019, 224 p., 19€

 

Entre 2005 et 2009, les filles et les femmes de la communauté de Molotschna ont presque toutes été violées –par des fantômes ou par Satan, croyait-on, à cause de péchés qu’elles auraient commis. Pendant que les familles dormaient, les filles et les femmes étaient plongées dans un profond sommeil au moyen d’un anesthésiant en pulvérisateur, utilisé pour les animaux de ferme. A leur réveil, elles avaient mal partout, elles étaient groggy, saignaient, sans savoir pourquoi. Récemment, on a appris que les huit démons responsables de ces attaques étaient des hommes en chair et en os, dont plusieurs étaient des proches parents de ces femmes…

Molotschna maintient elle-même l’ordre dans ses rangs... Tous les hommes  sont partis en ville afin de payer la caution des agresseurs emprisonnés. Au retour des coupables, on invitera les femmes à leur accorder leur pardon, ce qui aura pour effet d’assurer à chacun et chacune une place au paradis. En cas de refus, les femmes seront contraintes de quitter la colonie pour le monde extérieur, dont elles ne savent rien.

Les femmes disposent de deux jours seulement pour décider collectivement de ce qu’elles feront. 1) Ne rien faire, 2) Rester et se battre, 3) Partir. Quelques-unes ont voté pour ne rien faire et se remettre entre les mains du Seigneur. Cependant comme le temps presse, elles ont confié à une assemblée clandestine de 8 femmes le soin de débattre de chacune des options, de retenir la meilleure et de déterminer les modalités de sa mise en œuvre.

Communauté mennonite sectaire, Molotschna est dirigée par Peters, « évêque » qui détient une autorité à la fois religieuse, morale et temporelle. Seuls les hommes peuvent apprendre des rudiments de lecture, et ils dominent les femmes, traitées moins bien que leurs animaux.

Le roman reprend les deux jours de discussion des 8 femmes chargées de déterminer la conduite du groupe. Le narrateur, August Epp -intellectuel maintenu en marge de la communauté- est témoin de leurs délibérations et chargé d’en dresser le procès-verbal. Désemparées, acculées pour leur survie et celle de leurs enfants, elles disputent des points de religion et de morale, essayant de louvoyer entre tous les péchés qu’engendrerait leur désobéissance.

Lecture dérangeante, parce que les faits reprochés aux hommes sont d’une extrême violence, mais passionnante pour l’étude de ces femmes  qui tentent de s’affranchir d'un joug patriarcal oppressant. Tout juste bonnes aux travaux de maison, de ferme, et à enfanter, privées de droits et d’éducation, ignorantes du monde, parlant un dialecte de « plautdietsch » (bas-allemand incompréhensible en dehors de leur colonie), elles se révèlent fortes, capables d’argumenter, de prioriser leurs valeurs, de chercher une solution respectueuse de leurs croyances et de leur pacifisme.

L’auteur décrit avec tendresse ses personnages, leurs petites manies, leurs affections, leur caractère… et s’attache tout particulièrement à ceux qui vont à l’encontre du système patriarcal : August Epp, homme perçu comme faible, et Ona Friesen, femme indépendante et courageuse.

Bien qu’ayant situé son récit dans un pays anglophone, l’auteur indique s’être inspirée de faits réels, survenus dans une communauté mennonite isolée de Bolivie. Je n’ai pas pu me détacher de ce roman bouleversant avant la dernière page.

Aline

25/08/2019

Rentrée littéraire septembre 2019 (suite)

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Lanny

Max PORTER

Seuil, 2019, 240 p., 20€

Traduit de l’anglais par Charles Recoursé

 

Lanny, c’est un petit garçon ingénu, chéri par sa maman, mais dont l’imagination débordante n’est pas toujours bien comprise par son papa, plus terre à terre. C’est aussi un enfant qui "sent fort le pin", passe ses journées à chantonner en profitant de chaque parcelle de nature et à disparaître dans les bois autour du village.

Dans ce roman à la forme originale, le récit est choral, alternant la narration entre tous ceux qui gravitent autour de Lanny, permettant de rester au plus près de chaque personnage et de ses pensées, parfois inavouées. Jolie, sa maman à l’amour inconditionnel ; Robert, son papa prosaïque ; Peter, l’artiste qui l’aide à transposer son imaginaire ; la vieille Peggy gardienne des légendes locales… ainsi que de nombreuses autres voix plus fugitives de villageois.

Mais celui qui commence le récit et le ponctue, omniprésent quoique invisible pour les humains normaux, c’est le Père Lathrée Morte, créature protéiforme plus ou moins végétale, qui guette et se régale des sons du village, des voix humaines, dont il capte –et retranscrit-  les bribes en vrac, véritable échantillonnage de l’âme humaine.

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Le récit, comme un conte folklorique qui se déroulerait près de chez nous, fait monter la tension, et osciller le lecteur entre l’émerveillement et l’inquiétude liée à des peurs enfouies.

L’appellation étrange du Père Lathrée Morte, est directement traduite de l’anglais Papa Toothwort ou « Dead man’s fingers ». Il s’agit de la Lathrée Clandestine, parasite qui plante ses suçoirs dans les racines des arbres et arbustes, mais dont les besoins modestes ne semblent pas affaiblir ses hôtes.

Le premier roman de Max Porter, La douleur porte un costume de plumes, propose également un récit  atypique, où tristesse et inquiétude sont contrebalancées par la magie.

Aline

08/08/2019

Du côté de Canaan

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Sebastian BARRY

Ed. J. Losfeld (Littérature étrangère), 2012, 274 p., 19.50€

Traduit de l’anglais On Canaan’s Side par Florence Lévy-Paoloni

"Bill n’est plus. Quel bruit fait le cœur d’une femme de 89 ans quand il se brise ? Sans doute guère plus qu’un silence, certainement à peine plus qu’un petit bruit ténu."

Bill est mort. Descendant d’une famille d’hommes Irlandais abîmés par les conflits du XXe siècle.

Bill est mort, et sa grand-mère, Lilly Bere laisse affluer les souvenirs d’une vie qui l’a menée de Wicklow - en Irlande- aux Etats-Unis, terre promise (Canaan) pour les Européens en difficulté. Fille de James Patrick Dunne, chef de la police municipale de Dublin, elle a dû fuir l’Irlande avec son mari, frappé d’un contrat de mort par les indépendantistes.

J’ai beaucoup aimé le récit de Sebastian Barry, sinueux et sobre, qui dévoile peu à peu toutes les vicissitudes de cette femme, liées à l’actualité du siècle en Irlande et aux Etats-Unis. Comme elle l’écrit, Lilly a "eu assez d’histoires pour toute une vie, dans sa propre vie, sans parler de celle de sa patronne, Mme Wolohan." Pour autant, elle ne s’appesantit pas sur les drames, préférant s’appuyer sur les moments de joie.

Pour ne pas gâcher votre lecture, j'évite volontairement de dévoiler les nombreux développements inattendus… Mais j'espère bientôt me plonger dans les autres romans de l'auteur qui développent d’autres personnages de la famille Dunne.

Aline

p. 234 : "Je commence à penser que le fait d’écrire tout cela est un labeur aussi dur qu’un jour de lessive en Irlande… Les souvenirs provoquent parfois beaucoup de chagrin, mais une fois qu’ils ont été réveillés vient ensuite une sérénité très étrange… Et je remarque une nouvelle fois que l’expression « il y a longtemps » n’existe pas finalement. Quand on évoque les souvenirs, tout se passe dans le présent, purement et simplement. De sorte que, à mon grand étonnement, les gens que j’ai aimés retrouvent une nouvelle vie."

09/07/2019

Prix M.O.T.T.S. les grands gagnants !

C'est ce vendredi 5 juillet à la médiathèque de Thurins qu'a été révélé, devant une belle assistance de lectrices et lecteurs venus des bibliothèques participantes, le palmarès du prix "MOTTS des 5 villages".

Cette année, pour les romans le grand gagnant est

Jeu blanc de Richard Wagamese aux Editions Zoé. Du même auteur, les lecteurs ont tout autant aimé Les étoiles s'éteignent à l'aube.

Dans la catégorie bande dessinée, c'est l'album

Jamais de Bruno Duhamel, publié chez Grand Angle qui remporte les suffrages. 

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01/07/2019

Lagos Lady

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Leye ADENLE

Traduit de Easy Motion Tourist par David Fauquemberg

Métailié Noir (bibliothèque anglo-saxone), 2016, 335 p.

 

Polar noir, situé à Lagos, Nigeria.

Guy Collins, petit journaliste anglais venu couvrir les élections présidentielles, néglige les conseils de prudence et sort boire un verre dans le quartier de Victoria Island. Suite à la découverte d’une femme mutilée devant le bar,  il est embarqué au commissariat, où il assiste à des scènes effrayantes. Les policiers s’appliquent plus à préserver la réputation de leur pays à l’étranger qu’à résoudre le meurtre. C’est une belle avocate noire, Amaka, qui vient à son aide : le croyant journaliste à la BBC, elle obtient sa libération, et lui demande d’enquêter pour témoigner sur des disparitions suspectes, et sur les mauvais traitements que subissent les prostituées. Sous l’emprise de cette femme de tête et de convictions, notre pauvre journaliste fait de son mieux pour sortir de cette galère, sans jamais savoir à qui se fier.

Le roman, rédigé en courts chapitres, présente des points de vue différents à chaque chapitre, ce qui embrouille un peu l’intrigue, dotée de nombreux personnages secondaires, souvent équivoques. La ville elle-même semble totalement chaotique, embouteillages, industrie du sexe, corruption, braquages, attaques à main armée voisinant avec  juju et croyances traditionnelles.

L’auteur traite d’un sujet grave, l’industrie du sexe, et les maltraitances faites aux femmes, souvent jeunes,  mais en fait surtout un polar haletant et décalé : les personnages de petits truands, caricaturaux, permettent de prendre du recul, comme dans le cinéma de Tarantino. Sans dévoiler la fin du roman, je dirais qu'elle est un peu convenue, contrairement au reste du récit.

La phrase de clôture ouvre sur un nouveau suspense. Le tome 2 est paru en anglais sous le tire « When trouble sleeps ».

Leye Adenle est né au Nigéria en 1975, et vit à Londres où il travaille comme chef de projet et acteur. Lagos Lady est son premier roman, il a reçu le prix Marianne / Un aller-retour dans le noir.

Aline

 

21/03/2019

La saison des fleurs de flamme

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La saison des fleurs de flamme

Abubakar Adam Ibrahim

L'Observatoire, 2018, 422 p., 22€

 

L’auteur, journaliste de 39 ans, est issu du peuple Haoussa présent dans le nord du Nigéria, une région où la religion musulmane se respecte strictement. Ce premier roman (Nigeria Prize for Literature 2016) est tout ensemble un plaidoyer pour la liberté et l’indépendance d’aimer et un brûlot contre une corruption politique généralisée.

Le Nigéria fait parfois la Une des journaux à l’occasion d’événements dramatiques tels que la guerre civile entre musulmans et chrétiens, les exactions du mouvement islamiste intégriste de Boko Haram mais que sait-on vraiment de ce pays le plus peuplé et le plus riche d’Afrique ?

Cette flamboyante saga romanesque nous fait découvrir la vie quotidienne de ses habitants et notamment la condition féminine, dans cette société musulmane pleine de paradoxes et de contraintes et écartelée entre archaïsme et modernité.

Abubakar Adam Ibrahim narre une passion amoureuse scandaleuse entre Binta, veuve quinquagénaire plusieurs fois grand-mère et Reza, jeune dealer de 25 ans son cadet. Binta est une musulmane respectable, qui se rend chaque jour à la madrasa et prie, la main sur le Coran, pour ses enfants et petits-enfants. Elle s’occupe de sa petite-fille Ummi, délaissée par sa mère et de sa nièce Fa’iza  adolescente à la mise provocante, grande lectrice de romans à l’eau de rose. En réalité ce comportement superficiel cache un traumatisme profond provoqué par la mort de son père et de son frère lors de la guerre civile.

Reza, jeune chef de bande, règne sur San Siro, un îlot déshérité d’Abuja servant de repère pour les fugueurs et les dealers. Ce trafiquant de drogues sert également d’homme de main à un politicien sans scrupules, prêt à tout pour être élu.

Rien ne prédisposait ces deux-là à se rencontrer.  Mais un jour, Binta surprend  Reza en plein cambriolage de sa maison. Elle est effrayée et en même temps attirée par cet homme. Il lui rappelle son fils Yaro happé par le monde de la drogue, assassiné en pleine jeunesse et envers lequel elle ressent une douloureuse culpabilité. En effet, elle a reproduit avec Yaro les lois ancestrales observées dans sa communauté, qui interdisent aux mères de montrer leur affection à leur premier-né –bien qu’elle ait senti chez lui un grand besoin d’affection.

Reza, abandonné par sa mère à la naissance a aussi vécu une jeunesse douloureuse. Derrière sa violence, il cache un cœur chaviré par son absence. Il a rencontré sa mère deux fois et a été fasciné  par sa beauté et sa tristesse. Il ressent pour Binta une attirance irrépressible et ambigüe. En s’abandonnant à cette passion, Binta qui n’a jamais eu aucun droit sur son corps et a vécu sans amour et dans la dépendance de son époux décide à 55 ans d’assumer son désir. Elle découvre les plaisirs de la sexualité et de l’amour, donné et reçu.

Au-delà de cette histoire d’amour illicite, au-delà de la déflagration qu’elle va déclencher dans la famille de Binta, l’auteur porte un regard sans concession sur la société nigériane, sur le poids de la famille et des traditions, sur la jeunesse qui aspire à un autre avenir mais sans beaucoup d’espoir. Avec une écriture rythmée, parfois poétique, il fait souffler un vent léger d’audace et de liberté.

La culture populaire Haoussa avec les senteurs de la cuisine, les couleurs des textiles, la musique jouée dans les rues, les proverbes savoureux qui ouvrent chaque chapitre,  apporte une note de légèreté dans ce récit. Un roman à découvrir.

Annie