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01/07/2013

man

"Je m'appelle Mãn, qui veut dire "parfaitement comblée" ou "qu'il ne reste plus rien à désirer", ou "que tous les vœux ont été exaucés". Je ne peux rien demander de plus car mon nom m'impose cet état de satisfaction et d'assouvissement. Contrairement à la Jeanne de Guy de Maupassant qui rêvait de saisir tous les bonheurs de la vie à sa sortie du couvent, j'ai grandi sans rêver."

 

La vie de Mãn et celle de sa maman sont évoquées par petites touches : des destinées de femmes discrètes jusqu'à l'effacement, qui s'expliquent par la vie de sa maman au Vietnam. De sa "mère froide" (belle-mère) sa maman a surtout appris à devenir souple, indécelable, voire invisible, ce qui lui a servi pendant la guerre civile où elle s'est retrouvé sous la coupe des révolutionnaires, et a pris le nom de Nhẫ = patience.

 

Mãn est mariée, pour son bien et sa sécurité, à un Vietnamien émigré à Montréal, qui tient un restaurant.

"Maman a su nous offrir une vie calme, toujours sous la vague. J'ai retrouvé cet espace entre deux eaux à Montréal, dans la cuisine de mon mari. Les mouvements de la vie extérieure étaient mis à l'écart par le bruit constant de la hotte, le temps était marqué par le nombre de commandes…"

 

Le restaurant réunit la diaspora Vietnamienne à Montréal, nostalgique des saveurs du pays, à qui Mãn prépare des repas typiques inspirés de ses souvenirs. "En quelque mois, ces clients, qui venaient seuls au début, ont commencé à arriver accompagnés d'un collègue de travail, d'un voisin, d'une amie. Plus les gens attendaient dans l'entrée, puis à l'extérieur, sur le trottoir, plus je passais mes nuits dans la cuisine."

 

Encouragée et aidée par son amie Julie, Mãn sort peu à peu de sa cuisine, donne des cours de gastronomie, voyage et s'ouvre aux sentiments. C'est la transformation d'une chenille en papillon, au rythme des saveurs raffinées des plats vietnamiens.

 

Comme dans son roman précédent, , l'auteur réunit puissance évocatrice et sobriété, et charme le lecteur par sa capacité à peindre précisément caractères,  ambiances et saveurs en peu de mots.

Les retours en arrière compliquent parfois la compréhension du récit, mais l'enrichissent d'un regard sur le passé.

 

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Kim Thúy

Editions L. Levi, mai 2013, 143 p., 14.50 €

19/06/2013

L'ombre douce

Vers la fin de la guerre d’Indochine (1954) à Hanoï, Mai fait partie des jeunes filles annamites que les religieuses envoient aider les infirmières à l’hôpital Lanessan. C’est là qu’elle rencontre Yann, soldat originaire de Belle-Île, engagé dans l’armée dans « l’espoir de voir autre chose, des pays et des gens inconnus. »

 

« La première chose qu’il se rappelait lui avoir demandée, c’était ce que voulait dire son nom, une question stupide, elle avait dit – Mai, c’est pour Hoàng Mai, la fleur jaune d’abricotier. A l’époque du Nouvel An, les Annamites en coupaient des branches pleines de bourgeons pour les faire éclore dans leur maison, présage de bonheur toute l’année. »

 

Très vite, les journées des jeunes gens tournent autour de la visite à l’hôpital de Mai, qui tente de garder le soldat loin du front aussi longtemps que possible :

« Il fallut un certain temps à Yann pour se rendre compte que son bandage était bien plus large que nécessaire, que la solution désinfectante était appliquée avec peu d’économie et que les visites de la jeune fille devaient être attribuées autant à la gravité de la blessure qu’il avait reçue qu’à celle qu’il avait faite dans son cœur ».

 

Mais ces heures suspendues, sous le regard bienveillant du Père Portier,  n’ont qu’un temps. Mai est confrontée au choix de sa famille d’un époux pour elle, puis Yann est renvoyé dans son bataillon à Diên Biên Phu…

 

Ce roman court, à l’écriture sobre, est entrecoupée par quelques poèmes

Vienne le vert été

-Ne soyons

pas séparés

 

Joie si douce

de l’aurore

-son regard clair

 

Tes mains

couleur de miel

et du soleil mourant

 

Transperce

jonquille claire –

l’âme de la beauté

 

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L’ombre douce

Hoai Huong Nguyen

Ed. V. Hamy, janvier 2013, 155 p., 15 €