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03/11/2017

L'Empire électrique

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L’empire électrique

Victor Fleury

Ill. Benjamin Carré

Bragelonne, 2017, 471 p.

 

Entre roman et recueil de nouvelles, Victor Fleury crée un univers uchronique autour d’un postulat : au 19e siècle, le monde est dominé par la France, grâce à au pouvoir octroyé aux armées napoléoniennes par la maîtrise de la force voltaïque. Dans cet univers rétro futuriste bien campé, il installe la capitale à Lyon, d’où rayonne la puissance  de l’empire.  Outre le cadre de l’empire électrique, c’est le personnage de « méchant », le vil Larsan, chef de la police napoléonienne,  qui fait le lien entre les différentes histoires.

Dans chacun des récits, l’auteur introduit des personnages littéraires, entrés dans l’imaginaire collectif, auxquels il fait vivre des aventures extraordinaires. Personnages en quête de justice, de liberté, d’éternelle jeunesse, ou de vengeance. C’est Sherlock Holmes libéré de Sainte Hélène pour retrouver un dangereux terroriste, Watson pourchassant Jack l’Eventreur avec Arsène Lupin, le docteur Frankenstein utilisant la science voltaïque pour la chirurgie esthétique, Don Diego de la Vega (version « steampunk »)  à la rescousse des anti-esclavagistes de Louisiane, Gavroche s’alliant à Passepartout et Raspoutine pour s’évader du bagne avec Cosette, ou le Capitaine Nemo à la poursuite du Nautilus.

Réutiliser des personnages de fiction dans des romans d’anticipation est un procédé habile, qui fait appel à l’intelligence et à la culture du lecteur, et que l’on retrouve dans d’autres œuvres remarquables : la saga du fleuve (Riverboat) de Philip José Farmer, et la trilogie de la lune, de Johan Heliot (elle-même inspirée du Voyage dans la lune, de Cyrano de Bergerac). Ou bien, dans le registre de la bande dessinée, l’excellente série De cape et de crocs, par Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou.

Victor Fleury possède une belle plume, un style élégant, qui séduira les lecteurs exigeants -et tant pis si certaines références nous échappent... Ce qui ne gâche rien, c’est un jeune Lyonnais ! Laissez-vous tenter par la splendide couverture, signée Benjamin Carré, et sa reliure soignée (tranche dorée).

Aline

27/04/2015

La lune seule le sait

Roman, science-fiction, uchronieLa lune seule le sait

Johan HELIOT

Gallimard (Folio SF), 2003.

 

1889, apparition d’une nef cosmique dans le ciel de Paris. Dix ans plus tôt, les extraterrestres ont conclu une alliance avec le Président Badinguet. Maîtrisant parfaitement le domaine biologique et son évolution, les Ishkiss ont besoin des techniques humaines de maîtrise des machines. Le mélange des deux compétences permet d’obtenir des êtres hybrides (par exemple mi luciole, mi vaisseau). Mais cette science fabuleuse est monopolisée par le tyrannique Louis Napoléon III, qui l’utilise pour opprimer le peuple et réprimer toute contestation.

La résistance est menée par les intellectuels, à partir de l’île de Guernesey. Louise Michel s’est volontairement laissée déporter au bagne sur la lune, afin de découvrir ce qui se trame dans les souterrains de la Cité Sélénite. A son tour, Jules Verne est envoyé observer la Base Cyrano, site de décollage de vaisseaux interstellaires en cours de réalisation, fruit de la collaboration entre humains et Ishkiss. Pour les résistants, Verne est le dernier rempart contre les dangereux projets de Napoléon.

Qui d’autre que lui aurait pu appréhender l’inconcevable ? Qui, sinon l’homme qui avait défié les limites de l’imaginaire à longueur de page des années durant ?"

L’auteur s’est régalé avec cette uchronie réjouissante, mettant en scène des intellectuels du Second Empire, que le lecteur reconnaîtra (ou pas, ce qui ne nuit en rien à la lecture) : Jules Verne bien sûr, mais aussi Thomas Edison, Hetzel, Victol Hugo, Juliette Drouet,… sans parler des références à l’œuvre de Cyrano de Bergerac. La résistance à la tyrannie et les aventures des héros sont narrés dans un style qui n’est pas sans rappeler Jules Verne lui-même, et l’ensemble du livre m’a semblé un vibrant hommage à cet auteur.

Prix Rosny-Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone. Suivi de deux autres uchronies, situées à des époques différentes, avec des personnages/intellectuels de leur temps : Léo Malet dans La lune n’est pas pour nous, et Boris Vian dans La lune vous salue bien….

Aline